Relecture par Brynamon.
Merci à CarlaHG et Mondeparallele pour leur review !
Bonne lecture.
LA VIE AVANT TOUT 2
Partie 3
Je rentre derrière elle dans la maison.
-Tu as besoin d'une valise pour passer une nuit ici ?
Elle la dépose dans l'entrée et enlève sa veste en cuir.
-Je pense rester plus qu'une nuit ici.
Elle ne me laisse pas le temps de répondre et se dirige vers le salon. Commence alors une inspection de mon lieu de vie tandis que je tente de comprendre ce que j'ai loupé. Elle monte à l'étage, s'arrête devant ma pièce fourre-tout.
-Il y en a un bordel là-dedans !
Elle se retourne vers moi en souriant :
-Ça ne te ressemble pas dis donc. Aurais-tu un vice caché ?
Je ne réponds pas, contrarié. Je referme la porte de cette pièce dans un claquement pour lui exprimer mon mécontentement.
-En rangeant un peu, on pourrait y faire une chambre d'enfant, poursuit-elle.
Je l'observe comme un ahuri.
-Ok, on verra ça plus tard, bat-elle en retraite. Tu me fais à diner alors ?
-Je sais pas si j'ai encore envie de faire quoi que ce soit.
-Ok, je m'y colle mais je te préviens je ne suis pas très douée.
Effectivement, elle est loin d'être douée, je pète un câble tandis qu'elle brule mes casseroles et je l'envoie dans le salon. Je rattrape le coup et finalement l'envie de cuisiner revient. Je dresse la table et je vais la chercher mais elle s'est endormie sur le canapé. J'ôte ses bottes et je m'assois à ses côtés. Elle remue, ouvre un œil.
-Désolée j'étais nase. J'ai plein de coups de barre comme ça, c'est chiant.
-Ne t'excuse pas. Ça ne doit pas être évident pour le boulot.
-Tu m'étonnes, et je ne leur ai même pas dit.
Il est vrai que ça commence à peine à se voir. Je fixe son ventre, pris de l'envie subite de le toucher. Je me retiens, je ne veux pas la gêner. Et puis ça me fait drôle d'imaginer qu'elle porte en elle une partie de moi-même.
-Tu peux, dit-elle.
Je croise son regard, me trouble face à ses yeux plein d'espoir. Je me reprends.
-Tu bosses dans quoi ?
-Génie civil.
Je hausse les sourcils, stupéfait. Je la voyais mal concevoir des plans d'infra-structures.
-Et ouais, y'a de la cervelle dans ce corps sublime.
Je ris.
Elle me dévore des yeux, je cesse de rire, gêné.
-Tu es beau quand tu ris.
-Ok …je ne sais pas comment le prendre.
-Je veux dire, tu sais que t'es canon, mais là tu …
Elle cherche ses mots, se met en position assise, ramenant ses cheveux blonds en arrière.
-Quand tu t'infliges pas toute cette douleur, tu es… tu parais …en vie.
Euh…ouais…
Je me détourne, mal à l'aise.
-Bon allons diner avant que ça refroidisse, lui proposé-je avant qu'un froid ne s'installe.
oOoOoOo
Elle monte se coucher tôt. Elle travaille le lendemain. Je reste en bas, zieutant la télé d'un œil distrait. Je me demande de quoi demain sera fait. L'avenir me fait peur, la possibilité d'une vie sans bonheur m'effraie. Je me dis que je l'ai mérité. Cependant ça ne me soulage pas. Je finis par me lever pour aller me préparer pour la nuit. A chaque jour suffit sa peine, voilà comment je tiens, voilà mon leitmotiv pour gérer mon quotidien.
C'est dur ne pas travailler. Au boulot je ne pense à rien. Je suis moi-même, enfin une version édulcorée de moi-même mais c'est toujours mieux que le néant de ma solitude une fois rentré chez moi.
Après un passage dans la salle de bain, je m'engouffre dans ma chambre doucement. Elle dort du côté fenêtre et la lampe est encore allumée. Elle est emmitouflée dans la couverture, droite comme un « i » vers le bord du lit comme si elle ne voulait pas prendre de la place. J'éteins la lumière, je me glisse sous les draps avec une sensation étrange. Ce n'est pas tant la fille dans mon lit, c'est plutôt l'intimité qui se dégage de tout cela. Les volets sont restés ouverts, j'avais peur qu'elle ne les ferme. Je ne supporte pas de dormir dans un noir profond. Je fixe le plafond baigné de formes étranges. Je me sens déjà oppressé alors je me concentre sur sa respiration. Elle est lente et profonde, je prends le même rythme et je ferme les yeux…
… pour les rouvrir brutalement, toujours sur le dos, traumatisé par des restes de cauchemars persistants. Le lit est vide, je le sais. Il fait encore nuit, à peine quatre heures. Je tente de me rendormir mais l'absence de Maggie me turlupine. Je me décide à me lever pour aller voir si elle va bien quand elle revient dans la chambre, un verre d'eau à la main. Elle se recouche après avoir tout avalé et elle se tourne vers moi.
-Tu ne dors plus ?
Comment le sait-elle ? Je suis allongé, je n'ai pas bougé.
-Un cauchemar ? ajoute-t-elle.
Je n'ai pas envie d'en parler. L'effleurement du dos de sa main sur ma joue me surprend. Il est doux, apaisant, inespéré. Je referme les yeux, rassuré par ce contact léger et son silence. Je lutte contre le sommeil, cherchant à savourer ce moment hors du temps. La sérénité qui me gagne est inattendue.
-Merci.
C'est juste un murmure mais je sais qu'elle m'a entendu.
Je me réveille tranquillement, et je réalise brutalement qu'elle n'est plus là.
Adieu ma sérénité.
Je me tourne vers le réveil, dix heures !
Je ne me rappelle pas la dernière fois que j'ai autant dormi.
Je vais dans la salle de bain, j'y vois une trace bien plus prononcée de sa présence que la veille au soir. Cette compression sur mon cœur diminue. Comment une simple brosse à cheveux et des produits de beauté arrivent à faire ça ? Quand je reviens chercher quelques habits dans la chambre, j'aperçois sa valise dans un coin. Cette vision me perturbe. J'ouvre mon armoire, tout est bien rangé. Je me dis qu'en serrant un peu, je peux lui faire de la place.
Oui. C'est une bonne idée.
Je m'habille, j'ouvre ensuite sa valise et je range ses affaires à côté des miennes dans un ordre préétabli par moi-même. Une fois terminé, je souris. Elle ne va pas apprécier que j'aie farfouillé dans ses affaires, surtout ses sous-vêtements. J'imagine déjà sa tête, c'est drôle comme je semble déjà la connaitre.
Je descends, attiré par une bonne odeur de café bien frais. Je râle parce qu'elle n'a pas débarrassé. Je me sers une tasse, je rangerai après.
Je me demande quoi faire aujourd'hui; je prends ma veste, je verrai bien. La porte d'entrée est ouverte, faut que je pense à lui filer une clé.
oOoOoOo
Après une semaine de cohabitation et quelques frictions, je commence à prendre mes marques avec elle. Elle n'est pas contrariante et s'adapte facilement à mon style de vie casanier.
On est dimanche, je pense aller chercher ma mère pour aller au marché. Elle m'a appelé dans la semaine pour voir si j'avais régler ce dont nous avions parlé, je lui ai dit que oui et elle ne m'a pas questionné plus que ça, soulagée. J'ai passé ma semaine à faire des travaux, encouragé par Maggie qui trouvait que la maison nécessitait quelques rénovations nécessaires. J'étais très manuel, cela ne m'avait pas causé de problème, en fait cela m'avait si bien occupé l'esprit que j'avais fini par oublier mes tourments l'espace de quelques heures.
Je me lève, quand je ressors de la salle de bain, Maggie est aussi réveillée. J'approche du lit, habillé mais toujours pieds nus. Je m'assoie sur le bord du lit, elle s'écarte pour me faire de la place. Elle est belle au réveil, ses cheveux blonds éparpillés sur l'oreiller. J'ai mieux dormi toute la semaine, je sais que sa présence y est pour quelque chose. Elle ne me demande jamais rien, ne m'impose jamais rien, patientant parfois avec un espoir flagrant au fond des yeux. J'y décèle souvent un besoin d'affection latent comme en ce moment.
Je lui souris en y mettant toute la tendresse que je suis capable de mettre. Je la vois esquisser un geste vers moi, je me lève.
-Tu vas où ?
Je fronce les sourcils.
-Je ne te demande pas de compte, c'est juste pour savoir si tu vas au marché car j'ai des courses à faire.
-Je pensais accompagner ma mère. Ça se trouve elle est déjà partie, il est tard.
-On peut prendre ma voiture si tu veux. On pourra la rejoindre sur place.
Je cède.
J'appelle ma mère chez elle, Rory décroche, m'annonce qu'elle est déjà partie là-bas. En dix minutes Maggie est déjà prête.
On roule tranquillement sous le soleil de septembre. Difficile de se garer une fois sur place, voilà pourquoi je préfère y aller à pieds. Maggie attrape son sac à main, fouille dedans, en sors une liste. Elle est jolie, elle a mis une robe jaune pâle, elle est cintrée et ça souligne son état. Je me sens de nouveau démuni. La paternité qui se profile m'angoisse.
-Tu viens, dit-elle en se penchant vers moi.
Je n'avais pas vu qu'elle était descendue. Je la suis le long des allées, y guettant la présence de ma mère. Maggie s'encombre de plusieurs sacs, je finis par les lui prendre des mains, en marmonnant. Elle sourit, attrape ma main libre et continue d'avancer comme si de rien était. Sauf que je me sens complètement à la ramasse. Cette main dans la mienne ne m'est pas familière, pas comme Posy… ou Katniss.
Je me prends un énième coup de massue, mal en point.
Je la laisse alors me guider, tentant de faire confiance à cette main qui m'emmène vers une vie que je ne m'imagine pas. Je croise un voisin, puis un collègue. Malgré l'étonnement, ils me saluent et restent discrets.
-Regarde Gale, ta mère te fait signe.
En effet, elle vient vers nous.
-Comment tu sais que c'est ma mère ?
-Je l'ai aperçue dimanche dernier sur ce même marché.
Ma mère ralentit, observe Maggie avec curiosité, n'ayant pas oublié de remarquer nos mains entrelacées.
-Où est Posy ? Lui demandé-je.
-Elle est un peu malade, elle dort encore, Rory veille sur elle.
Je m'inquiète.
-Elle a dû manger quelque chose qui ne lui réussissait pas. Demain je la garde à la maison en prévention. Elle retournera mardi en classe.
-Et pour ton travail ?
-Je vais les appeler.
-Je peux venir m'occuper d'elle, ne perds pas une journée de travail.
Elle me remercie, consciente que ça me fera du bien de passer la journée avec ma sœur. Elle se tourne vers Maggie, la détaille dix bonnes secondes interminables avant de lui tendre sa main avec chaleur. Je la sens se raidir à mes côtés.
-Comme mon fils manque à tous ses devoirs, je me présente, je suis Hazelle. Enchantée de vous rencontrer Maggie.
Elles se serrent la main, échangent quelques politesses puis ma mère tranche dans le vif.
-Comment va mon petit-fils ?
Maggie rougie un peu, puis s'illumine :
-Bien.
-Je peux ?
Maggie l'autorise à toucher son ventre pendant que je sonde l'horizon pour voir si nous ne sommes pas l'attraction du coin mais non, tout le monde se fiche de nous et du fait que l'on bloque le passage. Je me détends. Ma mère s'extasie, émue. Elle serre Maggie dans ses bras et en fait de même pour moi, me murmurant à l'oreille :
-Je suis heureuse pour toi, mon chéri.
J'ai une vague d'affection très forte pour elle en cet instant où je croise son regard confiant. Elle recule, récupère son panier au sol et nous demande :
-Vous êtes pressés ?
-Non, répond Maggie avant moi.
-Venez manger à la maison, j'aurai tous mes enfants avec moi.
Ah lala, on s'était fait berner.
-On n'a pas fini nos courses.
-Mais si, me contredit Maggie. On vous suit.
La suite bientôt.
