Chapitre 3 Au commencement
Quand il était arrivé la première fois pour suivre l'enseignement de maître Hawkeye, il avait cru que tout irait vite. Il avait seize ans, et à cet âge là, la patience est rarement très développée.
Roy avait toujours été un bon élève et il se considérait comme particulièrement intelligent. Il pensait naïvement que parce qu'il avait de bons résultats scolaires et qu'il était motivé, il apprendrait l'alchimie en peu de temps. Mais son maître était très différent de ceux qu'il avait eus à l'école. C'était un homme froid et distant, passionné par ses recherches, qui ne parlait de rien d'autre que d'alchimie.
Roy suivait ses cours avec applications, passant ses journées à écouter les théories de son professeur, ses soirées plongé dans les livres à déchiffrer des formules compliquées et ses nuits à rêver de transmutation. Maître Hawkeye l'avait tout de suite mis en garde sur les interdictions et les impostures de l'alchimie. Sa science permettait beaucoup de choses, mais ce n'était pas de la magie. Il pouvait transformer les choses, mais jamais il ne créerait quoi que ce soit.
Au début, Roy ne venait que deux fois par semaine suivre les cours. Il empruntait des livres et étudiait chez lui, en plus de ses cours pour l'école. Puis trouvant que son élève en valait la peine, son professeur lui proposa de rester chez lui pour l'été. Il pourrait ainsi apprendre plus vite et rester concentré. Les trajets prenaient du temps et cela éviterait à Roy de transporter son matériel ou ses livres entre chez lui et chez son maître.
Il n'aurait dû rester qu'un mois, mais la réalité fut différente comme toujours. Au départ, Roy appréhendait un peu de se retrouver seul avec ce vieil homme au regard trouble. Maître Hawkeye était un solitaire et à part la visite quotidienne d'une dame très discrète qui semblait tenir la maison et leur servait le déjeuner, il ne se passait rien. Les journées étaient entièrement consacrées à son entraînement, variant les approches et les théories, mais jamais de discussion personnelle. Les premiers soirs, il fut surpris de trouver son dîner prêt sur la table de la cuisine et de devoir manger seul. Les jours passant, il s'habitua à ce mode de vie. Les choses semblaient se faire naturellement. Son linge était lavé, son lit refait au propre toutes les semaines, et il trouvait son petit déjeuner à la cuisine dès qu'il se levait. Rien ne venait perturber son enseignement. Il était là pour apprendre et tout était mis à disposition pour qu'il reste concentré.
Ca faisait presque trois semaines qu'il étudiait à plein temps et il ne faisait aucun progrès. Il commençait à comprendre les bases, mais il était incapable de transmuter quoi que ce soit. L'entraînement intensif ne semblait pas porter ses fruits. Il connaissait par cœur les éléments de décompositions chimiques, savait les différences entre les alcalins et les allogènes, pouvait réciter sans problème les formules des réactions de base pour créer des alliages, mais était incapable de le mettre en pratique.
Il ne pouvait pas dormir. L'ouvrage sur lequel il travaillait ne faisait que lui parler de choses qu'il connaissait déjà et un vrai sentiment de frustrations l'envahit. Sans faire de bruit, il descendit à la cuisine et pensa se faire chauffer un peu de lait pour dormir. Son maître vivait au rez-de-chaussée, sa chambre étant à coté de son bureau, et Roy ne voulait pas le déranger. Il se dirigea à la cuisine sur la pointe des pieds et fut stupéfait d'y trouver de la lumière.
Le salon était vide, et la porte de la bibliothèque était fermée, donc son maître devait être couché. Aurait-il oublié d'éteindre avant d'aller au lit ? Le vieil homme perdait un peu la tête parfois quand il parlait de ses recherches, mais pour le reste, il savait parfaitement ce qu'il faisait.
Roy avança doucement et entendit des bruits de vaisselles. Il y avait bien quelqu'un à la cuisine. Il hésita, pensant qu'il pourrait remonter discrètement, mais la curiosité dominait. Son maître semblait toujours en dehors des réalités matérielles communes mais dans ces circonstances, il pourrait peut-être lui parler un peu, en dehors de l'alchimie. Il vivait chez lui depuis plus de trois semaines, venait suivre ses cours depuis prêt de trois mois et il ne savait rien de sa vie ni de sa famille. Un homme seul n'avait pas besoin d'une si grande maison, il devait avoir une raison pour rester ici. Il prit une profonde inspiration et entra, se disant qu'il n'avait rien à perdre. Sans regarder à qui il s'adressait, il prit un air sûr de lui et annonça : « Bonsoir mai... »
Les mots restèrent dans sa gorge. Il se trouva nez à nez avec un gamin d'à peine quinze ans, en short et t-shirt et en train de nettoyer les assiettes du dîner. Sa propre assiette, encore pleine, attendait sur la table.
Le gamin le regarda d'un air un peu interloqué mais pas plus surpris que ça de le trouver là. Comme il restait planté en face de lui, il finit par demander : « Vous vouliez quelque chose ? » Sa voix était douce mais ferme, peut-être un peu aiguë, mais quoi de plus normal à son age ? Ce garçon avait du caractère, il le remarqua immédiatement. Ce qu'il nota aussi, c'était cheveux blonds et courts et ses yeux chocolats perdus dans le vague. La ressemblance lui coupa le souffle. Ce garçon devait être le fils de son maître. Les mêmes cheveux, les mêmes yeux. Pourtant, sa peau était plus délicate et ses mains plus fines. Il le dévisagea de haut en bas et nota une chose étrange. Ce 'garçon' était bâti de façon harmonieuse, mais un peu trop en formes pour quelqu'un de son age. Roy laissa couler son regard sur sa poitrine et rougit. Son t-shirt était certes ample, mais il finit par remarquer qu'il tirait un peu à certains endroits. Une fille. Roy rougit encore plus et baissa les yeux. Elle avait des jambes magnifiques aussi…
Elle commençait à trouver déplaisant de se faire dévisager ainsi et quand ses yeux s'arrêtèrent sur ses seins, elle sentit la colère monter en elle rapidement. Au moment où elle allait exploser, il baissa la tête et marmonna quelque chose.
« Pardon ? » demanda-t-elle d'une voix agacée.
Roy leva pitoyablement les yeux et, évitant son regard dit simplement: « Vous êtes la fille de maître Hawkeye... » Ce n'était pas vraiment une question, mais elle se crut obligée de répondre. Après tout, son père n'avait pas fait les présentations. Elle se ressaisit et tendit la main après l'avoir essuyée sur son short.
« Elizabeth Hawkeye. Vous êtes monsieur Mustang, j'imagine ? »
Roy hésita un peu et finit par lui serrer la main. Il n'avait pas l'habitude de ce genre de comportement, surtout de la part d'une fille de cet age. Au lycée, ses camarades lui parlaient normalement, l'appelant simplement par son prénom. Et les filles, en général, rougissaient dès qu'il croisait leurs regards et se mettaient à ricaner comme des dindes. Et si jamais elles se décidaient à lui parler, le résultat donnait souvent un bégaiement inaudible ou quelques remarques aguicheuses pour les plus téméraires. Le fait que cette gamine soit complètement indifférente à son charme réveilla quelque chose en lui. Il voulait la connaître, il voulait lui plaire, il voulait... Il ne savait pas trop ce qu'il voulait précisément, mais il avait bien l'intention de tout faire pour le trouver.
« Vous pouvez m'appeler Roy, je ne suis pas tellement plus vieux que vous. »
Il essaya un de ses sourires, mais elle semblait parfaitement immunisée.
« Vous vouliez quelque chose, monsieur Mustang ? » Elle reprit son air ennuyé et le regarda droit dans les yeux. Il sentit mal à l'aise et commença à se balancer d'un pied sur l'autre.
« Eh bien, je n'arrive à rien ce soir, ni pour l'alchimie ni pour dormir... » Pourquoi lui racontait-il ça ? Il ne la connaissait même pas et il lui racontait déjà sa vie ! Décidément, il manquait vraiment de pratique à être enfermé dans cette maison. Il toussota avant de reprendre, les yeux tournés vers la fenêtre.
« Je venais prendre un verre de lait, mais si ça vous dérange, je repasserai plus tard... » Il se sentait complètement idiot. Pourquoi se comportait-il de cette manière ? Ce n'était qu'une gamine.
« Comme vous voulez... » Elle n'avait ni confirmé ni infirmé le fait qu'il la dérange, mais elle s'était simplement retournée pour continuer sa vaisselle. Roy se sentit vexé. Il n'aimait pas du tout son attitude. Elle devait avoir quatorze ans et n'avait rien de particulièrement intéressant. Pour qui se prenait-elle ? Il resta à la regarder en silence. Ses cheveux étaient trop courts et elle n'était pas du tout féminine. Alors pourquoi n'arrivait-il pas à décrocher ses yeux de son visage ? Ses yeux étaient marrons, plutôt quelconques, son visage rond et trop pale, enfin bref, elle n'avait rien d'extraordinaire. Mais elle avait cette lueur dans le regard, une profonde tristesse, mêlée à une sorte de douleur incommensurable et une force incroyable. Elle s'appliquait à ne pas montrer d'émotion, mais il devinait toute la détresse qu'elle devait ressentir et il se sentait proche d'elle. Il voulait la rassurer, la protéger. Il venait de la rencontrer, mais il se sentait lié à elle. Elle avait beau être froide, distante, et relativement désagréable, il savait que ce n'était qu'une carapace. Il s'approcha de l'évier et s'assit sur le rebord du comptoir pour être en face d'elle. Il attrapa un torchon et commença à essuyer les assiettes qu'elle avait posées dans l'égouttoir.
Au début, elle fut surprise de le voir rester, et encore plus de le voir l'aider. Mais elle appréciait sa compagnie. Il avait un coté arrogant un peu agaçant, mais il avait un certain charme. Un peu trop peut-être. Le genre à tomber les filles comme il voulait. Ca ne prenait pas avec elle, malheureusement. Elle restait silencieuse, concentrée sur sa vaisselle. Le nombre de plats diminuait rapidement et elle se sentait se vider au rythme de l'évier. Contre toute attente, elle aimait être là, à coté de ce garçon qui lui parlait pour la première fois, même si en fait ils ne se parlaient pas vraiment. Comme s'il lisait dans ses pensées, il demanda :
« Pourquoi je ne vous ai jamais vue avant ? »
Elizabeth sourit. Une esquisse de sourire en réalité mais Roy sentit une bouffée de chaleur lui parcourir le corps. Allait-il réussir à briser la glace ?
« Parce que vous ne regardez pas, monsieur Mustang. »
Il lui décocha un regard interrogateur et son sourire s'élargit, au plus grand plaisir de son interlocuteur.
« Vous êtes toute la journée dans le bureau de mon père ou perdu dans vos livres. Ouvrez les yeux sur le monde. L'alchimie est une science merveilleuse, mais elle ne sert à rien enfermée dans des manuscrits. Ses bases reposent sur la nature, et jamais vous n'avez pensé à aller l'étudier de près... »
Il fut piqué par cette remarque et répondit immédiatement : « Parce que vous, vous êtes experte peut-être… »
Elle le regarda avec surprise et il se sentit un peu idiot. Evidemment, elle était la fille d'un des plus grands alchimistes de la région, alors elle devait connaître beaucoup plus de choses que lui sur le sujet. Et elle n'avait fait que lui donner un conseil, pour l'aider à apprendre plus vite.
Roy commença à bredouiller des excuses, mais il se prit une giclée d'eau froide en plein visage avant de finir sa phrase.
« Hé ! Mais ça va pas ! »
Elizabeth avait l'air plutôt satisfaite de sa mine déconfite et rétorqua simplement en se séchant les mains : « Je voulais juste vous ramener à la réalité. Vous êtes tellement suffisant… »
Roy prit un air outragé et elle éclata de rire. Il fut stupéfait par sa réaction, mais ce qui le surprit le plus fut cette sensation bizarre dans son ventre. Il ne pouvait décrocher ses yeux de cette gamine qui se moquait de lui. Et pas parce qu'il était vexé, mais parce qu'il était fasciné et envoûté par son rire.
Elle finit par retrouver son calme et s'apprêtait à quitter la pièce quand il la rappela.
« Vous ne mangez pas ? » Il désigna son assiette, toujours pleine, restée sur la table. Elle sourit et répondit : « Je vais chercher du lait. »
Elle revint quelques instant plus tard et lui tendit la bouteille encore scellée. Roy la remercia et commença à fouiller la cuisine à la recherche d'une casserole pour se faire chauffer son lait, mais ne trouvait rien.
Encore une fois Elizabeth prit les choses en main et moins de cinq minutes, elle lui versa une tasse de lait chaud, dans lequel elle avait fait infuser deux bâtons de cannelle. Il se sentait de plus en plus idiot devant cette gamine silencieuse.
Elle resta à table à manger son plat vraisemblablement froid, toute seule, à une heure où tout le monde normalement dormait. Il la regarda un moment sans rien dire, puis n'y teint plus et demanda :
« Pourquoi êtes-vous là ? »
Elizabeth leva un sourcil, et après avoir pris le temps d'avaler, elle répondit simplement : « J'habite ici. »
Roy rougit un peu devant la bêtise de sa question et se reprit : « Je veux dire, pourquoi êtes-vous à la cuisine maintenant ? Vous ne mangez pas avec votre père ? »
Elle ne dit pas un mot et continua à manger.
« Moi, encore je comprends que je sois seul, maître Hawkeye ne va pas changer ses habitudes pour moi, mais je pensais que vous passiez du temps ensemble… »
« Eh bien, vous pensiez mal. » Sa réponse était plus sèche qu'elle ne l'aurait souhaité, et elle rougit un peu avant de se reprendre.
« Mon père est toujours plongé dans ses recherches. Je ne trouve pas très plaisant de dîner avec un fantôme. Et comme il se couche avec les poules, j'aime autant vivre à mon rythme. »
Roy médita sur ses dernières paroles avant de recommencer ses questions ;
« Et au déjeuner, vous ne venez jamais avec nous. Je ne vous fais pas peur, j'espère… » Il avait un sourire en coin sur cette dernière remarque qui la fit sourire.
« Ne vous surestimez pas, monsieur Mustang. Juste les conversations d'alchimistes m'ennuient. » Elle se leva pour laver son assiette, mais il la lui prit des mains et se mit devant l'évier. Comme elle avait l'air surprise, il s'expliqua : « Je me fais pardonner pour vous avoir importuné, mademoiselle Elizabeth… »
Encore ce sourire. Elizabeth sentit une étrange chaleur dans sa poitrine, et ses joues la chauffaient. Elle murmura un merci avant de se cacher derrière sa tasse de lait.
Roy remarqua tout de suite la jolie teinte rosée qu'avait pris son visage et se sentit envahi d'un immense sentiment de fierté. Il avait peut-être ses chances. Non pas que cette gamine l'intéresse vraiment, mais il la trouvait assez mystérieuse, et étant curieux de nature, il voulait simplement apprendre à la connaître.
De toute façon, il ne pouvait s'agir de quoi que ce soit d'autre, il ne l'avait rencontrée que quelques dizaines de minutes plus tôt.
Elizabeth avait fini son lait et elle ne voyait aucune raison de rester avec ce garçon, qui commençait à la mettre mal à l'aise. Il la regardait avec insistance, comme s'il cherchait à déchiffrer son âme, et elle se sentait à découvert en face de lui. Aucun de ses amis n'avait cette intensité dans les yeux, la rendant complètement vulnérable. Elle allait rejoindre sa chambre quand il demanda, d'un air faussement détaché :
« Comme je vais rester encore un moment, je me disais que si ma compagnie ne vous est pas trop déplaisante, nous pourrions… enfin… serait-il possible que nous dînions ensemble ? »
Une fois encore, sa fierté prenant le dessus, Elizabeth ne put retenir une remarque sarcastique :
« Et qu'est-ce qui vous fait croire que vous allez rester ici longtemps ? » Elle aussi avait un sourire en coin, et pour la première fois, ils se souriaient mutuellement. Une sorte de décharge électrique passa entre eux, mais aucun ne put comprendre pourquoi.
Roy ne se laissa pas démonter et répliqua : « Et bien, je ne crois pas que maître Hawkeye prenne très souvent des élèves à domicile, donc il doit penser que j'en vaux la peine… » Il avait encore cet air suffisant qui l'agaçait tant. Elle voulait lui rabattre son caquet une bonne fois pour toute, mais effectivement, c'était la première fois que son père prenait un élève à plein temps. Pourtant, elle n'allait pas le laisser gagner sur une victoire aussi facile.
« Il n'est pas infaillible, vous savez…Et vous n'êtes venu là que pour un mois, parce que ça l'arrangeait. Donc vous ne serez ici que pour encore une semaine tout au plus… »
Roy se sentit un peu vexé par le peu de confiance qu'elle avait dans son intelligence, mais préféra retourner son argument à son avantage.
« Du coup, vous ne pouvez pas refuser de m'accorder votre compagnie, vous ne vous engagez pas pour longtemps. »
Elizabeth fut prise de cours. Comment répondre à ça ? Et puis, pourquoi refuser ? Elle n'appréciait qu'à moitié de dîner toute seule, donc sa proposition pouvait être des plus sympathiques, même si elle n'allait pas l'avouer.
A la place elle se contenta de hausser les épaules en répliquant : « Comme nous habitons tous les deux cette maison, je ne peux pas vous empêcher d'être à la cuisine en même temps que moi, monsieur Mustang… » Elle avait une étincelle particulière dans le regard qui l'amusait et lui plaisait.
Il reprit son air détaché et continua : « En effet. Si on se retrouve pour les repas, ce ne sera que par pur hasard étant donné que nous vivons sous le même toit. »
Il lui sourit encore une fois, et elle le lui rendit.
« Alors bonne nuit, monsieur Mustang. On se reverra peut-être. »
« Bonne nuit, mademoiselle Elizabeth. On se reverra sûrement. »
Ils montèrent l'escalier ensemble puis chacun partit de son coté avec un essaim de papillons dans l'estomac.
A partir de ce moment-là, Roy prit l'habitude de finir sa journée dans le jardin. Il mettait en pratique les conseils de la fille de son maître et se concentrait à étudier la nature à sa source. Ou de moins ce fut ce qu'il prétendit les premiers soirs, quand il attendait le retour d'Elizabeth, assis sur le perron à contempler les arbres. Ni l'un ni l'autre n'étaient dupe, mais ils prétendaient plutôt bien.
Roy faisait la conversation, racontant à sa nouvelle amie l'avancée de ses recherches, ses difficultés et tout ce qui remplissait ses journées. Elizabeth était beaucoup plus discrète sur ses activités, mais elle l'écoutait avec intérêt, prenant un malin plaisir à le remettre en place dès qu'il partait dans une envolée lyrique sur l'alchimie et ses vertus. Ou quand elle le trouvait un peu trop prétentieux.
Comme elle l'avait supposé, son père fit les démarches nécessaires pour que Roy reste chez eux plus longtemps. Il le considérait comme un élève digne de confiance et voulait vraiment s'impliquer dans sa formation.
Grâce au soutien d'Elizabeth, Roy s'accrocha, même s'il avait beaucoup de mal à suivre les théories de son maître. Elle était toujours là pour lui remonter le moral ou le conseiller même s'il découvrit à sa grande surprise qu'elle n'avait jamais suivi la formation de son père et donc ne connaissait que peu de chose à l'alchimie.
Et bien sûr, elle n'oubliait pas quelques piques de temps en temps, pour le plaisir de l'agacer.
Les semaines passant, ils devenaient de plus en plus proches et Roy attendait chaque soir avec impatience, le moment où il pourrait discuter à cœur ouvert avec cette jeune fille dont il savait si peu de choses.
Il était à chaque fois fasciné par l'intensité de son regard, cette lueur bizarre qu'il avait vue le premier soir et qu'il n'arrivait pas expliquer. Cette mélancolie permanente qui la rendait si attachante. Il avait toujours envie de la protéger. Peut-être était-ce parce qu'il ne parlait à personne d'autre de la journée, mais il se sentait de plus en plus attiré par cette petite blonde. Il aurait voulu la connaître mieux, mais elle ne se livrait pas facilement et il n'obtenait que rarement de réponse à ses questions. Surtout si elles étaient personnelles, et il avait un vrai sentiment de frustration qu'elle ne lui fasse pas plus confiance.
Mais il avait trouvé un grand réconfort le jour où par hasard il s'était rendu compte qu'elle était chatouilleuse.
Tout avait commencé dans le jardin où il l'attendait comme tous les soirs. Il avait trouvé un épi de blé sauvage et s'appliquait à l'étude des grains dans leurs coques, quand elle s'approcha de lui. Elle commença comme souvent à se moquer de lui et de sa concentration sur quelque chose d'aussi insignifiant quand il se retourna et utilisa son épi pour lui balayer le bout du nez.
La réaction ne se fit pas attendre. Elle se débattit un peu et lui demanda d'arrêter, mais finit par éclater de rire. Son rire portait quelque chose d'extraordinaire qui déclenchait des dizaines d'émotions chez lui. De la joie et de l'amusement bien sûr, mais aussi de l'envie et de l'avidité. Il en voulait toujours plus, ne se lassant pas de l'entendre. Et il y avait aussi cette curieuse sensation au fond de son ventre, comme un désir inavoué. Qui le consumait lentement Il continua son petit jeu, jusqu'à ce qu'elle manque d'air et le supplie de la laisser tranquille. Il avait arrêté, plutôt content de lui, mais avait bien retenu les zones qui la faisaient le plus réagir et utilisait cette attaque chaque fois qu'elle le titillait un peu trop.
La complicité entre eux allait grandissante et ils changeaient tous les deux dans leur manière de se comporter l'un avec l'autre. Même s'ils continuaient à se vouvoyer, ils se rapprochaient, et devenaient des amis de plus en plus intimes.
Un soir où il pleuvait, Elizabeth rentra plus tard que d'habitude. A cause du temps sans doute, Roy ne l'attendait pas sur le perron, et elle sentit son cœur se serrer. Elle réalisa alors combien elle tenait à leur rituel et combien ce jeune homme était devenu important dans sa vie. Elle alla directement à la cuisine sans prendre le temps de se changer et d'enlever ses vêtements trempés par la pluie. Roy n'était nulle part en vue, et elle n'osa pas aller le chercher. Il avait du aller se coucher et elle ne voulait pas le déranger. Elle se fit réchauffer un peu de ragoût, et commença à manger quand il pointa le bout de son nez. Bien sûr, il n'apprécia pas qu'elle ne l'ait pas attendu et ne se priva pas pour le lui faire remarquer. Elle essaya de se justifier, mais il ne voulait rien entendre et passa à l'assaut. Elizabeth en tentant de lui échapper se prit les pieds dans le tapis et se retrouva au sol, ce qui permit à Roy de se jeter sur elle et d'entamer sa séance de chatouilles dans les règles de l'art.
Elizabeth se débattait et riait, en essayant de le frapper. Elle avait dû bouger un peu vite pour lui et sa main dérapa. Ils restèrent tous les deux immobiles, dans le silence pesant de la pièce. Elle avait brusquement arrêté de rire, mais sa respiration restait saccadée. Roy ne riait plus lui non plus, et restait incapable de bouger en réalisant sa position.
Il était à moitié allongé sur elle, une jambe de chaque coté de ses cuisses. Elle avait les cheveux ébouriffés et les joues rouges d'avoir trop ri. Sa poitrine montait et descendait au rythme rapide de sa respiration et il sentait son cœur battre à tout rompre. Le sien n'était pas en reste. Il était essoufflé mais la sensation qui dominait à cet instant étai un immense désir pour la jeune fille en dessous de lui. Sa main avait frôlé son sein, mais elle semblait refuser de se déplacer. Roy essaya de se concentrer pour bouger, mais il était paralysé.
Elizabeth le regardait bizarrement, avec un mélange de peur, d'appréhension, mais aussi quelque chose de plus surprenant, du désir.
Il se pencha vers elle et murmura sur un ton mal assuré qu'elle ne lui connaissait pas : « Si vous ne bougez pas tout de suite, mademoiselle Elizabeth, je crois que je vais vous embrasser… »
Elizabeth était pétrifiée. Elle savait qu'elle aurait dû se relever, qu'elle aurait dû le pousser, ou au moins lui répondre, mais elle resta parfaitement immobile, le souffle court, à se noyer dans ses yeux noirs.
Désolée d'avoir autant tardé pour la suite, mais je suis assez débordée en ce moment… Bon, je ne sais pas ce que vaut ce chapitre, j'ai eu beaucoup de mal à l'écrire. J'avais du mal à imaginer l'adolescence de Liza. Je ne voulais pas la faire passer pour une causette, s'occupant de tout dans la maison, et je voulais aussi respecter le manga. Elle n'apparaît pas comme très proche de Roy quand il retourne voir son père, ce qui me fait dire qu'ils ne devaient pas se voir tellement pendant qu'il suivait sa formation. Donc j'ai choisi de ne pas trancher et de laisser le lecteur imaginer ce qu'elle fait de ses journées. Je pense qu'elle va à l'école, peut-être un truc privé et sophistiqué qui l'occupe jusque tard le soir… Bref, j'ai fait ce que j'ai pu, je ne suis pas experte en ado, et je crois l'avoir rendue un peu trop mature mais c'est voulu… Le prochain chapitre continuera à cette époque, mais avec le départ de Roy pour l'armée, donc ça devrait être un peu plus triste.
Finalement, ça reste assez cheesy, je suis désolée pour ceux qui espérait une histoire plus sombre, ça met du temps à se mettre en place…
