Une sortie à Pré-au-Lard, Marlene, Sirius.
Changement de programme
Marlene se dépêcha d'attacher sa cape, d'enrouler son écharpe autour de son cou en y coinçant ses cheveux tout en claudiquant pour enfiler tant bien que mal ses chaussures. Elle trébucha la tête la première sur son lit et se maudit intérieurement. Ce n'était pas le moment de se blesser, pas juste avant cette sortie tant attendue à Pré-au-Lard. Cela faisait des semaines que Marlene, Lily et Alice n'avaient cessé de travailler d'arrache-pied pour décrocher les meilleures notes possibles et se préparer au mieux aux ASPIC. Il leur restait encore six mois mais les jeunes filles savaient pertinemment qu'ils passeraient à toute vitesse. Noël approchait déjà à grands pas et elles parvenaient tout juste à être à jour dans leurs devoirs, leurs révisions, leurs recherches personnelles pour approfondir leurs connaissances…
Il fallait dire qu'elles n'avaient pas fait les choses à moitié ! Elles avaient toutes gardé six matières en septième année, ce qui était assez peu répandu parmi les élèves de Poudlard. D'une part parce que pour pouvoir suivre six matières en ASPIC, il fallait avoir obtenu les BUSE correspondants, d'autre part parce que tout le monde n'était pas aussi dingue du boulot que ces trois-là. Cependant, elles avaient leurs raisons de l'être. Le pouvoir de Celui-Dont-On-Ne-Devait-Pas-Prononcer-Le-Nom ne cessait de croître, jour après jour, menaçant toujours plus la tranquillité de leur école, que Dumbledore protégeait coûte que coûte.
Marlene, Lily et Alice avaient une ambition : rejoindre l'Ordre du Phénix, l'organisation du Directeur qui avait pour objectif de faire tomber l'homme, ou plutôt ce qui restait d'un homme, nommé le Seigneur des Ténèbres par ses partisans. Ces derniers se faisaient appeler Mangemorts, avec une complaisance insoutenable. Marlene avait remarqué depuis quelques temps que certains élèves semblaient comploter entre eux, surtout au sein de la Maison du Serpent. Les enfants aux parents moldus ou assimilés à des ennemis du mage noir ne se déplaçaient plus jamais seuls dans les couloirs et un couvre-feu avait été mis en place dès la fin du dîner pour les élèves mineurs. Contre toute attente, Dumbledore avait décidé de maintenir cette sortie à Pré-au-Lard et d'en assurer lui-même la sécurité, afin de redonner espoir aux élèves et de les faire rêver un peu, leur permettant d'acheter quelques cadeaux dans les boutiques du village. Cela changerait les idées des commerçants par la même occasion.
Marlene parvint finalement à mettre ses deux chaussures. Elle passa une main sous ses cheveux pour les soulever afin de les faire passer par-dessus son écharpe, qu'elle avait enchantée pour éviter tout risque d'électricité statique. Elle détestait par-dessus tout, ou presque, avoir les cheveux en auréole autour de sa tête à cause du frottement sur la laine de ses vêtements. Elle regarda rapidement son reflet dans le miroir et, plutôt satisfaite par son allure à la sortie de l'adolescence, elle attrapa son sac et le mit en bandoullière.
- Bon, vous êtes sûres que vous ne voulez pas venir ? demanda-t-elle d'une voix forte, pour être entendue de ses amies qui se pomponnaient dans la salle de bain.
- Non ! répondirent-elles d'une même voix.
- J'ai toujours rendez-vous avec James, expliqua Lily. Il m'a dit qu'il m'emmènerait dans une salle particulièrement belle du Château, avec une vue saisissante sur le Parc !
- Ahah ! Je crois que c'est lui qui va vouloir profiter de la vue, si tu vois ce que je veux dire, ricana Alice.
- N'importe quoi, répliqua Lily au moment où Marlene entendit Alice émettre un petit "aïe !", lui tirant un sourire. Tu méritais ce coup de brosse !
- Je ne dis que la vérité, assura la jeune préfète-en-chef.
- Et toi, Alice ? Tu as toujours rendez-vous avec Frank ? s'enquérit Marlene, prête à partir.
- Toujours ! On va aller dans les serres pour s'occuper un peu de notre projet de greffe de Mimbulus.
- Ouh, que c'est excitant ! ironisa Lily, sans vergogne.
- Tu n'imagines même pas...
- Donc si j'ai bien compris, je vais devoir y aller toute seule avec les garçons restants.
- C'est ça, affirma Lily.
- Bon courage. Je suis sûre qu'ils ne te mangeront pas.
- On verra bien. J'y vais, faites attention à vous et racontez-moi tout ce soir en revenant, hein ?
- Oui, t'inquiète pas, file ! A ce soir.
Marlene s'exécuta. Elle descendit dans la Salle Commune et s'assit sur son fauteuil habituel, attendant que la part masculine de leur groupe ne daigne se montrer. Ils avaient tous commencé à sympathiser lors de cette dernière année, majoritairement parce que Lily considérait que James devenait intéressant. Entendez : il avait retrouvé une tête de taille normale et avait arrêté de harceler Severus plus que les autres. A vrai dire, il avait d'autres chats à fouetter entre le travail qu'ils avaient et l'équipe de Quidditch à diriger. Toujours était-il que Marlene était plutôt contente de traîner avec les garçons. Ils avaient un humour à toute épreuve et étaient aussi soudés que les filles entre elles. Même si Sirius avait tendance à être parfois un peu lourd. Juste un peu. Après tout, il était plutôt charmant quand on y pensait. Et Marlene était peu à peu rentrée dans son jeu. Sans s'avouer que… Que quoi d'ailleurs ? Qu'elle le trouvait à son goût ? Pfff, jamais. Qu'il était vraiment super sympa ? A la limite ! Mais franchement, ça n'allait pas plus loin.
- Tu es toute seule ?
Marlene se retourna brusquement. Sirius venait d'arriver dans la Salle Commune et avait réussi à se glisser juste derrière le siège de la jeune fille sans que celle-ci ne l'entende, perdue dans ses pensées.
- Euh, oui. James et Frank ont rendez-vous. Avec elles. Pas entre eux. Et chacun avec une des deux…
- Je crois que j'ai saisi, Miss.
- Et les garçons ?
- Oh, tu sais, comme d'habitude. Remus dort, pour changer. Une histoire de lune, probablement, comme quand vous avez vos règles.
Marlene leva les yeux au ciel. Quelle classe ! Vraiment ! Il n'en ratait pas une. Elle tourna à nouveau son regard vers Sirius, qui se tenait droit, fier, un sourire narquois sur les lèvres.
- Bien entendu, c'est forcément ça. Et Peter ?
- Ah, ce rat, j'avais failli l'oublier ! Boh, comme d'habitude. Un Troll à son dernier devoir de Potions parce qu'il a voulu le faire tout seul. Du coup il est en retenue parce que Slughorn en a marre qu'il confonde toujours la bave de crapaud et le crottin de licorne.
- J'en déduis qu'on est bons pour aller à Pré-au-Lard juste tous les deux.
La posture de Sirius se fit soudainement plus séduisante. Il appuya sa main sur le dossier du fauteuil juste à côté de l'épaule de Marlene et se recoiffa d'un geste lent, mettant en valeur son visage. Et son biceps, dévoilé par la manche de son tee-shirt qui avait glissé.
- Tu ne vas pas avoir froid dans cette tenue ?
- Oh, tu sais, j'ai le sang chaud. Et puis avec toi dans les parages, ma température interne ne risque pas de redescendre, ajouta-t-il avec un clin d'œil.
- Fais attention, Sirius, la subtilité est un vilain défaut.
- Il faut bien que j'en ai quelques uns, tu sais. Sinon, ça paraîtrait louche.
- En effet… Bon, on y va ou on reste ici jusqu'à ce qu'il fasse nuit ?
- Après vous, très chère !
Marlene se leva et se dirigea sans attendre vers la sortie de la Salle Commune en secouant doucement la tête. Il ne s'arrêtait jamais. Jamais, jamais. Elle avait fini par s'habituer à cet humour décalé et savait qu'il ne fallait en aucun cas se vexer, au risque de l'encourager. Elle entendit les pas de Sirius non loin derrière elle et ne ralentit pas, sachant très bien qu'il n'aurait aucun problème pour suivre son rythme. Il mesurait bien vingt centimères de plus qu'elle et courait quasiment tous les jours avant d'aller en cours, alors ce n'était pas à sa vitesse à elle qu'il allait se fatiguer. Elle descendit l'escalier principal et sortit de l'école, Sirius toujours sur les talons, sans un regard en arrière.
- Tu veux passer toute la journée à marcher deux mètres devant, Votre Majesté, ou je peux venir à ta hauteur ? Parce que là, c'est quand même pas très pratique pour discuter.
- Oui, désolée, je réfléchissais.
- Encore un devoir de Sortilèges ?
- Non. Enfin un peu. Mais pas tout à fait. C'est pas important. Tu veux aller où ?
- Oh, je n'ai pas très envie de boire une Biéraubeurre et je trouve qu'il fait encore plutôt doux pour la saison. Qu'est-ce que tu dirais d'une petite promenade dans le village ?
- Bonne idée. Je n'en peux plus de rester toutes mes journées assise sur un banc. J'ai mal au dos et mes fesses sont en bouillie… Pas de remarque sur ce que je viens de dire ! prévint immédiatement Marlene en voyant un éclair d'espiéglerie s'allumer dans le regard de Sirius, qui se renfrogna immédiatement.
- T'es pas drôle parfois, se plaignit-il, tirant un rire à Marlene. J'allais te proposer un petit massage et…
- Tut !
- Avec de l'huile décontractante et…
- Tut ! Et je ne veux même pas savoir où tu as entendu parler d'huile décontractante.
- Oh, tu sais, des expériences de ci, de là… répondit-il, évasif, provoquant un fou rire à Marlene.
- Ah ah ! Tu n'en rates pas une. Je t'imagine mal prendre soin d'une fille et lui faire des massages.
- Si tu veux vraiment le savoir, c'est James qui m'a tout appris. Il paraît que Lily aime particulièrement l'huile d'amande douce et l'huile d'ardent.
- D'argan. Et la décence m'oblige à te demander d'arrêter là cette explication.
- Si tu insistes. C'est bien dommage, je t'aurais bien proposé des travaux pratiques.
Marlene s'arrêta dans sa marche et se tourna vers le jeune homme. Elle regarda son visage et ses yeux, qui n'étaient plus si malicieux que ça. Ils étaient presque, comment dire… Engageants ? Marlene eut une soudaine envie de se mettre sur la pointe des pieds pour se rapprocher de lui. Un peu plus près encore.
- Mais puisqu'apparemment, ça ne t'intéresse pas, continuons notre promenade.
Sirius venait de se détourner, stoppant net l'élan naissant de Marlene, qui resta sans bouger, coite.
- Tu attends quoi ? Je croyais que tu aimais bien marcher devant.
- J'arrive, j'arrive.
Décidément, ça n'allait pas bien dans sa tête. Il allait falloir qu'elle se calme. Il n'était pas pour elle, elle n'en voulait même pas. La vie de Sirius était un bazar permanent. Il vivait chez James. Toute sa famille était partisane de Voldemort. Sa vie était en danger chaque jour qu'il passait auprès de Lily, une née-moldue, de James, fils de sorciers qui ne cherchaient qu'à pacifier les relations avec les moldus, et de tant d'autres personnes encore, qui se dressaient devant le désespoir. Marlene était de ceux-là. Et tout cela était beaucoup trop confus dans sa tête pour qu'elle puisse y voir clair. Il était peut-être plus sage d'arrêter de voir Sirius comme le garçon le plus attirant qu'elle connaisse. Sinon, ce serait à leurs risques et périls.
Cela faisait très longtemps que je n'avais rien posté sur mon profil perso (je bosse beaucoup sur une fic commune avec une copine sur le profil AndouilleEtSushi, histoire sur 4 Cracmols qui intègrent Poudlard en même temps que Lily Potter et Hugo Weasley, si ça vous intéresse !). Je suis contente de vous (re)trouver ici aussi :)
A bientôt !
