SCHOOL WARS

Episode 3 : La Revanche des Yankees

Le mois de décembre était enfin arrivé. TOUT semblait parfait pour cette semaine de vacances bien méritées qui attendaient les studieux élèves et leurs sympathiques professeurs: la neige de ces derniers jours avait fondue, Dumbledore avait temporairement renoncé à son AAD (trop fatiguant à entraîner)... et une énième goutte d'eau vint s'écraser dans le porridge verdâtre déjà peu ragoûtant de Pansy Parkinson, assise à la table du petit déjeuner.

Celle-ci grogna, leva la tête, et se reçut une goutte glacée en plein dans l'œil.

-RHAAA ! Il pleut tout le temps dans ce pays ! cria-t-elle en frappant un poing rageur sur la table humide.

-Ça ne serait pas un problème si le vieux fou qui tenait cette école la tenait correctement, maugréa Drago Malefoy, assis en face d'elle.

Il tourna la tête, considéra les multiples seaux et écuelles sur le plancher de la Grande Salle, qui récoltaient l'eau de pluie, et leva les yeux au ciel.

-J'ai raison, n'est-ce pas? fit-il d'une voix traînante en se tournant vers les deux benêts qui lui servaient de faire-valoir.

-Glaglaglaglaglaglaglagla... lui répondit Goyle, grelottant, le teint bleuâtre, emmitouflé tant bien que mal dans une cape épaisse trop courte pour lui.

La pluie redoubla, et le "ploc ploc" des gouttes se fit plus intense. Tous les élèves présents soupirèrent comme un seul homme.

-Hééééé! fit soudain Crabbe. Il pleut dedans et on est pas dehors! C'est magique!

Il éclata d'un rire niais.

Drago leva la tête et scruta le plafond, l'air songeur:

-Tout de même... Comment un "Plafond Magique" peut-il avoir des fuites? demanda-t-il au bout d'un moment.

La table des Serpentard retomba dans le silence, tandis que tous ses occupants fixaient le plafond de la Grande Salle, intrigués.

Dumbledore se leva majestueusement, fit mine de ne pas remarquer la goutte de pluie qui venait de tomber sur son nez, puis, de sa main sertie de bagues en diamants véritables, leva son verre en cristal Swarovski et le fit tinter avec sa petite cuiller en argent:

-Élèves de Poudlard ! Votre attention s'il vous plaît !

Le brouhaha s'atténua, et des regards hostiles se tournèrent vers le vieil homme.

-Je pense que vous avez remarqué que depuis ces quelques jours de pluie incessante, nous avons quelques problèmes de tuyauteries! poursuivit-il.

L'assemblée des élèves trempés et frigorifiés le fusilla du regard, tandis que les professeurs blasés secouaient la tête de dépit. Chourave repoussa son bol de porridge inondé et grimaça.

-Mais, mais, reprit le directeur en levant un doigt où étincelait un rubis, cette situation va être bien vite réglée!

Il se tut et sourit pour intensifier son effet, ce qui ne fit qu'exaspérer davantage les élèves. Puis il poursuivit:

-En effet, Mr Rusard a promis de disposer des seaux dans les Salles Communes et dans la chambre d'Harry Potter !

Un murmure outré parcourut le réfectoire, et Potter, qui n'avait rien demandé à personne, déglutit en sentant des regards lourds de sens se poser sur lui.

-HARRY POTTER? s'énerva Drago. ET NOS CHAMBRES A NOUS?

Albus eut l'air gêné:

-C'est que... le budget ne nous permet pas d'acheter plus de seaux, et...

Madame Chourave se pencha vers Dumbledore, et lui dit sur un ton de confidence:

-Albus... Ce ne sont pas des seaux dont nous avons besoin! Avec la température qui ne cesse de baisser, des réparations me semblent plus appropri...

-DES RÉPARATIONS?

Le directeur tressaillit et mit précipitamment sa main sur son cœur:

-Des réparations! répéta-t-il, choqué. Mais vous n'y pensez pas? Un tel gaspillage! Alors que le budget est au plus bas!

Flitwick, assis deux chaises plus loin, plissa les yeux:

-Et peut-on savoir où est passé ce... budget? insinua-t-il en se tapotant le bout du nez.

Albus esquissa un béat sourire:

-Et bien je pense que vous allez TOUS être ravis, oui, RA-VIS: j'ai moi-même concoctés plusieurs plans anti-American Institute of Magic qui, certes, nous ont valu quelques milliers de gallions, mais qui assurément en mettront plein la vue à CES CHIENS DE YANKEES!

Un long silence interdit suivit cette remarque, et on put entendre l'incessant clapotis des gouttes de pluie dans les écuelles.

-Bref, reprit enfin Dumbledore, la question est donc réglée! Je vous souhaite donc à tous de bonnes vacances et un bon petit déjeuner!

Il se rassit tandis que les élèves considéraient avec dégoût l'unique plat au menu, une mélasse de porridge tiède et grumeleuse.

Albus se tourna vers Rogue qui, assis à côté de lui, tentait depuis une bonne demi-heure d'identifier le contenu de ce gruau.

-Pensez-vous qu'ils aient remarqué la restriction de budget des Elfes de maison cuisiniers? chuchota-t-il.

OoOoO

Après cet agréable petit-déjeuner, Rogue s'achemina aussi vite que possible vers l'infirmerie.

Il avait pris l'habitude de venir parler régulièrement de l'avancée de l' « enquête Raspoutine » avec sa complice, et allait donc voir Pomfresh dès qu'il le pouvait… ce qui n'aidait pas à démentir l'étrange rumeur qui prétendait que lui et l'infirmière vivaient une passion torride et secrète.

Rogue entra donc dans l'infirmerie. Pomfresh y lisait un magazine, assise sur un inconfortable tabouret en inox (nouvelle restriction budgétaire de Dumbledore, qui avait revendu tous les fauteuils, à l'exception des siens).

-Aurogastus a refait des siennes, décréta le professeur de potions après s'être assuré qu'ils étaient seuls.

Intéressée, Pomfresh releva les yeux de son magazine, le « Mensuel de l'Infirmière Névrosée ».

-Je l'ai surpris encore hier, reprit Rogue. Régulièrement, il prend des notes sur tout, et il les envoie je ne sais où par hibou…

Pomfresh pinça ses lèvres :

-Il va bien falloir mettre Albus au courant à un moment ou un autre !

Rogue leva les yeux au ciel :

-Pour qu'il lui envoie l'AAD ? ironisa-t-il. De plus, je n'aime pas l'avouer, mais nous n'avons aucune preuve tangible, et peut-être agit-il de manière totalement innocente…

-Innocente ? Croyez-vous ? fit l'infirmière. Lisez donc ceci !

Elle tendit à Severus son magazine, et lui désigna la page à lire :

-Là !

Rogue lut d'une voix monocorde :

-… avec la potion miracle du bon docteur Magouille, vous guérirez de tout, même de la bêtise… Pour un baume miracle acheté, un cataplasme à la moutarde et aux sangsues à moitié prix…

Il releva des yeux blasés vers l'infirmière, mais croisa un regard plus blasé encore.

-L'article en dessous, Severus…

-Oh.

Les yeux du professeur parcoururent ledit article.

On y faisait allusion à une toute nouvelle infirmerie scolaire, qui était un modèle du genre. Le journaliste semblait l'avoir beaucoup aimé : à l'aide d'un nombre ahurissant de superlatifs, il en vantait le charme d'autrefois, l'efficacité médicale, le côté pratique...

Quelques photos illustraient ses propos. Rogue ne put s'empêcher de froncer les sourcils en les voyant.

-Ils parlent de l'infirmerie de Poudlard ?

-Non, et c'est là que le bât blesse, soupira Pomfresh. Il s'agit d'une copie conforme de notre infirmerie. Dans les moindres détails. Même les tableaux accrochés aux murs ont été plagiés. Sauf qu'évidemment, cette infirmerie-là peut se targuer d'être plus neuve que la nôtre.

Rogue jeta à nouveau une œillade au mensuel :

-L'infirmerie de l'American Institute of Magic. Evidemment.

Il soupira :

-Ils nous ont plagiés. Ce qui signifie qu'Albus…

-.. qu'Albus, malgré son côté fantasque, a peut-être raison, poursuivit l'infirmière.

-Et Aurogastus qui nous espionne depuis des mois leur livre des informations…

-Et c'est donc là-bas que vont ses mystérieux hiboux !

Les deux se turent, faisant mentalement des liens logiques entre les événements récents.

Ce fut l'infirmière qui la première brisa le silence :

-Que devons-nous faire, Severus ?

-Continuons à suivre Aurogastus, décréta le professeur de potions. Il finira bien par faire une erreur qui nous permettra de le compromettre.

Pomfresh acquiesça.

Rogue se dirigea vers la porte de l'infirmerie, et, avant de sortir, se retourna une dernière fois :

-Evitons de parler de tout ça à Dumbledore. Vous savez comment il peut être parfois… Il est… comment dire… il est un peu…

OoOoO

-Fou ! Je suis complètement FOU, Fumseck !

Le vieux directeur venait d'entrer en trombe dans son bureau. Il se laissa tomber sur son confortable fauteuil, jeta une liasse de documents sur son secrétaire, et tourna la tête vers son phénix qui le regardait d'un air dubitatif, en haut de son perchoir.

-Oui, oui, je suis fou… DE RAGE !

Il se releva, et se mit à faire les cent pas dans la pièce.

-Non seulement il y a ça, ragea-t-il en désignant le nouveau Sorcière Hebdo qui traînait sur la table, mais en plus je viens d'apprendre que l'American Institute of Magic va faire un don de 20 000 gallions à la fameuse œuvre de bienfaisance sorcière « Sorcery International » ! 20 000 GALLIONS !

Dumbledore se mit à mordre rageusement son poing :

-Aaah, Monsieur le directeur de l'American Institute of Magic veut paraître plus qu'il n'est ? Aaah, Monsieur le directeur de l'American Institute of Magic veut passer pour le bienfaiteur de l'humanité ? Eh bien c'est ce que nous verrons !

Albus regarda par la fenêtre de son bureau, ses mains dans le dos, son regard perdu dans l'horizon :

-Puisqu'il en est ainsi, Poudlard fera un don de 25 000 gallions à Sorcery International ! Après tout, les élèves peuvent bien se passer de chauffage, de repas chauds et de douches pendant l'hiver, pour la bonne cause…

Quelque chose dehors attira l'attention d'Albus : une calèche venait de s'arrêter devant les grandes portes du château.

-Tiens tiens tiens… Minerva est de retour…

OoOoO

McGonagall entra dans le grand hall de Poudlard, ses valises dans les mains.

Son voyage aux Etats-Unis, commandité par Dumbledore, n'avait pas été de tout repos, et elle n'était pas fâchée d'être enfin rentrée.

Elle s'apprêtait à rejoindre ses quartiers quand une voix enragée et chevrotante résonna à travers les murs du château :

-MINERVA McGONAGALL EST PRIÉE DE SE RENDRE IMMEDIATEMENT DANS LE BUREAU DU DIRECTEUR !

Minerva ouvrit des yeux ronds et s'exécuta, en se demandant dans quelle nouvelle lubie Albus était cette fois-ci tombé.

OoOoO

McGonagall entra dans le bureau de Dumbledore.

Ce dernier, assis dans son énorme fauteuil, joignait les mains en la fixant d'un air sombre :

-Regardez donc qui revient à Poudlard, persifla-t-il avec mauvaise humeur.

Minerva voulut s'asseoir mais :

-Non, restez debout.

Un silence pesant suivit. Le professeur de métamorphoses tenta de le briser :

-Albus, je…

-Alors, on s'est bien amusée en Amérique ? la coupa le directeur d'un ton insinuant, en plissant ses yeux flétris. On a mangé des magiburgers en regardant le SuperQuidBall ? On a joué les touristes sur la Statue de la Liberté ? On a fait du rodéo sur des vachettes sauvages ?

Dumbledore se leva, furibond :

-On a pris le thé avec le président moldu à la Maison Blanche ? poursuivit-il. On est parti tenter sa chance à Hollywood ? Et au passage…

Devant le regard éberlué de McGonagall, le directeur brandit le dernier numéro du Sorcière Hebdo, et l'abattit devant elle :

-ON A PACTISÉ AVEC L'ENNEMI !

Il désignait la couverture du magazine sur laquelle un vieux sorcier moustachu au sourire publicitaire, qui portait un énorme chapeau de cow-boy sur sa tête, serrait la main d'une McGonagall interdite. En dessous, on pouvait lire la légende: « L'American Institute of Magic et Poudlard unies sur le chemin de l'Education Sorcière »

-Unies ? Je vous avais dit de vous infiltrer là-bas en tant qu'espionne ! s'insurgea Dumbledore.

-Mais Albus, tenta de se justifier Minerva, ils m'ont tout de suite reconnue, et j'ai pensé que la meilleure des solutions était de…

-Il suffit ! pesta le directeur. Unies ! UNIES ? L'American Institute of Magic et Poudlard ne seront JAMAIS unies ! Qu'est-ce qui vous a pris de poser aux côtés de Mitchum ?

McGonagall regarda Albus avec stupéfaction :

-Depuis quand connaissez-vous le prénom du Directeur de…

Dumbledore parut gêné. Il se reprit comme il put:

-Je ne connais pas le prénom de monsieur America, ni son nom d'ailleurs ! Vous avez dû mal entendre !

Minerva réalisa soudain :

-C'est donc de là que vous vient cette haine farouche envers cette malheureuse école! Vous en avez contre son Directeur ! Mais que vous a-t-il donc…

-Je refuse d'écouter ces accusations délirantes ! affirma le directeur avec mauvaise foi, en faisant mine d'être outré. Ce n'est pas de cela qu'il s'agit ! Maintenant, il est grand temps que vous repartiez dans vos appartements pour préparer les cours que vous n'avez que trop manqués !

McGonagall fronça les sourcils :

-Mais, je n'ai manqué des cours que parce que vous m'avez dit de partir aux Etats U…

-Il suffit! siffla Albus, en fixant d'un œil mauvais le magazine. Laissez moi seul !

Minerva secoua la tête de dépit. Elle referma la porte du bureau derrière elle, et put alors entendre :

-Ah ! Femmes ! Vous causerez ma perte !

OoOoO