Chapitre 2

« Faire un choix, c'est difficile mais parfois nécessaire »

Pdv Clarke :

Assise sur le fauteuil préféré de son père, la petite fille est plongée dans une lecture plus qu'intense, au vu de son jeune âge. Son petit nez est froncé, ses sourcils également. Son visage exprime une profonde concentration. Doucement, elle assimile les mots qui se présentent à elle, les laissant former des phrases. Elle presse ses lèvres l'une contre l'autre, respirant à peine tandis qu'elle découvre avec effroi la suite de l'histoire plus que palpitante. Que va-t-il arriver à son héroïne préférée ? L'angoisse pointe le bout de son nez, s'insinuant dans sa gorge qui se serre. Les yeux rivés sur les pages, elle ne remarque pas que quelqu'un l'observe depuis l'encadrement de la porte.

« Mais dis-moi, princesse, ne devrais-tu pas dormir à cette heure-ci ? », déclare une voix douce, chargée de tendresse.

Se sentant prise en faute, la petite demoiselle lève les yeux vers son père qui se tient là, juste en face d'elle. Depuis combien de temps l'observe-t-il ? Ses joues rougissent. Elle se sent gênée d'avoir été prise en flagrant délit. Elle a dépassé le couvre-feu depuis une bonne heure. Soudain, elle fronce les sourcils, offrant à son père une moue boudeuse alors que ses joues prennent une teinte plus écarlate encore. Comme si c'était possible !

« Je ne suis pas une princesse ! », déclare-elle avant de poursuivre sur sa lancée, « Je suis une scientifique ! »

Le trentenaire sourit en couvant du regard sa petite fille de sept ans. Depuis quelques temps, elle a décidé qu'elle serait scientifique. Comme son père. Peut-être que dans un mois, elle décidera de devenir maire de la ville, comme sa maman. À cet âge, on change beaucoup d'avis… Et elle en changera sans doute encore plusieurs fois au fil des années.

« D'accord, docteur Griffin », lui réplique-il, l'air amusé, « Mais même les scientifiques ont besoin de sommeil ! »

Mais la petite fille ne s'en laisse pas compter.

« Toi, tu ne dors pas beaucoup ! », dit-elle d'une voix sérieuse tandis qu'elle fronce les sourcils.

Attendri, l'homme s'approche de sa petite fille. Elle ressemble à sa mère lorsqu'elle fait ça. Il attrape alors le livre qu'elle a entre les mains, y glisse un marque page, et le dépose sur une armoire, en hauteur. Il laisse échapper un petit rire lorsqu'elle lâche un cri scandalisé et loin de s'en formaliser, il la soulève d'un geste et la jette avec douceur sur son épaule avant de se diriger dans les escaliers en la maintenant bien. Il sent ses petits poings marteler son dos. Il n'en sourit que d'avantage. Il grimpe rapidement à l'étage, son colis sur les épaules. Il ne la dépose qu'une fois dans sa chambre, sur son lit. Doucement, il se penche, déposant un baiser sur son front. Clarke ferme les yeux, souriant à ce geste de tendresse.

Un sourire orne toujours ses lèvres alors que prise dans un demi-sommeil, elle se tourne dans son lit pour se recroqueviller doucement au milieu de ses couvertures. Des chuchotis lui parviennent et achèvent alors de l'éveiller. Poussant un léger soupir, elle se retient de se redresser pour demander à celles qui parlent encore de se taire. Elle entrouvre un œil pour apercevoir l'horloge qui orne le mur. Quatre heures du matin. Et elle est arrachée à un merveilleux rêve… Fermant les yeux à nouveau, elle tente durant quelques minutes de retourner auprès de Morphée mais elle s'en trouve incapable. Les murmures s'intensifient. Les filles qui parlent doivent se moquer qu'on les entende ou non. Agacée, elle s'apprête à prendre la parole lorsque le timbre d'une voix attise sa curiosité. Mel. Elle reconnaîtrait entre mille ce son désagréable. Et sans pouvoir s'en empêcher, elle écoute.

« Non mais tu imagines ? », grogne la brune sur un ton scandalisé, « À cause d'elle, je n'ai même pas pu profiter de mon après-midi ! »

Ho ho… On parle d'elle. Une grimace glisse sur ses lèvres mais elle se force à rester immobile. Elle apaise doucement sa respiration, regrettant de ne pouvoir faire de même avec son cœur qui bat à toute vitesse. Mel continue.

« Cette garce mériterait une bonne correction ! », poursuit-elle, « Tu sais, le genre qu'elle ne pourra pas oublier de sitôt ? »

Une litanie de « oui », « je suis d'accord »,… émerge du silence. Combien de filles sont d'accord avec Mel ? Combien veulent la punir ? Le cœur au bord des lèvres, elle regrette presque d'avoir entendu cette conversation. Elle savait que Mel ne l'aimait pas. Mais à ce point ? Et les autres ? Elle ne veut pas en entendre plus. Pourtant, sa raison lui dicte d'écouter. Que mieux vaut prévenir que guérir. Durant quelques secondes, elle envisage de tout simplement de se rendormir. Mais après avoir entendu tout cela, elle ne peut tout bonnement pas. Soudain, un craquement se fait entendre et elle sursaute. Immédiatement ensuite, elle cesse de bouger, cessant presque de respirer. Plus personne ne parle et une fille s'approche de son lit. Elle sent son cœur battre contre sa poitrine et a l'impression qu'il va finir par briser sa cage thoracique pour s'en échapper. Clarke s'efforce tant bien que mal de retrouver une respiration profonde tandis qu'elle ferme ses paupières. Son stratagème ne fonctionnera jamais. On va la découvrir. Elle en est certaine. Elle se sent tellement ridicule… Une ombre s'étend au-dessus d'elle et elle sent le souffle de quelqu'un caresser son visage. Malgré elle, elle sent un frisson la parcourir. Durant quelques secondes, elle reste dans cette position sans oser bouger d'un millimètre, puis soudain, elle se sent soulagée. La fille s'est éloignée. Elle peut enfin respirer. Finalement, les murmures cessent définitivement et Clarke, incapable de se rendormir, passe le restant de sa nuit à contempler le plafond en se demandant ce que lui réserve le lendemain.


Pdv Bellamy

La nuit porte conseil paraît-il. Pourtant, celle de Bellamy n'a semble-il pas été d'un grand secours puisqu'il se retrouve toujours au même point. Au pied du mur. Il sait ce qu'il doit faire mais un millier de questions le harcèlent. Comment ? Et puis dans tout ça, il y a Octavia… Il ne peut décemment pas laisser Octavia seule. Mais l'emmener ? L'idée est pire encore ! En lui, tous les signaux de détresse sont allumés alors qu'il réfléchit à la tactique à adopter pour à la fois sauver Monty et protéger sa sœur. Durant de longues minutes, associer ces deux possibilités lui semble irréalisable, mais soudain, un éclair de lucidité traverse son esprit, l'éclairant tout à coup. Il sait comment il va procéder ! Bien-sûr, ça ne le satisfait pas totalement… Mais c'est mieux que rien, n'est-ce pas ? Il songe à sa sœur qu'il va devoir laisser derrière lui le temps de quelques jours. Le cœur serré, il passe sa main au travers de ses boucles brunes. Elle ne sera pas réellement seule puisque Nathan sera avec elle. Mordillant nerveusement sa lèvre, il se dirige vers leur tente dans laquelle il pénètre dans le plus grand silence. Le soleil se lève à peine mais il n'a pas dormi de la nuit. Epuisé, il se glisse dans un sac de couchage, aux côtés de sa sœur et s'endort alors comme une masse. D'ici quelques heures, il devra exposer le plan qui a germé dans son esprit.


Pdv Clarke

Assise sur une chaise, la jeune femme s'efforce de se concentrer sur son assiette à laquelle elle ne touche pourtant pas. Deux tartines grillées, une petite montagne de beurre, un verre de jus d'orange et une pomme l'attendent patiemment. Mais décidément, elle n'a pas faim. Étonnant comme dans ce camp, ils ne meurent jamais de faim ? On pourrait croire que, puisque c'est un camp créé par les soins de l'armée, ils ne mangeraient que de la purée et dieu sait quoi d'autre à base de pomme de terre. Mais ce n'est pas vraiment le genre de Marcus. Clarke ne doute pas du fait qu'il aime sans doute les ennuyer, les pousser à bout,… Mais il veut une équipe compétente et en bonne santé qui puisse faire honneur à la ville, pas un groupe de jeunes monstrueusement maigres et incapables de mettre un pied devant l'autre.

Soudain, une voix la ramène à la réalité et elle bat des paupières, surprise, avant de se tourner vers Wells. Elle voit ses lèvres se mouvoir, mais aucun son n'en sort. Elle reste donc là, abrutie, à tenter de déchiffrer un son lorsqu'il lui donne un coup à l'épaule en fronçant les sourcils.

Tu m'écoutes ou tu comptes m'ignorer ?, grogne le jeune homme, mécontent.

La blonde prend alors une moue penaude, alors qu'elle sent ses joues rosir brutalement. Décidément, en plus d'être nulle en tant que chef, elle ne fait même pas une bonne amie ! Elle secoue donc précipitamment la tête en lui adressant un regard désolé.

Excuse-moi Wells…, dit-elle d'une petite voix, Mais je n'ai pas dormi… Ou pas beaucoup…

L'air renfrogné du jeune homme disparaît presque automatiquement alors qu'un léger sourire fend ses lèvres. Il pose alors sa main sur celle de Clarke, comme pour la rassurer. Elle se crispe mais n'ôte pas sa main. Elle l'a bien assez vexée pour la journée, n'est-ce pas ?

Il se passe quoi ?, lui demande-il en se penchant vers elle.

Elle ne peut s'empêcher de sourire à son tour en découvrant l'air de connivence qu'il prend soudain. Ses yeux s'illuminent légèrement avant de finalement s'assombrir à nouveau. Mel vient de passer devant sa table, lui offrant un sourire qui lui semble particulièrement faux, au vu de la nuit passée. Elle ne fera toutefois pas de remarque. Elle ne doit pas. Ce serait se trahir… Wells remarque son regard et fronce alors les sourcils. Elle sent alors la main de son meilleur ami se crisper sur la sienne et lève les yeux vers lui, surprise. Mais les paroles qu'il lui offre la rendent plus ahurie encore.

Est-ce qu'elle t'a fait quelque chose ?

Quelque chose dans la voix de Wells la pétrifie. Peut-être est-ce cette tension qu'elle ressent soudain ? Ou alors la dureté du ton employé ? Ses yeux s'écarquillent doucement, mais elle comprend presque immédiatement que si elle lui disait la vérité, il irait trouver ces filles et leur ferait payer d'une manière ou d'une autre. Wells a toujours été protecteur envers elle mais jamais elle ne l'avait vu dans un état pareil. Il semble presque prêt à se battre. Wells. Comment diable ce camp a-t-il pu le changer ? Il est habituellement si droit…

Tout va parfaitement bien, lui souffle-elle en haussant les épaules.

Mais Wells ne semble pas vraiment la prendre au sérieux. Elle voit au regard qu'il lui lance qu'il ne la croit pas. Pourtant, la blonde ne lâchera pas le morceau. Haussant les épaules, elle détourne les yeux pour les reposer sur son assiette. Et comme pour lui faire comprendre que le sujet est clos et qu'elle veut passer à autre chose, elle prend la pomme qui se trouve sur son plateau et croque dedans avec entrain. Le fruit lui semble sans saveur mais elle n'en esquisse pas moins un sourire, comme parfaitement heureuse de se trouver là.

Les minutes passent, la grande aiguille se dépose enfin sur le douze et Clarke se lève presque automatiquement. Une cloche sonne et elle se dirige vers la sortie, laissant son plateau où il est. Elle sait ce qu'elle a à faire. Elle a été conditionnée à le faire.


Pdv Bellamy

Lorsqu'il ouvre les yeux, le ciel semble encore dégagé. Il n'a dû dormir qu'une heure ou deux mais Octavia a bougé à ses côtés, lui assénant un coup dans le ventre. Le souffle coupé, il se tourne vers elle et la découvre en train de l'observer. C'était donc fait intentionnellement, au final ?

Je sais que quelque chose te tracasse…, souffle la jeune fille à voix basse, désireuse de laisser les autres dormir.

Le brun hausse un sourcil avant de pousser un petit soupir et de rouler des yeux. Mais la brunette ne lâche pas l'affaire et le tient en joug avec son regard bleuté. Décidément, elle sait toujours tout sans qu'il ne lui dise quoi que ce soit…

J'étais en train de dormir, Octavia, lui réplique-il sèchement, La seule chose qui me tracasse est de trouver la bonne position pour dormir !

Bon d'accord, ce n'était pas très convaincant. Même lui s'en rend compte. Alors Octavia, certainement !

Ne me mens pas, Bellamy Blake, déclare alors la brunette alors qu'une lueur fugace traverse son regard.

Serait-ce de l'agacement ? Mais déjà la jeune femme poursuit :

Je ne suis plus une enfant, Bell' !, s'écrie-t-elle sans plus se soucier du sommeil des autres. Tu ne peux pas continuer à tout me cacher !

Le brun pousse un soupir. Glissant une main dans ses boucles brunes, il les ébouriffe un peu plus. Elle ne lâchera pas l'affaire. Durant quelques secondes, il songe à se détourner de la jeune femme et à ne lui laisser apercevoir que son dos pour toute réponse. Mais cela ne servirait à rien et il faudrait bien qu'un jour, il le lui dise. Et le plus tôt possible, puisqu'il songe quitter le camp le soir même. Il se redresse finalement, achevant de s'éveiller et pose son regard dans celui de sa sœur.

Je quitte le camp ce soir, déclare-il simplement.

Bellamy n'aime pas perdre de temps en veines paroles. Les fioritures, ce n'est pas du tout son genre. Les yeux d'Octavia s'illuminent alors qu'elle comprend qu'il compte aller chercher Monty, mais soudain, son visage s'assombrit. Bellamy sait qu'elle a compris.

Attend…, commence-elle, tu as bien dit « Je »… ?

Le brun acquiesce simplement alors qu'il se dégage du sac de couchage. Il se redresse sur les genoux et plante son regard dans celui bleuté de la brunette.

Oui, je, dit-il simplement avant d'ajouter, Jasper et moi, personne d'autre.

Il voit la bouche de sa sœur s'entrouvrir mais n'attend pas d'entendre ce qu'elle a à dire. Il se lève et s'en va tout simplement. Avant de quitter la tente, il secoue Jasper par l'épaule.

Dans cinq minutes dehors, grogne-il froidement.

Et il passe par l'ouverture, éclairant l'intérieur de la tente l'espace de quelques secondes.


Pdv Clarke

Marcus Kane beugle aux jeunes de se dépêcher alors que lui-même est assis dans une voiture, les suivant patiemment. Pour le coup, il semble prêt à écraser les derniers du peloton. Les yeux de Clarke passent une dernière fois sur le visage de l'homme, avant de se détourner précipitamment pour ne pas croiser son regard. Sans plus attendre, elle hâte le pas. Aujourd'hui, le terrain choisi est accidenté. Une vraie horreur. Ses pieds la font monstrueusement souffrir, mais mieux vaut ne pas s'arrêter. C'est pour ça qu'elle fait toujours en sorte d'être un peu à l'avance sur les derniers. Elle ne peut pas sembler faible. Pourtant, son truc, ce n'est vraiment pas la course à pied ! Elle tient plutôt de ses parents. Elle voulait devenir médecin, pas soldat. La guerre change tout malheureusement.

Le regard de Clarke s'assombrit alors qu'elle poursuit cette course. Son visage doit être rougi par l'effort et de petites gouttes glissent dans le creux de son dos. La chaleur provoquée par l'effort physique est intense.

Le sang battant contre ses tempes, elle se concentre sur le sol. Le chemin est semé de caillou… Il suffirait de trébucher dessus pour se rompre le cou. Soudain, un hurlement se fait entendre. Sans même réfléchir, la blonde court vers ce son mais, déjà il s'estompe, remplacé par des gémissements douloureux. Le cœur au bord des lèvres, elle sent la peur lui enserrer la gorge. Lorsqu'elle arrive au bord d'une falaise, elle découvre avec écœurement le corps de Mel. L'une de ses jambes a pris un angle bizarre. Les yeux de la blondinette s'écarquillent et elle sursaute lorsqu'une main est déposée sur son épaule. Elle lève les yeux et découvre alors Marcus.

Je suis trop lourd pour descendre en bas, déclare-il simplement avant d'ajouter, Ton équipe, ta responsabilité.

La jeune femme fronce les sourcils avant de comprendre subitement. Ses lèvres s'entrouvrent et elle reste un moment sans réagir. Alors c'est à elle de descendre ? Sérieusement ? Alors que cette fille était prête à lui faire un sale coup ? Pourtant, elle sait que cet homme a raison. Sa mère a cru lui offrir une meilleure vie en la faisant monter en grade immédiatement ? Elle se trompait lourdement. Clarke n'a pas l'impression d'être un leader. Pourtant, elle le doit.

Wells, apporte moi de la corde, déclare-elle, mais en le voyant ouvrir la bouche, elle poursuit : Maintenant.

Elle se redresse alors et lorsque son meilleur ami dépose la corde entre ses mains, elle la noue autour de sa taille. Un double, puis un triple nœud. Elle ne veut pas vraiment risquer sa vie à cause de cette stupide brune. Elle pose finalement son regard dans celui du jeune homme.

Je te fais confiance, souffle-elle en posant son regard dans celui de Wells.

Elle sait qu'à l'instant, elle vient de transférer une partie de son stress sur les épaules de son ami, mais à vrai dire, c'était inévitable tant elle était nerveuse.

Le cœur au bord des lèvres, elle pose son regard dans celui de Wells, puis esquisse un petit sourire qui ne convainc aucun des deux. Il sait qu'elle ne se sent pas prête, elle le sait également. Ce n'est rien d'autre qu'un secret de polichinelle. Prudemment, elle pose ses pieds au bord du gouffre alors que ses yeux s'écarquillent sous la peur. Elle se sent suspendue entre deux mondes. La terre ferme et le vide. Et des deux, seul le premier la tente.

Incertaine, elle se laisse glisser le long de cette paroi, alors que déjà, elle sent de petits cailloux rouler sous ses chaussures, la faisant glisser.

Attention !, gronda la voix de Marcus.

Durant quelques secondes, Clarke s'imagine lui rétorquer que si cela le gênait tant que ça, il pourrait prendre sa place. Mais ces quelques secondes d'inattention manquent de lui coûter bien plus gros. Avec un sursaut, elle sent son pied déraper sur un rocher glissant. À ce moment, elle comprend que la seule chose qui l'empêche de tomber est cette corde. Une pauvre corde… Une phrase lui vint à l'esprit et elle se sent frémir : « La vie ne tient qu'à un fil ».

Cet adage dit vrai. À cet instant, sa vie peut basculer d'un moment à un autre et elle n'aurait pas le temps de crier qu'elle serait déjà en bas, près de Mel. C'est hors de question. Redoublant de vigilance, elle continue sa lente progression. De temps à autre, elle pose le pied dans une mauvaise prise, mais elle en change presque instantanément. Elle n'a jamais rien escaladé, alors c'est peu dire qu'à l'instant, la peur est au rendez –vous.

Lorsqu'enfin ses pieds touchent la pierre, elle sent combien cette descente a été éprouvante. Ses muscles sont particulièrement douloureux et son cœur a pris un rythme effréné. Elle ne veut pas rester là. Elle se précipite alors vers Mel, la retournant précautionneusement.

Est-ce que ça va ?, lui murmure-elle délicatement en plongeant son regard dans le sien.

Mel a perdu de sa superbe. Sa longue chevelure brune est couverte de feuilles et de boue, son teint est cireux. Elle n'est pas jolie… Elle est pitoyable. Et même si Clarke devrait lui en vouloir, elle sait que ce n'est plus le cas. Pas après l'avoir vue dans un tel état.

Sans perdre de temps, elle défait sa ceinture de fortune et la passe autour de la taille de Mel avant d'y faire plusieurs nœuds. Elle teste leur solidité en tirant dessus mais rien ne se passe, elle ne se rompe pas. Tout se jouera lorsque de sa remontée.

Wells, monte-la !, s'entend-elle crier.

Et pour aider son meilleur ami, elle la redresse. Elle marmonne alors quelque chose au sujet du poids « plume » de Mel, tandis qu'elle sent doucement cette dernière quitter ses mains pour prendre de l'altitude. Sa jambe pend dans le vide et l'estomac de Clarke se retourne. Elle aurait dû lui faire une attelle de fortune… Mais cela aurait pris trop de temps. Sa conscience de médecin lui souffle aussi qu'elle n'aurait pas dû la bouger, mais dans le même temps, elle comprend que parfois, on ne peut pas faire ce que l'on désire.

Au bout de quelques minutes, la corde retombe près d'elle et sans plus attendre, elle la noue autour de sa propre taille. Il faut beaucoup moins de temps à Clarke pour remonter que ce qu'il a fallu à Mel pour faire le même bout de chemin.

Lorsqu'elle se trouve enfin au bord de la route, elle s'agenouille, le souffle court et les battements de son cœur hiératique.

Griffin, gronde soudain la voix de Marcus. Monte dans cette fichue voiture, je pense que l'on va avoir besoin de tes services. Les autres, vous rentrez à la base et au pas de course !

Mel est déjà à bord de la voiture lorsque Clarke y monte enfin. Le moteur vrombit et presque instantanément, la voiture bondit sur le chemin accidenté. Propulsée au fond de son siège, la jeune femme se tient tant bien que mal.

La guerre n'épargne personne. Pas même les jeunes soldats en formation.


Et comme d'habitude, un petit mot pour la fin : Je vous remercie pour vos review, vos follow, etc. Vraiment, ça m'a beaucoup touché et je suis heureuse que cette fiction puisse vous plaire ! Donc merci et surtout, n'hésiter pas à me laisser des reviews avec vos avis (positif ou négatif d'ailleurs !)

Et bien-sûr, je remercie également Samla pour sa jolie review !

Dans le prochain chapitre, vous retrouverez l'escapade de notre petit Bellamy mais également les suites des aventures de Clarke dans ce maudit camp !

A très bientôt !