Terra
Chapitre 2 : accipere : accepter.
Marco
La première question que je me suis posé, bizarrement, fut « Où sont les anges, les nuages et ce genre de trucs ?» Car, pour moi, il me semblait évident que je devais être au paradis, après tout, n'avais je pas lutté pour la liberté humaine ? J'avais été un bon fils (excepté les fois où je manigançais des plans pour tuer ma propre mère, mais dans ces cas là, j'avais des circonstances atténuantes…), J'étais un bon ami, fidèle, franc, ayant toujours une pièce ou deux à prêter pour une partie de jeu vidéo. Je ne comprenais pas pourquoi je n'étais pas récompensé pour ces menus services. Après tout, j'étais mort, non ? Je me souvenais avoir sauté et…
La vérité me frappa alors avec la force de Rachel dans son animorphe d'éléphant : Je n'étais pas mort, mes amis et moi avions été sauvés au dernier moment et je me souvenais avoir entraperçu des visages andalites. J'ouvris alors les yeux, pour tenter de voir quelque chose qui confirmerait cette version de l'histoire … et j'eus un mouvement de recul : un jeune andalite (il devait avoir l'âge d'Ax au début de notre rencontre) m'observait de manière que je qualifierais de franchement indiscrète.
« Docteur, celui là aussi est réveillé ! » a alors crié à tue tête, version parole mentale, le jeune andalite.
« Je vois, je vais faire prévenir le Prince Galuit, maintenant qu'ils ont tous éveillés. » la « voix mentale » me paraissait plus féminine et plus douce que celle du jeune artish trop curieux.
Bon, la bonne nouvelle, c'est que tous mes amis semblaient être à mes cotés, je regardais autour de moi et je les vis, assis sur des tables qui me regardaient en me souriant plutôt faiblement, ce qui était compréhensible quand on sait qu'on venait d'échapper à la mort et à l'esclavage contrairement à tous ceux qu'on aime…Cependant, je me sentis heureux et soulagé de les revoir, même Rachel m'avait manqué ! Elle aussi semblait tranquillisée de me savoir à peu près en forme. Au point où nous en étions tous les six, nous n'avions pratiquement plus besoin de nous parler pour savoir à quoi les autres pensaient tant notre combat avait soudé notre groupe.
« Il sont vraiment bizarres, vous ne trouvez pas, Docteur ? Deux pattes ça ne doit pas être pratique pour marcher. En plus, ils n'ont que deux yeux, comment ils font pour voir derrière eux ? Et pourquoi ils n'ont pas de queue ? Ils doivent être plutôt faibles, non, sans lame pour les protéger… Et puis c'est quoi le trou au milieu de leur tête ? » Là, il commençait à m'agacer sérieusement, le gamin ! Les Andalites, nous avions pu le constater à de nombreuses reprises, étaient arrogants, mais là, il battait leurs records... Et je n'étais pas le seul qu'il énervait, apparemment…
« Ouais, bon, quand tu auras fini de dresser l'inventaire de ce qui ne va pas chez nous, tu pourras peut être commencer à faire preuve d'un peu de respect pour nos personnes! »
Ca, c'était Rachel…Et bizarrement, j'étais plutôt d'accord avec elle pour une fois. Le jeune Andalite a prit un air outragé comme si on venait de le blesser grièvement dans sa fierté et il a répliqué, outré :
« Je m'informais simplement sur ce qu'est votre espèce puisque dorénavant elle est passé sous contrôle Yirk ! »
Une autre parole aurait difficilement pu nous blesser plus…Elle nous rappelait que nous avions perdu la bataille et la guerre, que nous n'avions pas été suffisamment forts pour sauver notre propre planète et qu'à cause de notre faiblesse, des millions, voir, des milliards de personnes étaient désormais condamné à la servitude sous la domination Yirk. Ce jeune Andalite ne se doutait sans doute pas de la cruauté de sa réplique et n'avait sûrement pas réfléchi avant de prononcer ces mots, mais elle me blessait moi, ainsi que les autres très profondément car elle nous plaçait devant notre défaite.
« Artish Yindrith, ce sont là des paroles inqualifiables envers des invités d'une grande valeur. Je vous demanderai, à l'avenir de faire preuve de plus de retenue et de leur montrer un plus grand respect. »
Nous nous sommes tous retourné vers la porte : un Andalite imposant était entré et à coté de lui je pouvais voir ce cher vieux Ax qui commençait à me manquer. Son égo était beaucoup moins surdimensionné que celui de l'Artish. Quant à l'autre, j'avais l'impression de l'avoir déjà vu et Ax me le confirma en m'apprenant qu'il s'agissait du commandant Galuit Enilon-Esgarrouth, celui que nous avions aidé sur la planète Leiran lors d'un petit accident impliquant notre masse excédentaire dans l'Espace Zéro, un vaisseau conduit par un traitre Andalite et d'autres complications…En tout cas, il semblait avoir un avis plutôt favorable sur nous…
« Mais je n'ai fait que dire la vérité, et j'avoue ne pas comprendre la raison pour laquelle ils sont ici, Commandant. »
Ce petit faisait là une erreur en discutant les ordres de Galuit, j'avais déjà eu un aperçu du personnage et j'avais compris assez rapidement que ce n'était certainement pas quelqu'un dont on discutait les ordres. Pourtant, l'Andalite accepta quand même de lui répondre, en raison, surtout, je pense, de notre présence.
« Artish Yindrith, si ces cinq humains sont ici, c'est parce qu'ils sont parvenus à résister aux Yirks, à déjouer certains de leurs plans, à survivre contre l'Abomination et même, à apporter leur aide à nous Andalites durant trois années terriennes. Ils étaient seuls, pratiquement sans secours de leur Gouvernement ou de nous même, contre un Empire constitué de millions de yirks, ayant à sa disposition une technologie mille fois supérieur à la leur. Et ces cinq humains ici présents, n'avaient même pas votre âge, Artish, ils n'avaient pour seule arme que la métamorphose animale qu'ils ont sût utiliser à la perfection ainsi que de magnifiques qualités. Je vous engage donc très fermement, Artish, à les respecter au même titre que nos guerriers. »
Le petit discours sembla produire son effet dans l'esprit de notre petit Artish prétentieux. Malheureusement, même les éloges qu'il nous adressait ici de manière directe ne pouvaient effacer le fait que, malgré les qualités qu'il nous attribuait, nous avions quand même perdu notre combat.
Galuit congédiât Yindrith, puis il nous regarda l'un après l'autre, comme s'il tentait de nous estimer. Puis il reprit la parole :
« Comme vous vous en doutez forcément, il est désormais hors de question pour vous de retourner sur votre planète, seul la mort ou l'esclavage vous y attendent. Mais cela, je sais que vous le savez déjà. De plus, les Yirks ont mis vos têtes à prix et vous faîtes partie de ceux qu'ils ne cesseront jamais de pourchasser : vous les avez défiés, ridiculisés et humiliés et cela, ils ne vous le pardonneront jamais. Nous, les Andalites, nous vous accueillerons donc, si le Conseil le permet, sur notre planète. Je sais que vous faire une place là-bas vous sera sans doute difficile mais l'Artish Aximili m'a parlé de vos capacités d'adaptation et je suis tenté de croire qu'il a raison. »
J'ai alors posé deux questions qui, je le sais, nous tourmentaient tous un peu. Le Conseil pouvait-il refuser de nous accueillir et que faire si tel était le cas ? Ax nous avait décrit le Conseil comme étant très traditionaliste, il pouvait très bien refuser de nous recevoir au nom de la Loi de la Bonté Seerow et dans ce cas, où irions nous ?
« Le Conseil vous accueillera car une grande partie du peuple Andalite est désormais au courant de vos exploits sur Terre. Ils vous respectent et vous admirent. Il leur semblera naturel de vous accueillir, d'autant plus que vous en aviez fait de même pour l'Artish Aximili lorsqu'il était sur Terre. N'ayez nulle crainte à ce sujet. » Il s'interrompit un instant puis il reprit :
« Le voyage durera l'équivalent de un ou deux de vos mois. Sachant que nous ne disposons pas vraiment d'installations prévues pour vous, vous pourrez le passer sous forme d'un sommeil artificiel ou bien si vous préférez, vous pourrez vous installer dans le Dôme de notre vaisseau, je vous laisse le choix.»
Bien entendu, nous préférions tous passer notre voyage de manière consciente : Même dans un vaisseau andalite, il valait mieux être en alerte en cas d'attaque ou d'autre chose (là encore, c'était notre expérience à Leiran qui parlait…)plutôt qu'endormis, sans chance de pouvoir nous défendre. Nous l'avons fait comprendre au commandant Galuit qui sembla parfaitement comprendre notre point de vue. Pour lui aussi, apparemment, le cas du commandant traitre de l'Espalin était frais dans sa mémoire…
Nous avons réussit à nous lever et nous avons suivi les Andalites vers le dôme qui constituait le centre de leur vaisseau et où nous allions passer la plus grande partie de notre voyage. Nous sommes passés à un moment devant une espèce d'hublot et nous nous sommes tous arrêtés pour regarder.
La petite planète, que nous voyions au loin et qui se dérobait petit à petit à nos regards, c'était chez nous. Nous la regardions avec une sorte d'avidité, comme si nous n'allions plus jamais la revoir, ce qui serait sans doute le cas : même si nous revenions ici un jour, les Yirks l'auront tellement changée pour l'adapter à leurs besoins que nous nous ne la reconnaitrons plus. Ma planète me semblait maintenant le plus beau joyau de l'Univers parce qu'elle contenait tout ce qui m'était précieux : mon père, ma mère, mon foyer, mes racines… Tout. Mais elle ne pourrait plus m'offrir ma liberté. Inconsciemment, nous mîmes notre main sur le hublot, (pour Tobias, ce fut l'aile) comme si nous voulions la rattraper, des larmes coulèrent sur nos visages, sans plus s'arrêter. Nous réalisions à ce moment précis la valeur inestimable de ce que nous perdions.
Désormais, nous étions des exilés. Nous devions l'accepter.
