Turn - Chapitre 3 - By Sara's Girl
Harry rentra à la maison et s'appuya contre la porte, complètement épuisé. Bien qu'il ne pouvait pas nier que Maura était facilement la personne la plus utile et simple qu'il ait rencontré dans ce monde bizarre, elle avait aussi sept ans et donc épuisante.
Maintenant qu'elle était retournée auprès de sa mère très reconnaissante, Harry, il l'espérait, aurait un peu de temps pour traiter le déluge d'informations. Et peut-être, quand il aurait fait cela, il comprendrait comment devenir un menuisier qualifié à temps pour répondre au 'millions de commandes' qui attendaient selon Maura.
« - Comme si le savoir résoudra le problème. » Marmonna Harry sombrement, se frottant le visage.
Alors qu'il inspirait, l'odeur de quelque chose de chaud et savoureux attrapa ses narines et fit grogner son estomac, lui rappelant que tout ce qu'il avait eu à manger aujourd'hui était la moitié du sandwich au jambon et beurre de cacahuète de Maura à l'heure du déjeuner. C'était… intéressant, pour le moins qu'on puisse dire. Peut-être que Draco faisait le dîner, se souvint-il et il se détacha de la porte et fit un pas dans le couloir.
« - Harry ? Est-ce toi ? » Fit une voix provenant de l'étage.
Sentant le danger, il se figea. « - Oui ? »
« - Qu'as-tu fais ici ? » La voix était plus forte maintenant et teintée de quelque chose ressemblant à la fureur ou l'hystérie, et quoi que ce soit, ça fit battre le cœur d'Harry à un rythme effrayant.
« - Rien. » Répondit Harry, l'esprit vide. Il savait déjà qu'il avait fait quelque chose de mal et c'est avec une certaine appréhension qu'il avança et commença à monter très lentement l'escalier.
« - Les tiroirs. » Insista Draco dans un gémissement angoissé. « - Que diable as-tu fait, Potter ? » Exigea-t-il et chaque fibre du corps d'Harry lui disait qu'il n'y avait aucune promesse de plaisir dans sa voix cette fois.
« Les tiroirs ? » « - Non, non, non. » Murmura Harry pour lui-même, saisissant la balustrade, esquivant la toile d'araignée et grimpant les escaliers jusqu'à la chambre à coucher. « - J'ai tout rangé ! »
Même s'il savait que c'était peu probable d'aider, Harry retint son souffle alors qu'il poussait la porte.
« - Tu es là. » Murmura Draco mais il ne leva pas les yeux de sa tâche, à genoux devant sa commode, bougeant le contenu à une vitesse alarmante et marmonnant distraitement. Il y avait une agitation étrange à son sujet, une certaine tension dans son corps et même s'il ne pouvait pas se targuer de connaître cet homme, pas vraiment, Harry savait que quelque chose n'allait pas.
« - Ouais, je suis là. » Déclara-t-il, une main autour de la poignée froide. Il se mordilla la lèvre. « - Quel est le problème ? »
« - Quel est le problème ? » Répéta Draco et sa voix trembla en même temps qu'un rire lui échappait. « - Quel est le problème ? Je voulais juste une enveloppe… voilà tout… et ça. » Il s'interrompit, les doigts crispés autour du grand tiroir du milieu, fortement. « - Pourquoi as-tu fais ça ? Il suffisait de… pourquoi ? »
« - Je… euh… » Harry regarda, incapable de détourner le regard. La tension de Draco était contagieuse et elle se répercutait à travers lui, s'enroulant dans sa poitrine et bloquant sa respiration. Il ne pouvait pas dire qu'il comprenait ce qui se passait ici mais il soupçonnait que c'était de sa faute. « - Je cherchais quelque chose. »
Les doigts de Draco se resserrèrent incroyablement et il se tourna vers Harry. L'estomac de ce dernier se noua quand il fut confronté à une expression qu'il avait vu seulement une fois avant, cette angoisse complète et totale. Les yeux gris étaient écarquillés et brillant de tourment, les sourcils levés vers le haut, les cheveux collés à son front pâle et il respirait difficilement. « - Tu sais… tu sais comment c'est mal. » Déclara-t-il, lâchant finalement le tiroir et s'asseyant sur ses talons. Il regarda le sol.
Harry hésita, sachant qu'il devait dire quelque chose. Rien. « - Oui… Je sais que c'est mal. » Tenta-t-il. « - Et qu'importe ce que j'ai cassé, je suis vraiment désolé… je peux voir ? »
Draco leva les yeux, juste assez longtemps pour lui lancer un regard cinglant et puis il reprit le rangement frénétique des tiroirs. Arrangeant, touchant, tournant les objets encore et encore, sans desserrer les lèvres et les yeux fermement fixés sur sa tâche.
« - Draco ? »
« - Tout est au mauvais endroit. » Murmura-t-il. « - Tout. Il y a des choses rondes avec des choses carrées. Il y a des chaussettes dans mon tiroir à papier. » Il fit une pause et appuya ses doigts contre le tiroir le plus élevé. « - Il y a six choses ici. » Murmura-t-il avec une oscillation alarmante dans la voix.
« - Oh. » Dit finalement Harry, incapable de trouver un autre mot. En silence, il regarda Draco qui continuait à vérifier et arranger le contenu des tiroirs, bougeant les chaussettes, les plumes et parchemins et bougies encore et encore, apparemment insatisfait par ce qu'il trouvait mais peu enclin à s'arrêter.
Sachant que rien n'était cassé en quelque sorte permit à Harry de détendre sa prise sur la poignée de la porte et il fit un pas dans la pièce. Mais quand il le fit, cependant, il ressentit des picotements alarmés et quelque chose qu'il n'aurait jamais crue : préoccupation. Pour Malfoy. Pour Draco, qui était en difficulté de toute évidence. Parce qu'il y avait six choses et des carrés avec des ronds.
Doucement, Harry s'accroupit à côté de lui. Il se mordit la lèvre. « - Allez, ça va. Ça n'a pas d'importance. »
Draco se figea, les mains profondément enfoui dans un tiroir. « - Ca n'a pas d'importance ? » Répéta-t-il.
« - Euh, eh bien, tu sais ce que je veux dire. » Balbutia Harry, sachant qu'il avait dit la mauvaise chose. « - Je veux dire que… »
« - Tu veux dire que ça n'a pas d'importance pour toi. Tu veux dire que tu penses que je suis ridicule. Je sais ce que tu penses vraiment de moi, Harry Potter. » Déclara Draco, se laissant tomber au sol avec les genoux contre lui et la tête dans ses mains. Il tremblait.
Quelque chose de rouillé et de rarement utilisé se tordit à l'intérieur de la poitrine d'Harry, lui faisant tendre la main et l'enrouler autour du poignet de Draco, essayant d'écarter les doigts de son visage. Malgré tout ce qu'il pensait de cet homme, ce n'était pas bon qu'il soit ainsi… rabaissé.
« - Je ne veux pas dire quelque chose comme ça, Draco. Je vais tout ranger, je le promets. »
« - Non, non, non. » Siffla Draco, s'arrachant à la prise d'Harry et se mettant hors de sa portée.
Piqué, Harry se rassit et enroula ses bras autour de lui. Au fond, il savait avec une clarté lourde qu'il avait bel et bien tout gâché… quoi que ce soit… mais il ne put pas résister à la forte envie d'insister encore.
« - Draco ? »
« - Je vais le faire moi-même. Je t'ai fait du chili, ça doit probablement être prêt maintenant. » L'informa Draco sans lever les yeux.
Harry soupira et se força à se lever, coupable et confus.
« - Je suis vraiment désolé. » Déclara-t-il alors qu'il fermait la porte mais il n'y eut pas d'autre réponse que le grincement des tiroirs.
Draco ne descendit pas avant un long moment. Harry était dans la cuisine et surveillait le chili sur la cuisinière. Il sentait délicieusement bon mais, criblé de culpabilité, il se détourna simplement de lui et rejoignit le salon où il se laissa tomber sur le canapé, regardant le plafond. Il envisagea de retourner dans le bureau et rattraper quelques années de plus avec les albums de Draco mais la pensée que Draco pouvait le surprendre avec ça était un moyen efficace de dissuasion.
Au lieu de cela, il tenta de repenser aux dix dernières minutes. Et c'était un défi.
Il n'avait aucune idée de la raison pour laquelle six choses dans un tiroir était une catastrophe et la cohabitation troublante des choses rondes et des choses carrés n'avaient pas beaucoup de sens non plus.
Tourné, compté, ordre.
Ordre. Harry bougea sur le canapé, essayant de se mettre à l'aise mais n'y arrivant pas. Une telle situation nécessitée du carburant, d'une façon ou d'une autre.
L'esprit toujours en déroute, il récupéra une assiette de chili et une fourchette et s'effondra à nouveau sur le canapé avec. C'était excellent, sucré, épicé mais il en appréciait que peu le goût alors qu'il avalait bouchée après bouchée et regardait dans le feu en essayant d'assembler le puzzle.
Ce Draco accordait de l'importance à l'ordre, semblait-il. Harry repensa à ses placards soigneusement rangé par couleur, ses albums minutieusement rangé par année de leur vie commune. Harry se demanda, mâchant lentement, si son autre lui était une personne ordonné et soignée aussi. Probablement pas, pensa-t-il après un moment, si l'état de son atelier était une indication. Et pourtant, au vu de l'apparence de la maison, il semblait que l'atelier d'Harry était le seul endroit qui n'était pas soumis aux règles folles de Draco.
Harry soupira, raclant le fond de l'assiette avec sa fourchette pour récupérer les dernières traces de sauce et grimaça à bruit grinçant du métal sur la céramique. Et puis ça le frappa.
Peut-être que son autre soi n'était pas dérangé par tout cela.
Peut-être qu'il était comme Hermione qui se fichait des vieux balais mais accueillait la vaste collection toujours croissante de Ron dans leur maison avec bonne humeur. Ou du moins, elle le faisait quand il en ramenait. Ce n'était pas exactement la même chose mais le point, supposait-il, est que la relation est faite d'acceptation.
Une bonne relation.
Harry laissa tomber sa fourchette dans l'assiette et se frotta le visage en gémissant.
Il était impossible qu'il ait une relation plus saine avec un Malfoy maniaque, que celle qu'il avait avec sa vraie femme. Assurément, ça ne l'était pas et pourtant, il se trouva à se demander ce que l'un d'eux accepterait pour lui.
« - Peut-être que ce n'est pas Malfoy qui est fou. » Marmonna-t-il, croisant les bras derrière la tête et laissant le cuir souple se modeler sous son corps. « - Ça pourrait être moi. »
Enfin confortablement installé, au moins dans le sens élémentaire, ses paupières devinrent rapidement lourdes et il se laissa partir à la dérive, bercé par le crépitement du feu dans la cheminée.
Quand il se réveilla, le feu était presque entièrement consumé et son cou était raide et douloureux, ça l'apprendrait à s'endormir sur le canapé à son âge. Eh bien, ça pourrait. Sa bouche s'assécha alors qu'il rejoignait la cuisine et se figea sur le seuil.
Draco était là, la casserole dans une main et une fourchette à mi-chemin de sa bouche dans l'autre. Harry hésita, laissant cette image incongrue se mettre en place, Draco Malfoy mangeant les restes d'un chili directement dans une casserole.
Harry tenta un sourire et pendant un instant, il y eut un éclair de vulnérabilité dans les yeux pâles avant de disparaitre et Draco haussa un sourcil en défi et porta la fourchette à sa bouche.
« - Est-ce que tout… est rangé ? » Demanda Harry attentivement.
Draco avala. « - Oui. »
« - Je ne pense pas que tu es ridicule. »
« - Vraiment ? » Murmura Draco, détournant les yeux d'Harry et jouant avec sa fourchette dans la casserole. Il avait l'air encore un peu fragile et bien que la raison suggérait à Harry qu'il ne devait pas s'en soucier, Harry regrettait quand même de ne pas être meilleur que ça.
« - Ouais. Je… je suis fatigué. Je me suis endormi sur le canapé. » Déclara Harry d'un air penaud.
« - Dis-moi quelque chose de nouveau. » Répliqua Draco mais il finit par croiser le regard d'Harry.
« - Euh… ton chili était vraiment bon ? »
« - Mon chili est extraordinaire. » Répliqua Draco, transperçant un haricot avec sa fourchette et le scrutant.
Harry sourit. « - Ouais. Je suis vraiment désolé. »
Draco soupira lourdement. « - Que cherchais-tu de toute façon ? »
Le cœur d'Harry s'emballa et il réfléchit rapidement mais ne parvint pas à trouver une réponse plausible. « - Rien d'important. »
Pendant de longues secondes, Draco ne dit rien. Il mâcha une autre bouchée de nourriture, regardant fixement un endroit quelque part sur la gauche d'Harry.
« - Penses-tu vraiment que ça n'a pas d'importance ? » Demanda-t-il finalement.
« - Ce que je cherchais ? » Répondit Harry, fronçant les sourcils.
« - Non, espèce de crétin. » Répliqua Draco, clairement exaspéré. « - Mon truc. La façon… dont je suis. »
« - Oh. » Harry se frotta les cheveux, se sentant maladroit. Il enregistra à peine l'insulte et il savait que Draco ne le pensait pas vraiment mais la question était importante. « - Bien sûr, c'est important. Abruti. » Ajouta-t-il, impulsivement.
Draco grogna et reposa la casserole, se tournant légèrement pour cacher un petit sourire qu'Harry vit quand même. Envahi d'un soulagement qu'il ne pouvait pas expliquer, il remarqua à peine Draco qui traversait la pièce vers lui jusqu'à ce qu'il sente des mains sur ses hanches et des lèvres douces dans son cou, une bouche soufflant un souffle chaud sur sa peau qui le fit frissonner.
« - Tu es un beau-parleur. » Murmura-t-il. « - Je te vois à l'étage. »
Dès qu'il fut hors de vue, Harry s'appuya contre le comptoir, sentant comme si tout son poids était soutenu par ses mains.
Il n'avait aucune idée de comment il allait se relever.
Ce lit était tellement plus confortable qui celui auquel il était habitué, la couette et les oreillers de plume créaient un tel piège douillet et chaud qu'il était presque possible d'oublier la fenêtre ouverte en permanence. Alors qu'il se tournait sur le ventre et dérivait lentement dans le sommeil, il se rendit compte qu'il n'avait même pas réalisé qu'il avait un poids chaud serré contre lui, dans le bas de son dos.
« - Je dois aller courir. » Murmura un souffle chaud et sentant le citron contre l'oreille d'Harry.
Il sursauta, mais cette fois, il lui fallut seulement une fraction de seconde pour se remémorer les faits et stopper la panique imminente. Au lieu de cela, il soupira fortement dans son oreiller et ouvrit un œil pour observer son réveil en cuivre. Il était horriblement tôt et le ciel dehors était encore obstinément sombre.
« - Il fait nuit. » Marmonna-t-il.
« - Il est presque sept heures. » Corrigea Draco, l'air amusé.
« - Il fait nuit. » Répéta obstinément Harry. La dernière fois qu'il se souvenait avoir quitté la maison à une heure ridiculement tôt, c'était il y a des années, quand il allait encore sur le terrain. Il soupira, luttant contre un petit pincement au cœur… il ne se rappelait pas avoir trop objecté alors.
« - Oui, d'accord, pas besoin de répéter. » Dit finalement Draco. « - J'ai un autre rendez-vous dans le parc avec Monsieur Fitzwilliam. »
Saisit par une sensation étrange, Harry ouvrit cette fois les deux yeux et le regarda fixement. « - Rendez-vous ? »
Les yeux de Draco, argentés dans la quasi-obscurité, se levèrent brièvement vers le plafond. « - Bon sang, tu devrais voir ta tête. Je vais aller courir en rond dans un parc dans ces ridicules vêtements indignes… » Il se pencha légèrement en arrière dans sa position assise sur le lit pour qu'Harry puisse voir son élégant et complètement incongru, jogging noir. Harry retint un rire. « - Ne t'avise pas de rire, espèce de… vil pruneau. » Menaça Draco et un soupçon de sourire sur les lèvres.
Harry fit de son mieux pour étouffer son rire dans son oreiller mais il savait que ses épaules tremblaient. Il savait aussi que Draco le fusillait du regard et en quelque sorte, c'était merveilleux.
« - Vil pruneau ? » Répéta-t-il finalement, à bout de souffle et souriant.
« - Tu es horrible. » Ronchonna Draco et le lit bougea alors qu'il se levait. « - J'y vais maintenant. Ne penses même pas à partir sans moi ce soir, je tiens à approuver ta tenue. »
« - Approuver ma… pour quoi faire ? » Demanda Harry, essayant de tourner la tête sur le côté et découvrant, avec une certaine inquiétude, que la chose lourde dans le bas de son dos était toujours là. Et en plus de ça, ça bougeait. « - Qu'est-ce que ? » Haleta-t-il, essayant d'attraper sa baguette.
« - Pour le repas annuel de Weasel, bien sûr. » Draco tendit la main et attrapa son poignet. « - Tu es terriblement nerveux, c'est seulement Frank. »
Harry fronça les sourcils et resta immobile comme il put alors que Draco le lâchait et soulevait doucement la couette. Il ne connaissait qu'un seul Frank et ceci n'avait pas l'air du tout comme le chat de Lily.
« - Eh bien, n'a-t-il pas l'air mieux ? » Demanda Draco. « - Il est tout brillant à nouveau. Je t'avais dit qu'il devait muer non ? Pas étonnant qu'il soit parti se cacher. »
Harry retint son souffle, écoutant les doux sifflements et le mouvement étrange contre sa peau. Il y avait un serpent dans son lit.
« - Quel genre de nom est Frank pour un serpent ? » Marmonna-t-il, surtout pour lui-même alors qu'il se tournait et se redressait sur un coude, délogeant délicatement le serpent pour pouvoir s'asseoir.
« - Tu lui donné ce nom. » Souligna Draco. « - C'est ton serpent. Il ne m'écoute jamais et je doute que ce soit seulement parce qu'il ne comprend pas un mot de ce que je lui dis. » Il fit un sourire ironique à Harry alors qu'il resserrait son écharpe à rayure plus étroitement autour de son cou et il tapota légèrement la tête du serpent. « - Sois sage, Frankfurto. Sois sage, Harry. »
« - Je pourrais. » Grogna Harry alors que Draco claquait la porte derrière lui. Il soupira. Ecartant ses cheveux de ses yeux et croisant les jambes sous lui, il se pencha en avant pour pouvoir observer un peu mieux son animal de compagnie inattendu. « Comme si… » Pensa-t-il. « Malfoy n'était pas suffisant. »
Le serpent se déplaça sans effort à travers la couette et se drapa sur les jambes d'Harry. Il devait bien faire deux mètres de long, au moins et semblait peser une tonne. Non seulement ça mais Harry avait l'impression qu'il était mécontent et s'il n'avait pas vraiment peur des serpents, il préférait vraiment rester éloigner de quelque chose qui pouvait le tuer s'il en avait envie.
« - Alors… tu es Frank. » Déclara-t-il, se sentant extrêmement maladroit.
Le serpent leva une tête triangulaire marron avec de jolis motifs kaki et tira une langue fourchue noire, regardant Harry.
« - Bon, eh bien… » Harry se mordit la lèvre, retenant son envie de se taper le front. « - Cela ne va pas marcher, n'est-ce pas ? »
Il prit une profonde inspiration et se pencha plus près, posant les coudes sur les genoux et regardant fixement les yeux noirs de Frank, tentant de convoquer, quelque part au fond de lui, la commande instinctive d'une longue qu'il n'avait plus parlé depuis deux décennies.
« - Comment est-ce ? » Demanda-il après un effort de concentration mais il sut immédiatement que ça n'avait pas marché.
Frank inclina simplement sa tête sur le côté, comme pour dire 'pourquoi diable fais-tu des bruits étranges ?'.
Il essaya à nouveau, se concentrant sur les impressions, les mouvements sinueux, se souvenant de la première fois.
« - Peux-tu me comprendre maintenant ? »
Frank redressa la tête et s'éleva légèrement jusqu'à ce qu'il soit à la hauteur des yeux d'Harry. « - Peut-être. »
« - Où étais-tu ? »
« - Dormir dans un placard au chaud pendant plusieurs heures. Changement peau. »
Fronçant les sourcils, Harry ne savait pas s'il comprenait correctement mais là encore, ça faisait très longtemps qu'il n'avait plus parlé à un serpent.
« - Depuis combien de temps es-tu ici ? »
« - Beaucoup de saisons. Est-ce que tu ne m'admires pas ? » Le serpent se tordit de façon à ce que la lumière du matin illumine ses nouvelles écailles.
Harry grogna. « - N'es-tu pas vaniteux ? »
« - Beau. » Rechigna le serpent. « - Il n'y a pas à dire. »
Harry regarda la langue vacillante, amusé malgré lui. « - Tu es beau, je te l'accorde. » Admit-il et le serpent sembla presque se prélasser sous la flatterie, comme un chat au soleil. « - Mais combien de temps est beaucoup de saisons ? »
« - Beaucoup. » Répéta Frank. « - Beaucoup de saisons, en effet. J'étais petit mais la nourriture et la chaleur m'a fait grandir. Pas petit maintenant, hein ? Pas petit. »
« - Euh, non. » Répondit Harry, se demandant combien de temps il faudrait avant qu'il perde toute sensation dans ses jambes. Expérimentalement, il bougea ses orteils… il semblait toujours y avoir une circulation sanguine, ce qui était agréable.
De nombreuses saisons, se souvint-il. Apparemment, les serpents ne s'encombraient pas de précision. « - Tu sais les heures mais pas les années ? » Demanda-t-il.
« - C'est un acquis. Les heures sont des rythmes naturels. Les années… ne sont pas importantes ici. »
Harry ne dit rien, laissant les mots s'infiltrer dans ses veines et piquer sa peau. Il était si facile d'avoir tout. D'être convaincu que le temps était devenu inutile.
Juste à cet instant, la langue de Frank bougea contre sa narine et il éternua violemment, sa main n'arrivant pas à temps et postillonnant malgré lui sur la belle tête à motif.
« - C'est désagréable. »
Gêné, Harry reprit un visage digne. « - Désolé. »
Il attrapa sa baguette mais le serpent eut l'air si inquiet qu'il changea rapidement d'idée et lança un Accio sur la boite de mouchoirs sur la commode. Tentant de penser à autre chose que le surréalisme de la situation, il tamponna doucement la tête brillante et chaude de Frank jusqu'à ce qu'il soit propre.
« - Pardonnes-moi de poser tant de question mais ma mémoire est vraiment très mauvaise. » Commença Harry, aussi innocemment que possible. Il jeta le mouchoir et regarda le serpent sérieusement.
« - Je sais ça. » Répondit Frank, se reculant, la tête tournée vers Harry. « - Pas de ta faute d'avoir si peu de cerveau. »
« - Tu peux parler. » Rétorqua Harry, indigné. Il ne pouvait pas s'empêcher de penser que commencer la journée en étant insulté par un serpent ne présageait rien de bon pour la suite. Pourtant, il supposait qu'il devait obtenir toutes sortes de question et réponses là où il pouvait en obtenir. « - Ecoute… sans t'offenser, pourquoi Draco voulait un serpent ? Il n'était pas exactement emballé par celui de notre Deuxième Année. » Ajouta-t-il plus pour lui-même, se souvenant de leur force de duel et la découverte de son inhabituelle capacité.
« - La Deuxième Année n'est pas mon problème. » Répondit Frank. « - Mais faut croire que c'était une sorte… d'acte de courage. Il ne me craint pas… par bravoure, tu sais ? Il veut apparaître courageux pour toi. »
Harry sourit et se mordit la lèvre.
« - Vouloir aussi quelque chose à qui parler. Pas seulement les meubles. Je ne sais pas pourquoi tu veux parler aux meubles plutôt que moi. » Ajouta Frank pour lui-même, s'enroulant sur lui-même et soulageant la pression sur les chevilles d'Harry.
« - Peut-être que les meubles ne répondent pas. » Proposa Harry et puis : « - Sauf le miroir. Et je souhaiterais qu'il ne le fasse pas. »
« - J'aime le miroir. Me regarder est très satisfaisant. » Confia Frank et en quelque sorte, Harry n'était pas du tout surpris.
Apparemment, se regarder dans le miroir était non seulement le passe-temps de Frank. Il s'enroula au bout du lit et regarda Harry… qui avait dû à contrecœur se glisser hors du lit pour aller à son atelier de lui-même cette fois… s'habiller.
C'était tout à fait un sentiment troublant d'avoir les commentaires de Frank sur sa coordination et cheveux et vêtements et ce n'était pas vraiment une expérience enrichissante mais Harry n'avait pas le courage de dire au serpent de foutre le camp. Quand il se dirigea vers les escaliers, se tortillant avec gêne dans un pantalon slim, Frank se laissa tomber au sol et le suivit et quand Harry boutonna son manteau dans le couloir, la tête triangulaire apparut au niveau de la porte du salon et le regarda avec interrogation.
« - Où vas-tu ? »
« - Travailler. »
« - Quand seras-tu à la maison ? »
« - Je ne sais pas. » Répondit Harry sincèrement, enfonçant ses mains dans les poches de son manteau. « - Tu joues le rôle de ma secrétaire ? »
« - Je demande simplement. Je n'aime pas les surprises. » Confia Frank, glissant de quelques centimètres dans le couloir.
Harry rigola, un peu amèrement. « - Toi et moi aussi. Et pourtant, nous sommes ici. » Il se frotta le visage et posa une main sur la poignée. Son air s'adoucit. « - Je serais de retour avant la nuit. »
« - Et je garde la maison en attendant. » Dit Frank, se redressant d'un air imposant. « - Redoutable. »
Harry sourit et sortit dans la rue. Il trouva un endroit pour transplaner et se retrouva sur le Chemin de Traverse. Il supposait que c'était toujours bon d'avoir quelqu'un qui surveillait pour ses intérêts, même si ce quelqu'un était un python narcissique.
Cette fois-ci, ayant une vague idée de la cible de son emplacement, il était apparu à quelques pas du bâtiment de pierre mais son exactitude ne l'empêcha pas de recueillir trois salut enthousiastes et quelqu'un hurla : « - Comment allez-vous Monsieur Potter ? » Depuis l'autre côté de la rue.
C'était étrange mais au moment où il entra dans la boutique, il souriait.
Alors qu'il avançait, ramassant les outils qui traînaient et les remettant à leurs emplacements appropriés, il se demanda s'il était possible que Draco soit responsable de cette relation amicale respectueuse avec le public. Il avait des contacts avec les médias après tout et malgré toutes les années où Harry l'avait détesté, il ne pouvait pas nier son talent pour la manipulation, pour créer une image et utiliser tous les moyens possibles pour transformer une situation à son avantage.
Il s'appuya contre une de ses tables de travail et leva le visage vers le soleil lumineux qui filtrait à travers les puits de jour. Ce n'était pas comme s'il y avait beaucoup pensé jusqu'à maintenant, mais il pensait qu'effectivement, il pourrait s'habituer à être ce 'Monsieur Potter'. Il pourrait s'habituer à être cela, une personne accessible et détendue qui semblait tolérer presque tout le monde et qui venait ici, dans ce petit sanctuaire sentant la sciure de bois et lumineux et faisant des choses avec le bois quand il en avait envie.
Quelques jours à peine s'étaient écoulés depuis la dernière fois où il s'était retrouvé assis derrière son grand bureau au ministère mais il savait déjà sans aucun doute que cela ne lui manquait pas. Bien que ça avait été une ambition dévorante de son enfance, il n'avait pas aimé être Auror durant très, très longtemps, pas après que le stress et l'excitation d'une opération réussie se transforme en réunion et paperasse et mal de tête permanent.
Bien que… Harry fronça les sourcils à cette pensée et secoua la tête. Rien ne se passa. Frappé par l'absence de douleur, il laissa échapper un profond soupir et essaya à nouveau, dodelinant de la tête d'avant en arrière jusqu'à ce que ses cheveux tombent sur ses yeux et que ses lunettes glissent de son nez. Décidant d'arrêter avant d'arriver à se donner mal à la tête, Harry prit une autre profonde respiration et se délecta de l'absence du petit nœud serré dans sa poitrine qu'il avait depuis plus longtemps qu'il ne se le rappelait.
De façon inattendue, Harry eut un sourire, fermant les yeux sous la lumière crue et enroulant fermement ses doigts sur le bord de l'établi.
A cet instant, on frappa à la porte et une voix se fit entendre.
« - Excusez-moi, Monsieur Potter ? »
Harry sursauta. Il regarda autour de lui à la recherche de quelque chose lui donnant l'air occupé. « - Entrez. » Invita-t-il, saisissant un gros marteau avant de le reposer, ne voulant pas alarmer son client potentiel en agissant maladroitement avec.
Après un moment, un monsieur aux cheveux argentés et dans les soixante ans entra dans l'atelier, souriant à Harry et faisant claquer sur le sol sa canne.
« - Oh, je suis heureux de vous voir ! » Dit-il en s'approchant de l'établi d'Harry et posa sa canne contre le bord. « - Comment allez-vous ? »
« - Ah… bien, merci. » Répondit Harry. Il se redressa un peu et prit son expression 'je suis un professionnel et je peux gérer'. « - Puis-je vous aider ? »
« - Oh, vous êtes poli. » Soupira le vieil homme, plissant les yeux de plaisir. « - Pas comme les jeunes de nos jours. »
Harry fit la grimace intérieurement. La remarque frappait un point sensible qu'il soupçonnait être réservé à ceux qui approchaient de la quarantaine, mais il essaya de se convaincre que l'homme, probablement un client, essayait de lui faire un compliment.
« - Merci. » Murmura-t-il, lui faisant un sourire.
« - De rien. » Fit l'homme, souriant à Harry. « - Maintenant, la petite table dont nous avons parlé la semaine dernière… »
« - Ah oui, la petite table. » Répéta Harry, souhaitant avoir plus d'indice sur ladite petite table mais en même temps pleinement conscient que toutes les informations dont il avait besoin étaient enfermées dans la mémoire de son autre lui-même.
« - Oui. Pour ma fille. Maintenant, je suis sûr que vous êtes très occupé à l'approche de Noël… Dieu sait que je le suis et je ne suis qu'un vieux crouton n'ayant rien de mieux à faire que voir ses petits-enfants… mais, eh bien, je voudrais vous demander une faveur. »
« - Oui. » Acquiesça Harry. « - Très occupé, mais… euh, quelle genre de faveur parlez-vous ? »
Le vieil homme soupira. « - Je la voudrais avec deux semaines d'avance. Geneviève vient juste de m'annoncer qu'elle part en Australie pour un mois et elle sera absente pour son anniversaire. Je voudrais qu'elle l'ait avant son départ si c'est possible et je vous en serais très reconnaissant, Monsieur Potter. »
Soucieux, Harry mordilla sa lèvre et détourna les yeux du vieil homme, dont l'expression lui retournait les entrailles. Au lieu de cela, il regarda sa table de travail qui était parsemée de sciure. Il supposait que dans cette situation, il avait seulement que deux options. Un… il pouvait continuer à mentir, dire au vieux monsieur qu'il était très occupé et espérer qu'il serait de retour dans son ancienne vie avant que la date originale de l'achèvement de la table arrive. Ou deux… il pouvait prendre l'initiative et voir ce qu'il pouvait arriver à faire.
Ce n'était pas une si mauvaise idée. Est-ce que c'était si difficile de faire une petite table ?
« - Bien… Monsieur, je vais voir ce que je peux faire. » Dit-il avant de pouvoir s'en empêcher. Ressentant un étrange sentiment d'excitation, il prit un crayon et un morceau de parchemin. « - Quand voulez-vous la récupérer ? »
Le vieil homme sourit, saisit sa canne et la serra fermement contre sa poitrine. « - Cyril, s'il vous plait. Cyril Pepper. Je viendrais le quatre vers midi, alors ? Oh, vous êtes un homme merveilleux, Monsieur Potter. Je ne sais pas comment vous remercier. » Il fit une pause, pensif, puis sourit d'un air triomphal. « - Je vous apporterez un peu de gâteau aux épinards de ma femme que vous avez vraiment aimé la dernière fois ! »
Réprimant une grimace à cela, Harry hocha la tête. « - Génial. » Dit-il faiblement. « - J'en suis impatient. »
Le vieil homme se pencha pour lui tapoter le bras avant de prendre congé, traînant et claquant sa canne sur le sol de pierre.
« - Le quatre de quoi ? » Demanda soudainement Harry, une pointe de panique dans l'estomac.
« - Janvier, bien sûr ! » Répondit l'homme sans se retourner. « - Merveilleux mois, Janvier… regard en arrière et regard en avant. » Déclara-t-il, apparemment pour lui-même et agitant sa canne d'un côté puis de l'autre avant de disparaitre de la vue.
Harry regarda dans le vide et enfonça ses mains dans ses poches. « - Oh, merde. »
Une recherche chaotique et paniquée dans un carnet écorné plus tard, Harry trouva le nom, l'adresse et les spécifications de Monsieur Pepper pour la petite table. Malheureusement, il pouvait à peine les comprendre, même si les mots étaient clairement griffonnés par sa propre main.
« Hêtre. 1,28". Haut principal x4, 12 x 12. Verre. Sculptures vignes ? Diam 9x9. » « Vis ? Joints ? Resist. chaleur. Pour 18 Janvier, cadeau pour fille. 150 Gal. »
Harry se pencha contre le plan de travail, lisant ses propres instructions cryptiques, encore et encore et soupira inutilement dans la salle vide.
« - Est-ce que c'est si difficile de faire une petite table ? » Marmonna-t-il, ironique. Il méritait d'être ironique.
Il plissa à nouveau les yeux, approchant le livre plus près de son visage juste au cas où ça aiderait. Ça ne le fit pas mais il supposait que c'était prévisible. Il savait qu'elle devait être en hêtre avec de longs pieds…il devait faire cela aussi ?... et des centimètres de quelque chose avec une sorte de verre et des vignes et Dieu seul savait quoi.
Et cent cinquante galions ? Pour une table ? Harry déglutit. C'était ridicule, il le savait mais il devait admettre qu'il était un peu intimidé. Par une table. Par une toute petite table qui n'était même pas encore faite. Il était effrayé par l'idée d'une table.
« - Putain. » Jura Harry, se forçant à bouger. Essayant de ne pas penser à ce que diraient ses collègues du ministère s'ils pouvaient le voir, il enfila un rugueux tablier vert, dépoussiéra sa surface de travail et se dirigea vers le stock de bois dans un coin.
Les mains sur les hanches, la bouche plissée, il arpenta les étagères.
« - Hêtre premier âge. » Lut-il enfin, triomphant. « - Ça sera ça. »
Jusqu'ici, tout allait bien. Avec un peu d'effort, Harry enroula ses bras autour de ce qui semblait être un demi-arbre de hêtre. Il en avait l'impression en tout cas et après un moment, il le reposa et tira sa baguette, optant plutôt pour faire léviter le bois sur l'établi où il atterrit dans un bruit sourd et envoyant de la poussière fine sur le visage d'Harry.
La question primordiale dans sa tête était 'Maintenant quoi ?' mais Harry l'ignora, préférant s'accrocher à l'espoir… non, la connaissance… qu'il pouvait le faire.
Poussant un long soupir, Harry attrapa une scie.
Il. Pouvait. Le. Faire.
Il ne pouvait pas le faire.
Harry ne savait pas combien de temps il lui fallut pour abandonner et reposer la scie contre le mur, mais il avait l'impression que ça faisait longtemps. Il s'effondra sur le sol de pierre froide, haletant et appuya son dos contre la table de travail. Transpirant et tout endolori, il observa ses mains avec une curiosité horrifiée : ses doigts étaient écorchés et douloureux, ses paumes rouges et pleines d'échardes.
Cela n'était pas la pire chose, cependant. Il y avait le beau morceau d'hêtre qui n'avait pas été transformé en quelque chose ressemblant même vaguement en une table. Non, le pire c'est que ça ressemblait maintenant… Harry soupira et tourna la tête pour voir le carnage. C'était comme si le tronc était tombé d'une grande hauteur puis mâchouillé par des rongeurs hyperactifs. Il soupçonnait que son autre lui-même lui botterait le cul pour son manque de talent s'il était là et il aurait raison de le faire.
Plus inquiétant, il n'avait aucune idée de ce qu'il allait dire à ce pauvre vieux Monsieur Pepper, qui semblait avoir une foi sans borne en ses capacités. Il supposait qu'il y avait toujours demain… ou peut-être le jour d'après. Bien qu'il soit fatigué et endolori, il y avait une pointe irritante d'entêtement qui ne lui permettait pas d'abandonner tout de suite. Avec précaution, il releva une jambe et retroussa son pantalon pour pouvoir voir le bleu qui commençait à fleurir sur son genou.
Cette stupide chose semblait arriver dans les pires moments. Il passa sa main sur le bleu et grimaça et ses yeux se posèrent sur le trou particulièrement impressionnant qu'il avait fait quand il était tombé.
« - Certainement au-delà de la réparation. » Soupira-t-il, sortant sa baguette et lança un Evanesco. Le bois mutilé disparut et il reporta son attention sur son genou, retenant son souffle et soignant le bleu. En tant qu'Auror de terrain, il avait appris à guérir les blessures simples et même si ça faisait longtemps, il pensait faire un très bon travail. Sans doute quelqu'un qui était plus habitué à cela pouvait faire mieux mais peu importe.
Harry remit son pantalon en place, s'appuya plus fermement contre le plan de travail et, faisant en sorte de rester hors de vue, entreprit de retirer les douze cent échardes de hêtre de ses mains.
Il rentra au Square Grimmaurd avant même que le soleil se couche à l'horizon et, se souvenant de sa promesse à Frank, il était plutôt content de lui malgré l'échec relation qu'avait été sa journée de travail.
Draco n'était nulle part en vue au rez-de-chaussée ou dans la cuisine. Harry monta les escaliers lentement, prenant un moment pour pencher la tête quand l'araignée brune tomba devant le visage d'Harry au bout d'un long fil.
Il n'y avait pas d'odeur de cuisson aujourd'hui, remarqua-t-il et son estomac grogna en signe de protestation, comme pour lui rappeler qu'une fois encore, il avait oublié de le nourrir. Il ignora cela et se concentra plutôt sur la délicieuse odeur qui provenait de la salle de bain. Harry suivit la senteur d'agrumes et d'épices chaudes sans réfléchir, ses doigts se refermant autour de la poignée de la porte et il était à mi-chemin dans la salle de bain avant même qu'il pense à hésiter.
« - Est-ce toi, Harry ? »
Le souffle coupé, Harry écarquilla les yeux. Il était soudainement très conscient de ce qu'il faisait. Il était en train de regarder Draco dans la douche. Nu. Eh bien, de dos du moins, très nu et il pouvait imaginer que l'avant l'était aussi.
Pas qu'il imaginait ça.
« - Ouais, c'est moi. » Répondit-il, regardant l'eau ruisselait dans le dos de Draco et plus bas sur ses… Harry toussota. « - Qui d'autre cela aurait pu être ? Fitzwilliam ? »
Harry regarda les épaules de Draco frissonner. Il regarda les mains se lever et les doigts s'enfoncer dans les cheveux blonds trempés. Il regarda.
« - Bon sang, quelle pensée. Non, je pensais que ça aurait pu être un meurtrier avec une hache ou quelque chose. »
« - Désolé de te décevoir. » Murmura Harry, la bouche soudainement sèche. Il ne devrait pas regarder cela.
« - Je pense que je te pardonne. Tu viens ? »
L'estomac d'Harry fit un petit flip. « - Dans… la… la douche ? Celle-là ? Avec toi ? »
Le rire de Draco résonna dans le petit espace carrelé. Il se retourna pour le regarder par-dessus son épaule, à travers la vitre de la douche et lui fit un demi-sourire étrange. C'était dingue, il le savait, mais Harry n'avait jamais été aussi désespéré pour toucher quelqu'un, juste pour voir ce que ça faisait sous ses doigts.
« - Eh bien, tu peux toujours allez rejoindre Frank dans son bain, si tu préfères. Quoi qu'il en soit, tu as besoin de te laver avant de sortir. » Dit Draco, regardant Harry de haut en bas et observant ses vêtements sales avec dégoût.
« - Ouais, je… quoi ? » Harry se retourna, perplexe, pour voir la baignoire sur pieds, qui contenait beaucoup d'eau et un Frank joyeusement enroulé. Soulagé de pouvoir détacher son regard du corps nu humide de Malfoy, Harry se rapprocha et remarqua les petites bulles qui remontaient à la surface de l'eau à partir des narines submergées du serpent. Intrigué, il trempa ses doigts dans l'eau, elle était à peine tiède.
« - Tu es étrange. » Déclara-t-il, ne sachant pas si oui ou non le Fourchelangue était perceptible sous l'eau.
Frank sortit simplement sa langue en réponse et continua à souffler de minuscules bulles. Harry continua à observer pendant une minute ou deux puis se tourna, le cœur battant, vers Draco qui était maintenant complétement tourné vers lui et le regardait avec une expression curieuse. Et c'est sur cela qu'Harry se concentra. Son expression. Son visage. La façon dont ses cheveux dégoulinaient dans ses yeux. Peut-être la façon dont l'eau ruisselait sur son ventre plat et pâle. Mais certainement pas autre chose.
« - Eh bien ? » Demanda Draco et quelque chose dans sa voix donna à Harry l'inquiétante envie de retirer ses vêtements et plonger sous l'eau. Il se secoua.
« - Euh, je crois que je prendrais une douche plus tard. » Croassa-t-il. « - Tu as l'air… tu as l'air d'avoir presque fini. Terminé. Propre. »
« - C'est la journée. » Déclara Draco, mettant la tête sous l'eau. « - Je vais prendre une tasse de thé, alors. Rayures bleues. »
Harry soupira. Il supposait que même un Malfoy nu et homme restait encore un Malfoy.
Se sentant peu coopératif, il ne tint pas compte de la demande et se dirigea vers la chambre pour commencer à chercher une tenue acceptable pour la soirée.
« - D'accord… que dire de ce vert ? Qu'est-ce qui peut éventuellement être mal avec ce putain de vert ? » Supplia presque Harry, tenant ce qui était la millionième chemise, recherchant l'approbation de Draco.
Il se sentait terriblement mal à l'aise depuis le début et pas seulement parce que Frank avait décidé de sortir de la salle de bain et lui parler et le convaincre de mettre un pantalon que Draco aimait. Il était gris foncé et bien sûr, serré, tombant bas sur ses hanches et maintenu en place par une fermeture terriblement compliqué qu'Harry était plutôt inquiet de ce qui se passerait quand il aurait besoin d'utiliser les toilettes plus tard.
Pourtant, il le portait et c'était la chose principale. Draco, l'air complètement poli et… Harry soupçonnait, pas qu'il connaissait grand-chose à ce sujet… très élégant dans son costume sombre et sa chemise rayée gris-argent, était assis sur le bord du lit et était exaspéré. Il était très bon dans ce domaine. Tellement bon qu'en fait, Harry se demandait pourquoi il s'était lancé là-dedans avec ça. Avec lui. Et alors :
« - Pourquoi es-tu si inutile quand il s'agit de couleurs ? Tu es censé être un artiste. »
Harry fronça les sourcils en se tournant sur lui-même et observant la chemise dans le miroir. Heureusement, son reflet garda ses opinions pour lui-même, pour une fois. « - Pourquoi ce vert ne va pas avec le gris ? »
Draco grogna. « - Le gris n'est pas vraiment une couleur. Pourquoi devons-nous subir cela si souvent ? »
« - Parce que tu aimes ? » Suggéra Harry, laissant tomber la chemise verte.
« - Non, enfin, peut-être un peu mais surtout parce que tu es désespérant. » Draco fit une pause et quand il parla à nouveau, il y avait quelque chose de curieusement vulnérable dans sa voix qui fit presque arrêter Harry dans sa fouille de chemises mais il se ravisa. « - Et parce qu'il y a des règles sur les couleurs… comme il y a des règles sur les nombres. »
« - D'accord. » Fit doucement Harry, prenant une chemise bleue foncée avec des manches trois-quarts et des étranges boutons métalliques. Il avait souvent constaté qu'il était doué pour faire parler les gens récalcitrant et son expérience provenait d'interrogatoires avec des criminels mais ça valait la peine d'essayer.
« - C'est pas pareil avec les nombres, vraiment. » Dit Draco après un moment et Harry sourit dans l'armoire. « - Il y a des bons et des mauvais chiffres et c'est aussi simple que cela. »
« - Comme six. » Murmura Harry, commençant à comprendre.
« - Exactement. Mais avec les couleurs… c'est plutôt des combinaisons. Si tu sors ce soir aux couleurs de Serpentard… » Draco fit une pause et Harry ne put pas résister au désir de se tourner et le regarder. Ses mains étaient crispés sur le couvre-lit et les yeux qui étaient fixés sur Harry étaient anxieux, tant et si bien qu'il voulait s'approcher et le toucher. Il tritura nerveusement la chemise qu'il venait de prendre, pris entre l'inquiétude pour Draco… pour ce Draco, et l'appréhension pour lui-même, de ce qui lui arrivait.
« - Quelque chose de terrible va se produire. » Termina Draco sourdement.
Harry se mordit la lèvre. « - Je ne pense pas vraiment. »
Draco secoua la tête, déplaçant ses cheveux soigneusement coiffés. « - Non. Tu ne sais pas. Juste… non. »
« - Désolé. » Marmonna Harry, sachant qu'une fois de plus il avait mis le pied sur un danger invisible et tomber sur le cul. Il se demanda avec une certaine appréhension combien de règles incompréhensibles régissaient la vie de Draco et comment il allait faire pour avancer parmi tout ça sans faire de dépression nerveuse. « - Je… je ne veux pas que tu es à t'inquiéter. » Tenta-t-il.
Il reçut un demi-sourire de Draco en réponse. « - Tu dis toujours ça. Ça ne marche jamais très bien quand j'essaye de ne pas m'inquiéter, hein ? »
Harry soupira. « - Okay. Qu'en est-il de celle-là ? » Il montra la chemise bleue, espérant pour le mieux.
« - Elle est à moi. » Souligna Draco, se détendant et remettant ses cheveux en place. « - Mais tu peux la porter. Avec les bottes en cuir… ne la rentre pas, pour l'amour de Dieu. » Avertit-il quand Harry tenta de rentrer la chemise dans le pantalon.
Il grimaça dans l'armoire et s'examina dans le miroir. Il avait l'air très bien mais il aurait eu l'air bien avec la verte ou la blanche ou celle à motif et toutes les autres aussi. Il ne savait pas que le code couleur pouvait être si compliqué.
« - Maura dit que Blaise n'aime pas les couleurs. » Dit-il, pensant à haute voix.
Draco rigola légèrement. « - Eh bien, elle n'a pas tort. » Il fit une pause. « - Ou peut-être que si. J'ai toujours eu l'impression qu'il aimait porter des couleurs mais c'est difficile d'oublier une chose qu'une mère inculque en soi comme ça. »
Harry regarda le reflet de Draco dans le miroir, le regardant bouger paresseusement sa baguette pour nouer ses lacets et regardant les liens obéir docilement. « - Je suppose que non. » Marmonna-t-il.
« - Les gentlemen porte du noir et uniquement du noir. » Récita Draco avec aigreur, faisant une grimace. « - Nous avons tous grandi avec ça. Le problème de Blaise est que sa mère est morte et maintenant, c'est beaucoup plus difficile de discuter avec elle. »
« - Qu'est-ce qui a changé pour toi ? » Demanda Harry, amusé malgré lui.
Draco sourit. « - Cela faisait partie de ma révolte, non ? »
« - Ca aussi ? »
« - Tu devrais savoir. Tu faisais partie d'elle aussi. » Draco croisa les yeux d'Harry dans le miroir, et pendant un instant, Harry cessa de respirer. « - Pour le plus grand plaisir de mon père. Prêt à partir ? »
Harry hocha la tête. Il ne pensait pas vraiment qu'il était prêt mais cela allait certainement être intéressant.
« - Bienvenue à la dix-neuvième fête annuelle de Noël des Weasley. » Récita un gnome mécontent et portant un chapeau de fête brillant alors qu'Harry et Draco apparaissaient dans l'arrière-cour du Terrier.
Harry baissa les yeux vers la petite créature grincheuse, perchait au sommet d'une souche d'arbre avec ses bras croisés, ayant l'air de tout sauf d'accueillant.
Draco rigola chaleureusement. « - Dix-neuf ans et je ne pense pas que je me lasserais de ça. » Déclara-t-il. « - Il y a un nouveau gnome-récepteur chaque année. »
Malgré avoir participé à quelques dégnomage de jardin au fil des ans, Harry ne put pas s'empêcher de ressentir un brin de sympathie pour cette mise en scène. « - N'est-ce pas un peu… cruel ? » Se demanda-t-il.
« - Tu parles comme Hermione. » Répondit Draco, glissant un bras autour de la taille d'Harry. « - Une nuit de travail ne le tuera pas, n'est-ce pas ? Quoi qu'il en soit, si je me souviens bien, tu pensais que c'était plutôt drôle quand ça a commencé la première fois. »
« - Mm. » Marmonna Harry, se laissant être tiré loin du gnome et vers la maison. A l'approche de l'édifice familier hors-norme, Harry oublia tout du comité de bienvenu. Le Terrier était étincelant dans l'obscurité, chaque portes et fenêtres étant drapées avec des guirlandes colorés qui semblaient fermer les yeux et brillaient comme des lucioles.
Plusieurs tables en bois branlantes à l'arrière de la maison étaient remplies de gens en train de rire, bavarder et les visages éclairés par des boules de lumière en argent. La porte donnant sur la cour arrière s'ouvrait à intervalles réguliers, révélant une cuisine pleine de gens et où flottait un délicieux parfum épicé qui fit saliver Harry. Un sort de réchauffement avait été lancé sur les boules lumineuses, ce qui était incroyablement agréable et Harry remarqua à peine quand Draco noua leurs doigts ensemble et le tira vers la maison.
Tout semblait en désordre et confortable et il constata que son âme se soulevait juste un peu pour être une partie de ça. Ce monde semblait avoir été conçu pour le faire se sentir perdu et inepte, lui donner le manque de sa famille même s'il était avec elle et également de la confusion mais pour une raison quelconque, il se sentait en sécurité ici. C'était, après tout, sa première vraie maison familiale et même la présence de Draco Malfoy ne semblait changer cela.
« - Hey ! » S'écria Ginny, avançant dans le jardin avec plusieurs boissons balançant dangereusement derrière elle. « - Vous êtes là ! »
« - Merci Ginevra, je ne l'avais pas réalisé. » Répliqua Draco d'un ton sec mais il sourit quand elle roula des yeux et lui tira la langue.
« - Salut Gin. » La salua Harry. Elle portait un bandeau brillant dans les cheveux et plusieurs paillettes semblaient avoir migré sur son visage, la faisant paraître presque éthérée au clair de lune.
Elle lui sourit, se penchant pour lui faire la bise puis cria : « - Maura ! Viens et prends ça, s'il te plait ! »
Harry résista à l'envie de se frotter l'oreille. Draco ne se priva pas. « - Tu ne peux pas être plus douce ? »
Ginny grogna et l'ignora, se penchant à la place pour donner une tasse de ce qui semblait être du jus de pomme chaud à Maura, qui sortit de nulle part, pleine d'énergie et habillée encore une fois, presque entièrement en rouge. Elle sourit à Draco et lança un regard entendu à Harry. Alors qu'elle tendait les deux mains pour prendre le verre à sa mère, Harry tenta de lui faire comprendre l'importance de ne pas souffler sa couverture mais il ne trouva pas un moyen de le faire sans avoir à remuer les lèvres ou faire du bruit.
« - Tu en prends un pour Hugo ? » Demanda Ginny, tendant un deuxième verre. « - Soigneusement, d'accord ? »
« - Soigneusement. » Chantonna Maura pour elle-même, déambulant dans le jardin et disparaissant dans la foule avec les deux verres dans les mains.
« - Blaise est quelque part ? » Demanda Draco. « - J'ai quelques questions à lui poser au sujet de cette baignoire pleine de gin. »
Il sourit, ses dents étant incroyablement blanches dans l'obscurité. Ginny fit une grimace. « - Il est là quelques part, parlant boutique avec Nev. Je ne peux pas décider quel sujet de conversation est le pire pour une fête… plantes à infuser ou à dissoudre. » Elle désigna avec lassitude l'une des tables et Draco lâcha la main d'Harry rapidement et disparut.
« - Neville est ici ? » Demanda Harry, surpris et heureux. Il avait toujours regretté la perte de contact avec Neville. Ça n'avait jamais été une décision consciente mais quand Nev avait emménagé en ville pour être plus proche de ses parents et quand les heures d'Harry avaient été soudainement remplie de paperasse et garde d'enfants et, avouons-le, un mariage dysfonctionnel, ils n'avaient plus le temps.
« - Bien sûr. » Les yeux de Ginny brillèrent et son expression se fit conspiratrice. « - Et comme nous avons réussi à l'arracher de sa serre expérimentale ou qu'importe le nom qu'il lui donne, pour la soirée, Blaise et moi avons pensé que nous pourrions lui arranger un coup. »
Harry cligna des yeux. « - Avec qui ? » Demanda-t-il, sentant en quelque sorte le besoin de chuchoter.
« - Eh bien. » Commença-t-elle, se penchant plus près jusqu'à ce que ses cheveux frôlent son visage. « - Ne regarde pas maintenant mais… »
« - Tante Ginny ? » Interrompit une voix familière, les faisant se retourner tous les deux.
« - Ouais ? »
Rose les regardait, un inconfort évident sur son visage. La première chose qui frappa Harry était qu'elle était seule, il ne pouvait pas se rappeler de la dernière fois qu'il l'avait vu sans Al et elle semblait perdue. Il ressentit une douloureuse sympathie, sachant qu'elle ressentait l'absence de son meilleur ami, même si elle ne le savait pas. Elle serrait un grand livre contre sa poitrine, comme un bouclier, alors qu'elle se tenait là au milieu du bavardage et rire de la foule.
« - Je n'arrive pas à trouver ma mère ou mon père pour demander. » Commença-t-elle avec de grands yeux sérieux. « - Mais j'ai beaucoup de devoirs à faire donc est-ce que je peux monter à l'étage et lire mon livre maintenant ? »
Ginny et Harry échangèrent un regard. « - Tu ne veux pas rester à la fête ? » Tenta-t-elle. « - Je sais que ta mère a dit qu'elle était d'accord pour que tu restes jusqu'à tard ce soir. »
« - Non, merci. » Répondit Rose tranquillement.
« - Que lis-tu ? » Tenta Harry à cette nouvelle Rose. C'était comme si sans Al, elle était devenue une copie de ce que sa mère avait été avant qu'elle rencontre Harry et Ron.
Elle s'éclaira un peu à la question. « - C'est un recueil de créatures magiques. C'est très intéressant. »
« - Je parie que ça l'est. Sais-tu qu'une fois je suis monté sur le dos d'un dragon ? Et que ta mère et ton père l'ont fait aussi ? »
Rose hocha la tête avec ferveur. « - Oui. Oncle Draco aime cette histoire. » Déclara-t-elle doucement. « - Alors… est-ce d'accord si j'y vais maintenant ? »
Ginny soupira et hocha la tête, ébouriffant les cheveux de sa nièce avant de la regarder marcher vers la maison, serrant son livre et disparaissant à l'étage à une vitesse impressionnante.
« - N'a-t-elle pas d'amis ? » Demanda Harry impulsivement.
Ginny sirota sa boisson, pensive. « - Pas des réels, non. »
« - Pauvre gosse. » Harry leva les yeux vers la maison juste à temps pour voir une fenêtre du troisième étage s'illuminait.
« - Je ne pense pas qu'elle en soit malheureuse, elle est juste… calme. » Ginny fronça les sourcils, avant d'être distraite par les verres flottants qui passèrent près d'eux. « - Maman a fait de l'hydromel… en veux-tu ? »
Retenant un frisson, Harry secoua la tête. Il préférait se tenir éloigner de l'alcool pour le moment, et s'il voulait survivre à cette nuit, il allait avoir besoin de tous ses esprits. « - Non merci… je me sens pas encore remis de l'autre soir. »
Ginny lui accorda un sourire sympathique, juste avant que des rires et des bruits de trinque les fassent se retourner. A une table à proximité, Draco, Blaise, Neville et plusieurs autres qu'Harry ne reconnaissait pas, ne perdaient pas de temps pour entrer dans l'ambiance de la fête. A ses côtés, Ginny poussa un soupir mi-amusé, mi-dépité et Harry se demanda s'il pourrait être en mesure d'exploiter cette situation à son avantage après tout. S'il gardait la tête plus claire que Draco, il serait peut-être en mesure de lui soutirer des informations. En théorie.
Prenant congé, Harry s'avança en toute confiance dans la maison. Ravi de voir que tout était comme il s'en souvenait, il pénétra dans la cuisine, hochant la tête et souriant aux gens qui le saluaient. Il reconnaissait divers employés du ministère et amis de la famille au milieu de la mer de cheveux roux et taches de rousseur. Il n'avait jamais vu autant de Weasley dans un seul endroit, se rendit-il compte, depuis le mariage de Bill et Fleur. Leurs réunions de famille s'étaient amoindries depuis la guerre et même pour le mariage de Ron et Hermione ainsi que le sien avec Ginny. Pas qu'il leur reprochait, il avait toujours eu l'impression qu'il manquait quelqu'un.
Il soupira lentement, repoussant sa tristesse et appréciant l'atmosphère de fête.
« - Harry ! » Cria une voix familière et il se retourna.
« - Bonjour Molly. » Marmonna-t-il d'une voix étouffée alors qu'il fut immédiatement enveloppé dans son étreinte chaude et moelleuse. Enthousiasmé par la familiarité, il lui rendit son étreinte et appuya son visage dans l'épaule qui sentait la cuisson et l'eau de rose. « - C'est bon de vous revoir. » Murmura-t-il puis rougit immédiatement, espérant qu'elle ne l'avait pas entendu.
Pas de chance. « - Oh, c'est merveilleux de te revoir aussi, Harry chéri. Ça faisait trop longtemps. » Déclara-t-elle en se reculant et observant Harry avec des yeux brillants et rayonnant.
Luttant pour ne pas faire voir sa confusion, il déclara : « - Ouais, ça fait… combien de temps déjà ? »
« - Mon dieu, probablement un mois. » Répondit Molly, libérant les bras d'Harry. Soudain, son expression devint sévère. « - Ce n'est pas bon, tu sais, d'avoir tous mes enfants dispersés comme ça… pourquoi Draco et toi ne vous éloigneriez-vous pas de la ville et jeter un œil à l'un des maisons aux alentours ? Je sais que je te harcèle toujours avec ça, Harry mais il y en a trois en vente actuellement avec de beaux jardins et beaucoup d'espace pour t'y faire un atelier… » Elle soupira et son visage s'adoucit mais continuant à lancer un regard suppliant à Harry.
« - Euh. » Fit Harry, essayant désespérément de trouver ses mots. Entendre les mots 'Draco et toi' sortir si facilement de sa bouche était assez étonnant mais apprendre qu'il faisait l'objet d'un harcèlement visant à ce que lui-même et son petit-ami ex-Mangemort déménagent près du Terrier était suffisant pour liquéfier son cerveau. « - Ouais. » Parvint-il à dire finalement. « - Je lui en parlerais certainement. »
Molly sourit et lui tapota le bras avec une force surprenante. « - Tu es un bon garçon, Harry. Tu devrais aller voir Ron… il a de bonnes nouvelles. » Conseilla-t-elle avec une étincelle dans les yeux qui fit se demander à Harry si elle avait déjà goûté son propre hydromel aussi. « - Voyons, où se cache ce terrible bonhomme ? » Ajouta-t-elle.
Incertain, Harry fronça les sourcils. Draco ? Blaise ? Son mari ? « - Dehors. » Devina-t-il, espérant pour le mieux.
Il la regarda s'éloigner à travers la foule dans la cuisine et sortir par la porte arrière, secouant lentement la tête. Il n'aurait jamais pensé qu'il verrait le jour où il serait réconforté d'entendre les incessantes plaintes de Molly mais à l'heure actuelle, c'était un fait constant dans une mer d'imprévisibilité déconcertantes.
Un chœur particulièrement enthousiaste de chants de Noël fit reprendre ses esprits à Harry et il repéra la table de la cuisine chargée et se précipita vers elle pour prendre un verre de ce qu'il espérait être un jus de pomme pour les enfants. Quoi qu'il en soit, cela lui réchauffa délicieusement les mains et avait l'odeur de Noël et ça ferait l'affaire.
Il trouva Ron dans le salon, installé sur l'accoudoir d'un fauteuil et gesticulant avec enthousiasme, une Bièraubeurre à la main. A côté de lui, assise dans le fauteuil, se trouvait Hermione, les pieds repliés sous elle, tenant un verre chaud d'hydromel et se prélassant au milieu du chaos de meubles et décorations scintillantes avec Charlie, Bill et Percy. Durant la fraction de seconde où il observa la scène avant qu'il s'avance vers eux, Harry fut soulagé de voir que les enfants Weasley âgés étaient identiques à ceux qu'ils connaissaient.
« - Harry, ramène ton cul ici. » Appela Charlie, se levant et prenant Harry dans une étreinte, lui donnant une forte tape dans le dos. Apparemment, ce Charlie n'avait aucune idée de sa propre force.
« - Ravi de vous voir tous. » Déclara-t-il, levant la main pour empêcher une autre tape. « - Je vais bien. »
Il se tourna pour faire face à Ron et resta silencieux. Maintenant qu'il était en mesure de mieux observer son ami, la différence était saisissante. Il ne put pas mettre le doigt dessus tout de suite mais ce fut suffisant pour coincer le salut dans sa gorge et le figer sur place.
Comme sa sœur, il était toujours le même… il avait les mêmes cheveux roux qu'avant, les mêmes yeux bleus et cette même grande silhouette mince… mais sa posture était plus droite, imposante et il y avait quelque chose chez ce Ron en robe bleu et sa coiffure un peu plus courte… un subtil air d'autorité qu'Harry ne lui connaissait pas. Ça lui allait bien et la lueur de fierté dans les yeux d'Hermione quand elle le regardait, lui faisait penser qu'il n'était pas le seul à penser ainsi.
« - Tu as l'air bien… » Déclara finalement Harry, se frappant mentalement dès que les mots sortirent de sa bouche.
Ron fronça les sourcils avec perplexité puis il sourit à Harry, ressemblant beaucoup plus à son ancien lui. « - La robe, tu veux dire ? Je ne peux pas croire que j'ai laissé Draco m'aider à la choisir mais je pense que je lui dois un verre. » Il fit une pause et lança à Harry un regard significatif.
Essayant de son mieux de jouer le jeu, Harry haussa les sourcils et permit un sourire prudent d'étirer ses lèvres. Il espérait sincèrement qu'il ne devrait pas dire quoi que ce soit parce que si cela avait quelque chose à voir avec la bonne nouvelle que Molly avait mentionnée, il était complètement paumé. Peut-être qu'Hermione était de nouveau enceinte, pensa-t-il, et puis il se demanda, si c'était le cas, pourquoi Draco aurait aidé Ron à choisir une robe. Rapidement, il décida qu'il ne voulait pas vraiment aller dans cette voie et il fut heureusement sauvé par l'annonce de Ron.
« - J'ai eu une promotion ! » S'écria-t-il, souriant à Harry. « - Tu as maintenant devant toi le nouveau Chef du Département des Aurors. »
Harry haleta fortement. « - Wow, c'est… formidable. » Répondit-il, forçant les paroles de félicitation alors que son esprit s'écriait instinctivement 'c'est moi !'. Il savait très bien que dans son autre vie… sa vraie vie, supposait-il… Ron était Auror Chef avec sa propre équipe depuis des années et des années maintenant. Il savait aussi que durant toutes ses années et années, Harry lui avait envié ses heures sur le terrain et la variété de son travail et ses soirées libres de paperasse.
Il savait qu'il avait un travail qui le rendait malheureux et frustré et pourtant, il était parfait pour un stratège comme Ron. Alors qu'il continuait à regarder Ron, entendant à peine ses paroles excitées, il se permit d'accepter le fait que, enfin, son meilleur ami avait toujours été intimidé par la progression de sa carrière, s'était toujours sentit comme son ombre et ce, depuis le premier jour de formation d'Auror.
« Mais ici, je ne suis jamais devenu Auror du tout. » Murmura une petite voix dans sa tête. « Je ne l'ai jamais été… ici, Draco Malfoy m'a convaincu de faire des meubles… »
« - Je te retenais. » Marmonna-t-il dans sa barbe et il croisa le regard de Ron.
« - Hmm ? »
« - Rien. » Fit Harry, rejetant tous ses sentiments emmêlés et faisant un sourire sincère à son ami. « - C'est fantastique. Vraiment fantastique. Un toast au nouveau Chef du Département des Aurors ! »
Il leva son verre et Charlie, Bill, Percy et Hermione firent écho à ses paroles et il cogna son verre contre la bouteille de Ron.
« - Merci mon pote. Es-tu sûr que tu es okay ? » Demanda Ron à voix basse avec inquiétude.
« - Oui, bien sûr. »
« - C'est juste que… je voulais t'envoyer un hibou à ce sujet ce matin mais je pensais que ce serait mieux si je te le disais moi-même, tu sais. » Ron s'arrêta, ayant soudainement l'air mal à l'aise. « - Tu m'as toujours soutenu dans cette voie mais ce n'est pas comme si j'oublié ce que tu as toujours voulu… » Il s'interrompu et baissa les yeux vers le genou d'Harry.
Une étrange sensation de froid s'installa au creux de l'estomac d'Harry. Voilà pourquoi. Voilà pourquoi, non ?
« - Tu ne devrais pas t'inquiéter pour moi… bougre d'idiot. » Ajouta-t-il, détestant ce qu'il voyait dans ce regard… c'était Ron, bon sang. « - Je ne t'envie pas, je ne le fais vraiment pas. Ça va être un putain de dur travail. » Termina-t-il avec un sourire signifiant qu'il le pensait vraiment.
Le sourire de Ron illumina tout son visage et il prit légèrement Harry dans ses bras. « - Ouais mais c'est également livré avec son propre bureau et secrétaire. » Fit-il remarquer et il obtint le hochement de tête approbateur de Percy.
« - Je pense que nous avons assez entendu parler de ta nouvelle secrétaire. » Déclara Hermione et pour une raison quelconque, ce fut Bill qui poussa le plus gros soupir d'exaspération.
A côté d'Harry, Ron prit une gorgée de sa bouteille, respirant la bonne humeur et la fierté. Etant l'une des rares personnes à savoir combien cela signifiaient vraiment pour Ron, de même que ses frères, Harry attrapa cette fierté et l'enveloppa chaleureusement autour de lui.
« - Je me demande si je vais choisir la jeune avec ses cheveux brillants ou la vieille qui fait ses propres biscuits. » Réfléchit Ron, se penchant contre le mur à côté d'Harry.
Harry rigola. « - Prends la vieille si tu ne veux pas qu'Hermione te cause de sérieux dommages. » Conseilla-t-il. « - Je ne serais pas vraiment contre quelques biscuits en ce moment, en fait. »
« - Tu as sans doute raison. » Ron soupira tristement. « - N'as-tu encore rien pris à manger ? Maman a fait pour tout un régiment… elle cuisine depuis une semaine environ. »
Un grognement presque assourdissant de l'estomac d'Harry le fait sursauter tous les deux. « - Je vais y aller maintenant alors, non ? »
« - Viens voir mon nouveau bureau après Noel. » Déclara Ron alors qu'il s'éloignait. « - Ça fait longtemps que je ne t'ai pas vu deux fois en une semaine ! »
« Je le ferais. » Pensa Harry, la porte se refermant derrière lui. « Si je suis encore ici. » Voir Ron ou Hermione qu'une fois par semaine était impensable. Ça n'avait tout simplement pas de sens. Pourtant, Harry supposait qu'il devait être habitué à ça.
« - Harry, j'ai entendu dire que tu te cachais quelque part ici. » Fit une douce voix masculine derrière lui.
Il se retourna et croisa un regard brun vaguement familier. Fouillant rapidement dans son esprit, il fit le tri à travers les noms et visages dans l'espoir qu'il établisse un lien avant que cet homme ait une chance d'être offensé.
« - Anthony ! » Laissa-t-il échapper enfin, ravi de lui-même. « - Anthony Goldstein. Comment vas-tu ? »
L'homme sourit lentement. « - Oh, pas si mal que ça. Ça faisait longtemps, hein ? Je pense que la dernière fois que je t'ai vu, c'était à cette fête du ministère en Août. » Déclara-t-il, sans jamais quitter Harry des yeux.
C'était un peu intense mais Harry était déterminé à passer à travers cet échange sans avoir l'air d'un idiot. Il se souvenait qu'il y avait eu une fête au ministère en Août mais il ne se souvenait pas y être allé.
« - Oui, tu as raison. » Sourit-il poliment.
Anthony sourit et fit un pas de plus, forçant Harry à lever un peu la tête pour maintenir un contact visuel. « - Et comment va Draco ? » Demanda-t-il, le dédain s'inscrivant sur ses traits délicats.
Harry se hérissa à ce ton et même s'il n'avait aucune idée de la raison pour laquelle il devait s'en soucier, il le fit. Peut-être que le mépris de Goldstein était juste le reste d'une fidélité aveugle et si oui, il n'y avait pas grand-chose qu'il pouvait faire à ce sujet.
« - Il va bien, merci. Pourquoi demandes-tu ? »
Le prochain sourire de Goldstein fit fondre le dédain de son visage et il passa une main à travers ses cheveux blond foncés, affichant un air penaud. « - Eh bien, je me demandais si tu ne t'étais pas encore lassé de lui. » Admit-il, se penchant si près maintenant qu'Harry pouvait sentir la chaleur émanant de son corps.
« - Pardon ? » Demanda Harry, se penchant en arrière mais ne trouvant rien sauf le mur solide derrière lui. Il était soudainement très conscient qu'ils étaient seuls dans le couloir et bien que les sons de la fête étaient facilement perceptibles à travers les murs, ils semblaient lointain à la fois.
« - Je suis désolé, je sais que je suis un peu direct mais… eh bien… j'ai bu quelques verres de Whisky Pur Feu et je t'ai vu rentrer dans la maison et je pensais… je voulais te dire à quel point tu étais extraordinaire ce soir. » Termina-t-il, tendant la main pour toucher légèrement les doigts d'Harry.
Il était chaud et il sentait la menthe et l'alcool. Harry fit une grimace, retira sa main et fit un pas de côté, se mettant hors de portée.
« - Ouais, bien. Ce sont les vêtements de Draco en fait. » Dit-il en reculant et mettant beaucoup d'espace entre lui et Goldstein. « - Et non, je ne suis pas lassé de lui, je te remercie. » Ajouta-t-il avec un sentiment… un sentiment qu'il ne se souvenait pas avoir… et il s'éloigna sans un regard en arrière.
Putain de merde. Ses souvenirs de Goldstein à l'école étaient certes rares et brumeux avec le temps mais il doutait qu'il n'aurait jamais pu être prêt à ça. Il n'avait jamais démontré… eh bien, des penchants, pour un autre homme avant. Enfin, sauf Draco et c'était fort possible qu'il s'habitue à cela.
En quelque sorte.
Choqué, il se dirigea vers la cuisine et fut immédiatement assailli par Hermione et une énorme assiette de nourriture.
« - Vite… commence à manger avant que Molly te voit ! » Siffla-t-elle, mettant l'assiette dans ses mains. « - Je viens juste de l'entendre demander à Arthur s'il pensait que tu avais perdu du poids. »
Pris de panique à la perspective de l'une des interventions alimentaire de Molly, Harry s'empressa d'obéir, oubliant presque tout au sujet de Goldstein. Presque.
« - Où est Draco ? » Marmonna-t-il, prenant une grande bouchée de poulet.
Hermione plissa le nez. « - Je t'ai dit de manger, pas de cracher partout. Il est toujours dans le jardin. »
« - Désolé. » Il avala et essuya sa bouche. « - C'est juste que… tu te souviens d'Anthony Goldstein ? »
Quelque chose brilla dans les yeux sombres d'Hermione mais elle hocha la tête.
« - Je pense qu'il a essayé de… euh… me séduire. » Balbutia-t-il, se sentant ridicule.
Hermione ne dit rien pendant un long moment et Harry était sur le point de la piquer avec une baguette de pain quand elle soupira :
« - Tu as enfin remarqué alors ? »
Surpris, Harry laissa tomber son arme improvisée en baguette de pain et la regarda. « - Qu'est-ce que tu veux dire par là ? »
« - Je veux dire qu'Anthony flirte avec toi dès qu'il le peut. Ecoute, je travaille avec lui et je sais que c'est un dragueur… c'est juste que tu semblais en quelque sorte… inconscient de cela avant. » Dit Hermione, plissant le nez d'un air coupable.
« - Ai-je habituellement le cerveau endommagé ? A moitié endormi ? Ivre ? » Demanda Harry, pince sans rire.
« - Non, pas vraiment. »
« - Hermione ! Nous avons besoin d'un arbitre ! » Cria soudainement quelqu'un avec facilité à travers la musique et les bavardages.
« - Une minute ! » Hurla-t-elle en retour sans détourner le regard d'Harry et piquant quelques tomates cerise dans son assiette.
« - Il m'a dit que j'étais extraordinaire. » Marmonna Harry, baissant les yeux vers sa chemise étrange et son pantalon moulant.
La bouche d'Hermione se plissa de dégoût. « - Il devait se sentir audacieux. Et bourré. »
Harry fourra une pomme de terre rôti dans sa bouche et la suivit dans le jardin. « - Es-tu en train de dire que je n'ai pas l'air bien ? » Demanda-t-il, faisant semblant d'être offensé.
« - Tu as l'air fabuleux, mon chéri ! » Déclara quelqu'un avec une profonde voix raffiné.
Amusé, Harry tenta d'avaler la pomme de terre à moitié mâchée et regarda vers la source de la voix. Enfin, ses yeux tombèrent sur Draco, qui regardait fixement quelque chose sur la table et Blaise Zabini à ses côtés. Il lui sourit, affichant deux rangées de dents parfaites.
« - Euh, merci. » Dit Harry, la prudence le retint de trouver une place à la table occupée. Au lieu de cela, il resta à côté d'Hermione, repoussant les boules de lumière loin de sa tête et essayant de déterminer exactement ce que faisaient les occupants de la tablée pour exiger un arbitre.
« - Que voulez-vous messieurs ? » Demanda Hermione, les mains sur les hanches. « - Je suis presque certaine d'avoir mieux à faire. »
« - Oooo. » Fit Neville alors qu'il regardait Hermione à travers son verre vide.
« - Nous allons faire une course de gnome. » Expliqua Draco en lui souriant, ayant l'air si enjoué et excité que quelque chose à l'intérieur d'Harry se tordit et il inhala fortement.
« - N'ont-ils pas assez souffert ? » Demanda vaguement Harry, les yeux toujours fixés sur Draco et mordant pensivement dans la cuisse de poulet.
« - Tout à fait. » Acquiesça Hermione mais ses paroles se perdirent sous les rires de la tablée. Et puis : « - Vous êtes des gamins ! Où est Ginny ? Laissez faire ça. »
« - Ici. » Fit alors Ginny, agitant une main pour révéler sa position, en sandwich entre deux hommes costauds et tenant difficilement un gnome sur ses genoux.
Hermione gémit et croisa les bras. « - Ginny. »
« - Je vais le faire. » Proposa Harry, agitant son pilon de poulet. Pour une raison quelconque, l'arbitrage d'une course de gnome lui semblait plus normal que tout autre chose en ce moment.
« - Harry, mec t'es le meilleur ! » S'écria Blaise, se levant de table avec un gnome sous le bras pour pouvoir taper fermement Harry sur le bras. Il faisait au moins une tête de plus qu'Harry et était habillé avec une élégance incroyable dans un costume noir trois pièce et chemise noire. Avec sa taille, sa peau sombre et ses beaux traits, l'adulte Blaise Zabini était une personne physiquement imposante.
Harry était déterminé à ne pas se laisser intimider alors il se lança dans ce qui était au moins sa troisième accolade de la soirée, secrètement impressionné par la stature solide de Blaise.
« - Eh bien, il faut un homme pour arbitrer une course de gnome. » Dit-il alors qu'ils s'éloignaient dans le jardin et Harry vit les autres concurrents quitter également la table, chahutant entre eux. Il défit quelques boutons de sa chemise et respira l'air frais de la nuit, tournant les yeux vers les étoiles alors qu'un sourire se glissait sur son visage. « - Gin. » Dit-il simplement.
Blaise grimaça et dans sa vision périphérique, Harry constata avec plaisir que ce simple mot affaiblissait sa présence sans effort.
« - Fais-le. » Dit-il avec lassitude. « - J'ai déjà eu droit à tout un sermon par la demoiselle. »
« - Je suis sûr qu'elle s'est très bien débrouillé toute seule. » Dit Harry, trop conscient de la capacité de sermon de Ginny pour pouvoir faire preuve d'empathie. « - Je voulais juste te faire sentir coupable. »
« - Coupable. » Répéta Blaise dans un grondement de rire qui sembla résonner dans tout le jardin. Le gnome sous son bras commença à se débattre violemment et il le saisit dans une grande main, le tenant à bout de bras, échangeant un sourire avec Harry.
« - Allons-y ! » Cria quelqu'un depuis la ligne de départ de fortune. « - Allons-y ! »
« - Hey. » Cria quelqu'un d'autre. « - Je mise sur le gnome de Draco ! »
« - Ginevra, bouge de là. Je ne veux pas avoir tes fesses sous mes yeux, c'est rebutant. »
« - Blaise ! »
A l'appel de son épouse, Blaise traversa la pelouse en plusieurs grandes enjambes et la souleva dans ses bras avec un effort minimum. Elle couina, surprise et il y eut une légère lutte alors qu'elle tentait de conserver son gnome et Blaise puis ils se mirent à rire tous les deux alors qu'ils se faisaient face.
Harry regarda, fasciné, alors qu'il se penchait pour l'embrasser et elle l'embrassa en retour, souriant dans le baiser éhonté et chaleureux. La robe de Ginny se soulevait légèrement sous la brise et elle ne semblait même pas remarquer quand une de ses chaussures glissa dans l'herbe.
Il pensait qu'il aurait dû être furieux et jaloux de voir sa femme être embrassée par un autre homme et bien qu'il y avait une épine d'indignation en lui, elle était à peine perceptible sous la vague de tristesse qui l'envahit, piquant son cœur et l'emplissant jusqu'au bout des ongles.
Il ne pensait pas avoir déjà embrassé Ginny comme ça et il se demanda si cela aurait fait une différence.
« - Repose-la Blaise, tu ne sais pas où elle a été ! » Cria l'un des grands costauds.
Souriant, ils se séparèrent et Blaise la reposa sur l'herbe. Pendant un moment, elle regarda ses pieds, perplexe, puis elle haussa les épaules et se débarrassa de l'autre chaussure aussi.
« - La ferme, Septimus où je vais dire où tu as été. » Menaça-t-elle, un sourire en coin.
Harry laissa échapper un long soupir contrôlé alors que les gnomes étaient installés sur la ligne de départ.
« - Tu vas bien ? » Demanda Draco, les yeux pâles inquiets.
Une autre profonde respiration. Et une autre. Il hocha la tête. Il prit sa baguette. « - Préparez les gnomes ! »
Alors que la course se transformait en un drôle de tournoi, Harry trouva un banc assez loin de l'action pour éviter les petites pierres, la boue et les gnomes errants mais assez proche pour intervenir sur tout acte de tricherie.
Bientôt, Draco et Ginny furent les derniers debout et tout le monde étaient au sol, essayant de contrôler leurs champions, pour la plupart sans égard pour leurs vêtements. Ginny était toujours pieds nus, Neville avait de la boue sur une joue et Blaise semblait porter un tas de mousse comme un chapeau.
« - Prenez vos places. » Ordonna Harry, frappant du pied et se frottant les mains contre le froid. Il n'y avait pas de sort de réchauffement sur cette partie du jardin et jusqu'à présent, il n'avait pas senti le besoin de s'en jeter un. Il hésita un moment, regardant Draco et Ginny accroupis sur la ligne de départ avec leurs gnomes, les manches retroussées et les visages sérieux. Il sourit. « - Et… partez ! »
« - Il y a longtemps que nous n'avons pas eu une bonne course de gnome… je ne peux pas croire que je l'ai raté. » Soupira une personne en se laissant tomber sur le banc à côté d'Harry. « - Ne pouvais-tu pas les convaincre de nous attendre ? »
« - George ! » S'écria Harry, se tournant vers la personne qu'il avait tant déçu.
Le visage perpétuellement effronté se fendit en un sourire. « - Non. Combien de verre as-tu pris, exactement ? » Il leva une main et remua ses oreilles. « - Est-ce que j'ai l'air d'en avoir perdu une à tes yeux ? »
Harry regarda, effaré alors que les cris de la course de gnome résonnaient derrière lui. Il avait raison… il y avait bien deux oreilles. La réalisation claqua si fortement en lui qu'il crut être malade et posa une main sur sa bouche, crispant l'autre autour du bois du banc.
« - Fred ? » Murmura-t-il entre ses doigts, son cœur battant fortement.
« - Qui d'autre ? » Fred sourit puis un sourcil se haussa avec inquiétude. « - Tu n'as vraiment pas l'air bien. » Il plissa la bouche et plongea dans ses pensées avant que son visage s'illumine et il tapa Harry sur la cuisse avant de se lever. « - Je vais te chercher notre nouvelle potion anti-gueule de bois… elle s'appelle 'Facile-Pas-Ecœurante', bien hein ? George dit qu'elle est encore un peu instable mais je suis sûr que tout ira bien. Reste là. » Ordonna-t-il, pointant un doigt sur Harry et transplanant avant qu'il ait une chance de répondre.
Au lieu de cela, il resta assis là avec la bouche ouverte, les yeux fixés à l'endroit où s'était récemment tenu un homme qu'il avait cru mort depuis près de vingt ans. Il se leva du banc, repoussant difficilement le froid et la brume qui semblait l'envahir.
Fred Weasley était vivant.
Et c'était… génial, c'était… magnifique mais Harry avait l'impression d'avoir été retourné à l'envers.
« - Putain. » Marmonna-t-il, se frottant les yeux. Quelque part dans le jardin, Ginny cria de joie, serrant son gnome victorieux contre sa poitrine et Harry devait partir d'ici.
Il se leva et se dirigea vers le fond du jardin, forçant son chemin à travers les buissons et trébuchant sur des objets sur le sol. A mi-chemin vers l'avant de la maison, son stupide genou céda sous lui et il s'écroula, atterrissant lourdement sur ses mains et genoux dans une partie particulièrement marécageuse du jardin, le souffle haletant.
« - Ce n'est vraiment pas drôle. » Marmonna-t-il, se relevant et ne prenant même pas la peine de nettoyer la boue de ses mains et son pantalon sans doute coûteux.
Grimaçant, il reprit son chemin vers la porte d'entrée, qui était baignée d'une lumière jaune et devant laquelle était assis un vieil homme portant un bonnet à pompon et…
… un manteau de toile cirée. Pour l'amour de dieu.
Harry se laissa tomber sur le porche et essuya ses mains sur son pantalon. « - Que voulez-vous, Boris ? Je ne suis pas vraiment de bonne humeur en ce moment. »
« - Je peux le voir, jeune homme. » Répondit Boris, se tournant de sorte qu'Harry pouvait voir qu'un œil laiteux et un sourcil broussailleux. Il hocha la tête d'un air approbateur. « - Allons, qu'est-il arrivé ? »
Harry grogna, regardant la boue sur ses mains et repoussa maladroitement ses cheveux de ses yeux avec le dos de son poignet. « - Je ne pensais pas vous voir maintenant. »
Boris rigola. « - Je vois ça, mon garçon. Maintenant, qu'est-ce qui te tracasse ? »
« - Vous êtes sérieux ? » Murmura Harry, la voix emplie d'incrédulité. Il appuya ses coudes sur ses genoux et passa ses deux mains dans les cheveux, croyant à moitié que s'il se faisait assez petit, tout ce gâchis cessera d'être. « - Je voudrais vous voir faire face à cela et ne pas avoir de questions. »
Pendant un moment, Boris ne dit rien et puis : « - Quel genre de questions ? »
« - Oh, je ne sais pas. » Répliqua Harry, ayant soudainement l'impression d'être sur un fil mince entre la rage et l'hystérie et ne sachant pas vraiment de quel côté pencher. « - Peut-être des questions comme quel est le putain de problème avec ma jambe ? Comment est-ce arrivé ? Est-ce la raison pour laquelle je ne suis pas devenu Auror et que Ron réussit parce que je ne le suis pas ? Pourquoi Ginny semble plus heureuse avec Blaise qu'elle ne l'a jamais été avec moi ? Pourquoi est-ce que Fred… Pourquoi est-ce que Fred ici est… en vie. » Demanda-t-il, trébuchant sur les mots mais forçant sa voix à reprendre sa force pour une dernière question : « - Et qu'est-ce que je fabrique avec Malfoy… avec Draco ? »
Quand son sac fut vide, il se tourna, la respiration difficile et regarda Boris. Le vieil homme le regarda, impassible, apparemment pas perturbé par l'effusion d'émotion d'Harry. Enfin, il soupira et lissa sa barbe. « - Je t'ai donné un guide, que veux-tu de plus ? »
Fronçant les sourcils, Harry laissa tomber ses mains sur ses genoux. Dans son cerveau brouillé, il lui fallut plusieurs secondes pour comprendre. « - Un guide ? Vous m'avez envoyé une fillette de sept ans ! »
Boris haussa les épaules. « - Ceci importe peu. Nous prenons seulement la personne la plus claire… une âme propre, si tu veux. C'est presque toujours un enfant. Parfois, il arrive que cette personne soit un peu… tu sais. » Boris regarda Harry et agita son doigt en cercle au niveau de sa tête.
« - Pourquoi ? »
« - Plus facile de cette façon, je suppose. Penses-y. » Dit Boris, donnant un coup de coude dans les côtes d'Harry. Ce dernier fronça les sourcils. Il n'avait pas envie d'y penser et peut-être que Boris le sentit car il poursuivit : « - Les adultes ont tendances à voir les choses différemment… si tu n'agis pas normalement, ils pensent juste qu'il y a quelque chose de mal avec toi ou penses que tu es malheureux. » Il se pencha plus près et baissa la voix : « - Ils ne vont pas rassembler les bouts pour voir… que tu n'es tout simplement pas celui qu'ils connaissent. Simple, vraiment. »
« - Bien. » Murmura Harry, convaincu qu'il était beaucoup plus sage et très conscient que le vieil homme intriguant ne répondrait pas à une seule de ses questions. « - Je ne peux pas demander ces choses à Maura. » Fit-il remarquer.
« - Pourquoi pas ? »
Harry gémit, étirant ses jambes et appuyant sa tête contre la porte d'entrée avec un peu trop de force. « - Parce qu'elle a sept ans. »
Boris hocha la tête. « - Tu as raison. L'ennui est que je ne peux pas tout faire. » Il fronça ses immenses sourcils, se pencha en arrière sur les marches et fouilla à l'intérieur de son manteau pour en retirer un très long rouleau de parchemin en lambeaux qu'il déroula. « - Quant à ta jambe… pense que tu as été blessé pendant la guerre. » Boris leva les yeux de son parchemin. « - Désolé pour le garçon à l'oreille. »
« - Euh, merci. » Répondit Harry, fronçant les sourcils et tordant le cou pour lire par-dessus l'épaule de Boris mais tout ce qu'il put voir fut une mer de symboles étranges. « - Pourquoi avez-vous écrit tout cela ? »
« - Je doute que ta mémoire soit aussi bonne lorsque tu auras mon âge. » Grogna le vieil homme, renfrogné mais sans lever les yeux.
Châtié, Harry resta silencieux. Il attendit, se mordant la lèvre et se frottant les avant-bras contre l'air mordant de l'hiver.
« - Tu voulais en sauver un. » Poursuivit Boris. « - Ce que tu dois retenir, c'est que tout le monde est touché par un choix. Certains endroits où ils auraient dû être, eh bien ils n'y étaient plus et étaient dans un endroit où ils n'étaient pas. Tout ce qu'il y a autour de toi est le résultat de la façon dont tu as modifié un choix de ta vie et comment les choses ont évolué en suivant cela. »
« - Ouais. » Marmonna Harry, ne regardant pas Boris mais le ciel de velours. Il soupira lentement.
C'était étrange car ce n'était pas comme s'il entendait quelque chose de nouveau mais l'explication de Boris sembla calmer le tourbillon dans l'esprit d'Harry et effacer la brume, permettant à la logique et la raison de se réveiller et commencer à reconstituer les morceaux.
« - Alors. » Dit-il finalement. « - Vous dites que Fred est vivant à cause de ce que j'ai fait ? A cause de Draco ? »
Boris sourit. « - Peut-être. »
« - Et ma jambe… » Harry fronça les sourcils, regardant automatiquement son genou.
Boris enroula son parchemin et le fourra négligemment dans sa poche de manteau. « - Quant à ce que tu fabriques avec lui… » Boris rigola à en perdre haleine et se leva. « - Je vais te laisser comprendre ça tout seul, jeune homme. »
Harry ouvrit la bouche pour protester mais Boris le salua vaguement et transplana sans attendre de réponse. Épuisé, il appuya le dos contre la porte, juste à temps pour voir Maura apparaître au coin de la maison et avancer vers lui, ses tresses bouclées se balançant.
« - Qu'est-ce que tu fais encore là ? » Demanda Harry, plein de sympathie pour cette pauvre enfant qui devait guider son désespéré cul.
« - Pas grand-chose. » Dit-elle en le regardant. « - Je pense que papa et maman ont oublié de me dire d'aller me coucher. Tu vas bien ? Oncle Draco te cherche. »
« - Ouais, je vais… Draco me cherche ? » Harry se redressa et prit sa baguette, désespéré de nettoyer ses mains et son pantalon avant que Draco le voit et le tue lentement et douloureusement.
« - Oui mais je ne lui ai pas dit où tu étais. » Répondit Maura, apparemment fasciné par le sort de nettoyage d'Harry. « - Le vieil homme était là, non ? »
Harry leva les yeux. « - Boris ? »
Maura haussa les épaules, resserrant son manteau rouge autour d'elle. « - Il ne m'a pas dit son nom. Je l'ai rencontré mercredi. Il a dit que je devrais t'aider à avancer. »
Étrangement réchauffé, Harry lui sourit et se leva. Il était aussi propre qu'il avait pu. Espérons que Draco ne le remarquerait pas.
« - Je comprends. » Dit-il, lui prenant la main et partant à la recherche de Draco. « - Je vais essayer de ne pas poser trop de problème. »
Compte tenu de tous les facteurs à prendre en compte, Harry pensa que son transplanage dans la cuisine du numéro douze était plus que satisfaisant. Draco ne semblait pas être d'accord.
« - Est-ce que tu essayes de me faire vomir ? » Demanda-t-il, accroché à Harry et ne présentant aucun signe de sa grâce et équilibre habituel car ils trébuchèrent sur un carreau de la cuisine et se cognèrent contre le mur. « - Ow. Attention ma tête. Je n'ai pas besoin de ça. »
« - Ne pense pas à ça. » Marmonna Harry, saisissant Draco par la taille et essayant de les redresser. Il lui fallut un moment avant de réaliser qu'il pressait Draco contre le mur et qu'il était à quelques centimètres de son visage.
Il déglutit alors que des doigts se refermèrent sur sa chemise et que des yeux gris, opalescent au clair de lune, se verrouillaient aux siens. Bien qu'il était loin d'être ivre-mort, Draco avait consommé assez pour faire rougir sa peau pâle et le mettre d'humeur joyeuse, le rendant enclin à avoir des crises qu'Harry ne pouvait décrire que comme des fous rires. Et, du point de vue plus ou moins sobre d'Harry, avoir un Draco Malfoy saoul dans les bras était une chose très déconcertante.
Une boisson, qui était la seule qu'il avait pris, et il lui fallait bien ça après avoir été confronté à un Fred Weasley de retour de la mort, avait été suffisante pour le rendre pompette. Il soupçonnait que la présence de la nouvelle potion anti-gueule de bois versé dans son verre, cette fois par un George Weasley également présent, avait fait plus de dégât que l'hydromel chaud.
« - Fort. » Avait-il toussé lorsqu'on lui avait demandé un verdict. En vérité, il avait ressenti et dans une certaine mesure, il le ressentait encore, comme s'il avait été décapé et cuit à la vapeur de l'intérieur.
Et encore, il lui avait fallu plusieurs tentatives pour convaincre Molly qu'il était apte à transplaner.
« - Pourquoi tout le monde pense toujours que je suis ivre ? » Demanda-t-il, espérant une réponse cette fois. « - Penses-tu que je bois trop ? »
Draco continua à le regarder pendant un moment puis ses lèvres s'écartèrent et il se mit à rire, impuissant contre l'épaule d'Harry. « - Je ne pense pas que tu pourrais, si tu essayais. » Parvint-il à dire, basculant la tête contre le mur et passant ses doigts sur la ceinture d'Harry.
« - Que veux-tu dire ? » Demanda Harry, se sentant étrangement blessé. Alors qu'il tentait de croiser les bras, il donna accidentellement un coup de coude sur l'épaule de Draco. « - Désolé. » Marmonna-t-il.
« - Retiens-moi. » Demanda Draco, très calme.
« - Quoi ? »
« - Retiens-moi. » Insista Draco, les yeux baissés vers son épaule puis les relevant à nouveau vers ceux d'Harry et l'expression était si implorante et hors de propos que ça remua quelque chose à l'intérieur d'Harry.
Quelque chose. Il se mordit pensivement la lèvre pendant quelques secondes et ensuite, sur une impulsion, il passa son bras sur l'autre épaule de Draco.
Il sourit. C'était un petit sourire mais il était si réel et plein de soulagement qu'Harry se sentit merveilleusement accompli d'une manière qu'il ne pouvait pas expliquer.
« - Tu ne tiens pas l'alcool, tu le sais. » Déclara soudainement Draco et il fallut un moment à Harry pour réaliser qu'il répondait à sa question. « - Ca ne te dérange pas habituellement… » Draco fronça les sourcils. « - Ca ne te dérange pas habituellement lorsque les gens se moquent de toi pour être un buveur si terrible. »
« - Ça ne me dérange pas. » Dit finalement Harry. Il supposait qu'il n'avait jamais été très bon pour boire de vastes quantités d'alcool mais jamais quelqu'un ne lui avait dit avant. La remarque piquait un peu et il chassa cela avec un peu d'effort. « - Je ne pense pas que ce soit très agréable. »
Cette fois, le rire de Draco était complètement contagieux. Pris dans son amusement, Harry permit aux petites bulles de tension d'éclater en lui et il ferma les yeux en souriant, laissant tomber sa tête sur l'épaule de Draco et inhala son odeur. Tout ceci était ridicule mais pour une quelconque raison, il s'en fichait. Une chaleur se répandit dans son ventre jusque dans sa poitrine et il…
« - Putain. » Haleta-t-il lorsqu'il ressentit l'effet du transplanage inattendu.
Il baissa les yeux vers lui-même, soulagé de voir que tout était à sa place après ce transplanage mal avisé. Laissant échapper un lent soupir, il regarda Draco s'avançait sur des pieds instables dans la chambre, allumant les lumières tamisés avec un geste théâtrale de sa baguette.
« - Merci pour ça. » Marmonna-t-il, se laissant tomber sur le bord du lit.
« - Tu es en une seule pièce, non ? » Demanda légèrement Draco et Harry grogna dans sa barbe, même s'il ne pouvait pas vraiment contester.
« - Espérons-le. » Dit Harry, résistant à l'idée de défaire sa ceinture et vérifier. Il soupira, retira ses bottes et chaussettes puis sa retenue se dissout et il défit la ceinture complexe de son pantalon. Rien ne se passa.
Sa patience, n'étant pas énorme ces derniers temps, disparut et il saisit sa baguette. Soupçonnant que même un Diffindo même léger serait dangereux… si près de son entrejambe, il se demanda s'il pouvait tout simplement faire disparaitre la fermeture quand une main se posa sur son épaule.
« - Quoi que tu penses… » Draco fit une pause, apparemment confus et se glissa sur le lit pour être à ses côtés. « - Quoi que tu penses, arrêtes. Il coûte cher et je ne sais pas… du tout… pourquoi je dois toujours t'aider. »
« - Je… » Commença Harry avant que les autres mots se bloquent alors que Draco s'approcha un peu plus, la tête appuyée contre son épaule et défaisant le pantalon d'Harry. Frissonnant, Harry retint son souffle et se mordit l'intérieur de la bouche quand ces doigts… les doigts de Draco Malfoy, bordel… caressèrent à nouveau son sexe par-dessus la couche de tissu et l'électricité remonta le long de sa colonne vertébrale.
« - Tu veux que je t'aide pour le reste ? » Demanda-t-il, ses doigts se glissant sous le boxer d'Harry.
Il le regarda. Les cheveux de Draco retombaient une fois de plus devant ses yeux mais Harry pouvait voir qu'ils brillaient d'une promesse et tellement authentique, qu'un désir familier l'envahit et il en fut presque accablé. La question de vouloir que Draco Malfoy se déshabille, ne l'aida pas beaucoup non plus.
Parce que… s'il le faisait ?
« - Ginevra est une terrible tricheuse. » Déclara Draco, le faisant sursauter. Ayant apparemment tout oublié d'Harry, il était maintenant penché en avant et regardait ses mains, et Harry remarqua pour la première fois qu'elles étaient recouvertes de petites écorchures et boue.
« - Tout le monde a triché. » Souligna Harry, sautant sur le changement de sujet avec enthousiasme.
« - Je le sais. Elle est généralement pas si douée cependant. »
Harry ne savait pas vraiment quoi dire et il entreprit de retirer son pantalon alors que Draco, dans la douce lumière, déboutonnait sa chemise et la laissait tomber de ses épaules. Le mouvement attira les yeux d'Harry sur son avant-bras intérieur pâle et la Marque des Ténèbres apparut. Il avait, jusqu'à présent, réussi à éviter de regarder Draco plus qu'il ne le devait et il eut presque un choc de la voir enfin, même s'il ne s'était fait aucune illusion sur ce qui se trouvait sous ces chemises parfaitement ajustées et chandails.
Et encore. La surprise envahit tellement Harry que ses doigts se refermèrent autour du couvre-lit et serrèrent doucement le tissu dans ses poings. Quelque chose était différent. Il ne connaissait pas tout sur ce Draco et il ne savait pas pourquoi il continuait à penser qu'il devrait.
Là, juste au-dessus de la Marque, à quelques centimètres du pli du coude, quatre lettres étaient soigneusement tatouées :
TURN.
Tellement pris dans cette découverte inattendue, Harry prit à peine conscience de lâcher le couvre-lit et tendre la main pour toucher Draco. Ce ne fut que quand ses doigts glissèrent sur les lettres qu'il revint à lui-même et retint son souffle. Impossible de croiser les yeux qu'il savait être fixé sur lui, il glissa vers sa main et noua ses doigts à ceux de Draco.
Il savait en quelque sorte, au-delà de tout doute, que cela était significatif. Le problème était qu'il n'avait absolument aucune idée de quoi faire avec ça, ou même par où commencer.
« - Je me demandais si tu repensais à cette nuit-là aussi. » Déclara Draco et sa voix était douce et prudente. « - Je finis toujours par y repenser à chaque fois que nous passons du temps avec les Belettes. » Il hésita et resserra ses doigts autour de ceux d'Harry. « - Le pardon de certaines personnes… après tout… parfois, ça me fait toujours me sentir petit. Cette nuit-là a tout changé… tout. » Draco soupira et puis sans avertissement, il se laissa tomber sur le lit, attirant Harry avec lui.
« - Oui. » Harry regarda le plafond, se sentant comme si quelqu'un avait volé ses mots. « - Cette nuit a tout changé. » Tenta-t-il finalement, espérant sonner comme quelqu'un qui écoutait Draco et prendre ceci comme un signal pour continuer à se souvenir.
Un léger ricanement retentit à côté de lui. « - Vraiment ? D'après mes souvenirs, une fois que tu l'as enfin fermé, tu as ronflé comme un troll asthmatique toute la nuit sous ta fichue cape et puis Pomfresh a accidentellement trébuchée sur toi le lendemain matin. J'ai dû la distraire en faisant semblant d'avoir horriblement mal. Tu ne savais pas à quel point c'était très tentant de la laisser te découvrir. »
« - Je ne pense pas que ça aurait été agréable, tout bien considéré. » Répliqua Harry, perplexe par le brusque changement de ton mais sachant que c'était dans son intérêt de suivre le mouvement. En outre, cet homme se révélait quasiment impossible à déchiffrer et il supposait que ça ne changerait pas.
« - Je ne me sentais pas bien. Je me sentais épuisé. » Déclara Draco avec irritation, tournant la tête pour regarder Harry et lui donnant un coup dans les côtes pour qu'il quitte le plafond des yeux. « - Tu m'as parlé pendant des heures. »
« - Je voulais te sauver. » Déclara Harry, la bouche sèche. Il se déplaça sur le côté et récupéra sa main avec un pincement de regret inattendu et il la leva pour soutenir sa tête.
Draco ferma les yeux et Harry le regarda, osant à peine respirer, alors que son expression changée, la douce lumière des lampes projetant des ombres sur ses pommettes et sous ses longs cils. Il était magnifique, il ne pouvait pas le nier. Maintenant qu'Harry était lui-même forcé de le regarder, il craignait qu'il soit impossible d'arrêter.
« - Tu m'as sauvé. » Dit finalement Draco. Ses yeux restèrent fermés et il tendit les deux bras au-dessus de sa tête. Les yeux d'Harry dérivèrent le long de sa poitrine pâle, son torse maigre et la barre oblique rose d'une vieille cicatrice qui entachait la peau autrement impeccable.
« - J'ai fait ça cependant. » Murmura Harry, la gorge serrée, incapable de détacher ses yeux de la cicatrice, celle qu'il lui avait infligé et qu'il revivait depuis tant de nuits horribles qu'il en avait perdu le compte. Il ferma les yeux et revit… tant de sang, tant de peur, tant de ténèbres.
Quand il s'obligea à rouvrir les yeux, Draco le fixait en retour, le regardant avec des yeux gris confus. « - Bon sang Harry, qu'est-ce que tu me fais ? Est-ce ta nuit 'insécurité du passé' ? »
« - Non. » Répondit Harry, clignant des yeux pour chasser la piqûre de ses yeux et se forçant à prendre un air renfrogné. « - C'est jeudi prochain. »
Draco grogna et glissa une main sous sa chemise. « - Je ne suis plus en colère pour cela depuis très longtemps, tu sais. Je sais que tu ne savais pas ce que ce sort faisait… »
« - Je t'ai dit ça… ? » Murmura Harry sans pouvoir s'en empêcher. La main sous sa chemise faisait des dessins sur son dos et ce n'était pas de sa faute s'il était distrait.
« - Oui. » Draco le regarda de travers. « - J'avais oublié comment ta mémoire réagissait terriblement avec l'alcool. Quoi qu'il en soit, et je ne sais pas pourquoi ça te tracasse, tu ne te souviens pas de ce matin-là… »
« - Je peux essayer mieux. » Marmonna Harry dans sa barbe.
« - Chut, je veux dire quelque chose de très important. » Indiqua Draco, les yeux intenses et pendant un moment, il fut évident qu'il avait beaucoup bu. Et puis ça disparut et il observa Harry avec une expression clairement exaspérée. « - Le fait est, pourquoi te blâmes-tu pour t'être défendu quand un certain connard a essayé de te lancé un Doloris ? »
Harry cligna des yeux. « - Viens-tu de te traiter toi-même de connard ? »
« - Non… enfin, oui mais pas moi… le petit moi. L'enfant stupide. »
« - Tu n'étais pas stupide. » Dit Harry, se surprenant.
Draco rigola tristement. « - Je préfère prétendre que j'étais stupide de croire que je pouvais être mauvais. Je ne pense pas que le mal est quelque chose qu'on peut inventer. »
« - Non, je ne pense pas. » Répondit Harry, étonnamment affectée par la simple vérité de cette déclaration et en même temps étonné que c'était, tout à fait volontairement, Malfoy qui avait raison.
« - Tu sais. » Fit Draco, s'approchant et glissant une cuisse nue entre celles d'Harry. « - Je trouve toujours extrêmement amusant que tu marmonnes dans ton sommeil ce que tu penses vraiment de moi. »
« - Je ne vois pas de quoi tu parles. » Répliqua Harry avec un sarcasme amusé. Ou du moins, il le pensait parce qu'il y eut soudainement une bouche sur son cou et c'était extrêmement distrayant.
Ça ne devrait pas l'être, sûrement. Parce qu'il n'était pas attiré par Draco. Parce qu'il n'était pas attiré par les hommes, ajouta son subconscient à la hâte. Eh bien, pas vraiment. Oh, pour l'amour de Dieu.
« - Je ne comprends pas tout parfois. » Marmonna Draco dans son cou, faisant se dresser tous les petits poils et provoquant la chair de poule sur sa peau. « - Si je n'étais pas si pris par mon sommeil, je dirais que je serais assez impressionné par moi-même. »
« - Tu es toujours impressionné par toi-même. » Répliqua Harry, levant un bras et posant prudemment une main sur la hanche de Draco, enfonçant ses ongles dans la chair tiède et fermant les yeux.
« - La ferme. » Rétorqua Draco, souriant contre sa peau. « - Je suppose que tu dis également 'apportes-moi un poisson violet, mais je préfère croire que ce message est destiné à quelqu'un d'autre. »
« - Je vais t'apportais un poisson violet dans une minute. » Répondit Harry, sachant que cela n'avait aucun sens mais ça n'avait pas d'importance. Ça n'avait pas d'importance parce que quelqu'un, peut-être lui, attirant leurs corps l'un contre l'autre et frottant leurs hanches ensemble et, oh mon dieu, c'était bon et c'était avec Draco et quand était-ce arrivé ?
« - Mmph. » Marmonna Draco, enveloppant une bouche enthousiaste autour du lobe d'oreille d'Harry et commençant à défaire sa chemise en même temps. « - Sois calme et viens ici. »
Enlacé au chaud et empli de désir, Harry se conforma, haletant et tira Draco contre lui. Il garda les yeux fermés, s'accrochant à Draco, trop conflictuel et terrifié pour faire autre chose que ressentir et respirer l'odeur de citron mêlé d'alcool.
Et puis il y eut plus rien.
« - Draco ? » Harry ouvrit un œil.
Draco se détacha de son cou et se redressa en position assise. « - Je pense que je vais être malade. » Annonça-t-il.
Avec un peu d'effort, Harry se redressa pour s'asseoir jusqu'au bord du lit. Il n'avait effectivement pas l'air bien. Toute séduction avait quitté son visage et ses cheveux collaient à son front humide.
« - Je pense que tu as raison. » Fut tout ce qu'Harry trouva à dire.
Draco gémit, se hissa du lit et tituba jusqu'à la salle de bain. Quand il fut laissé seul dans la chambre, Harry laissa tomber sa tête entre ses mains et poussa un long soupir de frustration.
Ceci était… au-delà de la folie. Il était assis là, ne portant rien d'autre que ses sous-vêtements et une chemise qui pendait à une épaule et un sexe indéniablement dur pour un homme qui venait de disparaitre dans la salle de bain pour vomir. Et le plus horrible, c'était qu'il ne pouvait pas décider s'il était soulagé ou déçu par l'interruption. Il avait certainement apprécié cette fois, il ne pouvait pas prétendre le contraire.
« - Alors, qu'est-ce que ça veut dire ? » Demanda-t-il au plafond, laissant tomber la chemise bleue négligemment au sol et s'installant dans le lit.
Peut-être qu'admettre en profiter était tout ce qu'il devait faire. Ce serait bien.
Putain, il était perdu. Avec un soupir, il tapa l'oreiller et se recroquevilla en boule, ignorant les bruits d'eau dans la salle de bain et essayant de se concentrer sur autre chose que les pulsations dans son bas-ventre.
Sûrement… sûrement que s'il était gay, il le saurait maintenant. C'était donc logique.
Et puis… ce n'était pas comme s'il avait même songé à être attiré par quelqu'un d'autre mis à part Ginny durant les vingt dernières années de sa vie, en fait. Et il ne pouvait pas dire que l'idée lui faisait horreur, c'était juste… un peu surprenant. Il se fichait de savoir si les gens étaient gays ou hétéro. C'était juste une personne et c'était Draco et c'était Ginny.
Et, oh… Gin. Elle avait l'air tellement heureuse ici avec Blaise et pourquoi ne l'aurait-elle pas été ? C'était un grand et bel homme avec une énorme personnalité et la capacité d'aller la prendre et la soulever comme si elle était une plume. Harry ne savait pas vraiment comment être cette personne, même s'il le voulait.
Il soupira. La porte de la salle de bain s'ouvrit et quelques secondes plus tard, il y eut un bruissement de couverture puis un Draco froid et un peu fragile vint se presser contre le dos d'Harry sans un mot.
« - Tu vas bien ? » Murmura Harry, éteignant les lumières.
« - Je suis trop vieux pour ça. » Marmonna Draco contre son cou et sans réfléchir, Harry prit la main sur sa taille et tira le bras de Draco autour de lui. « - Je ne serais pas triste quand Noël sera terminé. »
« - Oh. J'avais presque oublié Noël. » Déclara sincèrement Harry et en quelque sorte, il entendit Draco sourire dans l'obscurité.
« - Ecoute. »
« - Laisses-moi. » Un froncement de sourcil qui devenait familier.
« - Tu n'es pas ton père, Draco. Tu ne dois pas essayer de l'être. »
« - Tu ne sais rien à ce sujet. » Assis bien droit maintenant, les bras croisés et les manches du pyjama recouvrant les mains pâles. « - Tu ne sais rien de ce que je dois faire. »
Tristesse, frustration, espoir incrédule. « - Crois-tu vraiment tout ça ? »
« - Je ne crois pas grand-chose, Potter. »
Rire amer. « - Voilà le problème. Tout le monde doit croire en quelque chose. »
« - Oh, vraiment. Et en quoi crois-tu, hmm ? Laisses-moi deviner, tous ces vieux trucs clichés de Gryffondor sur la bravoure et la loyauté et faire la bonne chose ? »
« - Qu'en est-il de la vérité ? » Un défi, jeté dans les ténèbres.
« - Qu'en est-il de ça ? »
La vision d'Harry se brouilla et pendant un long moment, il ne vit rien et entendit rien et puis tout à coup, il fut debout à côté du lit, seulement observateur, écoutant ses propres balbutiements inconscients et regardant une main pâle écrire des mots sur un morceau de parchemin avec un petit bout de crayon.
Prendre la route inconnue maintenant.
