Note de l'auteur : Et voilà le chapitre suivant!
Merci à Melior pour sa review. Bon, sois rassurée, Dave va payer pour ce qu'il a fait !
MàJ : réécrite le 29/06/19.
Aucun personnage de Labyrinthe ne m'appartient, de même que les lieux.
2
Comme un air de déjà-vu
Pendant ce temps, dans la commode de vanité de Sarah...
Quelqu'un ricana. Deux yeux brillants se distinguèrent dans le noir. Puis deux autres, et encore deux autres. Une petite main entrouvrit doucement la porte afin de permettre à son occupant d'épier la scène. Enfin, une voix rauque couina :
— Eh, mais c'est le bébé ! Comme il a grandi...
— Il est beau, avec ses cheveux blonds et ses yeux bleus. Il ressemble presque à notre roi.
— Par contre, l'autre, on ne le connaît pas.
— Ouais, ben moi je n'ai pas envie de le rencontrer.
— Oh, la ferme, toi !
Les présences se turent. Elles ne devaient pas faire de bruit, elles étaient ici en reconnaissance. Envoyées par le Roi, évidemment, pour surveiller de près Toby. Cette idée lui était venue il y a quelques mois. L'une des créatures reprit la parole, tout en collant son œil contre l'ouverture :
— Aïe ! L'autre garçon s'amuse à lui taper dessus !
— Le Roi ne va pas être content...
— On ne peut rien faire ? piailla une troisième voix, assez aigüe.
Au moment où celui qui avait le visage ridé comme une pomme allait répondre, un autre lui coupa la parole :
— Oh, mais il y a la jolie jeune fille aussi ! Sarah !
— Elle vient de forcer la porte !
— Montre voir, montre voir !
— Eh, pousse pas !
Après quelques gloussements d'excitation, un gobelin en profita pour dire :
— Elle semble très en colère contre l'adolescent.
Des éclats de voix leur parvinrent encore aux oreilles. L'une des créatures ne put s'empêcher de faire un commentaire :
— Il n'est pas très gentil avec eux.
— Oh oui ! Sarah n'arrive pas à le maîtriser.
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Sarah entendit à peine Toby se précipiter dans un coin de la chambre ; elle ne s'aperçut pas qu'il ramassait quelque chose, mais elle sentit sur sa pommette les doigts repliés de son cousin. Elle gémit et riposta par un coup de pied dans le tibia. Puis, du mieux qu'elle le put, elle protégea son corps tout en reculant et en coassant :
— Toby, pars vite d'ici, je t'en supplie !
Ce dernier marmonna quelque chose d'incompréhensible. Elle se concentra sur Dave qui cherchait à la saisir. Il éructait :
— De quoi est-ce que je me mêle, hein ? Salope, y a que les gens de ma famille qui ont le droit de me causer ou de me chopper comme tu viens de le faire. Toi, tu n'es qu'une sous-merde, une intruse, une soumise !
Chacun de ces mots bouleversait la jeune femme. Après tout, il avait raison, elle se pliait à ses parents. Elle ne valait rien, vraiment rien. Un coup dans le ventre la fit se courber en deux. Elle hoqueta. Cette fois, c'était fini. Il aurait sa peau et il le savait. Elle attendit la rafale de coups qui l'expédierait ad patres.
Mais elle ne vint pas. À moitié avachie au sol, Sarah leva les yeux.
Mais... où est-il passé ?
Éberluée, elle se redressa maladroitement, tout en gémissant de douleur à cause de sa joue, qui commençait à enfler. Elle savait qu'elle aurait un magnifique bleu. La voix de Toby interrompit le cours de ses pensées :
— Je l'ai fait. Je l'ai fait...
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— Ouille ! Il vient de la frapper !
— Non, tu es sérieux ?
— Chuuut !
Cette fois, ils ne riaient plus. Même en tant que gobelins, ils étaient assez choqués de ce qu'il se déroulait devant eux. Concernant l'épisode de Ludo, qu'ils s'étaient amusés à attacher et à torturer avec des gnomes, ce n'était pas pareil. Là, on touchait à deux personnes qu'ils appréciaient, et le Roi...
L'un d'eux vit Toby s'emparer d'un carnet rouge. Il s'écria :
— Eh, le petit cherche la formule !
— Aïe, il n'aura pas le temps de la trouver.
— Il faut l'aider ! Toi, le chuchoteur, dis les mots qu'il faut au futur prince de Goblinville !
Le plus petit prit la place de celui qui l'avait interpellé, tout en passant devant les autres, à grand renfort de coups de pieds et de grognements. Et, comme pour Sarah six ans plus tôt, il proféra à voix basse la formule. Les yeux dans le vague, Toby leva la tête en direction de l'armoire, puis ouvrit le livre rouge à la bonne page.
Il marmonna, si bas que seuls les gobelins l'entendirent.
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Sarah se retourna et considéra son frère, qui se tenait sur le pas de la porte. Il cachait quelque chose dans son dos. Au même moment, une bouffée d'air frais parcourut leurs membres et leur hérissa les poils. Elle s'aperçut que la fenêtre s'était ouverte. Tout en ramenant ses cheveux indisciplinés derrière les oreilles, elle interrogea son frère :
— De quoi, Toby ?
Puis, deux secondes après :
— Oh ! Ton nez ! Mais il est de travers !
Le sang coulait sur les vêtements de l'enfant ; il y en avait partout, en sombres auréoles, que ce soit sur le jean ou bien le tee-shirt rouge. Quant à son visage... Sarah se précipita vers lui, s'aperçut en tremblant que l'os était cassé. Elle se mordit les lèvres et lui prit la main :
— Toby, je vais t'emmener à l'hôpital. On verra pour le cousin plus tard.
— Non.
Toby recula. Elle tendit la main vers lui, et murmura :
— Tu ne peux pas rester comme ça, voyons ! Ça doit te faire un mal de chien !
— J'ai envoyé Dave dans le Labyrinthe.
Une douche glacée sembla s'abattre sur les membres de la jeune femme.
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— Je souhaite que les gobelins emportent mon cousin Dave et qu'il devienne l'esclave de Jareth sur le champ.
Dans le noir, la créature qui avait une face rabougrie laissa échapper :
— C'est à nous de jouer, allons-y !
— Et le Roi ?
— Occupons-nous de notre travail, pas celui du Roi.
Le gobelin qui venait de parler asséna une claque derrière le crâne de son compère. Celui-ci glapit, puis se décida à partir avec les autres pour emmener Dave.
Ils sortirent doucement de la commode de vanité.
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— Toby, je...
— Sarah, Toby, Dave ?
Sarah se prit la tête avec un air désespéré ; et voilà que ses parents venaient de rentrer ! Ils avaient bien choisi leur moment !
Ils ne pouvaient pas arriver plus tôt, hein ? Tout ceci ne se serait pas produit !
Avec un soupir, elle murmura fébrilement à Toby en le saisissant aux épaules :
— Va te débarbouiller comme tu peux. Je dois prévenir les parents de ton état.
— Mais...
La jeune femme ne lui laissa pas le temps de réagir. Elle avait bondi hors de la chambre et s'était précipitée dans les escaliers. Elle oscillait entre les bouffées de chaleur et la sensation d'être gelée. La chair de poule recouvrait ses bras. Lorsque Karen la vit, elle s'écria :
— Sarah, voyons ! Tu as passé l'âge de galoper comme ça dans... Ton visage !
Arrêt sur image, au bas des marches. Elle considéra sa belle-mère et son père avec étonnement.
Quoi ? Qu'est-ce qu'il y a ?
Elle n'eut pas le temps de leur demander, Karen se précipitait déjà vers elle et lui tâtait la joue :
— Mais, qu'est-ce que c'est que ça ?
Sarah recula sous la douleur.
— Aïe ! Ne touche pas, je...
— Comment t'es-tu fait ce bleu ? Regarde comme tu es enflée !
— Oui, eh bien, il y a plus grave, parce que Toby...
— Toby ? Quoi Toby ?
Karen ajouta juste derrière, en repoussant Sarah sur le côté :
— Toby ? Où es-tu ? Toby ?
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Lorsqu'il se réveilla, Dave se trouvait dans le noir. Enfin, pas tout à fait. Il y avait un rai de lumière juste au-dessus de lui, qui passait à travers une vieille grille.
L'adolescent, pas rassuré, se redressa et essaya d'explorer son nouvel environnement. Cependant, il y voyait tellement peu ! Il ne pouvait pas rester debout, le plafond semblait très bas...
Un bruit métallique lui fit lever la tête. Quelqu'un approchait. On lui parlerait sans doute par le biais de cette grille. Parce que Dave savait pertinemment qu'il n'y avait aucune porte, là où il se trouvait ; l'unique sortie se situait en haut.
Il vit un visage androgyne se découper dans la pénombre. Avec son assurance coutumière, l'adolescent considéra le nouveau venu et lui dit :
— Eh, sors-moi de là, toi.
L'autre lui répondit sur le ton d'une conversation normale :
— Enchanté. Moi, c'est Jareth de Goblinville.
— J'en ai rien à foutre, je veux sortir !
Dave fulminait ; ce sale tour qu'on lui jouait n'était vraiment, mais alors vraiment pas drôle. Ses cousins allaient lui payer ça, non mais ! Il leva fièrement son visage juvénile. Ses traits, agréables en temps normal, étaient hideux sous la haine. Il éructa :
— Espèce de vieux pervers sénile, j'en ai assez de cette plaisanterie !
L'autre se pencha à peine ; Dave remarqua que le personnage portait une grande cape noire et des épaulettes de la même couleur. Ses yeux vairons et ses cheveux blonds achevaient de lui donner un air effrayant, inhumain. Jareth sourit avec suffisance, puis susurra :
— Tiens donc. Moi, je commence à peine à m'amuser.
Il prit une inspiration et, d'une voix grave, insista :
— Ce n'est pas souvent que j'enlève des adolescents. D'habitude, mes proies préférées, ce sont les enfants.
Son sourire s'élargit. Dave, qui ne savait pas du tout à qui il avait affaire, se laissa envahir par une certitude effroyable.
Au secours... Je suis avec un pédophile !
