Le dîner est absolument divin, et bien sûr, c'est parce que c'est Hank qui a cuisiné. Raven et lui sont arrivés un peu plus tôt ce matin et Charles les accueille pour une semaine et demie, comme à chaque fois qu'ils viennent le voir en septembre. Raven a promis qu'elle n'était pas à New York pour un énième shooting photo, mais uniquement pour voir son frère. Il ne la croira que le dernier jour, si elle n'a vraiment pas disparu une journée entière pour aller voir ses amis modèles et photographes. Hank, lui, n'a rien promis, et il profite de l'avantage d'être à New York pour rencontrer des collègues et visiter leurs laboratoires, que même Charles aimerait voir. Mais ce soir, ils ne parlent pas travail, ils ne discutent que de Scott, et ça lui va, parce que Raven peut être extrêmement vulgaire et ça lui remonte le moral.

"C'est un putain de crétin narcissique de merde, c'est tout ce que je dis."

"Amen," acquiesce Charles, remplissant une nouvelle fois leurs verres de vin.

"C'est une bonne chose que tu aies pu garder l'appartement. C'est un très bon quartier," ajoute Hank.

"Bien sûr qu'il a gardé l'appartement ! Scott l'a trompé, alors c'était à Scott de partir, fin de la discussion."

"Je dois avouer que je suis assez fier de moi. Je criais en boucle et c'est sorti tout seul. Et puis, tu te casses et je reste. Il n'a même pas argumenté. Hourra," dit Charles, levant son verre avant de le vider.

"Et qu'il brûle en enfer," ajoute Raven, vidant son verre à son tour.

"Ou qu'il choppe des chlamydias," termine Hank.

"J'ai la meilleure sœur et le meilleur beau-frère du monde," sourit Charles.

Ils sont en train de débarrasser la table quand son téléphone vibre. Il marche jusqu'au balcon avant même de lire le message et sourit quand il voit Erik en train de fumer, le saluant.

Tu t'amuses bien ? Je t'entends rire d'ici.

Erik

Charles lui fait un signe de la main avant de lui répondre.

Jaloux ?

Charles

Il voit Erik changer d'expression.

Mon dieu, non, pourquoi je serais jaloux ? J'aime t'entendre rire, c'est adorable.

Erik

Adorable. Charles sent la chaleur lui monter aux joues.

Comment ça se passe avec Magda ?

Charles

Comment ça se passe. Joli euphémisme pour parler du divorce.

On va de l'avant. Avec qui es-tu ?

Erik

Ma sœur et son mari. On risque de boire encore un peu et d'écouter beaucoup de vieilles chansons des années 80, j'espère que ça ne te dérangera pas.

Charles

Monte le volume autant que tu veux, et amuse toi, Charles, tu le mérites.

Erik

Erik le salue avant de rentrer chez lui. Charles monte particulièrement le volume quand la chanson qui passe est "Who" de Charles Aznavour.

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Pour le plus grand plaisir de Charles, décembre commence et il est impatient de voir la ville disparaître sous la neige. Il va déjeuner avec Moira aujourd'hui, et même s'il est en avance pour leur rendez-vous, il a décidé de l'attendre à son bureau. Quand il voit la porte de l'ascenseur se refermer, il accélère le pas pour l'attraper à temps - .et lorsqu'il fait face à son occupant, il en perd son souffle.

"Bonjour Charles."

"Salut Erik," il lui répond, souriant tellement qu'il risque le claquage d'un muscle de son visage. "Qu'est-ce que tu fais là ?"

"Je vais voir le conseil municipal concernant le site de construction, et toi ?"

"Déjeuner avec Moira. Je lui fais la surprise," ajoute-t-il, comme si cela pouvait changer quelque chose.

Erik acquiesce et regarde les chiffres défiler, avant de dire finalement :

"Je suis officiellement divorcé, au fait. Ou célibataire. Oui, je devrais dire célibataire, ça donne plus envie. Est-ce que tu irais à un rendez-vous avec un homme qui te dit être célibataire, Charles ?" demande Erik, en tournant la tête pour le regarder et Charles lui lance un sourire radieux.

Il se rapproche et l'embrasse doucement mais Erik transforme immédiatement le baiser en quelque chose de plus affamé, et rapidement, Charles gémit contre ses lèvres. Il geint quand tout l'ascenseur bondit et il recule la tête pour voir la main d'Erik aplatie contre le bouton STOP.

"T'es pas sérieux," chuchote-t-il.

"Est-ce que c'est un non ?"

"... C'est un oui," grogne Charles en l'embrassant. "Oui," répète-t-il, embrassant son cou, "Oui", gémit-il quand il ouvre le pantalon d'Erik et le laisse faire de même. Il glisse sa main sous le caleçon d'Erik et referme ses doigts autour de son membre, le faisant se dresser en lui imposant un va-et-vient rapide. Erik grogne quelque chose en allemand et le regarde faire pendant quelques secondes avant de baisser simultanément le pantalon et le boxer de Charles juste assez pour libérer son érection. Il commence à le caresser aussi mais s'arrête pour cracher dans sa main pour l'humidifier. Charles réalise que ce n'est pas la première fois qu'Erik fait ça - toucher le sexe d'un autre homme - et cela simplifie énormément les choses. Il mordille son cou et crache également dans sa paume, pour reprendre ses caresses un peu plus fort, un peu plus serré. Le corps d'Erik l'emprisonne contre le mur, un bras en appui près de sa tête frôlant ses cheveux, les lèvres embrassant son front distraitement, répétant des mots allemands qui semblent obscènes.

"Je ne sais même pas ce que tu dis, mais ça m'excite tellement…" Charles soupire et sourit quand il sent la langue d'Erik sur son oreille.

Erik rit, un son profond et chaud, et mord son lobe sensible.

"Je te dis à quel point je te trouve beau, à quel point c'est bon de te sentir," lui explique Erik, essoufflé.

"Mon Dieu, Erik." lâche Charles avant même de s'en rendre compte, puis il passe doucement son pouce sur le sommet humide du membre circoncis d'Erik, rêvant que sa langue soit à sa place.

"Ne t'arrête pas de parler, Schatzi," grogne Erik, léchant la lèvre inférieure de Charles, l'obligeant à garder la bouche ouverte. "Tellement beau comme ça, pour moi," ajoute-t-il, et quelque chose s'enflamme dans le cœur de Charles, un désir, un besoin de répondre :

"Pour toi, seulement pour toi," et c'est fou comme les mots sonnent juste, comme la note absolue à la fin d'une chanson qu'aucun d'entre eux n'avait remarqué chanter, depuis des mois maintenant. "Mon Dieu, oh mon Dieu, je vais jouir..." Charles mord sa lèvre inférieure et baisse la tête pour observer la main d'Erik sur son membre, la sienne sur l'érection d'Erik.

"Oui, jouis, Charles, jouis pour moi," et ce sont les mots dont Charles a besoin pour arrêter de se retenir et il se voit venir en longs jets blancs entre les doigts d'Erik. Il le sent frissonner et intensifier ses coups de bassin et Charles s'agenouille, se retenant du mieux qu'il peut pour ne pas le sucer immédiatement, car ils n'ont pas de préservatif et il garde simplement sa tête à quelques centimètres de son membre, ses deux mains le massant fermement tout le long de son orgasme sans même cligner des yeux, le regard planté dans celui d'Erik. La voix d'Erik quand il atteint l'orgasme est à couper le souffle, et Charles se sent si petit et à la fois si puissant d'avoir été celui qui a pu le faire jouir ainsi. Il commence à se redresser, les mains pleines de la semence d'Erik, quand celui-ci l'aide en tenant son coude avant de l'embrasser fougueusement.

"Si nous nous marions, je suppose que ça devrait arriver dans un ascenseur," dit Erik, étourdi par son orgasme.

"Tellement romantique. Je dirais oui immédiatement," sourit Charles, lui rendant ses baisers.

Ce n'est qu'une blague, mais ils la gardent tous les deux en tête le reste de la journée.

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La masse de travail est tellement excessive depuis février que Charles ne quitte pas son bureau de Columbia avant vingt heures ces derniers temps. Il est presque vingt et une heures quand il arrive à son immeuble ; il veut prendre une douche avant d'aller dîner avec Erik, Emma, et quelques autres professeurs du département de génétique mais il ne peut pas ouvrir sa porte immédiatement car Scott se trouve devant.

Ça ressemble à une blague, sauf que ce n'est pas drôle.

Charles envisage un instant de courir jusqu'à l'appartement d'Erik pour se cacher sous sa couette, mais au final, il n'en voit pas l'intérêt. Bien sûr, ce serait tellement plus simple de prétendre que Scott n'est pas passé, qu'il n'a jamais brisé son cœur en tellement de morceaux que certains se sont perdus sur la route qu'a tracé sa vie. Mais il est là et quelque chose dit à Charles qu'il se sentirait tellement mieux en affrontant Scott Summers plutôt que de l'éviter à jamais, lui et tout ce qu'il représente. Enfin, peut-être pas beaucoup mieux, mais au moins un tout petit peu. Un tout petit peu fera l'affaire.

Il le laisse entrer après qu'ils se soient dit bonjour, et il lui offre une bière (une de celles que Scott a laissées dans le frigo il y a des mois et que Charles n'a jamais touché parce que, bon, la bière n'a pas meilleur goût que l'urine). Il s'assoit sur le canapé et Scott sur un fauteuil à l'opposé.

"Tes cheveux ont poussé."

"Oui, quelle remarque intéressante, Scott," répond Charles, jouant avec un pli de son cardigan. "Pourquoi es-tu ici ?"

"Je suis venu récupérer le dernier carton que j'ai oublié."

"Ah oui, celui que tu as laissé exprès, en attendant que je t'appelle pour te dire que tu l'avais oublié. Et bien il est dans le placard à l'entrée."

Scott déglutit. "J'ai beaucoup pensé à toi ces derniers temps," ajoute-t-il, ressemblant à un gamer désespéré qui appuie sur tous les boutons de sa manette pour essayer de riposter.

"Bien sûr, j'étais le seul homme qui a réussi à t'aimer, même quand tu étais un connard fini," dit Charles et voilà, le scénariste est de retour dans son cerveau. Cool.

Scott acquiesce et boit sa bière avant d'essayer à nouveau. "Tu as raison… J'ai agi… comme un salaud. Je ne sais pas pourquoi j'ai…"

"Oh, je sais exactement pourquoi tu as agi comme ça, Scott. Parce que même si tu te comportes comme un homme viril et indépendant, la vérité c'est que tu n'es encore qu'un gamin surprotégé par sa mère. Et même en grandissant tu n'as pas eu le courage d'accepter qu'elle ne s'occupait aussi bien de toi, que parce qu'elle était seule et te protégeait des infidélités de ton père. Tu aurais pu devenir bien plus, adulte, mais tu portes les œillères les plus grandes que j'aie jamais vu, et tu t'es juste enfoncé dans les excuses que tu t'es créées pour te sentir mieux, 'Si papa l'a fait, alors moi aussi je peux le faire', en sachant pertinemment quel connard tu étais pour tes mecs, pour ta propre mère. Bordel, j'ai passé quatre ans à te dire de l'appeler et à te rappeler d'acheter des cadeaux pour son anniversaire, parce que tu ne sais même pas quand c'est !" Charles rit amèrement, parfaitement au contrôle de sa voix et de ses émotions - comment il y arrive, ça, il n'en a aucune idée par contre.

"Je sais quand est l'anniversaire de ma mère," grogne Scott.

"Okay. C'est quand, alors ?"

"Le dix mars."

Charles sourit et acquiesce.

"Fascinant. C'est bien une date d'anniversaire, mais c'est la mienne. Oh Scott, sois gentil et va voir un psy, d'accord ? Ça te fera le plus grand bien, je te promets. Tout le monde en voit un de nos jours, même moi il y a quelques années j'en ai vu un, tu te souviens ? Ce n'est pas grave. En fait c'est même très bien."

Scott le fixe, la bouche grande ouverte. Il ne finit pas sa bière alors Charles la vide dans l'évier de la cuisine. Et ça sent vraiment la pisse.

Qu'importe, tout va tellement mieux ce soir.

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Le déjeuner chez Merco était délicieux et Charles est soulagé, car il a parlé de ce restaurant italien à sa mère si souvent qu'il a eu peur de l'avoir trop vendu. Ils retournent à l'appartement de Charles pour que Sharon puisse lui donner les clés de la voiture et les papiers dont il aura besoin ce weekend.

"Tu ne m'as toujours pas dit où est-ce que tu voulais aller."

"West Haven. Qu'est-ce que c'est que ça ?" demande-t-il à sa mère quand elle pose une clé dans sa main avec un porte-clés qu'il connait un peu trop bien. "Tu me prêtes la Bentley ? Maman, je t'avais dit que je voulais la voiture la plus simple que tu as !"

"Oh, s'il te plait, Charles, ça se voit que tu emmènes ton copain pour le weekend, tu ne veux pas le gâter un peu ?" Sharon sourit, caressant doucement sa joue tandis qu'ils entrent dans l'ascenseur.

"Erik ne se préoccupe pas de ce genre de choses…"

"Vraiment ? Oh, comme j'aimerais le connaître. Il semble être un vrai gentleman…"

Charles appuie sur le bouton de son palier et fronce les sourcils en direction de sa mère, décidant clairement qu'il ne fera aucun commentaire sur le sujet. Raven et elle lui ont demandé tellement souvent quand est-ce qu'elles pourraient rencontrer l'homme 'qui te rend heureux alors que nous pensions ne plus te voir sourire un jour, Charles', mais il n'est pas encore prêt pour ça. Cela fait un an maintenant qu'Erik et lui sont ensemble et même s'ils continuent de vivre dans leurs appartements respectifs, il ne se passe pas un jour sans qu'ils ne se voient. Ce n'est pas que Charles n'assume pas sa relation avec Erik (l'homme est doux, poli et plus qu'agréable à regarder, le gendre dont tout le monde rêve), ce n'est pas qu'il est embarrassé par sa famille non plus (sa mère et Raven sont toutes les deux accueillantes, drôles et pas insistantes) mais c'est juste que le dernier (et le seul) homme que Charles a présenté à sa famille est Scott, et il est toujours honteux de ce coup de téléphone qu'il a passé à sa mère quand ils se sont séparés. Et puis, et si ça arrivait avec Erik aussi ? Charles ne pourrait pas supporter de dire à sa famille qu'il est si con qu'il est encore une fois tombé dans le panneau d'une relation ratée. Alors un jour, il organisera un dîner chez lui et ils se rencontreront tous, et peut-être qu'un jour Charles invitera Erik à venir fêter Noël avec eux à Westchester, mais pas tout de suite…

Ou du moins, c'était l'idée, mais Erik a apparemment décidé de lui ramener son linge propre maintenant et Sharon et Erik se font face dans le couloir.

"Bonjour", sourit Erik, à la fois à Charles et à sa mère, ne sachant pas lequel il devrait saluer en premier.

"Eh bien, bonjour," répond Sharon, souriant également, avant de pincer ses lèvres vers la droite pour chuchoter indiscrètement à Charles, "Oh, s'il te plaît, dis-moi que c'est ton Erik."

Charles lève les yeux au ciel. Mon Dieu, donne-moi la force.

"Maman, voici Erik. Erik, c'est… ma mère."

"Heureux de vous rencontrer, madame Xavier, Charles parle tout le temps de vous !" s'exclame Erik, posant la panière à linge contre sa hanche pour libérer sa main et pouvoir serrer celle de Sharon.

"Ne dis pas ça, ça fait tellement gay," râle Charles, se passant la main sur le visage.

"Ne dis pas de bêtises, Charles, tu es bisexuel. De plus, je ne t'ai pas élevé de manière à croire les stéréotypes," dit Sharon, sans même regarder son fils, les yeux fixés sur Erik. "Mais s'il te plaît, Erik, appelle moi Sharon."

"Très bien, Sharon," acquiesce Erik après seulement quelques secondes d'hésitation.

Donc, en gros, Erik appelle maintenant la mère de Charles par son prénom tout en portant ses caleçons pliés sous son bras, okay, ce n'est pas bizarre du tout.

"Ton linge est prêt, je voulais juste te le ramener," dit Erik, voyant la manière dont Charles fixe ses propres sous-vêtements. Heureusement qu'il ne porte pas des jockstraps.

"Je ne t'ai pas offert une machine à laver pour Noël ?" s'étonne Sharon.

"Si, maman, mais j'ai cassé la poignée il y a quelques jours alors je fais ma lessive chez Erik."

"Et il te la ramène, repassée ? Ta mère peut être très fière de toi, Erik, tu es un ange," elle manque de couiner, le faisant rougir légèrement.

Erik ne parle jamais de ses parents alors Charles ne veut pas que sa mère se lance sur le sujet. Il les invite à entrer dans l'appartement, Erik pose la panière au sol et vient s'asseoir près de Sharon sur le canapé lorsque celle-ci le lui demande. Charles disparaît quelques minutes dans la cuisine, juste le temps qu'il lui faut pour se demander silencieusement Qu'est-ce qu'il se putain de passe ?, avant de se servir un verre de Chardonnay.

"Tu voudrais bien nous faire du thé, chéri ?" demande Sharon, et Charles grogne derrière ses mains avant d'afficher un faux sourire pour qu'elle n'entende pas l'agacement dans sa voix.

"Je croyais que tu devais y aller?"

"Ce n'est qu'un rendez-vous chez le dentiste, j'en prendrai un autre plus tard," répond Sharon un peu plus faiblement, s'adressant clairement à Erik.

Charles secoue la tête (parce que tout le monde sait que l'on doit attendre six mois pour avoir un rendez-vous chez le dentiste) et prépare le thé. Il prie pour que tout se passe bien, qu'Erik ne dira pas quelque chose qui pourrait ne pas plaire à sa mère et qu'elle ne parlera pas des jeunes et stupides années de Charles, (où les soirées et l'alcool étaient les seuls et meilleurs amis de Charles) ni de Scott.

Quand il sort de la cuisine, ses yeux quittent le plateau qu'il porte pour les regarder tous les deux. Ils redressent la tête en même temps pour lui sourire, et soudain tout semble un peu plus beau, car c'est impossible de ne pas remarquer à quel point tous les deux l'aiment. Ce n'est pas le même amour, bien sûr, mais c'est clairement avec la même intensité, et Charles se demande comment il a pu craindre ce moment, alors que c'est l'un des meilleurs de toute sa vie.

"Merci pour la voiture, Sharon," Erik lui sourit, la voix aussi douce que de la barbe à papa.

"Prends bien soin de mon fils, Erik," lui répond-t-elle en lui rendant son sourire, et Erik acquiesce.

Ils boivent leur thé en parlant de Westchester et quand Sharon part, elle enlace Erik et embrasse longuement la joue de Charles avant de lui chuchoter "Je suis vraiment heureuse pour toi, chéri." Charles ne se souvient pas l'avoir entendu dire la même chose quand elle a rencontré Scott. Ah oui, bien sûr, c'est parce qu'elle ne l'a jamais dit avant.

Charles ferme la porte derrière elle et trouve Erik dans la cuisine, lavant les tasses.

"Merci."

"Je n'ai rien fait de particulier," répond Erik.

C'est vrai. Et c'est encore plus beau ainsi.

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Charles enfile son pyjama, luttant pour glisser ses bras dans les manches longues.

"Du coup, il se trouve que c'est Shelly qui avait oublié son livre dans la bibliothèque, personne ne l'a volé, comme je le lui avais dit," il termine la longue histoire de sa journée, soupirant lorsqu'il trouve enfin le trou de son tee-shirt pour sa tête.

Il regarde Erik en se disant que ses cheveux en bataille vont faire sourire son amant, et Erik montre effectivement ses dents, mais à son téléphone. Le cœur de Charles devient aussi gris que douloureux.

"Qu'est-ce que tu fais ?" les mots sortent de sa bouche avant même qu'il ne s'en rende compte.

"Désolé, Schatzi, je réponds juste à Logan. Je n'ai pas entendu la fin de l'histoire : est-ce que quelqu'un a vraiment volé le livre ?"

Charles déglutit difficilement et essaye de se concentrer sur ce qui l'entoure plutôt que sur le son de son cœur battant, lui faisant plus mal qu'il ne le garde en vie.

"Qui est Logan ?" demande-t-il, grimaçant.

"C'est le chef de chantier du musée. Il fait constamment la gueule, mais en fait il est très drôle," conclut Erik, posant son téléphone sur sa table de chevet avant de se glisser sous les couvertures. "Alors ! Cette histoire de livre ?"

Juste un collègue, pense Charles pour calmer la panique qu'il sent monter. Juste. Un. Collègue.

"Pas volé. Shelly l'a oublié à la bibliothèque," il sourit faiblement, glissant à son tour sous les couvertures et laissant Erik l'enlacer fermement pendant que son rire chaud résonne dans son oreille et sa cage thoracique.

Ils se souhaitent bonne nuit d'un baiser et Erik s'endort en moins d'une minute. Charles ne sait pas comment ça peut être possible, car même si son cerveau est plutôt avisé durant la journée, la nuit, le cerveau de Charles rejoue la longue journée qu'il a eue en appréciant particulièrement de s'arrêter sur chaque détail dérangeant, ou pire, chaque peur que Charles a réussi à gérer jusqu'à maintenant.

Aujourd'hui a été drôle, avec l'enquête du Livre Volé dont Emma s'est occupée. Mais ensuite Charles est rentré chez lui, a mangé avec l'homme de sa vie avant de regarder Downton Abbey, et maintenant il y a un Logan dans la vie de Charles, et il fait rire Erik. Par sms. À onze heures du soir. Bien sûr, Charles ne dort pas.

Le jour d'après, le travail lui occupe l'esprit mais il s'arrange quand même, inconsciemment, pour se demander à quoi pourrait ressembler Logan. C'est un prénom bizarre, Logan. Charles sait que c'est écossais, uniquement parce qu'il a effectué une recherche sur Google. Il finit par imaginer Logan vieux, petit et un peu potelé, portant des kilts toute l'année. C'est drôle et réconfortant. C'est décidé : Logan, le chef de chantier écossais, n'est pas une raison pour laisser la peur l'envahir. Erik ne le trompera pas. Trois jours après cet incident, Charles ne s'en souvient même pas.

C'est vendredi et Charles ne travaille pas l'après-midi, alors il va acheter deux Banh Mi et toque à la porte du bureau d'Erik pour lui faire la surprise. Erik saute de sa chaise, ravi de voir Charles et il l'embrasse chastement sur les lèvres avant de se tourner vers un homme assis sur le canapé de cuir installé dans un coin de son bureau.

Je t'en supplie, Dieu tout puissant, fais que cet homme ne soit PAS Logan, prie Charles tellement fort qu'il frôle le mal de crâne.

"Charles, voici Logan, dont je t'ai parlé. Logan, voici mon petit-ami, Charles," dit Erik en présentant un homme presque aussi grand que lui, avec des cheveux sombres et une barbe étrange que Charles n'a vue portée que dans des films pornos un peu beaufs. Le mec est tellement musclé que c'en est effrayant et excitant en même temps mais à l'instant, c'est juste douloureux de voir qu'Erik a un collègue absolument sublime, et encore plus douloureux que ça arrive encore.

Charles est jaloux. Et Charles a peur. Charles ne veut pas perdre Erik. Il referme sa prise autour de la taille de son amant et sourit à Logan qui lui serre fermement la main.

"Enchanté," dit Charles, la voix un peu plus faible que ce qu'elle est d'habitude.

"De même," lui répond Logan. "On se voit samedi, Erik ? N'oublie pas ta raquette et tes mouchoirs, vu que tu vas pleurer après la partie." Il lui lance un clin d'œil et les salue de la main avant de sortir de la pièce.

Pourquoi vont-ils se voir samedi ? Pourquoi Logan a parlé d'une raquette ? Pourquoi cet homme existe ?

"On va se faire un squash. Mon Dieu, je sens que je vais le regretter, je n'ai pas joué depuis des années, mais j'ai hâte," explique Erik comme s'il avait entendu les questions silencieuses de Charles et il attrape son amant par la taille avant de le faire s'asseoir sur son bureau et de se glisser entre ses jambes ouvertes. "Oh, Charles, sais-tu à quel point je t'aime ?"

Il rayonne, et Charles ne peut pas s'empêcher de sourire un peu.

"C'est vrai ?" il le taquine, mais il a besoin de l'entendre.

"Oui. Tu m'amènes du Banh Mi au travail, et même après avoir passé des heures à regarder des œuvres de Le Corbusier, tu es la plus belle chose que j'ai vue de la journée. C'est fou à quel point je suis si heureux à chaque fois que je te vois," murmure-t-il en le fixant droit dans les yeux, comme s'il pensait à voix haute.

Et voilà ce qu'il manquait à Charles toutes ces années, celles qu'il a passées avec Scott : voilà la vérité. Parce qu'Erik ne semble même pas se souvenir de l'existence de Logan, ni même de l'existence de qui que ce soit d'autre. Il regarde Charles de la même manière que la Terre regarde la Lune : constamment, avec un zeste de ce qui semble être de la magie. La douleur de Charles est si distincte maintenant ; ce n'est pas qu'il ne faisait pas confiance à Erik, c'est qu'il ne faisait pas confiance à lui-même. Scott l'a brisé, jusqu'à son âme et ses os, et de le comprendre est à la fois effrayant et fortifiant - parce que maintenant, tout ce qu'il peut faire, c'est se relever.

"Je t'aime, Erik," répond-t-il simplement, serein. Erik comprend la note sérieuse dans sa voix. Il lui caresse doucement la joue et ferme la porte avant de faire un peu de place sur son bureau. Il embrasse Charles, avec douceur et volonté, sa langue caressant profondément sa bouche. Il commence à défaire les boutons de la chemise de Charles et laisse ses mains glisser sur son torse, pinçant légèrement ses tétons. Charles retient un gémissement qui fait sourire Erik. Il se penche pour lécher son téton droit avant de souffler dessus. Charles embrasse le crâne d'Erik et caresse sa nuque, gardant les yeux fermés pour se focaliser sur les sensations. Erik continue de le déshabiller, retirant son pantalon et son boxer avant de sucer ses doigts pour les rendre humides.

"Pourquoi est-ce que je n'ai pas de lubrifiant dans le tiroir de mon bureau ?" sourit Erik, insérant doucement ses doigts dans l'entrée serrée de Charles.

"Parce que tu n'es pas un acteur porno," répond Charles dans un sourire, se relaxant quand il sent les doigts le caresser de l'intérieur.

"Quelle tristesse," murmure Erik avant d'embrasser son amant.

Quand il entre enfin en lui, Charles gémit à peine et Erik continue de l'embrasser pour aspirer les sons délicieux qui s'échappent de sa bouche ouverte. Il garde une main sur la nuque de Charles, l'autre sur sa hanche, et ils font doucement l'amour sur son bureau, chuchotant à l'autre toute l'adoration qui les unit.

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Il est presque deux heures du matin et Erik n'est toujours pas rentré. Il y a eu beaucoup de problèmes sur le site de construction (heureusement, personne n'a été blessé, mais du matériel est tombé à cause de la boue) parce que les géologues ont fait une erreur lors de leurs foutues recherches, alors maintenant Erik passe ses journées et ses nuits à essayer de trouver une solution pour les fondations.

Charles lit dans le lit d'Erik, s'endormant et se réveillant toutes les vingt minutes pour trouver les draps toujours vides.

Est-ce que tu penses rentrer bientôt ? J'espère que tu vas bien.

Charles

Je ne suis même pas sûr de pouvoir rentrer ce soir. J'ai une réunion avec les géologues et les avocats à 9h.

Tu me manques.

Erik

Tu me manques aussi, mon amour. J'aimerais être avec toi.

Charles

Ne t'inquiètes pas, je ne suis pas seul. Logan est là aussi. Dors bien, mein Schatz.

Erik

Charles sourit et éteint la lumière, rassuré qu'Erik ne travaille pas seul cette nuit. Pas une seule seconde il ne s'inquiète qu'Erik et Logan puissent faire quelque chose de stupide, parce qu'il fait confiance à Erik. Il espère même qu'Erik et Logan deviendront amis, parce qu'à chaque fois que Logan et Charles se sont vus, il a effectivement constaté que l'homme est drôle derrière ses airs bougons, et il semble être le genre de personne sur lequel on peut compter.

La vie est devenue si douce.