Chapitre 3 : Deuxième rencontre

Je ne sais pas combien de temps passa avant que je ne me réveille, mais à ce moment-là je sentais qu'ils m'observaient sans pour autant oser bouger. Au début, je ne comprenais pas pourquoi, alors sans qu'ils s'en rendent compte, je me permis de capter leurs pensées et ressentis deux vagues d'émotions.

La première était un malaise que je pensais lié à la position que je leur avais donné, mais en ouvrant les yeux je compris que c'était encore autre chose. Les mains du blond étaient toujours sur moi comme au moment de m'endormir, seulement à présent elles n'étaient plus seules. En effet les deux hommes qui nous entouraient avaient bougés, sûrement à cause du froid, et s'étaient rapprochés de nous dans leur sommeil. Ils avaient pivoté vers le blond et l'avaient pris dans leurs bras pour se réchauffer le plus possible, ce qui donnait à peu près la configuration suivante : les deux épéistes avaient une de leurs mains sur celles du blond posées sur mon torse. Leur autre main devait se trouver dans son dos. Leur torse et leur tête penchaient vers lui et leurs jambes touchaient les siennes de part et d'autre.

La seconde me parvint amplifiée d'un malaise bien plus profond car cette fois-ci, ils étaient gênés par leur position mais également par leurs pensées : était-ce un hasard, mais ils avaient rêvé pendant leur perte de connaissance et les protagonistes de leurs rêves étaient là, dans leurs bras. Moi, je savais que ces rêves n'avaient rien à voir avec le hasard, ils provenaient d'un de mes nombreux pouvoirs. Mais comment pouvais-je savoir qu'ils se connaissaient ces trois-là ! C'est du moins ce que j'ai compris en accédant à leurs rêves. Je commençai par Mihawk et découvris que l'homme aux cheveux vert avait passé deux ans avec lui, et qu'il lui avait enseigné tout ce qu'il savait et bien sûr il avait rêvé de lui. Le blond et son compagnon avaient rêvé l'un de l'autre. Je compris vite la situation car en regardant celui du blond je savais que ça allait être dur pour qu'il accepte ce qu'il avait vu, surtout quand on connaît son penchant pour la gente féminine. Mais je ne fus pas surprise. Une longue discussion s'imposait avec lui et, en y réfléchissant, avec les deux autres aussi je pense. Malgré tout, le blond n'était pas trop en colère par rapport à ce rapprochement et cela me soulagea. Après avoir pris en compte à peu près tout ce que je devais savoir d'eux, je me décidai à prendre la parole car ce silence pesant allait les irriter et, comme la tempête n'avait pas encore cessée, je ne voulais pas me retrouver avec ces trois-là en colère, étant donné leurs carrures. Je devais réfléchir à ce que j'allais faire et en révéler le moins possible sur moi.

— Hum, excusez-moi ! Dis-je sur un ton embêté et timide, mais assez fort pour qu'ils m'entendent, qu'ils sortent de leur torpeur et qui donne l'impression de les réveiller.

Cela fonctionna et ils dégagèrent leur étreinte du blond. Les trois se détendirent et j'entendis :

— De quoi t'excuses-tu ? me répondit le blond d'un ton calme et posé. Il reprit :

— C'est plutôt à nous de nous excuser, tu es une jeune fille et nous n'aurions pas dû dormir avec toi comme ça. De plus je ne me souviens plus de ce qui s'est passé mais merci à celui qui a fait ça.

— Ce n'est pas moi, répondit son compagnon.

— Ni moi, dit le mien.

Je sentais alors les yeux se braquer sur moi, mais un doute s'insinuait en eux : comment une jeune fille de dix ans avait-elle pu les bouger seule jusqu'ici ? Je dus me résoudre à répondre, par un mensonge bien sûr, entremêlé d'une certaine vérité comme d'habitude.

— Une montée d'adrénaline, dis-je sur le ton de l'humour, comme si cela expliquait tout.

Je sentais bien que cette explication ne suffirait pas. Ils n'avaient pas l'air bien bavards, et visiblement ils attendaient après moi pour faire la conversation. Pas cool les gars !

— Eh bien pour faire simple, Mihawk et moi-même nous étions sur son bateau quand la foudre a coupé le mât en deux, j'ai eu la chance de me réveiller juste à temps pour ne pas me prendre le mât sur la tête contrairement à Mihawk. Le bateau a été détruit et on s'est retrouvé sous l'eau. L'adrénaline sûrement ou l'instinct de survie, qui sait ? Dans tous les cas, j'ai nagé vers Mihawk, inconscient, et l'ai ramené à la surface. Non loin, se trouvait une grosse partie du bateau qui flottait, je nous ai hissés dessus et on a dérivé jusqu'ici grâce aux remous. C'est en cherchant un endroit pour nous abriter que je vous ai découverts et je vous ai trainés ici. Afin que nous nous réchauffions plus vite, je me suis permis de nous installer en position assise, vos têtes messieurs – dis-je en regardant les deux hommes aux épées – posées de part et d'autre de votre tête, dis-je cette fois en m'adressant au blond. Pour le reste, dis-je dans un grand sourire, peut-être s'agissait-il d'instinct de survie, tout comme pour moi ? Et sinon vous, vous êtes arrivés comment ?

Bien joué ma fille, pensais-je. Tu as trouvé une bonne version des faits enlevant tout ce qui pouvait paraître bizarre et qui pouvait soulever des questions. À présent, écoutons ce qu'ils ont à nous dire. Je leur laissais du temps à chacun pour tout assimiler, même si ça paraissait impressionnant pour une fille de dix ans, ça pouvait se tenir et puis pourquoi leur mentir, je les avais aidés, ils avaient bien droit à une explication, non ? Le blond engagea à nouveau la discussion :

— Euh… Ok. Impressionnant, j'avoue, mais merci pour ton aide, tu nous as sauvé la vie, je pense.

Il semblait chercher l'appui de son compagnon, mais tout ce que j'entendis fut un grognement de la part des deux autres. Ça devait être leur façon de dire merci, mais personne ne s'en formalisa. La pluie continuait de tomber, mais plus faiblement, ce qui fait que nous devions rester encore un peu dans cette position. Aussi ne valait-il pas mieux ne pas relever ce qui semblait être de l'impolitesse et laisser faire au fond ils avaient grogné, c'était déjà ça. Le blond reprit :

— Par où commencer ? Tout d'abord les présentations : moi c'est Sanji, cuisinier sur un bateau pirate et lui là, c'est marimo.

— Eh ! Comment ça marimo ? Moi c'est Zoro, sale love cook, répondit son compagnon.

— Et toi ? poursuivit Sanji comme si Zoro n'avait rien dit.

— Moi c'est Hinata. Bonjour Sanji, bonjour Zoro, ravie de vous connaître.

— Et moi, c'est Mihawk, mais tout le monde le sait déjà, non ?

Nous avons tous souris à cette remarque.

— Voilà, quand la tempête a commencé, nous étions sur notre bateau et une vague nous a projetés hors du pont. Après ça, black-out jusqu'à maintenant, dit Sanji.

— Je comprends, répondis-je.

— Une minute s'il te plaît. Ce que tu as dit tient la route, mais dis-moi comment on a échappé aux monstres marins et… dit Mihawk en s'adressant à moi.

— Sanji et Zoro leur ont échappé aussi, coupais-je rapidement. Nous avons tous eu de la chance et c'est ce qui compte ! Lui fis-je remarquer.

— Oui mais… fit Mihawk.

— Ça suffit ! Elle a raison. De plus, la pluie a cessé et le soleil refait son apparition. Allons explorer l'île et trouvons un endroit pour la nuit, termina Sanji.

Nous hochâmes tous la tête pour montrer notre accord. Moi, ça m'arrangeait, j'ai vite compris que Sanji serait un bon allié. Nous décidâmes de faire deux groupes : Sanji et moi d'un côté, les deux épéistes de l'autre. Au moment de se séparer, Zoro lança :

— Eh gamine ! Fais gaffe au love cook.

— Eh ! Mihawk, ne perds pas le marimo des yeux, avec son sens de l'orientation il est capable de se perdre sur son propre bateau, répliqua Sanji.

— URUSEI ! cria Zoro.

— Pff… s'amusa Sanji.