Coucou tout le monde ! :D Oui je sais je suis très en retard, le manque de temps quand tu nous tiens... Mais voici le chapitre 3, enfin ! J'espère que cela vous plaira, personnellement je suis assez satisfaite de ce chapitre, l'histoire va exactement ou je le souhaite. J'espère que cela vous semblera crédible avec les personnalités de Cesare, Rodrigo et Lucrezia qui apparaît dans les jeux :)

Sur ce je vous laisse le découvrir, et sinon une petite review pour m'encourager pour le prochain chapitre ? :D

Bisous et bonne lecture, Roza-Maria.

Septembre 1497.

Cinq ans passée loin de Rome, cinq longues années à pleurer cette cité qu'elle aimait plus que tout, à pleurer le manque de son frère, à haïr tout ce qui faisait de Pesaro ce qu'elle était. Ses voyages avait beau la divertir, elle avait beau avoir adorée découvrir toutes ces belles cités d'Italie, aucune n'avait la beauté de Rome. Même l'odeur puante des cadavres décomposés du Tibre lui manquait. Le bruit, la crasse, la vivacité, les bâtiments ocre, beige et rouges qui semblaient rougeoyer au soleil, les ruines de la puissante Rome antique s'éparpillant partout dans la ville en témoignage d'une époque révolue, une époque regrettée, tout, absolument tout lui avait manqué. Et plus que tout, Cesare lui avait manqué. Aussi bien, sa joie quand on lui à annoncée qu'elle pourrait bientôt y retourner avait été à son comble. Son bonheur plus puissant que jamais quand elle avait retrouvée toute ses senteurs, tout ces bruits et toute cette beauté si chère à son cœur qui lui avait cruellement manqué. Elle s'était sentie à nouveau entière quand elle avait retrouvée son frère. Quand elle avait senti ses mains sur elle. Et voilà qu'à peine revenu à Rome, à peine installée dans ses appartements du château Saint-Ange, qu'on l'en avait arrachée. Pour l'enfermer ici. Au couvent. Son pire cauchemar.

Le couvent ! Jamais elle ne s'y serait attendue. En aucune façon. C'était le coup qu'elle n'avait pas vu venir. Et elle se rappelait parfaitement comment on l'y avait envoyée…


Deux semaines plus tôt.

Après ses retrouvailles avec Cesare, elle n'avait pas tardé à rencontrer le Saint-Père. Elle avait été stupéfaite de le découvrir ainsi. Il semblait avoir pris dix ans et avait bien engraissé. Son teint était gris, ses cheveux beaucoup plus blanc qu'avant. Il n'avait plus rien de l'homme charmant de visage quoique un peu brut de son enfance, bien qu'il dégageait toujours cette prestance imposante qui intimidait les autres.

Ses yeux étaient hagards. Elle l'avait trouvée assis dans son bureau dans les appartements du Vatican, le maître des cérémonies Johannes Burckard à un bureau plus petit derrière lui, marmonnant derrière une plume en écrivant activement et en ne se souciant nullement de l'entrée des deux enfants du pape. Car Cesare avait décidé de l'accompagner. A aucun moment il ne s'est dit qu'elle pouvait peut-être vouloir retrouver son père seul à seule, bien sur, dans sa tête, tout lui était du… et c'était presque triste à dire, mais Lucrezia ne pouvait s'empêcher d'en sourire affectueusement. Cette manie que Cesare avait de tout prendre, tout ce qu'il pouvait parce qu'il le pouvait, c'était une preuve de force. De toute manière, elle n'aurait pas voulu revoir Rodrigo Borgia seule.

Ce qui avait suivi la laissait toujours pantoise. D'abord heureux de retrouver sa fille, Rodrigo s'était levée de sa chaise et était venu la serrer tendrement dans ses bras, plus tendrement qu'il ne l'avait jamais fait et Lucrezia s'en étonnait encore, elle entendait presque des larmes de bonheur dans sa voix. A ce moment là, elle ne reconnaissait plus l'homme qui lui avait appris à tuer avec multitude de poisons et pendant une seconde, elle s'était bien dite qu'elle préférait cet homme là, tendre et doux. Mais bien sur, cela n'avait guère duré. Pendant une seconde, elle eut envie de rire d'elle-même. Peut-être ne connaissait-elle pas tant que celèrent les hommes qu'elle avait autour d'elle, finalement.

Les bras de son père s'étaient relâchés et il s'était mis à marcher en long et en large dans son bureau, marmonnant des choses sur son cher frère, Juan. Puis, tout à coup, il s'était retourné et avait dévisagé sa fille avec fureur, des flammes plein les yeux. Ce regard l'avait pétrifiée sur place. C'est un regard qu'elle connaissait parfaitement bien, elle l'avait vu de nombreuses fois au cours de sa vie. Mais seulement chez Cesare.

Ces flammes rouges qui envahissaient tout a coup la pupille et semblait dévorer l'âme de celui qui possédait ses yeux-là… Ce regard l'avait tant de fois glacée chez Cesare. Elle avait l'impression qu'il perdait toute forme de conscience humaine à ces moments là. Mais pourtant, bien qu'elle ne se sentait pas bien quand cela arrivait, elle n'avait jamais été terrifiée. Car ce regard ne se posait jamais sur elle. Au contraire de celui de son père. Toute la haine qu'il avait en lui à cet instant, tout son chagrin, toute sa rage, il était en train de la canaliser pour mieux la diriger contre elle. Lucrezia se doutait bien que ce feu qui habitait Cesare ne venait pas de nulle part. Mais elle ne connaissait pas son père. Pas vraiment, elle le comprenait maintenant. Elle ignorait ce qu'il pouvait faire et cela la terrorisait.

- Espèce de sale petite catin ! Rugit-il en s'avançant vers elle d'un pas furieux. Ton frère est mort ! Mort, m'entends-tu ? Il est sous terres, on l'a assassiné pendant que toi, tu faisais la belle à Pesaro avec ton couard de mari, à Venise m'a-t-on dit aussi, à Milan, chez nos ennemis ! Tu t'amusais à faire la putain chez ceux qui complote contre nous en secret pendant que ton frère se faisait tuer dans une ruelle sordide ! N'a-tu aucune honte ? Aucune larme ? Rien ?

Lucrezia recula d'instinct devant la stature imposante de Rodrigo. Elle avait l'impression d'être toute petite face à ce géant qui l'a dévisageait de haut tel le diable. Elle sentit ses larmes monter mais se retint de les laisser couler. Pas question de lui donner cette satisfaction en plus de celle de la terrifier. D'instinct, elle tourna la tête vers Cesare mais à peine avait-elle amorcer un mouvement que la voix de Rodrigo rugit si fort qu'elle en sursauta de frayeur :

- Ne le regarde pas, ma fille ! C'est MOI que tu dois regarder ! N'espère pas qu'il t'aidera en quoi que ce soit, il ne vaut pas mieux que toi… Tous deux à rire, à vous amuser, à envisager l'avenir alors que votre frère est mort… Mes enfants, mes enfants dit-on, pourquoi Dieu m'a-t-il repris le seul enfant qui était digne de l'être ?

La voix de Rodrigo s'était brisée à la fin et le feu qui avait ravagé ses yeux quelques instants plus tôt s'était éteint, ne laissant qu'un chagrin sans limite, des yeux brisés chez un homme brisé. Il alla lentement s'asseoir sur son fauteuil et se mit alors à pleurer. A sangloter véritablement, sans se cacher de rien. Lucrezia cligna des yeux, le cœur encore battant. Par l'enfer, qu'est-ce que la mort de Juan a fait à Rodrigo ? Voir son père ainsi lui faisait presque plus peur que de le voir furieux. C'est lui qui tenait actuellement leur famille au pouvoir. Si il vacillait… Elle se tourna vers Cesare, qui dévisageait Rodrigo avec un mépris évident. Voir même… du dégoût. Il n'y avait aucune compassion dans le regard de son frère, absolument rien. Cette situation l'exaspérait plus qu'autre chose. Les yeux de Cesare croisèrent ceux de Lucrezia et il esquissa un mince sourire amer. Elle tacha de le lui rendre mais en fut incapable. La situation n'était pas appropriée.

Leur père n'avait pas tort, dans un sens. Elle ne peut pas dire qu'elle pleurait Juan. Pas du tout. En revanche, Rodrigo ne semblait pas se douter que c'est son cher deuxième fils qui avait tué le premier. Peut-être cette rumeur était-elle trop pour lui. Avant son retour à Rome, elle n'aurait jamais cru que quoi que ce soit puisse être trop pour Rodrigo Borgia, mais elle ne le reconnaissait plus à présent. La facilité avec lequel il avait dit ces morts… « Pourquoi Dieu m'a-t-il pris le seul enfant qui était digne de l'être ? ». Elle repassa cette phrase plusieurs fois dans sa tête et à chaque fois, son cœur se pinçait douloureusement. Elle n'avait jamais été très proche de lui, même si l'un de ses plus beaux souvenirs d'enfance est bien ses longues après midi sur les genoux de son père à apprendre à manier le poison et à rire. Néanmoins, en dehors de cela, elle ne savait quasiment rien de Rodrigo et ne s'y était jamais intéressée. Et de toute évidence, il lui accordait aussi peu d'intérêt qu'elle ne lui en avait accordé. C'était peut-être égoïste de sa part… mais elle avait espéré quelque part qu'il l'aimerait tout de même. Plus qu'elle ne l'aimait, en tout cas.

Cesare s'avança alors dans la pièce et déclara d'une voix ferme d'où il était difficile de ne pas voir l'agacement :

- Allons, père, cessez cela. Il n'est plus temps de pleurer Juan où de prier Dieu qu'on vous le rende contre Lucrezia où moi. Réjouissez vous de retrouver votre fille, au moins. Et nous avons des problèmes urgents à régler. Des problèmes répondant au nom de Sforza.

Elle sursauta à l'entente du nom de son mari. Son nom à elle, normalement. Mais elle ne s'était jamais sentie Lucrezia Sforza. Personne ne l'appelait ainsi, personne ne la voyait ainsi. Partout où elle était allée, on l'appelait « Signora Borgia » où « Madame la Comtesse » mais personne ne l'appelait Sforza. Aux yeux de toute l'Italie, elle avait beau être mariée, elle restait la bâtarde du pape, elle restait « la Borgia ». Et cela lui allait parfaitement.

Rodrigo leva les yeux vers son fils, ses prunelles sombres si différentes de ceux de Cesare où des siens, d'un bleu azur. Juan avait les mêmes yeux que leur père, ce marron boueux qu'elle avait toujours trouvée désagréable à regarder. Il semblait toujours perdu dans son chagrin, ses yeux rougis par les larmes mais une étincelle y naquit lorsqu'il entendit les mots de son fils aîné. Bien sur. Il ne pourrait pas longtemps résister à l'appel du pouvoir. Qu'allait-on faire d'elle, encore, après l'avoir vendu aux Sforza ? Même si elle pensait déjà avoir la réponse à cette question.

- Oui, oui…, répondit Rodrigo en se redressant quelque peu. Les Sforza… Une épine dans les pieds, ceux là, depuis le début. Ils ne nous ont été utile qu'à une chose, nous faire pape. Mais maintenant que le danger arrive de tout les côtes et que nous avons besoin de leurs armées, où sont-ils, les Sforza ? Ludovico reste cachée à Milan. Cette putain de Caterina reste cachée à Forli. Et notre propre beau-fils reste cachée à Pesaro !

- Le danger ? Interrogea Lucrezia, interpellée par les mots de son père. Quel danger ? Qu'est-ce qui nous menacent ?

Rodrigo leva des yeux voilés vers sa fille, et Lucrezia y vit tellement d'émotions s'y jouer qu'elle en avait le tournis. A la souffrance s'ajoutait la colère, à la colère s'ajoutait l'exaspération, à l'exaspération s'ajoutait… l'inquiétude. Et toujours cette brume qui semblait lui brouiller l'esprit, ce qu'elle n'aimait pas du tout. Vraiment pas.

- Peut-être devrais-tu te retirer dans tes appartements au château Saint-Ange, Lucrezia, nous…

- Et pourquoi ? Interrompit Cesare avec un petit rire sec. Pour la protéger ? Mais la protéger de quoi, père ? Elle le saura bien assez tôt, cela se murmure dans chaque ruelle de Rome. Autant que ce soit de nous qu'elle l'apprenne. Cela vaut bien mieux pour elle.

- Elle n'est pas assez expérimentée pour entendre quoi que ce soit à la politique, grommela Rodrigo.

Ces mots la blessèrent plus profondément que les insultes qu'il lui avait jetés au visage quelques secondes auparavant, insultes qui lui était quasiment passés au-dessus de la tête si elle faisait fi de sa peur du moment. Il l'a rabaissait bien plus par ces mots qu'en la traitant de putain. Il signifiait par là qu'il ne l'a jugeait pas digne, que ce soit à cause de son intelligence, où bien parce qu'elle était une femme, de comprendre la politique et les enjeux dans lequel s'engageait sa famille. Une profonde amertume l'a prit et elle eut envie de cracher au visage de son père. Elle était suffisamment maligne pour comprendre comment on jouait du poison, suffisamment intelligente pour tuer au service de son père – bien qu'il puisse rôtir en enfer pour qu'elle verse une goutte de poison pour lui ! – et suffisamment utile pour être vendue au premier mari venu afin de servir des intérêts politique mais pas suffisamment savant pour parler politique avec son père et son frère. Elle eut envie de lui dire que sa précieuse politique et ses petites stratégies n'avait rien d'extraordinaire, et que même un enfant y regardant bien pourrait les comprendre, elle voudrait le blesser autant qu'il l'a blessait à cet instant et s'apprêta à dire quelque chose, n'importe quoi tant que cela lui ferait mal, mais Cesare ne lui en laissa pas le temps. Comme si il avait lu dans ses pensées, il se tourna et jeta un regard agacé sur son père en déclarant :

- Vous la trouviez suffisamment expérimentée pour lui apprendre à tuer avec vos mixtures, pourtant. Si elle est capable de tuer plus subtilement que moi avec mon épée, elle est une arme pour notre famille, tout comme je le suis, tout comme vous l'êtes. C'est une Borgia. Une force de notre famille et en ces temps, chaque force doit être utilisé à bon escient. Nous aurons sans doute besoin d'elle. Laissez la utiliser ses armes, sa beauté et ses poisons, tout comme j'utiliserais les miennes, mon épée et ma force.

Elle ne put s'empêcher de sourire et de sentir un élan de fierté l'envahir. Il l'avait défendu immédiatement. Oh, certes, elle n'était pas stupide, il ne faisait pas cela vraiment pour elle, il était sincère quand il pensait qu'elle pourrait leur être utile, qu'elle serait une arme puissante. Être considérée comme une arme n'était guère flatteur mais elle avait acceptée cette idée, elle l'avait acceptée lorsqu'elle s'était donnée à lui dans la chapelle pas plus tard d'il y a quelques heures. Cesare reconnaissait au moins sa valeur. Il savait qu'elle n'était pas stupide et qu'elle pouvait se battre à leurs côtés. Quoi qu'ils aient à affronter.

- Tu n'a pas à portée une épée, répondit froidement en regardant son fils dans les yeux. Tu es un cardinal, un homme d'église. Quitte à choisir une arme, le poison devrait être la tienne autant que la sienne. L'épée, c'était l'arme de ton frère…

- Mon frère est mort, asséna durement Cesare sans quitter son père des yeux, le défiant.

Rodrigo serra les poings et amorça un geste pour se lever… mais quelque chose dans le regard de Cesare l'interrompit dans son geste. Lucrezia retint son souffle tandis que le père et le fils s'affrontait du regard. Si le regard de Rodrigo pouvait être effrayant, celui de Cesare pouvait paralyser quelqu'un. Quand ces yeux de glace vous dévisageait, vous défiant de le défier, vous ne bougez pas. Vous vous baissez, attendant sagement que le serpent rentre ses crocs venimeux et recule. Vous vous avouez littéralement vaincu. Cesare ne resterait pas toute sa vie cardinal, il lui avait bien fait comprendre et elle ne cesserait jamais de l'encourager dans cette voie. Elle n'aurait pas penser que cela devrait inclure le meurtre de Juan mais c'était chose faite, on ne pouvait modifier le passé. Cela laissait le champ libre à Cesare et elle n'avait pas besoin de lui parler pour savoir qu'il n'avait aucunement l'intention de laisser quelqu'un lui barrer la route. Il avait été très clair à ce sujet dans la chapelle. Rien ne l'empêcherait d'atteindre son but. Pas même elle. Mais elle ne le voudrait pour rien au monde.

Finalement, c'est Rodrigo qui s'avoua vaincu et soupira profondément en retombant sur sa chaise tout en faisant un geste lasse de la main. Elle voyait dans ses yeux que ce que faisait son fils ne lui avait pas plu du tout. Il y aurait encore beaucoup de problèmes entre eux, elle le savait. Mais pour l'instant, ses pensées étaient encore trop tourmentées. Cesare avait fait une pierre deux coups en tuant Juan. Eliminant son rival, affaiblissant son père, il avait tout le loisir de réaliser ses plans et de se débarrasser de sa robe de cardinal alors que Rodrigo ne serait pas vraiment mesure de l'en empêcher.

Cesare se tourna vers sa soeur, un sourire amer aux lèvres :

- Tu demandes ce qui nous menace, petite soeur ? Mais tout. Absolument tout. On est cernés, je dirais même. Les Français sont sur le point de nous envahir. Ils ont déjà commencés leur longue marche vers l'Italie et sont parait-ils arrivés à Milan où le duc Ludovico Sforza, notre soi disant allié par ton mariage avec ce bastardo de Giovanni, leur à ouvert grand les portes et leur à fait un accueil triomphale.

- C'est ce maudit rapace de Della Rovere qui a fait venir l'armée Française en Italie, ajouta Rodrigo, serrant les poings sur la table. Voilà longtemps qu'on aurait du s'en débarrasser, de celui-là. Il ne m'a jamais causé que des problèmes. Il les a convaincu de venir prendre la couronne de Naples, qu'ils estiment mériter, et me déposer de mon titre au passage pour nombre de crimes, meurtre, luxure publique, complot… Ils marchent droit sur Rome et pillent l'Italie au passage. Ensuite on dit que c'est nous, le fléau de ce pays…

Lucrezia écarquilla les yeux. Elle n'était pas certaine de ce qui l'effarait le plus, la nouvelle que la France envahissait l'Italie, cette France si connu dans le monde pour son armée redoutable, où la réaction de son père et de son frère face à cette constatation. Même si Rodrigo n'avait pas l'air tout à fait à son aise en parlant de cela, ils restèrent, l'un comme l'autre, d'un calme olympiens, comme si c'était un problème qu'ils allaient rapidement réglée. Comment allait-ils régler une chose pareille ? L'armée pontificale ne faisait pas le quart des forces Françaises, si la France marchait sur eux, ils allaient être réduit en miettes ! Elle n'était pas vraiment surprise non plus de cette invasion, elle avait entendu parler de la France et de ses ambitions quand elle était à Venise auprès du doge lui-même. Cela dit, elle n'y avait pas trop portée d'attention, certaine que l'armée Sforza serait là pour la famille Borgia grâce à son mariage, aussi raté soit-il. Et elle n'avait pas non plus pensée que la France pourrait vouloir s'en prendre à sa famille. On parlait d'une conquête de Naples, ce qui ne concernait qu'à moitié le pape. Mais voilà qu'ils voulaient déposer leur père, aussi… Et si Rodrigo perdait son statut de pape, ils perdraient tout. Il ne fallait pas que cela arrive. En aucune situation. Pas tant que Cesare n'avait pas réussi à construire les forces qu'il désirait autour de lui.

Rodrigo semblait troubler mais Cesare était d'un calme olympien. Il souriait presque, même. Ses yeux brillaient d'une étrange lueur qu'elle reconnaissait bien. Une lueur extatique. Presque une lueur de plaisir. La même lueur qui brillait dans ses yeux à chaque fois qu'il parlait de ses rêves et de ses ambitions. Lucrezia fronça les sourcils. Cette situation trouble l'arrangeait bien. Elle le voyait parfaitement en lui. Quoi qu'il ait prévu de faire, ce serait à son avantage et cette invasion Française l'arrangerait. Elle ne voyait pas en quoi mais elle pria pour que Cesare réussisse dans son but, quel qu'il soit. But sur lequel elle ne manquera pas de l'interroger plus tard.

Elle inspira un grand coup et regarda son frère dans les yeux et elle tacha de réprimer la peur qui lui avait noué le ventre pour déclarer avec fermeté :

- Avons-nous d'autre allié que les Sforza sur lequel compté ? Notre propre armée ne suffira jamais à tenir les Français en échec.

- Non, en effet, répondit nonchalamment Cesare. C'est à peine si la Garde Pontificale parvient à gérer le peuple. Alors une armée… On les tiendrait en échec pendant un jour où deux peut-être mais Rome n'a pas été construite pour tenir un siège. Cette ville est trop grande, trop vaste, trop d'entrées possibles. Les murailles sont hautes mais pas spécialement puissante. Quelques coups de canons les démoliront aussi facilement qu'on éclate un pomme sur le sol. Tu à raison, nous avons besoin d'autre allié que les Sforza.

La trahison de la famille de son mari ne l'étonnait pas tellement, en fait. Les Sforza n'ont jamais eu l'air trop impliqué dans ce mariage. Jamais elle ne s'était rendue à Milan où à Forli rencontrer le reste de sa famille et jamais elle n'y avait été invitée. Les quelques rares présents avaient été extrêmement laids et les lettres de félicitations aussi secs que glaciales, surtout de la part de la cousine de Giovanni, Caterina Sforza, qu'on appelait souvent la Tigresse de Forli, ville qu'elle dirigeait presque seule depuis la mort de son époux, Girolamo Riario, neveu du pape Sixte VI. On dit qu'elle savait manier l'épée et la politique avec plus d'efficacité que bien des hommes. Elle était à la fois méprisée et admirée par tout le peuple d'Italie. Lucrezia avait été intriguée par cette femme dont on parlait tellement, elle était curieuse de voir à quoi ressemblait une véritable guerrière, tel la puissante Artémise, général du roi perse Xerxès 1er, histoire qu'elle avait beaucoup lu et qui la passionnait dans sa jeunesse. Mais la lettre cassante de Caterina avait coupé court à toute éventuelle admiration possible pour qu'elle aurait pu avoir pour cette femme. Elle voyait déjà une catin aigrie et bourré de préjugés, comme toute ces maudites grandes dames romaines, restant sur le faite qu'elle était une bâtarde Borgia, fille de ce pape qu'on disait dépravé et meurtrier, une Espagnole. Lucrezia était lasse de ce mépris constant face à ses origines et n'avait plus rien voulu savoir de sa cousine par alliance. Qu'elle pourrisse à Forli avec ses cadeaux moisis. Elle s'était rendu à Milan lors de ses voyages et avait brièvement rencontré le duc Ludovico, un homme mince et sec, arrogant et froid, qui lui avait accordé aussi peu d'intérêt qu'à une huître, ce qui l'avait profondément vexée et l'avait poussé à passer son séjour dans le palais d'une autre grande famille Milanaise, ce qui n'avait pas eu l'air d'embêter le duc, à condition qu'il l'ait remarqué, mais cela avait bien fait cancaner à Milan. Quand a son cher mari… Elle ne se rappelait même plus la dernière fois qu'elle l'avait vu. Ni même sa dernière lettre. Peut-être était-elle responsable de cette défection, après tout… Elle n'avait rien fait pour que son mariage avec Giovanni fonctionne. Au contraire, elle l'avait tout simplement fuit, allant vagabonder d'une ville à l'autre en laissant son mari seul à Pesaro. Il ne s'en était pas spécialement plaint, mais cela n'avait pas du faire plaisir à sa famille, qui avait certainement vu cela comme une insulte et avait vu Lucrezia comme une femme volage qui allait papillonner certainement d'un amant à l'autre dans toute ces villes dans lequel elle voyageait.

Non… Non. Cela n'aurait rien changée. Les Sforza était réticent à ce mariage dès le départ. Elle se rappelait de la mine méprisante d'Ascanio Sforza durant son mariage avec Giovanni. Alors que c'est lui-même qui avait arrangé ce mariage, cela ne lui plaisait guère non plus. Et personne ne les avait autant méprisé que Ludovico et Caterina Sforza. C'était eux qui avaient lancée la première insulte et même si elle avait été la parfaite épouse, cela n'aurait rien changée, ils auraient tout de même trahi les siens. Simplement car ils méprisait les Borgia et détestait leur être lié. Une famille de plus à les haïr, comme toute les autres d'Italie.

Rodrigo se leva de sa chaise et s'avança lentement, difficilement, comme si il avait du mal à marcher, vers la fenêtre du bureau papale et déclara alors :

- Pour te répondre, oui, nous avons d'autres alliés. Pourquoi crois-tu que j'ai mariée Joffré à cette bâtarde de Sancia d'Aragon ? Pour prévenir ce genre d'attention. Avec ce mariage, nous sommes liés à l'Espagne et à la famille royale d'Aragon. Je suis Espagnole et de mon sang d'Espagnol, je jure que jamais je ne me lierai avec la France ! L'armée napolitaine est puissante, celle de l'Espagne l'est encore plus. Ils ne laisseront pas les Français leur voler Naples sans se révolter et par la même occasion, ils s'allieront au Saint Siège pour défendre Naples et le représentant du Christ sur la Terre.

Un soulagement intense envahit Lucrezia. Bien sur, le mariage de Joffré avec Sancia ! Elle l'avait presque oubliée. Naples ne pouvait que se battre à leurs côtés, jamais ils n'iraient s'allier aux Sforza alors que ceux-ci avait accueilli les Français et n'avait rien fait pour les empêcher d'entrer en Italie. Ils avaient une force puissante à leurs côtés pour combattre la France et les Sforza. Celle de l'Espagne et des Aragon. Des forces égales ! Ils avaient toutes leurs chances de leurs côtés. Un petit rire lui échappa et elle se détendit quelque peu. La guerre arrivait, certes, mais ils n'étaient pas complètement démunis. Elle tourna les yeux vers Cesare, comprenant mieux pourquoi il n'était pas si inquiet que cela et ce qu'elle découvrit sur son visage la prit totalement au dépourvu. Toute la joie et l'excitation qu'il avait adoptées en parlant des Français s'étaient évanouies. Ne laissant place qu'à un profond agacement et à une lueur noir dans le regard. Qu'est-ce que… Lucrezia le dévisagea, plus troublée que jamais. Le fait qu'ils aient le soutien des forces Espagnoles ne semblait pas le réjouir. Absolument pas, même. Pas autant que cela devrait, en tout cas.

« Qu'est-tu en train de préparer, Cesare ? » pensa-t-elle, inquiète. Elle savait son frère dangereux. Plus dangereux que tout les hommes qu'elle avait connu. Elle ne parvenait pas à comprendre ce qui se passait dans sa tête en ce moment, si ce n'est que pour lui, la venu de l'armée Française est une aubaine et que les forces Espagnols semblait le contrarié. Il aurait pourtant du se réjouir que leur famille avait autant d'hommes que le camp ennemi, pourtant ce n'était pas le cas. Lucrezia savait qu'il pouvait être terriblement égoïste par moments, mais il n'était pas stupide non plus. Jamais il ne ferait tomber leur famille, car il tomberait alors lui-même. Il ne pouvait pas prendre ce risque et il le savait très bien. C'est qu'il avait alors une autre idée derrière la tête. Mais de quoi pouvait-il bien s'agir ? Elle l'interrogerait. Ce soir, une fois qu'il l'aurait possédée et qu'il serait pleinement détendu, elle lui poserait les questions pour savoir. L'inquiétude la rongerait trop sinon.

- Quoi qu'il en soit, tu ne peux pas rester mariée à Giovanni Sforza, soupira Rodrigo.

- Certainement pas, non, marmonna Cesare, les dents serrées.

Elle haussa les sourcils à cette phrase, se demandant bien comment ils allait réussir à faire en sorte d'annuler son mariage mais elle ne put s'empêcher de sourire tandis qu'une vague d'extase l'envahissait. Enfin, elle allait retrouver sa pleine liberté et revivre pleinement à Rome ! Elle savait, en rentrant dans la ville il y a seulement quelques heures, qu'elle ne la quitterait plus, il en aurait été hors de question mais entendre qu'elle pourrait y rester à sa guise sans avoir à se battre contre son père, cela lui donna envie de danser. Lucrezia regarda Cesare et elle eut envie d'aller se blottir contre lui, mais n'en fis rien. Cela aurait été trop suspect et il n'aurait pas aimée cela. Absolument pas. Pourtant, elle en mourrait d'envie, envie de le sentir contre elle comme tout à l'heure, car il avait eu raison, au final. Son mariage n'avait pas duré éternellement et comme il l'avait promis, voilà qu'elle allait être libérée. Certes, cela avait pris beaucoup plus de temps qu'elle ne l'avait espérée mais mieux valait tard que jamais. Son visage devait trahir sa joie car Cesare eut un petit sourire amusé en la regardant.

- Et comment comptez-vous me délivrer, père ? Demanda-t-elle en ignorant son frère pour le coup, regardant Rodrigo Borgia qui retournait s'asseoir à son bureau papal.

- Il y a plusieurs possibilités, déclara-t-il doucement en regardant le vide. La plus simple serait de faire annuler ton mariage pour non consommation.

Non consommation. Personne ne croirait à cela. Elle savait les murmures qui couraient sur elle, la catin Borgia qu'on l'appelait, qui couchait son père et ses frères et multitude d'autres hommes. Certes, ils n'avait pas tout à fait tort mais juste pou un seul frère, s'amusa-t-elle légèrement et en silence. Néanmoins, malgré son absence de grossesse, personne ne croirait que la catin Borgia à refusé de connaître le lit de son époux, ce dont elle se serait bien passé pourtant. Personne ne croirait une Borgia de pureté. Sauf si cela ne venait pas d'elle mais de lui. Lucrezia comprit alors ce que leur père avait en tête. L'impuissance… Faire accuser Giovanni d'impuissance. C'était une insulte terrible, une insulte qui salirait toute la famille Sforza et dont personne ne croirait la réalité non plus… Mais si on usait de ce qu'il fallait contre Giovanni, qu'elle savait si faible et si pleutre, il ne résistera pas longtemps et reconnaîtra les faits. Et qui pourra alors mettre la parole des Borgia en doute ? Néanmoins, cela pourrait entraîner de sérieux représailles avec la famille Sforza.

- Le mariage à été consommé, père, déclara-t-elle en fronçant les sourcils. Vous voulez accusez Giovanni d'impuissance. Et les Sforza risque de s'en prendre directement à nous pour cet affront, ils ne se contenteront plus de laisser les français nous envahir…

- Ce qui à été fait n'a pas besoin d'être dit, rétorqua-t-il avec un geste négligeant de la main. Maudit soit tout ses Sforza, qu'ils brûlent tous en enfer… Ascanio n'a accepté mes conditions que parce qu'il se savait coincé, nous avions bien trop de choses contre lui. Mais à aucun moment ils ne nous considérés comme de véritables alliés.

- Nous non plus, père, ricana Cesare en s'adossant contre le mur.

- Certes, certes, mais l'insulte qu'il nous ont fait est impardonnable. Nous leur avons offert notre plus beau joyeux et comment nous ont-ils récompensés ? La France est à nos portes et Ludovico Sforza balaie les routes pour eux ! Rugit Rodrigo en se relevant d'un coup, les yeux à nouveaux enflammés. Giovanni Sforza sera humilié, et sa famille aussi par la même occasion, c'est excellent, excellent, parfait ! Qu'ils sachent ce qu'il en coûte quand on cherche à se mettre contre les Borgia.

Lucrezia ne dit rien mais ce qu'elle voyait ne faisait que l'inquiéter davantage. Son père ne ressemblait en rien à l'homme qu'il était autrefois. Froid et distant, calculateur et intriguant. Le voici tantôt bouillant tel un volcan prêt à tout détruire sur son passage, puis abattu et malheureux, affaibli. A cet instant, il se laissait totalement dominé par ses émotions, qu'elles le poussent à la colère où au désespoir. Cette aptitude ne la rassurait absolument pas. Il fallait qu'il se reprenne, et vite. Cela dit, quelque part au fond d'elle-même, elle se réjouissait également de la honte qui allait s'abattre sur les Sforza. Son mari allait tout de même payer sa négligence envers elle et elle n'en prenait pas un mince plaisir. Et si cela devait compliquer les choses plus tard niveau politique… Eh bien, les alliances se font partout et tout le temps. Pour le moment, ceux qu'il fallait craindre, c'était les Français, et non les Sforza. Lucrezia n'avait pas besoin de poser la question pour savoir que malgré leur courtoisie envers les Français, les Sforza ne se lierait pas non plus à eux. En fin de compte, ils restait Italiens et faisait ce que tout les Italiens faisait : mépriser les étrangers mais s'allier à eux quand c'était nécessaire. Sans jamais néanmoins leur fait sentir qu'ils sont des leurs. Que ce soit les Espagnols où les Français, les grandes familles Italiennes choisissait à quel moment tel où tel pays leur était favorable et ils se montrait alors courtois envers lui, comme c'était le cas en ce moment précis avec les Français et les Sforza. Mais jamais ils ne leur accorderont leur plein soutien car ils avait le même défaut que les Borgia : c'était et cela resterait des étrangers. Alliés donc, mais de loin. Les Sforza prépareront leur vengeance seuls, de leurs côtés, tout en priant pour que la France fasse tomber les Borgia.

Elle observa son père, debout tel un taureau furieux, certes hagard et perdu, mais sa rage était encore néanmoins présente et toujours prête à frapper. Il se reprendrait en mains avec le temps. Et elle regarda son frère, debout contre le mur, un sourire de renard sur les lèvres, tout aussi froid que l'était leur père jadis, mais ayant quelque chose de bien plus terrible et dangereux dans le regard. Et plus elle les observa, plus elle se sentit confiante et son propre sourire apparut dans la pièce. Avec deux hommes pareil à la tête de leur famille, comment la France, les Sforza, pourrait-ils les faire tomber ? Ils étaient faibles. Ils n'étaient rien. Rien face aux Borgia.

Elle se tourna vers son père, toujours souriante, se sentant mieux qu'elle ne l'avait jamais été auparavant et demanda avec ferveur :

- Les Sforza mérite de payer l'injure qu'ils m'ont faite. Dîtes-moi, père qu'allons nous faire, que va-t-il se passer maintenant ?

Rodrigo tourna ses yeux toujours emplit de fureur vers sa fille et pendant qu'il l'observa, quelque chose s'adoucit dans son regard. Difficile de croire que quelques instants plus tôt, c'était contre elle que sa fureur était dirigée. Mais elle avait déjà oubliée. C'était ainsi que fonctionnait leur famille. Ils avaient le sang chaud et l'insulte facile.

- Nous avons demandé à plusieurs reprises à ton mari de venir à Rome nous servir comme un beau-fils se doit de le faire envers son beau-père, comme un chrétien se doit de le faire envers son pape, déclara posément Rodrigo, un tantinet plus calme. Il a toujours usé de faux-fuyant. Maintenant, nous allons le lui ordonner, faire planer la menace de l'excommunication au-dessus de sa tête pour qu'il réagisse.

- Et il viendra la queue entre les jambes, tel le lâche qu'il est, lança Cesare d'un ton cruel.

- Oui, il viendra, acquiesça Rodrigo. Nous lui demanderons alors de signer les papiers d'annulation de votre mariage pour impuissance, ce qu'il refusera bien naturellement. Alors, nous devrons lancer un procès et demanderons à ce qu'il nous fournisse une preuve de sa virilité. Beaucoup voulait que ton mariage avec lui soit consommé devant témoins, notamment Ludovico et Ascanio Sforza. Mais quand on à parler de cette éventualité à ton mari, il à blêmi et s'est mis à bégayer comme un attarder. Si il ne pouvait supporter l'idée de consommer son mariage devant deux témoins, comment réagira-t-il face à tout le consistoire ? Il sera venu à Rome la queue entre les jambes, il repartira de la même manière.

- Si il repart, dit allégrement Cesare en se rapprochant, ce qui lui valut un regard agacé de leur père.

- Il repartira, Cesare, et ne t'avise pas de faire quoi que ce soit pour attenter à sa vie ! Provoquer les Sforza, oui, mais pas tuer un des leurs. Pas maintenant, en tout cas. Il faut être audacieux, pas inconscient. L'armée de France sera bientôt là et cela doit rester notre principal but pour le moment. Ensuite, nous verrons.

- Oh, je plaisantais, père, rassurez-vous, sourit Cesare avec insolence.

Lucrezia secoua la tête. Il ne plaisantait absolument pas et leur père le savait. Néanmoins, Rodrigo avait raison, du moins le supposait-elle. Les Sforza n'attaquerait pas pour cette insulte mais pour un meurtre… rien n'était moins sûr. On ne pouvait se permettre d'avoir deux armées à nos portes. Bien que Lucrezia se moquait bien de ce que Cesare aurait pu faire à Giovanni, le tuer n'était pas une bonne idée. Néanmoins, elle s'imagina son frère transpercer le cœur de cet imbécile glacial et elle ne put s'empêcher de sourire à son frère, sourire qu'il lui rendit, rictus cruel sur son visage. Rictus qui le rendait encore plus beau. Elle ne se lasserait jamais de sa beauté si obscure…

- En ce qui te concerne, Lucrezia, tu entrera au couvent le temps que ton annulation soit prononcée. Le couvent de San Sisto, je pense, il n'est pas très éloigné, dit Rodrigo en ignorant son fils.

Le sang de Lucrezia ne fit qu'un tour à ces paroles et elle se tourna brusquement vers son père. Avait-elle mal entendu ? Venait-il de lui parler d'entrer au couvent ? Alors même qu'elle venait de rentrer à Rome, qu'elle venait enfin de rentrer chez elle et que la seule envie qui l'habitait était de parcourir leur ville dans les moindres recoins, de profiter de sa liberté et de sa maison ? Elle venait à peine de rentrer chez elle et il voulait déjà l'en priver à nouveau ? Non, c'est impossible, c'est ridicule !

- Vous plaisantez, n'est-ce pas ? S'exclama-t-elle, un rire incrédule dans la gorge. N'est-ce pas ?

Rodrigo leva ses deux prunelles soudain d'acier vers elle et il n'y avait pas la moindre trace d'humour dedans. Bien sur qu'il ne plaisantait pas. Une panique commença à prendre Lucrezia et elle sentit son ventre se noué. Mais au-delà de la peur, quelque chose de bien plus fort était en train de s'éveiller en elle. La colère. La rage, même. Une rage qui montait, doucement, dangereuse et qui menaçait d'éclater. Elle observa cet homme, cet homme gras qui l'avait vendu tel un morceau de viande à un lâche incapable d'assurer son rôle de mari. Cet homme qui l'avait éloigné de Cesare, le seul homme digne d'elle sur Terre, éloigné pendant cinq longues années de chez elle, de sa maison, de sa ville qu'elle aimait tant. Et alors même qu'il venait de lui offrir à nouveau la liberté, qu'il lui permettait de goûter une seconde fois à ce fruit qu'est Rome, voilà qu'il voulait le lui arracher cela aussitôt… Pas question. Plutôt mourir. Elle ne se laisserait pas faire, pas cette fois.

- C'est hors de question, déclara-t-elle fermement.

Un froid s'abattit sur la pièce et elle ne quitta pas son père des yeux. On aurait pu entendre une mouche volée. Elle sentit Cesare se tendre à côté d'elle mais il ne dit rien non plus. Comme à son habitude, il regardait, il observait et analysait. Mais ce n'était pas à lui qu'elle s'intéressait pour l'instant. Mais à leur père. Elle ne baissa pas plus les yeux que lui. Elle voulait lui faire comprendre que cette fois il ne gagnerait pas.

Rodrigo se pencha doucement sur le bureau, les mains posées à plats sur le bois de celui-ci et regarda fixement sa fille dans les yeux quand il dit très calmement :

- Tu vas faire exactement ce que nous te disons de faire. Tu es notre fille. Tache de ne pas oublier que le devoir d'une fille envers son père ne se résume qu'à un mot : obéissance. Tu dois paraître chaste, pure, angélique le temps que le procès durera sinon quoi tout pourrait s'effondrer. Tu veux être utile à notre famille ? Alors tu vas te taire et obéir, car c'est la seule qu'on attend de toi, pour l'instant.

- Il n'en est pas question ! Explosa-t-elle alors. Je refuse ! Vous voulez m'enfermez alors que je viens de rentrer chez moi mais je ne me laisserais pas faire, je ne vous laisserais pas faire ! Vous ne pouvez pas…

- Je ne peux pas ? Rugit Rodrigo en frappant du poing. Je suis ton père ! Je suis le pape ! De quel droit ose-tu t'élever contre nos ordres ?

- J'ose, l'interrompit-elle, alors même que son cœur battait la chamade dans sa poitrine, autant de frayeur face à la colère de son père que face à sa propre colère, j'ose car je ne vous laisserais pas m'arracher à ce à quoi je tiens le plus, encore une fois ! Il est hors de question qu'on m'enferme au couvent, ce mariage c'est vous qui l'avez ordonnez et maintenant c'est vous qui l'annulez ! Je n'ai pas à payé pour vos décisions et vos humeurs ! Non, il n'est pas question que je…

- Lucrezia, lança froidement et avec force la voix de Cesare à côté d'eux.

Elle s'interrompit et se détourna de Rodrigo pour se tourner vers Cesare. Elle ne savait pas à quoi elle s'était attendue à trouver sur son visage. A du soutien ? A du réconfort ? Sûrement pas non, mais néanmoins elle ne s'était pas attendu à voir cela. Le froid. Le froid absolu et l'exaspération. Et de la sévérité. Une sévérité qui l'effrayait bien plus que la colère de son père. Elle sut ce qu'il allait dire avant même qu'il n'ouvre la bouche et déjà, le sentiment d'être trahie se faufila en elle.

- Tu feras exactement ce qu'on te dit, petite soeur, sourit-il, un sourire glacial. Tu feras ce qu'on te dit car c'est ton devoir. Tu iras au couvent. C'est là où tu seras le plus en sécurité, de plus. Les Français n'irait pas jusqu'à attaquer un couvent, eux qui se jurent bons chrétiens. Rentre au château Saint-Ange immédiatement et commence à préparer tes malles, tu pars dès qu'elles seront prêtes.

- Cesare… s'étrangla-t-elle, le suppliant du regard.

- Silence ! S'exclama-t-il, haussant à peine le ton. Je ne veux rien entendre plus, est-ce clair ? Obéie et va t'en. Je te rejoindrai plus tard pour t'escorter jusqu'au couvent.

Il se désintéressa alors d'elle et se tourna vers leur père pour dire :

- Il faut aussi qu'on parle des Assasins.

- En effet, approuva Rodrigo, se détournant d'elle aussi. Je ne pense pas qu'ils agiront pendant que les Français sont là… mais allez savoir, connaissant ce maudit Ezio Auditore, il peut tout aussi bien vouloir en profiter…

Lucrezia resta quelques secondes pétrifiées en les observant. Cela se passerait toujours ainsi, alors ? Elle se reprit alors et tourna furieusement les talons et quitta le bureau apostolique. Une fois dans le couloir, elle se mit à courir aussi vite qu'elle put et elle ignora totalement les gardes qui l'appelait derrière elle, apparemment censé la suivre et la protége jusqu'au château et ailleurs. Certainement engagés par Cesare. Cela fit ricaner Lucrezia. Pourquoi son frère se donnait tellement de mal à protéger sa vie quand son opinion semblait le laisser aussi indifférent ? Elle arriva finalement dans la place Saint-Pierre et elle alla s'appuyez contre l'un des piliers de pierre qui soutenait la basilique. Des larmes lui brûlaient les yeux mais elle refusa de les laisser couler. Pas question.

Pourquoi s'étonnait-elle ? Elle aurait pourtant du le prévoir. A chaque fois que Cesare paraissait s'adoucir, il faisait en sorte de lui rappeler de quelle cruauté il était capable. Même envers elle. Elle n'était qu'une idiote. A chaque fois, elle ne pouvait s'empêcher d'espérer que Cesare verrait davantage en elle que son amante et sa confidente. Qu'il finirait par voir en elle une égale. Pourtant, elle avait pleinement acceptée la situation quelques heures plus tôt dans la chapelle Sixtine où il lui avait clairement fait comprendre qu'il ferait tout pour atteindre ses objectifs. Quitte à la faire souffrir. Quitte à se servir d'elle. Et elle avait accepté. Elle avait acceptée de devenir son pion. Mais le dire et le subir était deux choses bien distinctes.

Il avait déjà tracé son chemin. Et il détruirait tout ce qui essaierait de se mettre en travers de cette route. Même elle. Il lui en avait donné la preuve aujourd'hui. Il se moquait bien de ce qu'elle ressentait, car qu'elle soit au couvent l'arrangeait politiquement parlant. Il n'avait pas à réfléchir plus loin et elle n'avait qu'à subir.

Elle regarda fixement le sol en marbre blanc de la place Saint-Pierre. L'air frais la calmait. Elle allait pouvoir en profiter, de l'air frais des murs obscures du couvent de San Sisto, qu'elle connaissait bien, petite couvent isolé sur la Via Appia, collé à Rome mais néanmoins en dehors de la ville. Elle s'y était souvent rendue plus jeune. Y avait fait quelques séjours et haïe chacun d'entre eux. Elle n'était pas faite pour le couvent. Elle aimait danser, rire, courir. Elle aimait montrer au monde entier qu'elle était belle et se sentir désirée. Elle aimait la chaleur étouffante de Rome, les canicules italiennes qui lui chauffait le sang. Toutes ces choses dont elle serait privée à San Sisto.

Lucrezia serait bientôt prisonnière de ce lieu qu'elle haïssait et elle devrait l'accepter. Si elle osait se révolter contre leur père, elle n'était pas encore prête à le faire contre Cesare et doutait de pouvoir le faire un jour. Elle serait prisonnière de ses murs froids. Comme elle était prisonnière de cet homme qu'elle aimait bien trop. Au point de subir toutes les humiliations, toute les souffrances et toutes les peines qu'il lui infligerait en l'acceptant. Et malgré sa souffrance, à cet instant, elle était toujours incapable de le haïr.

Prisonnière et amoureuse. Quelque part, elle devait vraiment être folle.


C'est ainsi qu'elle s'est retrouvée prisonnière dans ce maudit couvent de San Sisto.

Elle se tenait à cet instant debout, devant une fenêtre à demi close, observant les allés et venues des marchants et voyageurs le long de la via Appia, chacun quittant où rejoignant Rome. Elle pouvait voir l'immense aqueduc qui fonctionnait encore et qui faisait quasiment le tour de la ville, elle voyait les longs champs fertiles des états pontificaux. Une vue paisible, magnifique, qui aurait reposé n'importe qui. Mais pas elle.

Ce n'était pas ce qu'elle désirait voir. Elle voulait revoir le château Saint-Ange et les ruelles bruyantes et chaudes de Rome. Pas cette maudite campagne qu'elle n'avait cessé de voir dans ses voyages ces cinq dernières années. Elle poussa un soupir profond et tripota la croix qu'elle portait autour du cou. Une croix ciselée en or et en rubis. Vivre au couvent, soit, mais en adopter les vêtements humbles – des vêtements de paysanne pour elle – hors de question.

Ce couvent n'était pas le plus strict de Rome, elle devait le reconnaître. La Mère Supérieur, soeur Giovanna, était laxiste et fermait les yeux sur beaucoup de choses, notamment sur le fait qu'elle refusait catégoriquement de prendre l'habit de nonne le temps de son séjour, ni même de porter des couleurs plus ternes. Elle en était exaspérée et regardait cette invitée avec colère mais ne disait rien. Sans doute la peur de sa famille y était pour quelque chose. On ne reprochait rien à un Borgia.

Sa chambre était simple mais plutôt charmante et plus grande que celles de toute les autres nonnes et sa nouvelle servante, Giulia, l'avaient accompagné, c'était le souhait du pape. Elle s'en serait moquée éperdument si cela n'avait tenu qu'à elle, mais Sa Sainteté y tenait, pour qu'elle ait de la compagnie familière. Comme si une personne qu'elle avait rencontré il y à peine quelques semaines lui était familière ! Elle ne savait que penser de cette Giulia. Avec ses yeux sombres silencieux qui la dévisageait, la jugeant, l'examinant. Mais sa bouche était toujours silencieuse et elle obéissait sans discuter. A force de passer du temps avec elle, elle avait fini par trouver son ombre silencieuse rassurante, voir même apaisante. Elle l'a calmait en lui brossant doucement les cheveux tandis que Lucrezia fulminait intérieurement, où à voix haute contre son père où son frère. Son frère…

La rancune était là. Dans la gorge, aussi gênante qu'une arrête. Aussi, quand il vint lui rendre visite, trois jours après qu'elle était arrivée au couvent, elle refusa d'abord de le recevoir. Pour ensuite voir sa porte s'ouvrir à la volée et son frère se tenir dans l'embrassure. Bien sur. On ne congédiait pas Cesare Borgia. Il était habillé de noir, à l'exception d'une cape rouge cramoisie où un taureau jaune y était gravé. Malgré son amertume, elle n'avait pas pu s'empêcher de remarquer à quel point il était majestueux. Toutes les jeunes filles qui étaient entrée volontairement au couvent de San Sisto – et elles était beaucoup plus nombreuses que Lucrezia ne l'aurait cru, toutes étant prêtes à se cloîtrer à vie pour éviter des mariages désagréables – allaient amèrement regretter leurs choix quand elles découvriraient ce qu'elles pouvait trouver dans la nature. Mais elles se fourvoieraient, car elles n'aurait jamais trouvé un homme ça au détour d'une ruelle de Rome où de Florence. Il n'y en avait qu'un seul.

Il était entrée dans sa petite d'un pas tranquille, chassant Giulia d'un geste sec et avait refermé la porte derrière elle, à clef n'avait-elle pu s'empêcher de remarquer, et s'était retourné vers elle avec un sourire mi amusé, mi froid. Elle s'était demandée si un jour elle verrait un beau et franc sourire, un rire spontané et impulsif chez lui mais au fond d'elle, quelque chose lui disait que non.

- Alors, petite soeur, on ne veut pas me voir ? Avait-il allégrement demandé en s'approchant encore, alors que Lucrezia était assise sur le bord de son lit, lui tournant à demi le dos.

- Va-t'en, avait-elle lancée tout d'abord, dans un dernier geste de rébellion et sans grande conviction. Retourne chez notre père, je ne veux pas te voir, ni toi ni lui. Allez au diable !

- Oh, oh, mais je ne peux pas aller au Diable, Lucrezia, car je suis le Diable, avait ricané Cesare. C'est vrai, après tout, ne faut-il pas être le Diable pour désirer sa propre soeur ?

« Désirer, pas aimer » ne put-elle s'empêcher de remarquer et cela finit de lui briser le cœur pour la journée et les larmes lui monta au visage. Elle ne saurait jamais quoi penser de lui, elle ne saurait jamais ce qu'il pense d'elle. Pourquoi était-il si possessif envers elle, quand il était prêt à l'enfermer au couvent pour affaire politique et pour l'ignorer pendant cinq ans ? Pourquoi une telle passion était en lui quand il l'a prenait, un tel feu, alors qu'il ne faisait que la désirer ? Mais peut-être était cela, le désir, juste une passion dévorante et flamboyante, et qu'elle n'y voyait qu'un semblant de sentiments juste pour se rassurer un peu. Et ce qui était triste, c'est qu'elle se refusait à croire, encore, qu'il pouvait en être autrement.

- Tu dis que tu me désires, pourtant tu approuves notre père pour qu'il m'enferme ici, pour qu'il me cloître dans cette prison… S'étrangla-t-elle, la voix pleine de sanglots contenus.

- Comme toujours, ce n'est que pur politique, petite soeur. Il faut que tu paraisse chaste aux yeux du monde si nous voulions que nos mensonges sur Sforza passent, car cela ne sera pas facile, et quoi de mieux pour paraître pure comme la vierge Marie que d'entrer au couvent ? C'est provisoire, comme l'a été ton mariage. Mais là, ce sera beaucoup moins là. Cela, je peux t'en faire la promesse.

Il s'assit alors près d'elle, suffisamment près pour qu'elle sente sa chaleur tout contre son corps et un violent frisson la parcourut quand elle sentit une main lui effleurer la joue, la caressant doucement, presque tendrement. Comment un homme qui était si dure pouvait dans ces instants là, être aussi doux et faire comme si il ne ressentait rien, au fond de lui ? Non, elle avait raison, quelque part, tout à l'intérieur de son âme, il avait des sentiments pour elle. Seulement, il ne les voyait pas, ne les comprenait même pas et lui donnait seulement ce qu'il pouvait. Cela lui était suffisant… pour l'instant.

Cesare se pencha vers sa soeur et lui chuchota à l'oreille, si bas qu'elle l'entendit à peine :

- Et cette fois, je peux être auprès de toi.

Il se pencha alors et ses lèvres se posèrent sur le cou de Lucrezia, l'embrassant doucement, passant sa langue sur la peau douce de sa soeur. Elle ne put alors s'empêcher de fermer les yeux et de pousser un petit gémissement. Le Diable, disait-il ? Le Diable incarné, oui. Il suffisait qu'il l'a touche, de ses mains, de sa langue, pour qu'elle oublie toute rancune envers lui et qu'elle soit perdue. A mesure que sa langue passait sur sa peau, s'amusant à faire des arabesques, elle eut l'impression qu'un brasier intense s'était éveillé sous sa peau et la faisait douloureusement et délicieusement bouillir. Jusqu'à ce que les lèvres de Cesare s'égare plus loin dans le cou, jusqu'à remonter à son visage, à ses lèvres, lèvres qu'il captura avec voracité, avec férocité, comme lui seul savait le faire. Et elle ne put s'empêcher de lui rendre son baiser avec la même passion.

- Cesare…, murmura-t-elle en détachant brièvement ses lèvres des siennes. Ici… ?

Le visage de son frère s'écarta un peu et une lueur dangereuse luisait dans ses yeux tandis qu'un sourire carnassier naquit sur ses lèvres, lui montrant à quel point l'idée de faire l'amour dans un couvent, à côté des saintes sœurs, le séduisait et l'excitait autant que lorsqu'ils l'avait fait dans la Chapelle Sixtine.

- Essaie de rester silencieuse, chuchota-t-il, la voix amusée, avant de reprendre possession, et de prendre rapidement possession de tout son être, corps et âme.

Elle avait essayé de rester silencieuse, comme il le lui avait demandé mais cela avait été quasiment impossible et il avait fini par lui poser la main sur la bouche, afin d'étouffer ses gémissements trop sonores de plaisir. C'était encore plus exaltant, de savoir que les sœurs était derrière et pouvait frapper à tout moment. Jamais elle n'avait ressenti cela dans ses bras, pourtant il avait déjà réussi mainte et mainte fois à l'emmener au Paradis. Où en Enfer. Maintenant, elle ne savait plus.

Cesare était reparti juste après que cela soit terminé et n'était revenu qu'une fois ensuite, il y a cinq jours. Ils avaient refait passionnément l'amour, et ces visites étaient la seule chose qui empêchait Lucrezia de devenir folle à lier. Elle les attendait comme les Juifs avait attendu le Messie et si elle avait ressenti un peu de culpabilité a commettre non seulement le péché de luxure sous un couvent, déjà extrêmement grave, mais en plus celui d'inceste, sa culpabilité s'était progressivement éteinte au profit de sa rancune envers ces lieux. Personne n'avait jamais rien remarqué, pas même Giulia, du moins rien ne laissait croire qu'elle avait remarqué quelque chose mais cette mystérieuse Giulia, allez savoir ?

Lucrezia soupira à nouveau et s'éloigna de la fenêtre pour aller son bureau et regarder ses lettres. Elle savait ce qui se passait dehors, Cesare et son père la tenait au moins informer des évènements par lettre. Cesare avait fait une demande pour qu'on le laisse se débarrasser de sa robe de cardinal, cette information là, elle l'avait reçu il y a deux jours. Elle avait sourit de joie en lisant cela. Il devait pour cela obtenir plusieurs votes et elle savait qu'il ferait pour y parvenir et qu'il réussirait. Elle lui avait fait parvenir un mot d'encouragements mais n'avait pas encore eu de réponse. Cesare s'épanouirait totalement si il était enfin libéré de sa robe rouge. Et il serait certainement encore plus dangereux qu'il ne l'était déjà, si c'était possible. L'amour était vraiment égoïste. Elle savait parfaitement que beaucoup mourrait de la main de son frère, bien plus qu'il n'en tuait déjà, car cette fois il aurait le droit de porter une épée et ne le ferait plus en cachette et ses ambitions ne serait plus restreinte en rien. Elle ignorait totalement dans quoi Rome serait plongée si Cesare parvenait à avoir ce qu'il veut mais cela ne serait sûrement pas joli pour tout le monde. Et pourtant… Pourtant, elle désirait voir ce jour arriver plus ardemment que n'importe quoi. Elle désirait voir Cesare puissant et majestueux, elle voulait le voir fort et maître de sa vie, elle voulait le voir régner en maître absolu de Rome, en roi. Et elle, sa reine. Comme leur promesse d'enfant.

Les Français se rapprochait des Etats Pontificaux. Giulia Farnèse, jeune beauté Romaine qu'elle avait à plusieurs reprises croisés dans sa jeunesse, tellement blonde qu'on se demandait si elle était vraiment Italienne et d'une élégance et d'une grâce telle qu'elle illuminait tout le Vatican à elle seule et mettait toute les femmes dans l'ombre à côté d'elle, et qui se trouvait justement être la maîtresse de son père depuis plusieurs années, avait été capturée par des généraux Français. Son père en était fou de panique. Pendant un instant, il semblait enfin avoir totalement oubliée sa peine pour son fils et était déterminé à ramener sa Giulia chérie, qui portait d'ailleurs son enfant. Lucrezia devait bien admettre qu'elle se moquait complètement de ce qui pouvait arriver à cette Giulia. Elle ne l'avait pas revue depuis son retour de Rome mais n'avait aucune envie d'avoir une telle beauté pour lui faire de l'ombre quand elle retournerait au Vatican. Néanmoins, elle ne souhaitait pas la mort de l'enfant de son père, son frère où sa soeur à venir. Dieu seul décidera de son sort.

Les Napolitains avait été défait par les Français peu avant la capture de Giulia et avançait sans aucune rempart contre Rome et c'était ce qui inquiétait le plus Lucrezia. Elle se demandait combien de temps encore avant qu'ils n'arrivent jusque ici et saccage tout et comment son père allait-il les contrer, maintenant que l'armée napolitaine était décimée et que la Garde Pontificale suffisait à peine à défendre le château ? Mais Cesare, qui avait écrit ces informations, ne semblait pas inquiet, ce qui apaisait quelque peu Lucrezia. Ils devaient avoir un plan, un autre plan qui leur permettrait de sauver Rome et de sauver leur famille de la furie Française. Ils n'avaient pas encore pu, à cause de cela, contacter son mari pour le prévenir de l'annulation de mariage qui allait bientôt avoir lieu et du procès auquel il devrait se soumettre. Peut-être que Cesare avait-il l'intention d'utiliser cette arme, ce Fragment d'Eden qu'il lui avait montré et qu'il l'avait tant envoûté dans la Chapelle Sixtine… Elle ne connaissait pas les effets exacts de cet objet mais elle se rappelle parfaitement les mots de son frère à son propos. « Personne ne pourrait lui résister… Il suffirait que celui qui le tienne ordonne, et tout le monde obéit… Cet objet pourrait obliger un père à tuer ses enfants. Une fille à s'immoler vivante. » Elle en frissonna encore. Une arme trop dangereuse pour être entre les mains de son frère où de son père, et elle craignait bien plus ce qu'ils pouvaient faire avec cela qu'avec une armée où des canons. Néanmoins, cela pourrait être plus qu'utile pour obliger les Français à faire demi tour.

Il y avait le problème des Assassins, aussi. Cela, Cesare n'en parlait jamais dans ses lettres, mais il y a cinq jours, quand elle s'était allongé sur lui quelques instants après leurs ébats, essoufflé, et qu'elle l'avait questionné à ce sujet, Cesare lui en avait un peu parlé.

- Cet Assassin, toujours le même, ce Ezio Auditore da Firenze, ne cesse de nous causer des problèmes. Il a tué plusieurs hommes importants pour nous, des alliés conséquents à Venise et Florence. Il est comme une maudite épine dans le pied, on à beau secouer, on arrive pas à s'en débarrasser… sauf si on se décide enfin à l'arracher.

Le ton de Cesare devenait extrêmement bas, calme, noir quand il parlait de cet homme, de ce Florentin qui semblait leur causée tant de problèmes. Lucrezia ne savait pas tellement de choses sur lui, bien qu'elle en avait appris bien davantage au cours de ses voyages. Il était plus âgé que Cesare de presque vingt ans mais restait néanmoins bien plus jeune que le pape. Les Auditore était une riche et puissante famille de Florence, des banquiers Florentins comme on en trouvait partout dans cette ville souveraine de la luxure et de l'art. Sa famille avait été victime d'un complot terrible qui avait entraîné la mort du patriarche de la famille, Giovanni Auditore, qui travaillait personnellement et secrètement au service de Lorenzo de Médicis, ainsi que celles de deux ses fils, son aînée Federico et son cadet dont elle ne parvenait plus à se souvenir le nom, mais qui n'avait pas dix ans… Tous trois ont été pendus dans la place principal de Florence, sous les yeux du dernier fils vivant, Ezio, qui était parvenu à leur échapper, emmenant avec lui sa soeur et sa mère encore en vie. Ils avait quasiment tout perdues à Florence. Et elle était quasiment certaine que Rodrigo Borgia n'était pas innocent dans ce complot qui avait massacré la famille Auditore. Pour cela, elle s'en sentait quelque peu mal mais pourquoi, exactement ?

De par son frère et les informations qu'elle avait entendus dans les réunions qu'elle avait espionnés, elle avait appris que les Auditore était une ancienne famille d'Assassins. Quasiment leur famille dominante en Italie. Cette étrange confrérie dont elle commençait à peine à saisir tout le sens et qui se battait pour la liberté du peuple et la justice. Ils avaient toujours eu de maigres moyens mais des forces et des techniques de combats imbattables. L'Ordre des Templiers, auquel leur père appartenait et auquel Cesare commençait à y jouer un certain rôle, était les ennemis de cette Confrérie, cela elle l'avait compris depuis bien longtemps. Une question d'idées opposés et de pouvoir, comme toujours dans les lutte de clans. Mais était-ce juste pour cela que son père ait prit soin de les faire tomber ? Pour éliminer la plus puissante famille d'Assassins présents en Italie ? Peut-être. Elle n'en savait rien, en fait. Mais en tout cas, l'un des fils avait survécu et semblait déterminer à se venger. Chaque personne, chaque allié précieux des Borgia qu'il avait tué avait participé de près où de loin au complot qui avait massacré sa famille. Elle se demandait combien de temps ils mettrait à remonter jusqu'aux Borgia. Et vu la facilité avec lequel il tuait et le fait que personne ne parvenait à mettre la main sur lui, cela aussi la terrifiait. Ils étaient encerclés d'ennemis.

A l'heure qu'il est, personne ne savait exactement où était Ezio, d'après Cesare. Ils avait appris que sa mère et sa soeur, Maria et Claudia Auditore, avait élues domiciles dans la ville fortifiée de Monteriggioni, en Toscane, où le frère du défunt père d'Ezio, Mario Auditore, condottiere reconnu dans toute l'Italie, vivait depuis des années. Lui aussi était un Assassin, d'après Cesare. Mais Ezio ne semblait pas dans cette ville. Les espions avaient d'ailleurs du mal à y entrer, ils ne pouvaient pas dire à quoi ressemblaient la mère et la soeur de leur ennemi. Aucun moyen de l'atteindre par ce biais, attaquer une ville fortifié qui habitait l'armée de Mario Auditore, qui n'était pas petite, c'était impossible pour l'instant.

- C'est quelque chose que je réglerais… plus tard, avait murmuré distraitement Cesare, les yeux dans le vague, caressant sans s'en rendre compte les cheveux de sa soeur.

Elle n'avait rien répondu, se contentant de l'observer, et de laisser ses mains traîner sur son torse dur et ferme, allant jusqu'à la pomme d'Adam qu'elle adorait embrasser durant leurs ébats. Elle pourrait passer des heures à l'observer, à essayer de le déchiffrer sans jamais totalement y parvenir. Elle aurait aimée savoir ce qu'il pensait exactement aux sujets des Assassins. Il n'avait pas envers eux ce mépris évident qu'il affichait quand il parlait de leurs autres ennemis, tels que les Français où les cardinaux fourbes, non, avec les Assassins… A chaque fois qu'ils parlaient d'eux, il semblait examiner une immense carte stratégique invisible à ses yeux à elle, préparant chaque coup, méditant sur ce qu'il allait faire pour les contrer. Il avait suffisamment de considération envers eux pour ne pas les calomnier comme il le faisait avec les autres, mais semblait encore plus déterminé à les anéantir.

Lucrezia s'était alors blottie contre lui, rassurée par cette image. Que pourrait-elle craindre, après tout, tant qu'il serait là entre leurs ennemis et eux ? Une fois qu'il pourrait devenir soldat, il défendrait leur famille jusqu'à mettre la ville à feu et à sang. Et personne n'oserait plus jamais s'élever contre les Borgia. Plus jamais. Il suffisait pour cela qu'il soit libre et cela ne saurait tarder, désormais.

On frappa soudainement à la porte, la tirant de ses rêveries et elle marmonna d'entrer, priant pour que ce ne soit pas soeur Giovanna lui demandant d'assister à la messe où de l'aider dans quelques bonnes œuvres qui l'insupportait totalement. Mais non, heureusement, ce n'était que Giulia, qui annonça :

- Madame, signore Pedro Caldès est là, avec un message de votre frère.

Le cœur de Lucrezia bondit dans sa poitrine et elle suivit Giulia immédiatement. Quelque part, elle avait aussi envie de revoir ce cher Pedro Caldès, soldat qui l'avait accompagné jusqu'au Vatican à son retour de Rome et également celui qui l'avait escorté jusqu'au couvent et qui, depuis, lui apportait messages où présents du pape et de son frère. Si elle n'avait su que penser de ce soldat Espagnol bougon au début, elle avait fini par le trouver amusant. Il souriait rarement et marmonnait toujours, ce qui avait l'étrange et inexplicable don de la faire rire. Elle adorait le voir marmonner dans le vide. Ses visites était ses plus grands plaisirs après ceux de Cesare, car cela lui permettait de rire, de recevoir des informations où des cadeaux et elle pouvait parler espagnol avec un homme qui le comprenait, langue qu'elle aimait tellement manier et dont elle n'avait pas souvent l'occasion. Cesare l'a parlait par moments avec elle, mais il restait le plus souvent sur l'italien, langue qu'il semblait particulièrement affectionné.

Giulia et elle traversèrent les couloirs du couvent avant de se retrouver rapidement dans la spacieuse cour intérieur de San Sisto, où elle découvrit Pedro Caldès assit là où il l'était toujours, sur le rebord de la petite fontaine qui faisait de cet espace le plus beau et le plus charmant du couvent. Comme toujours, il avait la tête baissée, tenant dans ses mains un paquet et une enveloppe. Elle sourit à cette vision et se demanda de qui cela venait : Cesare, Rodrigo, sa mère Vannozza qu'elle n'avait guère eu l'occasion de voir mais qui lui envoyait néanmoins lettre et présents aussi ?

- Eh bien, signore Caldès, vous avez une bien triste mine, ce matin, dit-elle joyeusement en venant le rejoindre, sa robe de soie bleue roi broussant autour d'elle. Vous trouverais-je avec le sourire ?

Il leva ses prunelles marron vers elle, si chaudes et si différentes des yeux de glace de Cesare qu'elle ne pouvait s'empêcher de le remarquer à chaque fois qu'elle voyait Pedro. Un éclat de surprise passa dans les yeux de celui-ci tandis qu'il baisa sa main et il murmura alors :

- Si cela fait plaisir à madame, je sourirais la prochaine fois.

- Excellent ! Ria-t-elle. J'ai hâte de voir cela. Je suis certaine que vous êtes encore plus beau avec le sourire.

Un rougissement apparue sur les joues de son cher Pedro en même temps qu'un murmure scandalisé d'une jeune nonne assise plus loin lorsqu'elle entendit ses mots et qu'elle vit Lucrezia s'asseoir à côté de Pedro sur la fontaine. Quand elle disait que le couvent n'était pas fait pour elle… Elle ne faisait que dire la vérité, pourtant. Pedro Caldès était un homme charmant, certes sa mine d'enterrement gâchait un peu ses beaux traits mais il restait beau, il faudrait être aveugle pour ne pas le remarquer. Son regard tomba sur Giulia et elle fut surprise de voir un mince sourire amusé sur les lèvres de celle-ci. Tiens, le premier signe de sentiment que sa bonne suivante lui offrait. Elle était amusée. Cela lui plût. Au moins, elle n'avait pas une autre nonne à ses côtés.

- Alors, dîtes moi, Pedro, que m'apportez vous de beau cette fois ci, hormis votre présence qui égaye ma journée dans ce bain d'ennuis que je prends tout les jours ?

La nonne assise plus loin – soeur Angelica ? – sursauta et fronça les sourcils, outrée et Lucrezia dut se retenir de pouffer de rire, et elle vit un petit air amusé apparaître sur le visage de Pedro aussi. Tourmenter les nonnes de ce maudit couvent et les scandaliser. Son seul véritable passe temps et son seul plaisir de ces dernières semaines.

- Un présent de votre mère, signora Vannozza Catanei, et une lettre de votre frère Cesare, madame, répondit-il en lui tendant le paquet et la lettre. Ainsi qu'un message de la part de votre père : il sait que vous n'assister qu'une fois sur deux à vos messes et que vous refusez de prendre les vêtements de nonne. Il vous ordonne de cesser ces enfantillages sur le champ, sinon quoi il vous laissera marier à ce poltron de Giovanni Sforza jusqu'à votre mort. Ce sont ces mots, madame. Il était trop en colère pour les écrire.

« Eh bien moi, je suis trop en colère pour obéir » pensa-t-elle en souriant à Pedro.

- Bien sur, Pedro, bien sur, vous direz à mon père que j'ai parfaitement compris ce qu'il voulait dire et que je vais y réfléchir pour prendre la bonne décision.

- Madame, vous…, hésita Pedro, vous voulez vraiment que je lui dise cela ?

- Oui. Mot pour mot, dit-elle joyeusement.

Il allait certainement être fou furieux en l'entendant se moquer de lui ainsi et peut-être le regretterait-elle plus tard mais pour l'instant, elle s'en moquait comme d'une guigne. Jamais il ne la laisserait marier avec les Sforza, non il avait trop besoin d'elle pour tisser allez savoir quelque autre maudite alliance en la vendant à quelque autre maudit mari, il ne perdrait pas un tel pion politique juste pour punir sa fille, alors qu'il garde ses menaces. Il l'avait placée ici contre son gré, elle n'avait pas désobéi, mais il devrait assumer les conséquences de son choix. Une Borgia n'est pas faite pour le couvent.

Pedro la regarda d'une manière admirative. Et avec quelque chose d'autre dans le regard. Elle avait plusieurs fois remarqué ce regard chez ce beau soldat, un regard qu'elle reconnaissait bien maintenant, un regard que bien des hommes avait portée sur elles alors qu'elle dansait et riait dans les dînes et les bals, elle l'avait vu chez ce cher Pietro Bembo, ce poète auquel elle avait failli cédée, ce regard qui cachait quelque chose, qui attendait quelque chose, qui voyait quelque chose que seul un homme attirer par une femme pouvait voir… C'était aussi pour cela qu'elle prenait de plus en plus de plaisir à recevoir Pedro. Elle n'était pas stupide. Elle savait bien que Cesare ne devait pas se contenter d'elle. Il avait du avoir tellement de femmes dans son lit pendant son absence que le nombre devait en être vertigineux. Même maintenant qu'elle était de retour, cela ne l'étonnerait pas qu'il ait amenée quelques prostituées où quelques paysannes dans ses appartements où ailleurs. Elle n'aimait pas cela. Elle détestait cela alors qu'elle s'était efforcée de lui rester fidèle, même avec son maudit mari qu'elle n'avait eu qu'une fois et de mauvaise grâce. Mais elle savait aussi qu'elle ne pourrait jamais l'empêcher de goûter à d'autres fruits. On ne met pas une laisse à un taureau.

Alors, qu'un homme la désire et la regarde de cette manière, cela lui faisait immensément plaisir. Elle avait envie d'en jouer, d'alimenter le brasier, de jouer avec le feu sans jamais se brûler. Ce Pedro avait une âme bonne, un vrai gentilhomme, jamais il ne lui aurait fait de mal, déjà parce que cela ne serait pas dans sa nature mais aussi parce qu'il craindrait trop les conséquences. Aussi, pourquoi ne pouvait-elle pas appréciée son regard chaud sur elle et s'en amuser ? Savoir qu'elle attirait des hommes, même enfermée dans ce maudit couvent, lui redonnait quelque joie de vivre.

Mais cette flamme disparut brutalement cette fois ci et Pedro se leva tout à coup.

- Je suis à vos ordres, madame, quand bien même je pense que vous ne devriez pas désobéir au pape, mais je n'ai pas à donné mon avis. Je suis navré, signora, mais je dois vous quitter, avez-vous une lettre à transmettre à votre mère, votre père où votre frère ?

Lucrezia fut quelque peu interloquée. D'habitude, il s'attardait, marmonnant ses conseils et ses désapprobations tout en se rappelant lui-même constamment qu'il n'avait pas a donné son avis, ce qui lui évitait de le faire et elle lui en était reconnaissante.

- Allons, Pedro, pourquoi devez-vous partir si vite ? Ne put-elle s'empêcher de demander en fronçant les sourcils de mécontentement.

- Les rues sont dangereuses en ce moment, madame, on à besoin de tout les hommes présents pour maintenir le calme. Le peuple panique à cause des Français. Je vais devoir patrouiller toute la nuit. Il faut que je me prépare.

Elle le dévisagea quelques instants. Son regard était fuyant, noir, et quelque chose lui disait qu'il n'était pas sincère. Cherchait-il à la fuir où bien avait-il menti sur sa raison urgente qui le poussait à partir ? Rien dans son visage ne lui donnait de réponse. Mais il ne disait pas la vérité. Lucrezia resta silencieuse quelques secondes avant de hausser les épaules. Quelle importance pouvait avoir les secrets d'un soldat messager qui aimait bien son physique ?

« Les secrets de tout le monde sont important, petite soeur, ce sont mêmes les armes les plus redoutables qui soit ».

Les mots de Cesare résonnaient en écho en elle mais elle ne s'y attarda pas, même si elle savait parfaitement qu'il avait raison. Les armes les plus dangereuses était les secrets, afin de faire tomber où chanter celui qui les gardait. Mais elle n'avait aucune envie de faire du mal à Pedro Caldès. Cela la priverait de ses brefs instants de joie.

- Non, pas de lettre aujourd'hui, j'en aurais à ta prochaine visite, répondit-elle distraitement en se levant à son tour. N'oublie pas mon message pour mon père. Et tu n'as pas intérêt à le radoucir de quelque manière qui soit, suis-je clair ?

- Je suis à vos ordres, madame, répéta-t-il en s'inclinant respectueusement.

- Une dernière question, avant que tu ne partes : sais-tu quand est-ce que Cesare reviendra pour me rendre visite ?

Pedro fronça les sourcils et sembla quelque peu gêné.

- Son Eminence le cardinal Borgia est très occupé à chercher à récolter les voix dont il à besoin pour se débarrasser de sa charge ecclésiastique, il s'occupe de la Garde Pontificale également. J'ignore si il à l'intention prochaine de vous rendre visite, signora.

Lucrezia hocha la tête sans le regarder. Bien sur qu'il était occupé, elle était égoïste de désirer sa visite alors que les Français était sur le point d'envahir Rome et qu'il se battait pour pouvoir la défendre. Elle reposa son regard sur Pedro et elle remarqua que ses sourcils étaient toujours froncés mais d'un air désapprobateur. Elle eut envie de ricaner. Il ne pouvait pas s'empêcher de juger où de donner son avis, même sans le vouloir. Elle l'appréciait pour cela aussi, même si elle ne lui en aurait jamais rien dit.

- Soit, acquiesça-t-il en hochant la tête, ne pouvant s'empêcher de se sentir quelque peu déçue que Cesare ne viendrait pas malgré tout. Rappelle à mon frère qu'il à tout mon soutien pour les combats qu'il mène en ce moment. Je te remercie, Pedro. Tu peux t'en aller.

Il ne dit rien pendant quelques instants, pas plus qu'il ne bougea, se contentant de la dévisager avec une drôle d'expression, mi observatrice mi… inquiète ? Oui, c'était cela. Mais avant qu'elle n'ait pu l'interroger, il s'abaissa tout à coup à nouveau et lui dit au revoir avant de tourner les talons et de quitter le couvent à vive allure. Elle jeta un coup d'œil à Giulia mais celle-ci regardait le sol. Bon sang, pourquoi tout le monde se faisait une lois d'entretenir mystère et secrets ? Cela devenait épuisant à la fin. Elle quitta la cour intérieure sans s'assurer que Giulia la suivait. Le bonheur que lui avait procurer la visite de Pedro était parti, elle était à nouveau amère. Elle priait pour que le présent et que les mots de Cesare lui apporte quelque réconfort.

Une fois dans sa chambre, elle commença par ouvrir le paquet et découvrit une flûte en bois ciré, qu'elle reconnut immédiatement : c'était la flûte qu'elle avait quand elle était petite fille et vivait encore dans la villa de sa mère, à l'entrée du quartier du Vatican. Elle en ressentit un intense élan de joie mais de profonde nostalgie aussi. Une fois arrivée chez son père, elle avait abandonné la flûte pour apprendre la harpe, instrument qu'elle préférait elle devait le reconnaître, mais la flûte lui rappelait des souvenirs d'une époque révolue, une époque où elle courait encore sans se soucier de paraître droite où noble. L'insouciance ce l'enfance.

Les mots de Cesare étaient brefs. Ils l'étaient toujours, il n'avait jamais été un poète. Il lui expliquait l'évolution de ses votes, certains qu'il avait gagné, certains qu'il peinait à convaincre. Elle pouvait sentir l'impatience et l'exaltation de se savoir si proche du but à travers ses mots et même si elle en était heureuse, elle se sentit quelque peu amère. Elle aurait aimée pouvoir être là bas et participer à cela, où au moins y assister. Pas enfermée dans ce couvent si loin de tout ce qu'elle aimait.

On frappa à nouveau à la porte et cette fois ci elle demanda sèchement :

- Qui est-ce ?

- Giulia, signora.

- Entre, rétorqua-t-elle en replongeant dans la lettre qu'elle avait déjà lu quatre fois.

Giulia ouvrit la porte et ferma soigneusement derrière elle. Lucrezia s'attendit à ce qu'elle vienne avec sa brosse afin de lui coiffer les cheveux comme elle le faisait toujours quand elle lisait ses lettres mais Giulia ne bougea pas, restant plantée devant elle, les mains se tortillant sur quelque chose. Lucrezia reposa sa lettre, exaspérée et leva les yeux vers sa suivante :

- Eh bien, quoi ? Qu'est-ce que tu as à rester planté là ?

- Madame, commença Giulia, avant que je ne vienne vous avertir que Pedro Caldès est arrivée, il m'a remis ceci – elle montra une petite boite de couleur beige – et m'a demandée de ne vous l'a donner que lorsqu'il serait parti. C'est un présent de sa part.

- De sa part a lui ? S'étonna Lucrezia.

Le discret et silencieux Pedro, qui n'aurait pour rien au monde reconnût la bref attirance qu'elle avait décelé en lui pour elle… lui offrait un présent ? Elle en était toute ébahie. Intriguée, elle tendit la main et Giulia lui posa la petite boîte dans les mains. Elle était enveloppée d'un léger ruban bleu transparent. Lucrezia ouvrit doucement la boîte, et étrangement, elle avait l'impression d'ouvrir la boîte de Pandore pendant une seconde. Le ruban défait, elle ouvrit le petit coffret en carton et ce qu'elle découvrit la laissa muette.

C'était un collier. Mais un collier d'une beauté ! Une légère chaînette en or, relié en forme de petits lierres menait tout au bout au pendentif, un magnifique cygne en perle blanc nacré, cygne accompagné d'une couronne de lierres dorés, comme les anciennes couronnes des empereurs romains… Comment diable les joailliers avait-ils réussi à faire en sorte que le cygne ait la matière de la perle ? Elle n'avait jamais vu cela… elle remarqua que les yeux du cygne était deux petits rubis rouges. Ce bijou devait valoir une fortune ! Un prix que seuls les riches familles pouvait se permettre. Comment diable un petit soldat, même plus un serviteur qu'un soldat, avait-il réussi à acheter un bijou d'une telle valeur ? Son père ne le payait pas suffisamment pour acheter du bronze, alors de l'or, des perles et des rubis, sans parler du ciselage ! Etait-ce un bijou volé ? Trouver sur un cadavre ? C'est possible. Mais sur le moment, elle s'en moquait éperdument. C'était le plus beau bijou qu'elle n'avait jamais vu. Elle en avait de toute sorte et de toute taille, de toutes les couleurs, plus tape à l'œil les uns que les autres. Mais aucun ne lui avait jamais paru aussi beau… aussi pur. Le cygne était un animal pur. Très loin du taureau qu'elle abordait le plus souvent…

- Giulia, mets le moi, ordonna-t-elle en se dirigeant vers le petit miroir sur la commode près de son lit et en retirant la croix d'or qu'elle avait.

Miroir destiné à se laver, rien de plus. Ses grands miroirs lui manquaient, ceux qui lui permettaient d'admirer toute sa beauté. Giulia obéit sur le champ et prit le collier avant de le passer autour du cou de sa maîtresse, fermant délicatement le fermoir. Lucrezia ajusta le cygne, qui vint pendre sur son cou, presque entre ses seins. Magnifique. La perle et l'or allaient tout à fait avec ses cheveux blonds et son teint de pêche. Elle s'admira quelques minutes, ses pensées s'égarant doucement, ses doigts effleurant la douceur du cygne.

« Cesare ne m'a jamais offert de bijoux. »

Cette pensée traversa son esprit tel un éclair. Elle n'y avait jamais pensée mais c'était la vérité. Certes, cela ne l'étonnait pas, Cesare trouvait cela bien trop futile et n'y pensait sûrement même pas. Elle ne s'en était jamais formalisée. Mais à cet instant, cela la blessa. Jamais il n'avait pensé que cela pourrait lui faire plaisir et faire un effort… Il avait fallu que ce soit un paysan espagnol qui le fasse à sa place.

Ne la gâtait-il pas parce qu'il était assuré de toujours l'avoir à ses côtés, comme elle le lui avait promis ? Elle avait entendu parler d'une des maîtresses de Cesare, l'une des plus célèbres, Fiammetta de Michaelis, qui lui avait donné même un fils parait-il, fils qu'elle n'avait pas eu l'occasion de voir. Elle avait entendu ses histoires quand elle était à Sienne et avait passé la nuit entière à imaginer comment elle pourrait tuer cette putain de Fiammetta. Puis quand il s'est lassé d'elle, il lui avait offert une auberge et un bordel qu'elle entretenait et où elle élevait leur fils, Girolamo. Mais avant cela, elle avait paru accoutré des plus bijoux qu'on pouvait trouver à Rome. Cadeaux de son amant…

Oui, Cesare ne pensait pas à lui offrir parce qu'il savait son amour acquis. Ce qui était vrai, quoi qu'il fasse, quoi qu'elle ressente. Mais cela la piquait néanmoins au vif. Il devrait la gâter plus que toute les autres, faire d'elle sa reine, comme il le lui avait juré. Et ce sur tous les points de vus. Il batifolait et gâtait les autres femmes tandis qu'elle restait chaste et ne recevait rien de sa part. C'était injuste. Douloureux et totalement injuste.

Eh bien, il n'est pas question que cela dure. Si elle tenait tête au père, elle tiendrait tête au fils également. Elle voulait qu'il s'occupe davantage d'elle. Et si son amour ne le lui faisait pas comprendre, c'est son indifférence qui le ferait. On dit qu'il n'est jamais mauvais de rendre son homme jaloux. Bien au contraire. Eh bien, c'était l'occasion idéal pour elle de faire languir un peu le sien. Et de profiter des joies d'être gâtée et aimer en secret par un autre.

Ce gentil Pedro. Si adorable. Elle l'aimait bien et elle savait pourquoi, désormais. Cela allait au-delà du désir physique, pour qu'il dépense tellement d'argent pour elle, où même qu'il risque le vole où le meurtre pour l'obtenir. Il était amoureux d'elle. Ce constat lui donna le sourire, un sourire qui illumina le visage qu'elle voyait se refléter dans la glace. Un visage qu'elle apprécia grandement de revoir. Si gentil Pedro, trop timide pour le lui donner directement, car il savait qu'elle l'aurait ouvert devant lui et poser multitudes questions. Peut-être l'aurait-elle taquinée sûrement. Mais cette approche était bien plus amusante. Cela pouvait même devenir un jeu. Un jeu drôle qui lui donnerait ce qu'il veut et ce qu'elle veut. Et qui en tourmenterait un, car elle aura beaucoup moins de temps pour lui quand il daignera lui rendre visite.

- Giulia ? Prends un papier et une plume. Tu va écrire exactement ce que je te dis. Et si jamais tu t'avises de révéler le contenu de la lettre à qui que ce soit en dehors de moi et de son destinataire, je te fais la promesse que c'est la dernière chose que tu diras. Tu as compris ?

- Oui, signora, je jure de ne parler à personne.

- Parfait. Et une fois que la lettre sera écrite, tu la donneras à Pedro Caldès quand il reviendra. Mais seulement après que je l'ai quitté.

Giulia sourit franchement cette fois-ci derrière elle dans le miroir et Lucrezia ne put s'empêcher de lui rendre son sourire. Voilà un jeu qui allait vraiment la distraire pendant qu'elle serait enfermée dans ce maudit couvent. Cesare aimait bien les jeux, lui aussi, elle le savait parfaitement.

Il avait cependant oublié qu'elle était autant une Borgia que lui, et qu'elle tout autant jouer.

Elle allait faire en sorte de le lui rappeler.