Les deux protagonistes terminèrent leur cavale dans un petit coteau isolé en bordure de lac. Ils découvraient un nouveau recoin du lieu étrange où ils étaient apparus depuis maintenant plus d'une heure.
Arturia et Diarmuid reprenaient leur souffle. Saber devinait l'étreinte de la main du jeune homme autour de son bras.
- Pourrais-tu lâcher mon bras, s'il te plaît...Lancer...
Les mots de la jeune servante demeuraient quelque peu troublés. Les paroles prononcées tout à l'heure par Lancer résidaient encore dans un coin de sa tête.
Diarmuid libéra le bras d'Arturia, avant de contempler le nouveau décor qui s'étendait devant lui.
Au loin, les montagnes persistaient toujours. Seul un grand lac dont le crépuscule tombant faisait scintiller l'eau limpide pouvait contenter les yeux des serviteurs du Graal.
- Quel endroit magnifique..clamait Lancer avec émerveillement.
- Que faisons-nous ici..Je me demande où nous sommes.
Saber contemplait avec quiétude le paysage. Comment était-elle arrivé là, et pourquoi ? Cette question hantait son esprit depuis sa venue sur ces terres inconnues. Lancer et elle n'étaient pas les seuls servants à s'y trouver, et rien que de songer à cela suffisait à aiguiser sa curiosité. Néanmoins, elle restait méfiante.
- As-tu déjà connu l'amour, Saber ?
Tout comme ses yeux, les pensées du noiraud se perdaient dans les faibles vagues qui dérivaient au loin.
- Je n'ai guère eu le temps de me consacrer à ce genre de choses... répondit la concernée avec regret.
- Autre fois, j'ai connu une fille au nom de Gráinne. La malédiction liée au grain de beauté au coin de mon œil droit la fit tombée amoureuse de moi, alors qu'elle venait tout juste de se marier avec mon maître. Elle avait placé un sort de Geis sur moi, m'obligeant à abandonner honneur et fierté pour fuir avec elle.
- C'est horrible..
- Pourtant, depuis cet instant jusqu'à ma mort je n'ai jamais pu lui en vouloir. Elle était si belle...Même si, à présent, je suis meurtri par cette trahison envers mon maître, je l'aimais moi aussi. Et jamais je n'aurais de rancœur pour ce qu'elle a fait. Jamais.
La jeune blonde restait émue face au discours de Lancer.
- Une partie d'elle restera pour l'éternité gravée en moi. Mais peut être qu'à présent, mon cœur serait prêt à accueillir quelqu'un d'autre ?
Le servant aux yeux couleur noisette murmurait ces derniers mots.
- Lancer..
- Oh, je suis navré de t'incommoder avec mes histoires. La nuit tombe, que dirais-tu de chercher un endroit pour dormir ?
- Hm, bonne idée. Surtout que nous n'avons pas la certitude que tout les servants sois réunis ici. Saber laissait paraître son anxiété à travers ses mots. Arturia et Lancer se mirent en route en quête d'un endroit où ils pourraient passer la nuit sans encombre.
- Tu es vraiment prudent, roi des chevaliers.
- En quoi est-ce mal ? De plus, tu as bien entendu Archer. Ce démon pourrait faire irruption à n'importe quel moment.
- Crains-tu réellement les autres servant, où ne serais-ce que ce roi babylonien qui te rends si inquiète ?
Saber fixait pendant quelques secondes le lancier, avant de détourner à nouveau son regard. Elle restait silencieuse le temps d'un instant.
- Il va de soi qu'aucun servant n'est à prendre à la légère, cependant...
- Cependant, Gilgamesh est celui qui te terrifie le plus, n'est-ce pas ?
Le visage soucieux de la servante au cheveux de blé en disait long. Même si elle restait muette, il n'était que trop simple pour Diarmuid de deviner sa réponse. Il se sentait peiné par la situation de Saber. L'obscurité de la nuit avait totalement englouti le ciel. Une mer d'étoile éclairait faiblement le chemin des jeunes servants. Ils suivaient dès lors un sentier au cœur d'une forêt silencieuse. Seul le bruit de leurs pas résonnait dans la nuit qui s'annonçait fraîche.
- Lancer, à ce rythme nous risquons de nous perdre. La forêt nous servira de logis pour ce soir, qu'en dis-tu ?
- La fatigue me guette. Je te suis, Saber.
Tout deux s'engageaient dans le labyrinthe de feuillages. Au bout de quelques minutes, ils trouvaient enfin un endroit légèrement dégagé au milieu de ces grands arbres.
Un petit feu séparaient les deux chevaliers étendu sur le sol froid. La fatigue se faisait sentir, le crépitement du feu se faisait entendre.
- Saber, tu n'as plus besoin de craindre Archer en ma présence. Même s'il ne me reste que ma Gáe Dearg, c'est amplement suffisant pour le mettre hors d'état de nuire.
- Hoho, te voilà qui joue les protecteurs, Lancer ? Me sous-estimerais-tu ? Répondait Arturia d'un ton plaisantin. Diarmuid ne pouvait s'empêcher de lâcher un petit rire.
- Bonne nuit Saber. Les deux protagonistes s'endormaient ainsi.
- Réveillez-vous, mécréant ! Alors que l'aube accéderait au ciel dans quelques heures, Gilgamesh se trouvait au sommet d'une branche. Il regardait amusé les servants se lever avec précipitation.
- Archer !
L'épée légendaire prenait forme au cœur des paumes de la blonde. Elle était sur la défensive.
- Bonjour Saber, s'exclamait le babylonien d'une voix pervertie.
- Gilgamesh, ta précédente humiliation ne t'as donc pas suffis ? L'intonation de Diarmuid demeurait provocatrice.
Le Gate Of Babylon du servant doré s'ouvrait, laissant s'y échapper une chaîne métallique venant se resserrer autour du bras du noiraud. En quelques secondes, ce dernier se retrouvait projeté contre un arbre. Son corps heurtait violemment un des arbres au loin. Assommé, il glissait le long du tronc.
- La ferme, mécréant ! Tu n'es qu'un insecte qui se doit de rester tapis sur le sol !
- Lancer !
Saber s'élançait en direction du servant aux yeux noisette, tendis que de l'artefact du blond jaillissait une épée faite d'or et d'argent. Elle sillonnait les airs avant de finir sa course dans la chair de la cuisse gauche d'Arturia, lui arrachant un grognement de douleur. Cette dernière, se rétamait sur l'herbe humide que lui offrait la forêt. Elle n'avait à peine le temps de se relever qu'elle senti le métal des chaînes s'enrouler autour de ses bras afin de la tirer vers le haut.
- A quoi joues-tu, démon ! La voix haineuse de Saber résonnait parmi les branchages. Gilgamesh descendait de son arbre, se rapprochant de la servante immobilisée.
- Roi des chevaliers, que dirais-tu de finir tes jours auprès de moi. Tu me servirais, en échange de quoi, je te ferais connaître tout les plaisirs de ce monde.
- Jamais de la vie, Archer !
Le roi-héro saisissait entre ses doigts la mâchoire de la jeune britannique. Il approchait ses lèvres près de son cou.
- Ce n'est pas une question, dit-il d'un air suave.
