Le lendemain le Comte fut invité au palais pour déjeuner avec le sultan. Il y a avait de nouveau des danseuses, mais cette fois-ci elles ne s'offraient pas à lui, par principe. Monte-Cristo sourit de ce sourire qui lui était si propre et dit au sultan:

-Votre Majesté a de très belles danseuses. Est-ce que vos esclaves sont aussi belles que ces femmes là?

-Oh, Monsieur le Comte! En ce qui concerne mes jeunes esclaves, n'ayez aucun doute. Mais, je vois que vous doutez de mon jugement!

-Moi!? Non, non, pas du tout, pas du tout!

-Non, non, laissez moi vous les montrer. Non, j'insiste!

Et le sultan fit un signe de main et à l'instant même apparut son serviteur Iskender. -Amenez-moi toutes les jeunes esclaves! Sans aucune exception! Un ordre que Monte-Cristo avait déjà prévu.

En cinq minutes, toutes les esclaves entrèrent dans le jardin où le Comte déjeunait avec son hôte distingué, et se misèrent en deux rangs, les unes en face des autres, les têtes baissées, sans oser regarder leur maître suprême.

-Regardez toutes ces belles, et après osez me dire qu'elles sont moins belles que les danseuses qu'on vient de voir, dit le sultan.

Monte-Cristo regarda les jeunes filles avec peu d'intérêt, tandis que pour les petites filles, il paraissait plus curieux. Il s'arrêta devant une petite fille d'onze ans à peu près, aux cheveux noirs d'ébène et aux yeux tristes comme la mer. Il la prit par le menton et leva sa tête pour mieux la voir. Il y eut un instant de silence entre les deux: il voyait dans le regard de la petite fille la peur, mais aussi une force d'ésprit étrange. "C'est elle", se dit le Comte.

Le Comte sourit et dit: "J'avoue que j'avais tort, Votre Majesté. Je n'ai vu nulle part ailleurs des filles aussi belles qu'ici."