Guest : Merci à toi, j'espère que la suite te plaira !
Et bonne lecture ! N'hésitez pas à me dire ce que vous en pensez :)
LE PASSÉ BÂTIT
Ce fut au réveil que Ruby prit conscience de ce qu'il s'était réellement passé. Regina était réveillée depuis quelque temps déjà, occupant la maigre salle de bain à disposition et la serveuse était confuse.
Elle avait toujours non seulement essayer de faire les choses bien, mais aussi de les faire justement. Malgré le fait qu'elle avait réussi à s'assumer, à accepter qu'elle avait, certes, engendré beaucoup de pertes au travers de la Forêt Enchantée, mais qu'elle en avait été tout autant une victime, la culpabilité était toujours là. Celle-ci s'exprimait juste différemment. C'était comme si le temps où elle avait combattue contre elle-même pour se pardonner se reflétait toujours dans sa vision des choses, dans ses croyances. Au lieu de passer son temps à se blâmer pour ce qu'elle avait fait à Peter, elle restait disponible, prête à aider, à soutenir, ouverte et accueillante.
Oui, la culpabilité était toujours présente et comme une conséquence, Ruby faisait les choses bien et justement.
Regina, elle, détruisait tout son système de croyances. Après ce qu'elle avait fait, après tout ce qu'elle avait osé faire, elle se permettait de menacer son amie Mary Margaret, sans qu'il n'y ait aucune sanction que ce soit, aucune punition. C'était toujours de cette manière que les choses se déroulaient, d'ailleurs. Regina pouvait bien faire ce qu'elle voulait, c'était comme si personne n'y accordait d'importance. On pleurait la perte, puis tolérait l'agresseur. Et ça s'arrêtait là.
La maire devrait payer pour ses actes comme tout citoyen payerait pour les siens. Mais sous prétexte qu'elle avait souffert, qu'elle avait connu des pertes, et Ruby ne les négligeait aucunement, il fallait simplement passer à côté, oublier toutes ces vies arrachées. Au fond d'elle, Ruby ne pouvait supporter qu'on la laisse toujours s'en tirer aussi facilement. Elle, elle s'était battu. La serveuse avait dû faire front face à elle-même, elle avait assumer ses erreurs. Elle avait connu de longs moments, de difficiles moments, à supporter le poids de la responsabilité. Mais Regina ne se sentait pas coupable, elle. C'était comme si elle n'avait pas conscience de ce qu'une vie valait alors même qu'elle faisait le mal en raison d'une vie ôtée.
Et pourtant, Regina avait été là quand tous risquaient de mourir, elle avait été là, prête à se sacrifier, prête à donner sa vie. C'était un point que la serveuse ne pouvait oublier. C'était un acte qui aurait pu nécessiter le pardon, si elle n'avait pas agressé Mary Margaret par la suite.
Ce paradoxe mettait Ruby dans une position difficile. Elle n'avait pas peur de la maire, elle était intimidante et hautaine, mais elle ne l'effrayait pas. La serveuse ne savait juste pas quoi penser. Une partie d'elle se contenterait simplement de faire comme les autres, oublier qu'elle avait emprisonné Belle pendant des années par simple vengeance, oublier qu'elle avait tenté de détruire Storybrooke, oublier qu'elle avait massacrer des villages et des centaines de personnes, mais tout en ayant conscience que c'était ce qu'il valait mieux faire étant donné les circonstances et la disparition d'Henry, que c'était le moyen le plus efficace de rester soudés et de le retrouver, une partie d'elle ne pouvait s'empêcher de penser à tout ce que la maire avait fait, sans même avoir une once de remords.
C'était perturbant, et pourtant, fidèle à elle-même, elle n'avait jamais rien mentionné, jamais rien souligné. Il fallait faire les choses bien.
Ruby soupira lentement et sans s'en rendre compte, se retrouva dans la salle commune. Elle fut rassurée de voir qu'elle n'était pas la seule à ne pas être déjà préparée et s'assit à côté d'Emma qui lui passa un bol.
- Alors, tu as toujours ton coeur ?
- Il semblerait, sourit Ruby
Ils déjeunèrent en silence, subissant les vacillements du navire dont ils étaient loin d'avoir l'habitude. Regina arriva quelques minutes plus tard, se contentant d'un café noir. La veille l'avait mise à bout, mais la nuit lui avait fait du bien. Elle avait retrouvé un certain contrôle, du moins c'est ce qu'elle aima penser. Il fallait dire que la journée précédente n'avait pas été facile. Elle n'avait pas su gérer la disparition d'Henry, elle n'avait pas su gérer ses émotions extrêmes, sa colère, sa peur, et encore moins la présence haïssable de Blanche-Neige et de son immature de fille. Mais surtout, elle n'avait pas réussi à gérer l'après-coup de son sacrifice. Et, ce matin-là, c'était quelque chose qu'elle ne gérait toujours pas, même si elle noyait toutes ces pensées inutiles dans les dernières gouttes de son café.
Les regards étaient à la fois insistants et fuyants, la maire n'y fit absolument pas attention. Emma était tendue, elle avait plus que mal dormi. Les vacillements du bateau lui avait donné envie de vomir, et les derniers actes de Regina l'avait laissé sur le qui-vive. Impossible de fermer les yeux avant 3 heures du matin. Elle regarda Regina qui n'avait pas prononcé un mot depuis son arrivée, se lever afin de débarrasser sa tasse. La tension était à son comble, mais rien ne se passa.
À vrai dire, rien ne se passa les jours suivants non plus. Regina s'était faite plutôt discrète. Elle s'efforçait de se souvenir de la raison de sa présence, et si l'inquiétude vis-à-vis de son fils était quelque chose qu'elle avait beaucoup de mal à gérer, elle restait de marbre, évitant les situations trop intimes avec les autres et restant détachée du mieux qu'elle le pouvait.
David attrapa les assiettes d'une main sous le regard étonné de Ruby, il sourit doucement :
- Tu n'es plus au Granny's, on peut tous participer au service.
Ruby acquiesça lentement, les habitudes avaient la vie dure, et Mary Margaret enchérit :
- C'est un peu ... Comme une grande collocation !
Une collocation des plus étranges, dans ce cas. Regina s'occupait uniquement de ses affaires, faisant sa part des choses. Il en allait de même pour Gold. Si celui-ci semblait plus loquace que la maire, la tension était toujours aussi présente. Le seul qui arrivait à la maîtriser et à passer outre était Crochet. Sans grandes surprises. Il fallait dire qu'il avait le don de se sentir à l'aise lorsque sa présence n'était pas désirée.
- Qui pour un café ?
- Je serai bien partante pour une de tes spécialités, Ruby ! Sourit Emma
Crochet leva les yeux au ciel, où se croyaient-ils tous ? Ils étaient sur un navire de pirates, pas dans un hôtel avec room-service.
- Il manque quelques petites choses pour ça Emma, le sirop, la vanille ...
Ils se retournèrent tous vers Gold, qui daigna enfin relever les yeux :
- La magie vient toujours avec un prix ...
- Han, Gold ! Tu as ramené nos affaires par magie ! S'offusqua la blonde
- Avant de partir, oui. Nous sommes dans un autre royaume à présent.
Alors que Regina étira un petit sourire, Emma soupira, dépitée.
- Café noir, ce sera ! Enchérit Mary Margaret, tentant l'optimisme.
David et Emma s'entraînaient fer contre fer sur le pont du bateau, faisant claquer leurs armes l'une contre l'autre. Le chevalier avait évidemment l'avantage, plus agile, plus rapide, plus résistant mais Emma n'était pas du genre à s'avouer vaincue.
Ruby et Mary Margaret s'affrontaient, quant à elles, à l'arc, art qu'elles maîtrisaient toutes deux. Et ce n'était pas sans rappeler les souvenirs de la Forêt Enchantée à l'esprit de la serveuse. Elle y avait beaucoup pensé, ces derniers temps. Il n'y avait pas grand chose à faire sur ce monstre de bois, et la présence de Regina à moins de deux mètres d'elle le soir ne l'aidait pas à y faire abstraction. Même si rien ne s'était passé depuis, même si la maire ne lui offrait jamais la peine de lui dire bonsoir, ne lui adressant qu'à peine la parole, ses pensées étaient toujours tournées vers la méchante reine. Bien sûr, depuis qu'ils étaient tous à Storybrooke, la maire avait réduit ses actes monstrueux, n'ayant pas de masses à effrayer, manipuler et plus si affinités. Mais personne n'avait mentionné l'incident du premier jour, comme tout le monde avait semblé oublier son acte de bravoure.
Et le soir, en voyant la lumière de la salle de bain, et le matin, en apercevant le lit déjà vide de la maire, Ruby ressassait ce paradoxe. Regina était comme un fantôme, une présence certaine mais qui ne se démontrait pas plus que nécessaire, mais elle était aussi d'une importance capitale, étant ce qui les reliait tous. Elle était à la fois effacée, discrète, et à la fois imposante, prédominante.
Le bruit de l'eau surprit Ruby qui se reconcentra sur le moment présent. Sa flèche était partie tout droit dans les bras de la mer.
- Toujours être concentrée, sourit Mary Margaret, il semblerait que je prennes la tête !
Ruby hocha la tête et l'institutrice se prépara à son tour. La serveuse jeta un oeil derrière elles, Regina était toujours perdue dans un livre, seule activité qu'elle semblait avoir sur le navire. Ce qui intriguait le plus, c'était ce que la maire pouvait bien faire avec un stylo lorsqu'elle lisait. Elle donnait l'impression de prendre des notes.
La bille du stylo s'enfonça plus encore dans le papier et Regina soupira à la vu de l'énième trait noir qui parcourait les deux pages qu'elle avait été en train de lire. Ou qu'elle avait été en train d'essayer de lire, il fallait dire que le bruit incessant du des épées à côté n'aidait franchement pas à se concentrer. D'autant plus que toutes ces armes présentes autour d'elle ne faisait que d'appuyer la tension.
Alors Regina appuya encore sur le papier, se rappelant qu'elle était ici pour Henry.
- De quel livre s'agit-il ?
Regina releva les yeux, surprise. D'habitude, lorsqu'elle sortait de la salle de bain Ruby était déjà endormie.
- La surveillance dont on vous a chargée n'inclut pas une discussion de chambrée.
- J'essaye juste d'être aimable.
- Evitez.
Regina n'était pas stupide. Elle était plus que capable de voir au-delà du regard que Ruby lui lança. Elle les ressentait presque, toutes ces choses qui venaient de passer sur le visage de la serveuse. Elle n'était pas apathique, contrairement à ce que beaucoup de personnes avaient l'air de penser, contrairement à ce qu'on aimait croire d'elle. C'était tellement plus facile de la dépeindre dans les extrêmes les plus sombres qu'il soit, de l'éloigner elle et tout ce qu'elle était des autres, de créer une véritable césure entre la méchante reine et l'être humain de base. Il ne faudrait surtout pas se rendre compte que la méchante reine était comme toute autre personne. Qu'il y avait des ressemblances entre elle et le reste du monde.
- Vous avez ... dévoré votre amour, constata Regina comme pour se prouver quelque chose.
Cela n'avait pas été la plus intelligente des choses que la maire avait faite dans sa vie. L'attaquer sur ce terrain en l'état actuel des choses, alors que les souvenirs s'était hissés dans sa mémoire toute la semaine, indélébiles, puissants, ne la lâchant pas d'une seconde, alors que le passé venait de prendre une telle ampleur dans le présent, mit la serveuse au bord du précipice.
- Tu as décimé des villages entiers, tué, massacré, séquestré !
- C'est donc là-dessus qu'il faut appuyer si on souhaite vous faire sortir de vot-
- Tu as violé tout un royaume par simple plaisir, par simple vengeance, sans remords, sans regrets. De plein gré !
Regina s'arrêta net. De plein gré ? Bien sûr, la maire pouvait faire tout ce dont elle souhaitait, mais cela ne signifiait pas qu'elle souhaitait tout ce qu'elle faisait. Cette serveuse ne faisait que de se cacher derrière son loup pour échapper à la responsabilité, mais elle était toute aussi coupable que la maire l'était. De toute manière, qui était-elle ? Comment pouvait-elle se permettre ?
Elle était comme les autres, à nier leur implication, à fermer les yeux sur ce qu'ils avaient eux-même fait, sur ce qu'ils continuaient de faire. Jours après jours. Et Regina avait fait un effort, encore une fois. Elle s'était contenté de s'acharner sur du papier à chaque fois que l'inquiétude, la frustration et son désir de vengeance avaient été trop présents et n'avaient demandé qu'à être assouvis.
Elle avait pris sur elle. Et à nouveau, on ne voyait que ce qu'elle était, faisant abstraction de ce qu'étaient les autres. Cette serveuse était comme Mary Margaret, le besoin de pardonner en moins.
Ruby sursauta alors qu'un craquement se répercuta dans toute la chambre. Elle n'eut pas le temps de se retourner vers la source du bruit que déjà les planches du mur derrière elle s'étaient détachées, s'emparant de ses épaules et de son torse tels des lianes. Elles grimpaient sur elle, toujours aussi solides, toujours aussi froides. Et elle fut bientôt totalement coincée contre le mur, uniquement libérée de ses jambes.
Alors qu'elle comprit que plus elle se débattrait, plus les planches se resserreraient contre sa poitrine, la serveuse entreprit de se calmer tant bien que mal, toujours sous le choc. La maire ne connaissait-elle que ce genre de réponse ?
Et ce fut à ce moment que les choses la frappèrent. Oui, la maire ne connaissait que ce genre de réponse. L'agression, la violence, l'intimidation et surtout, la magie. C'était la seule façon dont elle réagissait, c'était l'unique façon qu'elle croyait utile pour arriver à ses fins.
Elle ne connaissait rien d'autre. La vie ne lui avait rien appris d'autre.
Et malgré qu'une petite partie de Ruby fut touchée de manière émotionnelle, l'autre ne se priva pas d'utiliser l'information, encore déstabilisé par la pensée de Peter. Oui, Regina avait su où attaquer pour la faire sortir de ses gonds.
- La magie, encore ! Siffla Ruby. C'est la solution facile, tu ne trouves pas ?
Regina fut si près d'elle que la serveuse crût un instant qu'elle allait mourir, là, tout de suite. La maire resserra lentement ses doigts et les planches en firent de même sur le torse de la serveuse. Sa poitrine était de plus en plus compressée et bientôt, il fut difficile de respirer. Mais Regina restait là, à la défier du regard, à la contempler en train de chercher de l'air comme un pauvre animal face à sa proie.
- Après tout, c'est tout ce que tu sais faire ! Je veux dire ... Même pour t'allonger, tu as dû utiliser la magie et contrôler le coeur de Graham ! La voix de Ruby avait été faible, l'air se faisant de plus en plus rare.
D'un coup, deux planches s'écartèrent l'une de l'autre, laissant Ruby pousser un soupir de soulagement, la laissant inspirer plus librement avant que tout son corps ne se raidisse. La maire venait simplement d'ouvrir le passage tout droit vers son coeur.
Regina planta ses yeux dans les siens, et retira avec une facilité terrifiante l'organe de vie. Ruby n'y croyait pas ses yeux, complètement ahurie et perdue. Son coeur était là, dehors, à battre dans la main de la maire. La serveuse releva des yeux brillants, prise de panique. L'idée de son coeur hors de son corps était plus que désagréable, plus que terrifiante, c'était malsain, c'était pervers. Regina se contenta de peser l'organe de ses mains, comme s'il n'était pas grand chose, comme s'il ne signifiait rien.
Puis un léger bruit attira l'attention de Ruby. Le bouquin était tombé dans l'action et gisait, grand ouvert, sur le sol de la chambre. Elle nota les quelques traits noirs qui gisaient ici et là, dans les espaces blancs.
Il ne lui fallut que quelques secondes pour tout associer, et il n'en fallut pas moins à Regina pour s'en rendre compte. Elle l'avait vu à la seconde dans le regard de la serveuse.
- Comment est-ce tu as fait lorsque tu avais arrêté d'utiliser la magie ?
Et Regina avait vivement relevé les yeux. Personne ne s'était jamais intéressé à cette période de sa vie. Personne n'avait jamais pris en compte cet effort-là, la chose la plus difficile qu'elle avait eu à faire. Elle avait essayé dur à l'époque, mais ça n'avait jamais compté. Elle avait toujours été à l'écart, elle avait toujours été la méchante reine. Elle avait essayé de laisser la magie de côté pour gagner son fils, pour gagner une autre vie. Et tout ce qu'elle avait récolté, c'était d'avoir tout perdu.
La maire était touchée, mais fit tout pour ne pas le montrer. Vieille habitude.
- Tu as l'étrange manie de parler de choses très intimes qui ne te regardent pas.
- Comment oses-tu me parler d'intimité ? Tu as mon cœur dans tes mains !
Regina eut l'air d'en prendre enfin conscience. Elle jeta un nouveau regard sur l'organe qui vivait toujours dans le creux de sa main, comme si elle le découvrait pour la première fois. Et surprenant totalement la serveuse, le remit à sa place aussi simplement qu'elle l'avait enlevé.
- La cuisine et le jardinage, acheva la maire alors que les planches se retirèrent à leur tour pour reprendre leur place initiale au sein du mur.
Ruby n'eut pas le temps de reprendre ses esprits que la porte s'ouvrit de manière fracassante. Emma, inquiète comme jamais, avait été alertée par des bruits des plus étranges.
- Qu'est-ce qu'il se passe ici ? Tout va bien ? Rajouta-t-elle en direction de la serveuse en voyant les deux femmes l'une en face de l'autre
Ruby jeta un oeil à la maire, déglutit lentement et répondit enfin, calmement :
- Nous n'avons pas les mêmes goûts littéraires et ... J'ai peut-être jeté le livre dans l'action.
Emma lança un oeil à Regina, plus que suspicieuse, et finit par jeter un coup d'oeil au livre éventré sur le sol. Même si un Ogre le jetait contre un mur, jamais un livre ne ferait ce genre de bruit. La blonde releva finalement les yeux vers la serveuse, essayant de capter le moindre signe de détresse que ce soit, mais Ruby restait impassible.
Emma souffla alors :
- Ok, c'est juste ... J'avais entendu un bruit, alors. Désolée, bonne nuit.
Elle ne se priva pas d'envoyer un regard assassin à la maire avant de détourner les talons.
- Merci, souffla légèrement Regina, à la plus grande surprise de la serveuse.
Cependant, Ruby ne répondit rien. Elle se contenta d'aller au lit, et d'attendre, pour la première fois cette semaine, que la maire s'endorme avant de s'autoriser à fermer les yeux.
