.Une erreur peut être fatale.
« Carlisle »
La jeune fille pleurait et semblait souffrir le martyr. Elle se tenait le ventre, là où Edward l'avait percutée. Des larmes roulèrent sur ses joues. Je compris alors la terrible erreur que l'on venait de commettre. Edward, en réalisant que son cœur ne battait pas, l'avait immédiatement assimilé à notre race, et donc à un danger potentiel pour Bella. Nous l'avions tous compris, et nous avions prit son parti, mais il était évident qu'il s'était trompé. Qu'on s'était tous trompés, elle pleurait avec de vraies larmes, ce n'était pas un vampire, et elle était gravement blessée. Plus j'y pensais, et plus je me rendais compte de l'erreur qu'on avait commise. Ses yeux étaient bleus, et non rouge ou ocre, le sang montait maintenant à ses joues, les teintant d'un joli rose soutenu… et son cœur battait, en parfaite synchronie avec celui de Bella. Si on écoutait vraiment attentivement, on arrivait à les distinguer légèrement. Voilà la raison de notre erreur, une erreur impardonnable. Il m'avait fallu moins d'un centième de seconde pour réaliser tout cela, et j'avais bondit prés d'Isea, Edward sur mes talons. Il était terriblement confus, je voulais le réconforter, lui dire qu'on était tous coupable, que l'erreur est humaine…mais nous n'étions plus humain et de toutes façons, pour le moment, cela n'avait aucune importance. Je devais sauver cette fille, je devais réparer notre erreur. Je la prit dans mes bras - comme elle est légère - et l'emmenai dans la maison. Je la déposai sur le divan et partit chercher mon matériel médical. Quand je revins, Bella était à coté d'Isea, et avait cessé de pleurer. Les deux jeunes filles, malgré leur nombreuses différences, se ressemblaient terriblement. Je pensais qu'elles auraient même pu être des sœurs jumelles, ça ne m'aurait pas tant étonné que cela. Edward se tenait à l'écart, Bella lui ayant clairement signifié son aversion pour lui… Je souris à Edward en pensant qu'il n'avait pas à s'en faire, que ce n'était que temporaire, que Bella finirait par revenir vers lui…enfin, sauf si je n'arrivais pas à sauver Isea. Elle pourrait le détester éternellement et ce serait totalement compréhensible.
Après avoir passé plusieurs heures à stopper son hémorragie, et à remettre en place ses côtes cassées, Isea finit par reprendre vie, son rythme cardiaque, jusqu'alors totalement désordonné, se recalait lentement sur celui de Bella. Ce phénomène était d'ailleurs fascinant, et je me promis de m'y pencher plus tard. Pendant l'opération, j'avais plusieurs fois pensé à faire de cette enfant ma propre fille mais, heureusement, elle avait fini par s'en remettre. Je remerciais le ciel de m'avoir donné une famille dont tous les membres étaient capables de supporter l'odeur du sang. Bien sûr, ça avait été difficile au début pour Jasper mais maintenant, il le supportait aussi bien que les autres.
Pendant qu'Isea se remettait lentement, Bella s'étant endormie à ses cotés, j'entrepris de la nettoyer du sang qui avait collé sur son ventre, ses bras… Esmée m'apporta une bassine d'eau chaude et un gant de toilette. Dans l'urgence, j'avais déchiré sa chemise, maintenant, je m'attardais, le plus doucement possible, sans les réveiller, à lui ôter le reste du vêtement et la veste que je n'avais pas pris le temps d'enlever avant. Elle avait une jolie liane argentée tatouée sur le ventre, et qui, d'un coté, descendait visiblement jusqu'a sa cheville droite, et de l'autre, en passant dans son dos, remontait sur son épaule gauche. Je me demandais comment se déroulait la liane dans son dos, et me surprit à l'effleurer du bout des doigts sur son ventre. Décidément, c'était vraiment le moment de désirer une fille qui avait l'âge d'être mon arrière, arrière, arrière, arrière petite-fille. Je souhaitais intérieurement qu'Edward ne me tienne pas rigueur de mes pensées.
Tout à coup, alors que j'essayais de lui retirer sa veste, Bella posa sa main sur mon avant bras et me regarda bizarrement. On aurait dit un avertissement silencieux. De mon regard, je lui demandais pourquoi, et je ne saurais dire ce que je vis exactement, quoi qu'il en soit, j'ôtais mes mains de la jeune fille. Bella se leva et partit en silence à la cuisine. Elle devait avoir faim. Je restais prostré, immobile comme une statut, je ne sais pas ce que j'attendais, mais j'attendais, toujours stupéfait par le regard de Bella. C'était un mélange complexe de tristesse, de bonheur, et de…vide.
Au bout de deux heures, Isea se réveilla enfin. Elle me regardait de ses grands yeux bleus qui semblait dire « Mais qu'avez vous ? ». Il n'y avait aucune trace de peur, de reproche, ou de colère. Elle était simplement heureuse d'être là. Elle s'assit, et réalisant sa nudité, se couvrit de ses bras, une moue de honte et de confusion sur son visage poupon. Alice lui proposa alors d'aller prendre une douche et de se changer. Elle avait préparer la chambre d'amis et des vêtements propres l'attendaient dans la salle de bain. Elle se leva. Je lui demandais de rester calme et elle me sourit comme si je venais de dire la chose la plus stupide qui soit. Bella l'accompagna puis revint à la cuisine pour finir de faire cuire la viande et les pâtes. Comme cela faisait un moment et qu'Isea ne revenait toujours pas, l'inquiétude commença à me gagner. Bella alla la voir, et revint, une moue ennuyée sur son petit visage.
- Alice, aurais tu une veste qui aille jusqu'a mis cuisse mais pas trop chaude ? Parce que celle d'Isea est foutue, il y a du sang partout dessus.
- Euh…je ne crois pas, désolée, mais je pourrais lui en acheter une demain. Si elle a froid, on peut augmenter le chauffage…
- Non, ce n'est pas ça…C'est pas grave Alice, merci quand même.
Bella retourna auprès d'Isea. Elles revinrent toutes les deux au bout d'un moment qui m'avait semblé assez long. Isea était rouge comme une pivoine, et j'ai craint un instant que la douleur soit revenue malgré la morphine, mais ce n'était pas le cas.
- De quoi as tu honte Isea ? demanda au bout d'un moment Jasper.
- Euh…rien, j'ai pas honte…souffla t-elle.
Bella eu un sourire forcé puis se dirigea vers la cuisine. Isea, les bras dans son dos, longeait le mur.
- Bella, lui as-tu dit ce que nous sommes ? demandais-je au bout d'un moment, l'incompréhension s'insinuant en moi. Pourquoi Isea longeait-elle les murs, sinon pour nous éviter ?
- Non, bien sur que non ! s'écria Bella, outrée. Vous ne me faites plus confiance ?
- Si, bien sûr que si ma chérie, dit Edward.
- Toi, ne me parle pas. C'est bien mieux pour le moment. Surtout pour dire cela, il me semble que tu es de loin le plus mal placé pour parler de confiance ! dit Bella, au bord de la crise de nerf.
Isea ne bougeait plus et suivait le dialogue en silence. Elle semblait gênée car le prolongement du mur partait sur la gauche, à l'opposé de la cuisine. Il fallait alors inévitablement qu'elle nous tourne le dos pour y aller. Elle prit une grande inspiration.
- Quoi qu'il se passe, quoi que vous découvriez, essayez cette fois de ne pas m'envoyer valser, merci… dit Isea, penaude.
