Les souvenirs de Thorin Oakenshield
Tom glissa discrètement son regard sur Danny. Plus il l'observait plus il décelait en lui celui qui un jour avait été Bilbo. Un peu plus grand certes -il y avait une différence non négligeable entre 1m10 et 1m75. Mais les mêmes boucles rehaussait ce sourire éclatant, un brin moqueur. Le même pétillement faisait briller ses yeux noisettes et rougir ses pommettes. Et le plus amusant de sa réincarnation était que ses pieds, bien visibles à présent qu'il portait des tongs, étaient de grandes tailles et légèrement poilus.
En tant que Thorin il ne s'était jamais autorisé à penser au hobbit comme il pensait à Danny actuellement. Ni même le regarder comme il le regardait en cet instant.
La journée avait été longue et épuisante. Thorin se tourna et observa la colonne que formait sa compagnie. Balin, Gandalf et Dwalin le suivaient de près, suivit de Nori et Dori. Et un peu plus loin, Bifur et Bombur se relayaient pour porter un sac de victuailles qu'ils avaient obtenu lors de leur dernière étape. Kili et Fili tenaient la distance non loin d'Oin et Gloin, alors qu'Ori commençait à montrer des signes de fatigue. Et fermant la file, Bofur parlait tout bas avec Bilbo. Thorin se laissa rattraper par Balin et Dwalin tout en détaillant ses compagnons, puis observa l'horizon. Le soleil ne tarderait pas à se coucher et bientôt la nuit serait complète. Ils leur fallait trouver un point de chute, à l'abri du vent froid qui se faisait de plus en plus mordant à mesure qu'ils progressaient dans leur voyage.
- Nori, appela Thorin d'une voix forte. Pars devant, trouve nous un coin où passer la nuit.
Aussitôt ordonné, Nori s'élança et disparu. Moins de 10 minutes passèrent, la compagnie s'était regroupée et même si certains tentaient de le cacher, ils soufflaient bruyamment. Nori revint annonçant qu'il avait trouvé l'endroit idéal juste un peu plus loin, en remontant vers la montagne.
D'un geste autoritaire, Thorin ouvrit la marche, guidé par le nain éclaireur.
L'endroit trouvé pour camper était abrité par une corniche et coupait du vent. Un feu fut allumé et les rôles distribués. Dwalin écopa du premier tour de garde tandis que Bofur et ses frères préparaient le repas (enfin repas étaient un bien grand mot, cela se résumait à une soupe de patate et de lapin). Bilbo se serait bien proposé pour les aider, mais actuellement tous les muscles de son corps lui faisait atrocement mal. Sa nuque était également douloureuse, et à peine assit il cru qu'il ne se relèverait jamais.
Les derniers jours avaient été éprouvants. La traversée de la montagne par le domaine des gobelins, sa mésaventure avec l'étrange créature nommée Gollum puis la confrontation avec l'orc pâle Azog l'avait poussé à bout de force. Il se sentait misérable et épuisé. Gandalf s'assit à côté de lui, sur une pierre et lui adressa un sourire en-plein de respect. En effet depuis que le hobbit s'était dressé contre Azog, brandissant haut son épée pour protéger le roi des nains d'Erebor, il avait gagné cette lueur de respect qui agitait le regard habituellement amusé du vieux magicien.
Bilbo lui rendit son sourire. Il était fatigué mais tout de même fier de ce qu'il avait su gagner. Car le respect que lui accordrait le magicien était partagé par le reste des nains.
- Maître Gandalf ?
Appelé par Balin, le vieil homme se releva en s'appuyant sur son bâton et s'éloigna. Bilbo soupira profondément. Il ferma les yeux et profita des quelques minutes de calme dont il disposait actuellement malgré l'agitation qui vibrait autour de lui.
- Tenez maître Baggins.
Bilbo se força à soulever ses paupières. Thorin lui tendait une gourde remplit d'eau fraîche que le hobbit accepta avec joie. À sa grande surprise, le nain s'assit là où Gandalf avait été un instant plus tôt. Un silence gêné s'installa entre eux. Ils n'avaient pas reparlé depuis la fois où Thorin avait prit Bilbo dans ses bras. En repensant à cet épisode, le hobbit se sentit mal à l'aise.
Dans la comté, prendre un membre de sa famille ou un ami très proche dans les bras était chose courante, mais Thorin n'était pas un parent et encore moins un ami. Alors évidemment, le hobbit se sentait un peu déstabilisé. Pour les nains, il l'avait appris de Bofur, ce qu'avait fait Thorin n'était pas quelque chose dont le hobbit devait avoir honte. C'était d'ailleurs un grand honneur, toujours selon Bofur, que d'avoir reçu l'étreinte de l'héritier d'Erebor.
Mais Bilbo ne l'entendait tout de même pas de cette oreille. Il restait passablement gêné. D'ailleurs à l'instant il ne pouvait pas s'empêcher de jeter de petits coups d'œil à l'attention de Thorin. Le chef de la compagnie était concentré à observer ses neveux, en grande discussion avec Dori. Lorsqu'il remarqua que Bilbo était mal à l'aise, il lui adressa la parole.
- Tout va bien maître Baggins ?
Surpris d'être interpellé, Bilbo se redressa en toussotant.
- Hum oui. Pas de gobelins à nos trousse, Azog et ses rats restent hors de vu, la journée a été longue mais nous n'avons pas eu besoin de courir, et nous avançons. Donc tout va bien !
Thorin eu un rire discret.
- En effet tout va bien.
Nouveau silence.
- Maître Baggins ?
- Hum ?
- Je voudrais encore saluer votre courage face à Azog. Je vous dois la vie.
Bilbo leva la main et la secoua, l'air de dire ''c'était rien''.
- Non, vraiment, maître Baggins.
La voix de Thorin avait prit un ton sérieux. Bilbo leva les yeux vers le nain. Son cœur se mit à battre plus vite et sa gorge se serra. Une impression qu'il n'avais ressentit que pour de jeunes et jolies hobbits jusqu'à aujourd'hui lui prit le ventre et il se sentit soudain tout faible.
Lui Bilbo Baggins, un hobbit, était en train de ressentir une attirance plus qu'amicale pour Thorin Oakenshield, un nain ?! Vraiment c'était le monde à l'envers.
Thorin nota le trouble de son compagnon et cru que sa présence et son insistance à le remercier l'embêtait. Alors qu'une pensée lui venait, il se releva brusquement, décidé à ne pas accepter ce qu'il avait ressentit pour Bilbo lorsque ce dernier lui avait sauvé la vie.
Il était le futur roi d'Erebor, et bien que l'homosexualité ne fut pas un problème chez les nains, celui qui faisait vaciller son cœur n'était pas de sa race. Et il refusait donc de le regarder autrement que comme son sauveur, et au mieux son ami.
Bilbo dévissa la gourde et but quelques gorgées d'eau fraîche. Il avait les joues brûlantes. Il rendit la gourde à Thorin qui s'en saisit et s'éloigna pour donner quelques indications à Gloin.
Resté seul Bilbo agrippa son ventre et appuya dessus espérant faire disparaître cette délicieuse sensation qui le perturbait.
- Bilbo ?
La voix de Kili fit augmenter la tension du hobbit.
- Vous nous aideriez ? demanda le jeune nain, s'indiquant lui et son frère, d'un geste vif.
- Ou-oui bien sûr, avec plaisir, assura Bilbo en sautant sur ses pieds.
Il espéra que Thorin ne le vit pas tituber en se relevant. Thorin ne le vit pas secouer la tête pour faire disparaître le rouge qui teintait tout son visage.
Bilbo ne vit pas Thorin le suivre des yeux lorsqu'il rejoignit Fili et Kili. Il ne remarqua pas le frisson qui agita les mains du roi lorsque Fili attrapa le hobbit par l'épaule pour l'entraîner dans une accolade amicale que son frère rejoignit.
Tom inspira l'air nocturne. Danny était toujours accoudée au balcon, fixant les lumières de la rue. Et Tom avait tout le loisir d'étudier sa silhouette.
Un après midi qu'il le connaissait. D'abord un auto-stoppeur, puis un ami retrouvé et maintenant de nouveaux/vieux sentiments qui faisaient surface. Mais pour Danny de toute évidence la situation était bien différente.
Tom avait réfléchis à ce sujet d'ailleurs. Si lui et ses compagnons avaient retrouvé leurs mémoires de leurs vie d'antan d'une certaine manière, mais tous de la même manière, lors de leur puberté, c'était sûrement parce qu'ils avait été des nains. Pour le hobbit, retrouver la mémoire devait se faire d'une manière différente. Et c'était la mission de Tom d'aider Danny a retrouver ses souvenirs.
C'était ce qu'il avait décidé à l'instant où en disant son ancien nom, Danny n'avait absolument pas réagit. Restait à savoir comment il allait s'y prendre. Et pour y réfléchir il allait avoir recours à toute l'aide dont il pourrait avoir besoin. 12 aides plus précisément.
Soudain il se rendit compte que Danny lui avait parlé. Plongé dans ses pensées il ne l'avait même pas entendu.
- Pardon ? Je n'écoutais pas, désolée, dit-il en se passant la main dans les cheveux, se sentant un peu idiot.
- Je vous demandais si vous aviez des bouquins à me conseiller en héroïc fantasy. Vous avez dit aimer ce genre et j'ai remarqué que vous aviez une bibliothèque bien fournie.
Tom acquiesça. Ils se mirent à bavarder et à débattre de différents auteurs et romans, jusqu'à ce que le signal sonore de la fin de la machine de Danny ne parvienne à leurs oreilles.
Comme extirpé d'un rêve agréable Tom revint à la réalité. Une fois que son hôte aurait récupéré ses affaires et qu'il aurait passé la porte, ils n'auraient pas l'occasion de se revoir.
Alors, tandis que Danny vidait la machine à laver, Tom réfléchit rapidement. On aurait pu trouver cela bizarre qu'il pense déjà à une multitude de techniques et prétextes pour revoir le jeune homme, mais il sentait qu'il devait le faire. Mais rien ne lui vint.
Ce ne fut que sur le pas de la porte, que Danny se racla la gorge et s'adressa à Tom d'une voix un peu hésitante.
- Et bien Tom, merci beaucoup, déclara-t-il en tendant sa main, que Tom serra vigoureusement. Merci pour cet après midi et pour ça. C'était super sympa. Hum… Peut être que je pourrais vous rendre la pareille à l'occasion.
Tom n'en croyait pas ses oreilles. Danny avait proposé de lui même qu'ils se revoient. Ça pour un coup de chance.
- Je suis plutôt bon cuisinier. Si… un de ces jours je vous proposais de passer manger à la maison…. Je ne veux pas vous l'imposer ou quoi hein !…
- Ce serait avec plaisir Danny.
Tom savoura chaque syllabe de ce prénom. Là il était vraiment partit pour être heureux jusqu'à la fin des temps.
- Bon, sourit Danny en réajustant sa panière contre lui. Ben je vous tiens au courant. À bientôt alors.
- Oui à bientôt. Oh, et Danny. Arrête de me vouvoyez.
Ben oui c'était pas fairplay. Il avait l'impression d'être un vieillard quand Danny lui disait vous. Ce dernier haussa les sourcils.
- Je ne promet rien, j'ai un peu de mal quand on me demande ce genre de chose.
Preuve avec son beau-frère. Tom secoua la tête en riant. Lorsque Danny disparu et qu'il se retrouva tout seul sur son palier, Tom ne put s'empêcher de pousser un profond… très profond, soupir.
Thorin réajusta sa fourrure sous sa tête. Bien qu'habitué à dormir à même le sol, ça n'en restait pas moins inconfortable. Surtout depuis la nuit qu'ils avaient passé chez Bilbo où ils avaient profité de bons lits -lui en tout cas. Il n'était pas du genre à se plaindre, mais là il fallait bien l'avouer, la dureté du sol et cette fichue racine qui lui rentrait dans les cotes l'agaçait profondément. Il se redressa en silence et s'étira en grognant. Son regard clair passa sur sa compagnie endormie. Un peu plus loin, dos à lui Gloin montait la garde. D'un pas léger, il s'avança vers le nain et lui parla tout bas.
- Rien à signaler ?
- Rien du tout Thorin, murmura le guetteur. La forêt est si calme que c'en est pesant.
Thorin hocha la tête. Vert-bois, comme l'avait annoncé Gandalf avant de les quitter, n'était plus ce qu'ils avaient connu. La forêt était sombre et semblait à peine respirer.
- Sinon notre hobbit est là-bas. Il n'a pas bougé depuis près de 20 minutes.
Thorin suivit la direction que lui montrait Gloin et remarqua en effet Bilbo qui se tenait debout, immobile, de dos, à une dizaine de mètre d'eux. Thorin tapota l'épaule de Gloin avant de rejoindre le hobbit. Ce dernier ne l'entendit pas arriver et lorsque Thorin l'appela doucement il sursauta et sa main se posa immédiatement sur la garde de son épée.
- Il est tard maître Baggins, vous devriez vous reposer.
Bilbo se détendit et eut un sourire forcé.
- Cette forêt est malade. Je m'y sens comme un étranger. C'est une impression extrêmement gênante. En générale les forêts me rassurent…
Thorin comprenait ce que voulais dire son compagnon. Même lui qui n'était pas un grand fan des randonnées forestières sentait que quelque chose d'obscur était à l'œuvre dans ces bois.
- Vivement qu'on en sorte, souffla Bilbo.
Thorin aurait voulu le rassurer peut être pas le prendre dans ses bras parce que ça aurait été injustifié là, mais au moins lui taper amicalement dans le dos de sorte à lui donner un peu de son courage -même si le hobbit en avait assez en réserve. Mais sentant le regard de Gloin sur eux -regard bienveillant et protecteur-, Thorin ne fit que lui sourire et lui ordonna d'aller se reposer. Bilbo leva les yeux au ciel puis obéit.
Tom avala son assiette de spaghetti rapidement. Il sentait la fatigue de la journée lui retomber dessus. Et il se doutait que cette nuit allait être fatigante également. A chaque fois qu'il avait retrouvé un ami de son ancienne vie, la nuit qui avait suivit avait été agité de souvenirs concernant cette personne. Et bien qu'il se souvint parfaitement de ce qu'il avait vécu avec le hobbit, il allait enfin pouvoir mettre un visage sur le semi-homme de ses souvenirs.
Après une douche bien méritée, il enfila un jogging, ne prit même pas la peine de se sécher les cheveux et s'allongea dans son lit sans même en défaire les draps. Il ne lui fallut pas moins de 5 minutes pour plonger dans ses rêves.
- Gandalf. Vous aviez dit que ce serait facile à trouver. Je me suis perdu. Deux fois. Je ne l'aurais jamais trouvé si il n'y avait pas eu le signe sur la porte.
Thorin entra dans la maison hobbit avec sa majesté habituelle, saluant au passage le magicien qui l'avait convié dans ce coin paumé de la Terre-du-Milieu. Son visage s'éclaircit peu à peu alors qu'il reconnaissait les visages de ses compagnons. Bifur, Bofur et Bombur avaient répondu à l'appel. Dori et Nori avait même amené leur jeune frère Ori. Oin et Balin s'inclinèrent discrètement tandis que Gloin bombait le torse heureux de revoir le roi. Dwalin, son vieil ami, lui sourit. Et enfin il fut encore plus heureux de voir que ses neveux Fili et Kili avaient répondu à l'appel -bon pour Kili, Thorin s'était un peu opposé à sa présence dans la compagnie, mais au final il n'avait pas prit le risque de se disputer avec Fili, son héritier.
- Un signe ? Non il n'y a pas de signe, la porte à été repeinte la semaine dernière, s'exclama une petite voix en colère.
- Si il y en a un, je l'ai tracé moi-même, répondit le magicien avec un air amusé.
Thorin observa son hôte. Un hobbit. Plus petit que lui, pâle, des cheveux ondulé et couleur miel, l'air on peut plus mécontent des visites qu'ils recevaient ce soir. Gandalf s'adressa au semi-homme qui ne comprenait pas trop ce qui se passait et fit les présentations.
- Bilbo, laissez moi vous présenter le chef de cette compagnie, Thorin Oakenshield.
- Ainsi c'est le hobbit, ne put s'empêcher de murmurer ce dernier.
Il ne cacha même pas son ricanement.
- Il fait plus épicier que cambrioleur.
Tout le monde -excepté Bilbo- éclata de rire. Thorin remit sa cape à Kili qui la suspendit avec les autres puis il se dirigea vers le vestibule. En fait Thorin était très hautain -pas de sa faute il était fils et petit fils de roi et destiné à en être un également-, et il ne fit aucune allusion au ''service'' du hobbit, mais le pauvre maître Baggins exprima tant de fois son regret que le nain se sentit obligé de grogner un ''c'est sans importance'' et cessa de faire grise mine.
Un peu plus tard, quand la soirée fut bien avancé, et que Thorin eut prit des nouvelles de chacun de ses compagnons, il fut sous-entendu que la réunion allait commencer. Thorin remarqua alors que le hobbit s'était levé, tremblant légèrement et commençait à s'éloigner. Devinant deux options de cette action (la première étant pour aller leur chercher de la lumière, l'autre pour se terrer dans un coin de sa maison et ne réapparaître qu'une fois que les nains auraient déguerpis), il l'interpella.
- Où allez-vous ?
- Si j'apportais un peu de lumière ? demanda Bilbo d'un ton d'excuse.
- Nous aimons l'obscurité, déclarèrent les nains d'une seule voix. L'obscurité pour les affaires obscures ! Il y a encore bien des heures d'ici l'aube !
- Bien sûr, ça semble… hum.. logique, dit Bilbo.
Le hobbit se tint debout derrière Thorin, proposant tout de même une bougie qui fut acceptée. Thorin pensa qu'il serait sage, si il devait recruter le hobbit dans sa compagnie, de lui adresser quelques compliments.
- Mes amis, nous voici réunis dans la maison de notre compagnon conspirateur, ce très excellent et audacieux hobbit. Puisse le poil de ses pieds ne jamais tomber. Louange à son vin et à sa bière.
Les autres nains levèrent leurs verres d'une entente commune. Mais de toute évidence les compliments n'avaient pas eu le moindre effet sur le hobbit qui agitait les lèvres en signe de protestation contre l'appellation ''audacieux'' -Thorin ne pensait pas le moins du monde qu'il le fut-, et ''compagnon-conspirateur'' -là encore Thorin avait mentit, il ne voyait pas le hobbit comme un compagnon. Sans s'occuper d'avantage de lui, il commença à exposer la raison de leur réunion, et chacun prit la parole à tour de rôle -sauf Bilbo. Le hobbit écoutait attentivement, buvant leurs paroles. Mais lorsque plusieurs nains remirent en doute ses capacités à passer inaperçu, il ne tint plus.
- Excusez moi d'avoir surpris vos derniers mots, commença-t-il. Je ne prétend pas comprendre de quoi vous parliez, ni votre allusion à des cambrioleurs mais je ne crois pas me tromper en pensant que vous me jugez incapable.
Oui c'était exactement ce que pensait Thorin, et il le prenait bien de haut en disant ça.
- Il n'y a aucun signe sur ma porte vu qu'elle a été repeinte la semaine dernière, et je suis sûr que vous vous trompez de maison. Non Gandalf, laissez moi terminer s'il vous plaît. Dès que j'ai vu vos drôles de têtes sur le seuil, j'ai eu quelques doutes. Mais faites comme si c'était la bonne maison. Dites moi ce que vous voulez, et je tâcherais de l'accomplir, dussé-je marcher d'ici à l'Est de l'Est et combattre des sauvages verts dans le dernier désert.
Sa tirade amusa beaucoup les nains.
- Et qu'en est-il de Smaug le terrible ? observa Bofur.
Les yeux de Bilbo s'arrondirent.
- Le… terrible ? Smaug ?
- Oui, un cracheur de feu ailé, des dents comme des rasoirs, des griffes comme des crocs de boucher, il fait fondre la chair sur vos os en un clin d'œil. C'est comme un four, avec des ailes. Un éclair aveuglant, une douleur cuisante, et pouf vous n'êtes plus qu'un tas de cendre.
- Vous parlez d'un dragon… ?
- Vous voyez, en plus d'être cambrioleur, il est perspicace ! se moqua Bofur, engendrant un rire général.
Thorin ne manqua pas le gonflement des joues du hobbit et le froncement de ses sourcils.
- Salut Thorin ! Je vous l'amène.
Thorin tourna faiblement la tête en entendant la voix de Gandalf. Il était étendu sous cette tente, couvert de blessure. Son armure fendue, sa hache ébréchée, et Orcrist brisée gisaient sur le sol. Son regard se fit plus vivant à la vue de Bilbo qui s'approchait.
- Adieu, bon voleur, dit-il. Je m'en vais dans les salles de l'attente, m'asseoir auprès de mes ancêtres jusqu'à ce que le monde soit renouvelé. Puisque je quitte maintenant tout or et tout argent pour me rendre là où ils n'ont aucune valeur, je désire vous quitter en ami et retirer les paroles et les actes qui ont été les miens à la Porte.
Bilbo mit un genou à terre, les larmes coulant à grosses gouttes le long de ses joues meurtries. Cette vision brisa le cœur déjà en miette du nain.
- Adieu, Roi sous la Montagne… c'est une amère aventure si telle doit être sa fin : et une montagne d'or ne pourrait l'amender. Je suis pourtant heureux d'avoir prit part à vos périls. C'est plus que n'en mérite un Baggins.
- Non, souffla Thorin. Il y a plus de bon en vous que vous ne le soupçonnez, fils de l'aimable Ouest. Un mélange de courage et de sagesse, en juste proportion.
Ces compliments sincères touchèrent le hobbit qui renifla bruyamment.
- Si un plus grand nombre d'entre nous préféraient la nourriture, la gaieté et les chansons aux entassements d'or, le monde serait plus rempli de joie. Mais triste ou joyeux… il me faut maintenant le quitter. Adieu.
Thorin esquissa un ultime sourire au hobbit, puis un froid mortel le saisit, et il ne vit ni n'entendit plus rien.
