The Heart
Disclaimer : si Bleach m'appartenait, Aizen ne serait pas un superman.
Warnings : SPOILERS ! si vous n'avez pas lu le chapitre 354 et les suivants, ne lisez pas cette fic ! Sinon vous n'aurez plus qu'à sortir vos mouchoirs et prier pour que le grand Tite Kubo fasse revenir ce perso du monde des morts.
NB1: j'ai finalement laissé tomber le couple Ichigo/Rukia, mais je vous en réserve un dont vous me direz des nouvelles! Il apparaîtra au chapitre suivant.
NB2: je remercie vivement tous ceux qui ont pris la peine de laisser une review. Un gros merci à : MissBleach, Mayuu, Freak, mgx'ndzou, Eldar-Melda et Yamashita no Misa ! Je vais répondre à quelques unes de vos questions, pour celles qui n'ont pas laissé de reviews signées. Ulquiorra, peux-tu venir ici s'il te plait?
Ulquiorra : qu'y a t-il, déchet ?
Waca : comment t'as pu dire à Mayuu que j'étais "une dingue qui ose se faire nommer auteur"?
Ulquiorra: Femme, au risque de te décevoir, c'est bien ce que tu es.
Waca : Non mais! Tu vas plutôt répondre tout de suite à Mayuu ! Elle te demandait pourquoi tu étais toujours fidèle à Aizen. Alllez, s'il te plait, réponds-lui!
Ulquiorra : Il me semble que j'ai déjà été suffisamment clair.
Waca : mais quel sale caractère ! Bon, Mayuu, puisqu'il veut pas répondre, je vais te répondre, moi.
Ulquiorra : comme si tu savais ce que je peux bien penser. Tu me fais rire, femme.
Waca : c'est déjà ça ! Alors, Mayuu, ne t'inquiètes pas, Ulquiorra deviendra un "Ulqui-chou", il faut juste lui laisser le temps de se convertir et de changer d'avis! Même si cela fait quatre ans depuis sa disparition, comme il était mort c'est comme si c'était hier. Il lui faut donc un peu de temps pour réflechir...
Ulquiorra : Si tu oses me transformer en un Ulqui-chou, je viendrai personnellement te ceroer, femme.
Waca : gloups! Non, non, je ne ferai pas ça ! Au fait Mayuu, je suis d'accord avec toi et ta pote. Aizen est un thon. Bon, à Freak maintenant ! Freak, es-tu là? Freak, je t'annonce que tu vas avoir le droit à des cookies!!! Mais pas pour ce chapitre, plutôt d'ici deux chapitres !
Ha oui aussi, vous êtes deux (mgx'ndzou et Yamashita no Misa) à m'avoir demandé la reintroduction de l'ours des Pyrenées.
Ulquiorra : non femme, tu te trompes de personne là. C'est du vizard Shinji dont tu voulais parler.
L'ours des Pyrenées : Groumf.
Shinji : ouais, super! Je vais apparaître dans cette fic?
Waca : et oui! Je ne sais pas encore trop où, mais tu vas apparaître. Sauf si Aizen te zigouille au prochain chapitre de Bleach.
Shinji : gloups!
L'ours des Pyrenées : je pourrais prendre sa place?
Waca : bon, ça suffit les délires, là. Avant d'enchaîner avec le chapitre suivant, je vais conclure sur quelques mots encore. Selka93, Jay'Fel, Hoojoo et wenaewe, JE VOUS VOIS. Cela m'honore énormement que vous me mettiez dans vos Story Alerts. J'espère que j'aurais le droit à une petite review la prochaine fois?
Allez, on with the story! Le flashback est dédié à Yamashita no Misa !
Chapitre 2 : the greed
Une douce brise agitait les fleurs des cerisiers et les petites cloches à vent en argent. Parfois, un pétale de fleur se détachait et voletait, rejoignant ses semblables dans l'air. Cette nuée de pétales roses formait comme une pluie de neige, qui partait à l'assaut du ciel plutôt que de la terre, comme si leur but avait été de conquérir les étoiles.
Assise dignement sur le plancher, une jeune femme regardait la danse des fleurs avec mélancolie. Elle était vêtue d'un kimono du même bleu nuit que le ciel, et orné de motifs couleur argent, qui représentaient des flocons de neige. Ses cheveux noirs s'étalaient librement sur ses épaules minces, et ses yeux noirs, aux reflets violets, fixaient ses mains blanches, qu'elle tordait répétitivement.
Il y eu le son d'une porte qu'on ouvre, derrière elle, et la haute figure d'un noble shinigami s'avança auprès d'elle. Il baissa ses yeux gris sur elle, remarqua aussitôt l'éclat brillant de ses prunelles qui trahissait les larmes bravement refoulées. Il s'assit à genoux à ses côtés et lui prit les mains, la contemplant d'un regard grave.
La tête baissée de la jeune femme s'abaissa un peu plus encore, et sa voix trembla, réduite à un filet ;
- Byakuya-sama…je ne l'ai pas trouvée.
Il posa une main sur sa joue, lui relevant doucement la tête.
- Ne t'inquiète pas ainsi. Nous la trouverons, je te le promets. Viens, il est trop tard pour rester au-dehors ; tu vas prendre froid. Rentrons…
Il l'aida à se relever avec tendresse. La jeune femme regarda le ciel constellé d'étoiles et soupira, avant de se réfugier dans les bras de son mari et d'enfouir son visage dans son épaule. Byakuya enlaça les épaules délicates de sa femme et posa son menton sur le sommet de sa tête, inspirant profondément l'odeur de pluie fraîche qu'exhalaient ses cheveux. Les petites mains de sa femme s'agrippèrent à son manteau tandis qu'elle cerclait sa taille de ses bras.
Ils restèrent un moment ainsi, profitant en silence de la présence et de la chaleur de l'autre, puis Byakuya se pencha et l'embrassa gentiment sur le front.
- Rentrons.
Elle hocha la tête, et, gardant un bras autour d'elle, il l'entraîna à l'intérieur. Il lui importait peu d'être vu ainsi par les serviteurs de la maison ; il aimait la tenir près de lui. Il avait, au fond de lui, toujours peur qu'elle ne lui échappe, qu'elle ne s'évapore comme si elle n'avait été qu'un doux rêve.
Mais ce soir, le rêve avait un goût amer. Il pouvait sentir la détresse de sa femme. Elle avait encore cherché toute la journée, et n'avait trouvé personne. Il savait que les remords la rongeaient, aggravant sa santé déjà délicate.
Ils allèrent se coucher, bien qu'il fût tôt encore. Ils se changèrent chacun de leur côté, lui derrière son paravent sobre, elle derrière le sien, peint de paysages japonais et de grues sauvages. Pendant un instant, il n'y eut que le son des vêtements glissant sur la peau, puis les petits pas de la jeune femme traversèrent la pièce, et elle s'assit sur le lit. Byakuya la rejoignit et la borda avec les couvertures, avant de s'asseoir auprès d'elle. Pas une parole n'avait été échangée, cependant l'atmosphère était douce et réconfortante, emplie d'affection et d'amour.
Byakuya avait retiré son kenseigan pour dormir, et ses cheveux noirs de jais s'étalaient librement sur ses épaules et sur son front. Une mèche venait s'échouer sur son nez et une autre dans ses yeux, ce qui amusait toujours la jeune femme. Dans un élan de tendresse, elle leva la main pour replacer les mèches de cheveux noirs en arrière, surprenant Byakuya qui était plutôt habitué à sa timidité. Il leva les yeux de sa lecture et contempla son petit visage blanc et confus, avant de poser son livre et de lever les mains pour tenir son visage et se pencher vers elle.
Il l'embrassa longuement, savourant la finesse et la douceur de ses lèvres chaudes et rosées. Ses mains glissèrent le long du cou gracieux pour enlacer sa taille et la serrer contre lui. Elle noua ses bras autour de son cou et répondit à son baiser, fermant ses beaux yeux.
- Byakuya-sama…
Comme sa voix était douce, aussi fragile qu'une fleur de cerisier.
- Je t'aime, Hisana.
Hisana…le nom résonnait comme un chant dans son cœur.
Hisana…
Byakuya émergea lentement d'un profond trou noir, et se redressa en sursaut, constatant qu'il s'était endormi sur son bureau. Le kenseigan s'était desserré, et quelques mèches de cheveux venaient chatouiller son nez et ses cils. Il se redressa, tâtant son dos douloureux en fermant les yeux. Ce n'était pas le meilleur endroit pour dormir, ni pour rêver de son passé avec Hisana. Il poussa un profond soupir et jeta un regard blasé sur le tas de paperasse qui encombrait son bureau, à cause de l'inefficacité de son lieutenant en la matière. Combien il enviait le capitaine Hallibel ! Le lieutenant Hisagi était un très bon officier qui obéissait sans une plainte et qui faisait du travail efficace.
- Capitaine ! brailla Renji en ouvrant la porte comme un bourrin.
Byakuya bondit sur sa chaise, totalement pris par surprise. Il posa une main sur son cœur affolé et respira profondément, foudroyant le lieutenant Abarai du regard.
Renji flancha un instant, mais comme son capitaine était décoiffé, avait les vêtements chiffonnés et avait visiblement eu peur à cause de son entrée brutale, il se sentit moins impressionné. Son capitaine paraissait moins parfait, aussi leva t-il haut le menton, le défiant du regard ;
- Capitaine ! Rukia a été refusée au poste de lieutenant de la troisième division ! C'est à cause de vous, n'est-ce-pas ?
Byakuya cligna des yeux.
- Et ? En quoi est-ce un problème ?
Renji explosa aussitôt. Ses yeux lançaient des éclairs, et il donna un grand coup de point sur le bureau de son capitaine, envoyant valser les tonnes de papier.
- Capitaine ! rugit-il, combien de temps allez-vous retenir Rukia ainsi ? C'est totalement égoïste et inacceptable de votre part ! Rukia mérite d'être promue bien plus que n'importe qui d'autre et…
- Rukia ne sera pas exposée au danger, le coupa d'une voix froide Byakuya. Restez à votre place, lieutenant Abarai !
Tout le corps de Renji frémissait de colère. Son kimono était ouvert sur le torse, révélant sa musculature athlétique. Cette silhouette puissante, associée aux fascinants tatouages noirs et à la chevelure écarlate de Renji, lui conférait une allure sauvage et dangereuse. Byakuya savait qu'il n'était pas sage de provoquer Renji, et il n'avait aucune envie de se retrouver à devoir répondre à un nouveau duel qui se terminerait immanquablement par la défaite du lieutenant. La dernière fois, Renji avait carrément giflé son capitaine, pour le forcer à répondre à sa provocation, et Byakuya, bien que vainqueur, n'était pas sorti indemne du duel. Il fallait avouer que ce jour-là, il avait été particulièrement hautain et insupportable envers son lieutenant. Néanmoins, il n'allait pas admettre ses tords. Non, pas à un chien du Rukongai, fût-il son lieutenant qu'il appréciait au fond.
Renji serra les poings, défiant son capitaine du regard. Byakuya jugea alors bon de calmer les choses.
- Ecoute, Renji, reprit-il plus doucement, j'ai mes raisons, même si tu ne les aimes pas. De plus, je ne pense pas que Rukia aimerait devenir officier, car il serait alors hors de question pour elle d'occuper le poste à Karakura lorsque celui-ci est vacant. Ce n'est pas un poste de son niveau, tu le sais.
La fureur de Renji tomba d'un coup et il ouvrit de grand yeux, éberlué, balbutiant ;
- Vous…vous aviez pensé à ça ?
Byakuya haussa un sourcil avec hauteur.
- En quoi est-ce surprenant ? Je veille au bien-être de ma sœur, il va de l'évidence même qu'elle ne doit donc pas être séparée de ses amis, n'est-ce-pas ?
En quelques secondes, Renji passa du serpent prêt à mordre au pauvre subordonné tout confus d'avoir médit de son supérieur. Il se frotta la nuque, embarrassé, riant nerveusement ;
- Ha, ha, d'accord. Ha, 'xcusez-moi, capitaine, je ne pensais pas…vraiment, j'suis désolé…euh…
- Et puis, conclut Byakuya en se levant pour ramasser les feuilles éparpillées sur le sol, il y a bien d'autres shinigamis qui méritent d'être promus. Nous n'avons tout simplement pas assez de hauts postes pour tout le monde. Sinon, je t'aurais déjà recommandé.
- Recommandé, moi ? répéta Renji d'un ton ahuri. Mais je suis déjà votre lieutenant !
Byakuya soupira, secouant la tête.
- Je t'aurais recommandé pour le poste de capitaine, Renji. Maintenant, veux-tu bien m'aider un peu ?
- Ah ! Euh, oui ! Pardon, capitaine !
Renji s'empressa de poser un genou à terre, pour rassembler les feuilles qu'il avait dégommées. Il n'osait plus protester, tant la fierté et la reconnaissance brûlaient fort dans son cœur.
- Voilà, capitaine, fit-il, posant le tas de papier sur le bureau. Encore désolé pour le dérange-mmpfff !!!
Byakuya fronça les sourcils.
- Qu'y a-t-il de si drôle, lieutenant Abarai ?
- Ha, ha, rien, rien ! Ha ! En fait si, vous avez de l'encre sur la joue, on peut même lire à l'envers dessus !
Un sourire moqueur étira les lèvres de Renji, découvrant ses dents.
- Vous seriez-vous endormi sur votre travail, capitaine ?
Byakuya le fixa d'un air franchement mécontent. Non, il retirait ce qu'il avait dit. Ce barbare impoli n'aurait jamais été un bon capitaine !
Cela ressemblait à une voix, mais ce n'était pas exactement ça. Ce n'était pas non plus des cris, c'était doux et étrange, cela s'enroulait dans l'air et venait caresser ses oreilles.
Qu'est-ce que c'était ?
Ulquiorra s'agita légèrement, se tirant peu à peu de son lourd sommeil. Depuis qu'il était arrivé à la Soul Society, il avait l'impression de passer son temps à dormir. Il était si vite épuisé que cela l'énervait au plus haut point.
- Dango, dango, dango, dango, lui parvint à nouveau la voix qu'il identifia comme celle d'Orihime, dango daikazoku…
Hein ? « La grande famille Dango ? » Ce non-sens total réveilla tout à fait Ulquiorra, et il s'assit, clignant des yeux. Il avait dormi sur le sofa du salon, elle lui avait prêté des couvertures et un oreiller. La voix d'Orihime venait de la salle de bain, et maintenant il pouvait également entendre le son de la douche.
Ainsi, c'était donc ça…ce son étrange, c'était un chant.
- Yancha no yaki dango, yasashii an dango (Un mauvais Dango grillé, et un haricot Dango gentil)
Ulquiorra secoua la tête. Cela ne pouvait pas être un chant. Aizen-sama avait toujours dit que la musique avait un caractère sacré. Il y avait la musique pour les affaires religieuses, celle pour les cérémonies, et celle pour les combats, alors ce que « chantait » Orihime ne pouvait pas être un chant : les paroles étaient complètement stupides.
- minna, minna, awasete hyakunin kazoku (ensemble ils forment une famille d'une centaine de Dango)
Non mais sincèrement, une famille de Dangos ? Peut-être devrait-il aller vérifier que la femme allait bien. Elle avait peut-être une forte fièvre ?
Ulquiorra se leva, mais s'arrêta devant la porte de la salle de bain. Il doutait qu'Orihime apprécie qu'il la dérange pendant sa douche. Lorsqu'elle avait été sa prisonnière, elle faisait toujours des tas de manières, alors que les Arrancars n'en avaient strictement rien à faire de sa nudité. Après tout, c'était vraiment quelque chose d'humain ça, être gêné par son corps.
- Akachan dango ha itsumoshiawase no naka de (Un bébé Dango est toujours bercé dans le bonheur)
Ulquiorra émit un reniflement de dégoût et se réfugia dans la cuisine. Son ventre criait famine, car les particules spirituelles du monde vivant étaient nettement insuffisantes. A la Soul Society, il ressentait moins fortement le besoin de manger, car Hallibel ne lui laissait pas le temps d'avoir faim. Les repas, à la neuvième division, se faisaient toujours à la même heure.
- toshiyori dango ha me wo hosometeru (un vieux Dango louche à cause de ses yeux)
Ah, zut. Il pouvait encore percevoir la voix aiguë d'Orihime d'ici. Franchement, il n'avait jamais rien entendu d'aussi niais. Il ouvrit le frigo et y jeta un coup d'œil prudent ; il n'avait jamais pu oublier la fois où Orihime lui avait demandé, d'un air timide, si elle pouvait avoir des onigiris au beurre de cacahouète agrémenté d'un jus de fraise parfumé au curry. Depuis qu'Aizen était arrivé, Ulquiorra avait acquis une vague notion de la cuisine, et il avait senti son estomac se soulever à cette demande.
- Ton devoir est de rester en vie, femme.
- Mais je ne veux pas mourir, Ulquiorra-san !
- Tu nierais que ceci est une tentative de suicide ?
- Mais non ! J'aime le jus de fraise au curry. Quoique, avec de la sauce pimentée c'est meilleur encore.
Ce jour-là, Ulquiorra avait véritablement fui la prisonnière en prétextant avoir promis à Grimmjow de l'entraîner. Il n'aurait pas pu trouver une excuse plus improbable (et d'ailleurs depuis quand avait-il besoin d'une excuse ?), mais Orihime ne sembla pas s'en apercevoir.
- nakayoshi dango te wo tsunagi ookina marui wa ni naruyo ! (les amis Dango se tiennent la main et forment un grand cercle !)
Les yeux d'Ulquiorra tombèrent alors…sur du dango. Il referma le réfrigérateur avec violence, sifflant d'agacement. En plus, Orihime s'était mise à chanter encore plus fort. Elle devait avoir oublié qu'il était là.
- machi wo tsukuri dango boshi no ue minnade waraiauyo ! (ils trouvent un village sur une planète Dango et ils sourient tous ensemble !)
Ulquiorra ressentit alors quelque chose qu'il avait vraiment cru ne ressentir qu'envers Grimmjow et Kurosaki : un agacement pur et simple. Il ne pouvait pas admettre qu'Orihime, qui possédait le pouvoir d'un dieu, chante des choses aussi débiles. Il n'y avait pas d'autre mot possible ! Enfin, sincèrement, quel âge avait-elle ? N'avait-elle pas dix-sept ans lorsqu'il l'avait enlevée ? Alors elle devait avoir maintenant…vingt-et-un ans.
La main d'Ulquiorra se figea sur la poignée du placard à pain. Vingt-et-un ans ? Mais c'était une femme maintenant ! Et elle était toujours toute seule ? Bon, c'est vrai que sa cuisine et son chant avait de quoi faire fuir les plus courageux déchets humains, mais quand même !
- usagi mo sora de te wo futte miteru dekkai otsuki-sama (les lapins agitent leurs mains depuis la grande lune)
Ulquiorra, poussé par un sentiment inconnu proche de l'énervement, retourna dans le salon et examina chaque meuble, avant de trouver exactement ce qu'il cherchait : des photos. Il y en avait représentant son petit groupe d'amis : elle, Kurosaki, le Quincy, le géant, Rukia, une autre fille dont le visage lui disait vaguement quelque chose et deux autres garçons parfaitement inconnus, tous en uniforme scolaire. Il y en avait une autre avec elle, le capitaine et le lieutenant de la dixième division en train de manger des glaces, qui paraissaient suspectes. D'ailleurs, le capitaine paraissait sur le point de vomir. Sur une autre photo, il trouva Urahara Kisuke, Shihon Yoruichi, un géant moustachu et deux gamins, devant le magasin d'Urahara. Il y avait même une photo de son équipe de sauvetage : Kurosaki, le Quincy, le géant, Abarai Renji, Rukia et…Neliel dans sa forme adulte avec les deux zouaves de sa fracción.
Et enfin, il tomba sur des photos où elle était seule avec un jeune homme inconnu, soit lui tenant la main, soit étant tenue par la taille, soit même carrément dans ses bras. Elle paraissait absolument rayonnante.
Il plissa des yeux. Trois. Il y en avait trois. Elle était sortie avec trois pathétiques déchets humains, et curieusement, cela ne lui plaisait pas du tout.
- ureshii koto kanashii koto mo zenbu marumete… (montrant toutes les choses heureuses et tristes…)
On frappa à la porte, fort, et une voix joyeuse retentit de dehors. Ulquiorra détourna le regard, fronçant les sourcils, sans remarquer que la douche s'était arrêtée.
- Orihime ! fit la voix, visiblement féminine, Orihime t'es réveillée ? J'entre !
Et effectivement, elle entra, ce qui stupéfia Ulquiorra. Même après avoir été enlevée, Orihime faisait quelque chose d'aussi inconscient que de laisser sa porte ouverte toute la nuit ?
Il se retrouva nez à nez avec la fille brune aux cheveux courts qu'il avait vue sur la photo.
Il y eut un silence. D'abord, la fille remarqua son kimono noir, et elle commença ;
- Ah ! Un shinigami ! Elle aurait pu me prévenir. Non, attends…
Ses yeux s'agrandirent alors qu'elle reconnaissait visiblement ses traits. Il avait bel et bien dû la rencontrer déjà, mais comme elle n'était qu'un déchet, il ne s'en souvenait pas.
- Tu es cet Arrancar.
Sa voix avait tremblé. Mais ce fut bref, et aussitôt remplacé par une colère sans bornes, et il devina qu'elle savait qui il était et ce qu'il avait fait. L'atmosphère se tendit, et d'un instant à l'autre, cela aurait pu dégénérer, lorsqu'une voix fraîche les interrompit.
- Ah, bonjour tous les deux ! Tatsuki, Ulquiorra. Vous avez bien dormi ?
Simultanément, yeux verts et yeux marron cessèrent leur duel et se tournèrent vers la porte de la salle de bain. Orihime se tenait là, en short et débardeur, séchant ses longs cheveux couleur cuivre avec une serviette. Elle leur souriait, des étoiles plein les yeux, comme si elle n'avait pas remarqué qu'ils étaient sur le point de s'étriper.
- Qu'est-ce qu'il fait là ?
- Qu'est-ce que tu chantais ?
Ayant parlé en même temps, ils se foudroyèrent à nouveau du regard. Mais Orihime avait éclaté de rire, détournant leur attention.
- Attends, attends ! Ulquiorra, j'ai mal entendu, tu m'as demandé ce que je chantais ?
Oh. Mince. Son regard devint plus noir encore, et il jeta, méprisant ;
- Oui, tu as mal entendu, femme. Je t'ai demandé ce qu'on allait manger.
- Parle-lui plus poliment, Arrancar ! attaqua aussitôt Tatsuki, faisant un pas en avant, les poings serrés.
- Je ne t'ai rien demandé, déchet, rétorqua t-il.
Tatsuki ouvrit la bouche, furieuse, mais Orihime coupa court à la dispute d'une voix autoritaire, qu'Ulquiorra ne lui connaissait pas.
- ça suffit, tous les deux ! Tatsuki, tu petit-déjeunes avec nous, n'est-ce-pas ?
Ulquiorra remarqua aussitôt le léger rictus au coin de la bouche de Tatsuki, et la jeune fille s'empressa de s'excuser.
- Oh, désolée Orihime ! J'ai déjà déjeuné.
- Oh, fit Orihime, quelque peu déçue. J'avais acheté du jus de fraise et de la sauce pimentée. C'est dommage.
Non. Non, non, non. Ç'était forcément une blague. Elle ne pouvait pas avoir ça en tête, n'est-ce-pas ?
Orihime se tourna vers Ulquiorra, son sourire refleurissant ;
- Mais toi tu en prendras, Ulquiorra ?
- En fait, je n'ai pas faim. Merci pour tout, femme, mais je pense que je vais rejoindre Kuchiki Rukia maintenant.
Au moment où il allait s'incliner et fuir pour la seconde fois de sa vie, son estomac émit à sa grande horreur une bruyante protestation. Il vit le sourire crispé de Tatsuki se muer en une grimace carnassière. Orihime saisit la main de l'ex-Arrancar et l'entraîna dans la cuisine.
- Sottises ! Tu vois bien que tu as faim ! Viens !
L'humeur d'Orihime lui était totalement incompréhensible. A un moment elle semblait le craindre, et à un autre elle agissait totalement à l'opposé. C'était effrayant, surtout lorsque son petit-déjeuner était en jeu.
Lorsque Orihime lui tendit un plein verre de jus de fraise à la sauce pimentée, Ulquiorra douta soudainement des véritables intentions de Hallibel. Peut-être qu'en fait, elle l'avait envoyé ici pour l'empoisonner discrètement.
- Ichi-nii ! Ichi-nii !
Ichigo grommela quelque chose d'incompréhensible et se retourna dans son lit, écrasant Kon qui dormait avec lui. Karin le secoua plus fort.
- Ichi-nii ! Ichi-nii !
- Hein quoi qu'est-ce qu'il y a -un hollow attaque ? s'écria Ichigo en se précipitant hors du lit, se jetant sur son badge de shinigami remplaçant.
- Mais non, Ichi-nii ! Rukia a disparu !
- Rukia a disparu ? répéta Ichigo. Attends, je vais te la retrouver dans deux secondes.
Il se dirigea vers son placard et l'ouvrit brusquement, hurlant ;
- Kuchiki Rukia !
- Waaaaaah !!! cria Rukia, qui dormait effectivement dans le placard.
Ichigo la fusilla du regard, croisant les bras.
- Que fais-tu ici ? Papa t'a préparé un lit dans la chambre des filles !
- Mais j'aime ce petit placard ! protesta Rukia.
Karin sourit et leur annonça que le petit déjeuner était prêt. Ils descendirent tous les trois, les filles en pyjama –oui, Rukia portait encore son fameux pyjama à carreaux- et Ichigo en caleçon et t-shirt rajouté à la va-vite.
Isshin et Yuzu étaient déjà là ; le père d'Ichigo préparait le petit déjeuner et Yuzu chantonnait, balançant les jambes dans le vide. Elle avait fini de mettre la table.
- Bonjour ! les salua t-elle.
Karin et Yuzu avaient grandi toutes les deux. Karin avait gardé les cheveux courts et son allure garçonnière, mais Yuzu au contraire avait laissé ses cheveux pousser et aimait porter des choses mignonnes et féminines.
Le petit déjeuner se passa dans la joie et la bonne humeur, comme toujours chez les Kurosaki.
- Alors fils, que vas-tu faire de ton dimanche ?
- J' vais bousiller des hollows avec Rukia.
- Moooh, quand est-ce que tu vas nous ramener une jolie fille ? ronchonna Isshin.
Rukia ricana, s'attirant un regard noir de la part d'Ichigo.
- J'ai le temps pour ça, il me semble, non ? fit-il, avalant une grosse boulette de riz.
- MAIS NON !!! Tu es mega en retard, fiston ! Moi, à ton âge…
- Ah, la ferme !
- Mais je t'assure que…tiens, un shinigami arrive. Il a un sacré reiatsu, celui-là, mais plutôt irrégulier, dit Isshin d'un ton sérieux.
Rukia se leva aussitôt.
- Ce doit être Ulquiorra, je lui ai indiqué l'adresse de ta maison, Ichigo. Je vais lui ouvrir.
Un silence gêné s'installa lorsqu'elle disparut dans le couloir. Isshin posa son bol. Son sourire idiot avait laissé la place à un air grave.
- Ulquiorra. Ce n'était pas un Arrancar ?
- Si, dit Ichigo à travers ses dents.
Il n'avait pas envie d'en parler. La plupart du temps, les gens ne comprenaient pas comment Ichigo avait pu pardonner à Ulquiorra tout ce qu'il lui avait fait. Mais Ichigo avait combattu Ulquiorra. Il était, avec Orihime, celui qui avait le plus entendu Ulquiorra parler, et il savait qu'Ulquiorra ne l'avait pas tué par plaisir. Au fond, s'il était encore vivant aujourd'hui, c'était bien parce qu'Ulquiorra, le voyant pour la première fois, l'avait jugé inintéressant et minable.
- Il fait peur ? C'est un méchant ? s'écria Yuzu d'un ton angoissé.
- T'inquiètes, je lui botterai les fesses s'il essaie de te faire quoi que ce soit, soeurette, répondit Karin.
A ce moment, Rukia rentra, suivie d'Ulquiorra.
- Nous voilà ! Kurosaki-san, je vous présente Ulquiorra Schiffer. Ulquiorra, voici Kurosaki-san, Karin-chan et Yuzu-chan.
Ulquiorra leur fit un bref signe de tête pour les saluer. Le silence s'étala, angoissant. Ichigo tiqua ; c'était lui qui avait la berlue, ou Ulquiorra avait la même couleur de peau maladive qu'il avait eue en tant qu'Arrancar ? Il n'était pourtant pas comme ça la veille.
Enfin, Isshin se leva brusquement ;
- Allez, ne restez pas plantés là, tous les deux ! Tu veux manger avec nous, Schiffer ?
Il lui tendit un bol de soupe de miso fumant, et Ulquiorra eut alors la plus comique des réactions qui soient pour un ex-Espada : il recula comme s'il avait été attaqué, refusant d'un bloc, avant de brusquement porter sa main à la bouche, secoué par un haut-le-cœur violent ; ses yeux verts regardèrent tout autour de lui avec une véritable détresse, et Karin fut la première à comprendre le message. Elle le saisit par sa main libre et se hâta de le conduire aux toilettes.
Il y eut un nouveau silence, de stupéfaction cette fois, où Rukia, Isshin, Ichigo et Yuzu se regardèrent tout éberlués, avant d'éclater de rire. Entre deux rugissements de rire, Isshin donna une grande tape dans le dos de son fils ;
- Ha ! C'était pour ça que son reiatsu était si irrégulier….hahaha ! Va, fiston, va voir s'il va mieux, ton Arrancar ! Haahahahaaa !!!
Rukia et Ichigo allèrent retrouver Karin et Ulquiorra dans les toilettes. Le pauvre Cuatro Espada était à genoux devant la cuvette et achevait de vomir, soutenu par la fillette, qui retenait d'une main ses cheveux trempés de sueur hors de sa figure et de son cou, et de l'autre main lui frottait doucement le dos ;
- Là, là, ça va mieux ? disait-elle avec gentillesse.
Ulquiorra s'essuya la bouche, hochant lentement la tête, la remerciant du regard. Il avait encore le teint verdâtre. Ichigo se pencha vers lui ;
- Sincèrement, qu'est-ce qui t'est arrivé ?
- D'après ce que j'ai compris, Orihime lui a fait manger quelque chose, dit Karin en grimaçant à l'idée.
Rukia se mit à rire de plus belle tandis qu'Ichigo prenait une mine horrifiée.
- Mais…mais t'as accepté de manger sa bouffe ? T'es suicidaire ou quoi ? Qu'est-ce qu'elle t'a fait avaler ?
- Je…je ne sais pas, hoqueta Ulquiorra. Mais j'ai bu un verre entier de jus de fraise à la sauce pimentée.
- Aaaaahh, quelle horreur ! fit Ichigo, dégoûté. Mais pourquoi t'as pas refusé ?
Ulquiorra lui jeta un regard piteux, mais ne répondit pas. C'est vrai, pourquoi n'avait-il pas refusé ? Peut-être qu'il n'avait pas voulu décevoir Orihime. Mais franchement, ça n'en valait pas la peine. Elle pouvait pleurer même, qu'il refuserait de toucher à nouveau au moindre de ses « plats ». Il en avait encore l'estomac tout retourné, il avait chaud et froid, ses membres tremblaient, il suait et avait un goût horrible dans la gorge. Sans compter que c'était terriblement humiliant.
Jugeant qu'Ulquiorra avait besoin d'un remontant avant de partir à la chasse au hollow, Rukia proposa de visiter la clinique. Comme c'était jour de repos, il y avait moins de monde, et il était plus aisé d'y trouver des âmes perdues. Les âmes avaient toujours été attirées par la clinique des Kurosaki, même si c'était une petite clinique où personne ne mourrait. Les âmes venaient là car les Kurosaki leur parlaient, et Ichigo les envoyait à la Soul Society. Rukia pensait que ce serait une bonne idée de montrer cela à Ulquiorra : le boulot de shinigami ne consistait pas à passer son temps à bastonner des monstres.
- Bon, alors je vais aller m'habiller, fit Ichigo.
- Ah, zut, moi aussi, s'exclama Rukia.
- Je vais lui montrer la clinique, décida Karin. Vous n'aurez qu'à nous rejoindre, Ichi-nii, Rukia-chan. Tu peux te lever, Ulquiorra-san ?
- Oui, merci.
Il se nettoya au lavabo avant de suivre Karin dans la clinique.
- Aujourd'hui il n'y a personne, car on n'a pas de pensionnaires en ce moment, expliqua t-elle.
Elle alluma la lumière. De nombreuses âmes perdues étaient assises sur les lits, apparemment en grande discussion, et se tournèrent vers les nouveaux arrivants avec curiosité.
- Salut, vous tous, fit Karin.
- Bonjour, Karin-chan ! répondirent-ils en cœur.
Ulquiorra leur lança un regard méprisant. Ces âmes étaient faibles, il était certain que le moindre choc pourrait détruire ce qui restait de leur chaîne de karma. Ç'aurait été si facile, de faire d'eux des petits hollows…
Karin expliquait gentiment aux fantômes le déroulement de l'opération : comment Ichi-nii allait les envoyer à la Soul Society, où l'on prendrait soin d'eux et où ils pourraient recommencer une vie et retrouver leurs proches. Ulquiorra ressentit un fort sentiment de dégoût, mais cette fois-ci, il constata que ce sentiment n'était pas causé par ces déchets en eux-mêmes, mais par le sort qui leur était réservé. Peut-être que Karin n'était véritablement pas au courant de la façon dont la Soul Society s'occupait des morts…certainement que Kurosaki Ichigo n'avait pas voulu lui dire la vérité. Mais lui, il avait vu comment était le Rukongai, et, à moins de devenir shinigami, la vie proposée là-bas n'était rien d'autre qu'une misère sans fin.
- Nous voilà, fit Ichigo en entrant, tout de noir vêtu, suivi de Rukia.
Tous deux avaient quitté leur gigai pour accompagner Ulquiorra. Rukia sortit son zanpakutoh et montra à Ulquiorra comment transformer l'âme en papillon de l'enfer, l'envoyant ainsi rejoindre la Soul Society en toute sérénité. Les âmes étaient ravies de l'attention qu'on leur portait, ravies de quitter un monde qui ne pouvait plus les voir. Quitter les siens était moins difficile que de les voir évoluer sans soi, et c'était un sentiment pénible qu'Ulquiorra avait également, ancré tout au fond de lui. Il se souvenait parfaitement de cette douleur terrible qui avait fini par le transformer en hollow, tant elle était insupportable.
Ulquiorra tourna brusquement les talons et quitta la pièce, ignorant Rukia qui l'appelait, surprise.
Karin retint la petite shinigami.
- Laisse, j'y vais. Occupez-vous des fantômes.
- Karin, prévint Ichigo.
- Tout va bien, Ichi-nii ! répondit-elle avant de courir hors de la pièce.
Karin avait tout de suite saisi quelque chose que ni Ichigo, ni Rukia n'avaient pu voir. La jeune fille se souvenait très bien de ce que lui avait raconté son grand frère à propos d'Ulquiorra. Ichigo avait raconté de nombreux passages de son combat avec le Cuatro Espada, par bribes que sa famille avait dû raccorder entre elles. Ce combat avait été trop pénible, trop difficile à surmonter, même pour quelqu'un comme Ichigo. Pour qu'Ichi-nii dise ce qu'il avait sur le cœur, il fallait que ce fût vraiment trop lourd pour lui.
Elle trouva Ulquiorra dans la rue. Il regardait les passants, le visage dénué de toute expression.
- Tu es en colère, n'est-ce-pas ? dit-elle doucement.
Les yeux verts d'Ulquiorra s'abaissèrent vers elle, la jaugeant d'un regard en coin. Il gardait la tête haute.
- Pardon ?
- Je peux le sentir. Tu es en colère parce qu'aucun shinigami n'est venu s'occuper de toi lorsque tu étais un fantôme.
Ulquiorra la considéra en silence. Cette fille n'était pas bête du tout, et pour la première fois depuis longtemps, il accepta qu'une autre qu'Orihime puisse ne pas être un déchet. Pourtant, Karin n'avait aucun pouvoir, à part celui de le voir. Mais il sentait en elle une force ; elle était comme un roc inébranlable qui soutenait la famille Kurosaki. Quand bien même Kurosaki Ichigo et son père tomberaient –il n'était pas assez stupide pour ne pas remarquer tout de suite la véritable nature d'Isshin-, elle, Karin, tiendrait encore.
- La Soul Society n'est pas aussi idyllique que tu le penses, petite femme.
- Je le sais. Mais le dirais-tu à ces pauvres âmes ? Je pense que c'est mieux pour elles d'aller là-bas, même si c'est difficile, que d'errer ici, au risque d'être mangées par un hollow ou d'en devenir un soi-même. N'es-tu pas d'accord avec moi ? N'aurais-tu pas voulu aller à la Soul Society, toi aussi, plutôt que de devenir un hollow ?
- La Soul Society me donne envie de vomir.
- Mais c'est si horrible déjà, de mourir. Alors, devenir hollow ensuite…je n'ose même pas l'imaginer…
Elle frissonna, et il devina que d'une manière ou d'une autre, elle avait partagé l'expérience traumatisante qu'était la mort avec un de ses fantômes chéris. Ce déchirement brutal, la chaîne de karma qui casse, le désespoir...
- Devenir hollow est une force, petite femme.
Elle releva la tête.
- Est-ce ce que tu penses vraiment ? Tu ne crois pas que le prix est cher payé ?
- Il m'importe peu, d'avoir dévoré d'autres âmes, ou d'avoir été seul, en comparaison avec la force que j'en ai tiré.
- Je ne te crois pas, fit-elle, secouant la tête.
- Ulquiorra, fit alors la voix de Rukia derrière eux.
Rukia et Ichigo venaient de sortir.
- Nous avons fini, nous partons en patrouille maintenant. Viens-tu avec nous ?
Il lui adressa un bref signe de menton, et les suivit.
- Bonne journée ! fit Karin derrière eux.
Il se retourna et la regarda, puis aperçut, s'évadant des fenêtres de la clinique, une longue ligne de papillons de l'enfer qui s'envolaient vers le ciel.
Sa colère, tombée lors de sa conversation avec la fillette, remonta aussitôt. Non, il n'enverrait aucune âme à la Soul Society, aucune.
Ce à quoi il n'avait pas eu le droit, pourquoi d'autres l'auraient ?
Une étrange porte traditionnelle se referma avant de disparaître dans l'air, et l'homme qui en était sortit s'étira, faisant craquer les articulations de ses épaules, baillant un bon coup.
- Aaaaaaaah, mah, ça f'sait longtemps que j'étais pas v'nu, tiens.
C'était Renji dans son gigai. Il portait un jean et un t-shirt blanc, celui où était marqué « red pineapple », ce qui faisait sourire car ses cheveux rouges ébouriffés, rassemblés en une haute queue de cheval, lui donnaient tout à fait l'air d'un ananas rouge.
Des gens qui passaient par là lui lançaient un regard curieux, considérant avec désapprobation la couleur inhabituelle de ses cheveux et les tatouages noirs qui serpentaient sur ses bras, mais Renji n'en avait strictement rien à cirer. Il sortit son portable pour tenter de repérer le reiatsu de Rukia.
Il la trouva dans le parc, assise dans l'herbe devant le mémorial qui marquait l'emplacement où Yammy avait tué tant de personnes en aspirant leur âme. Ses mains fines jouaient avec son kimono, et elle gardait la tête baissée, le découragement peint sur son joli visage.
- Yo, Rukia ! appela t-il, venant s'asseoir auprès d'elle.
- Renji ! s'exclama t-elle, surprise, ne l'ayant pas senti venir.
- Quelque chose te tracasse ? T'as perdu ton Arrancar ?
- C'est plus un Arrancar, Renji. Non, je ne l'ai pas perdu, il est avec Ichigo. Ils sont allés massacrer des hollows.
- Eh beh, c'est bien ça. Pourquoi cette mine défaite ? la taquina t-il, lui prenant le menton pour lui relever la tête.
Rukia prit son poignet dans ses petites mains, tentant de le repousser, mais il était bien plus fort qu'elle. Ses yeux violets lançaient des éclairs.
- Lâche-moi ! Espèce de barbare !
Il finit par obéir et s'allongea dans l'herbe, croisant les bras derrière sa tête.
- Alors ? Qu'est-ce qui ne va pas ?
- ça ne dérange pas Ulquiorra de tuer des hollow, mais il ne peut pas devenir un shinigami.
- Pourquoi pas ?
- Il refuse d'aider les âmes à aller à la Soul Society. Il les méprise. Tout à l'heure, il en a même transformé une en hollow sous le prétexte qu'elle nous avait attaqués, et il a fallu qu'Ichigo la tue.
- ça l'a quand même envoyée à la Soul Society, tu sais.
- Ce n'est pas sûr. Tous les hollows ne vont pas à la Soul Society. Certains se désintègrent simplement en particules spirituelles, comme lorsque nous mourrons… Non, Ulquiorra n'a pas du tout l'esprit d'un shinigami.
- Tu sais, beaucoup de shinigamis ne sont devenus des shinigamis que pour la baston, ou pour sortir du Rukongai. Tu en connais beaucoup, des shinigamis dévoués au bien-être des âmes?
- Non, bien sûr…mais nous avons le sens du devoir ancré en nous. Nous obéissons aux ordres sans les questionner. Regarde Renji, le bazar qu'il y a eu lorsque Ichigo est venu chambouler tout ça ! Et tous les problèmes que nii-sama a eu, en voulant simplement épouser… (elle eut une hésitation) …celle qu'il aimait.
- Qu'il aime, la coupa Renji d'un ton pensif.
- Pardon ?
- Qu'il aime. Il l'aime toujours. Je le surprends souvent à rêvasser tristement.
Rukia sentit son cœur se serrer. Depuis qu'elle savait la vérité sur Hisana, elle comprenait à quel point la situation était difficile pour Byakuya. Byakuya ne l'avait pas adoptée dans la famille Kuchiki parce qu'elle ressemblait à sa sœur, mais parce que celle-ci le lui avait demandé. Aussi, il s'efforçait de la protéger et d'honorer sa promesse, mais voir Rukia était une véritable torture, car elle ressemblait trop à sa défunte femme. La plupart du temps, Byakuya ne la regardait pas, ne lui parlait pas. Mais elle savait que malgré sa froideur, il avait de l'affection pour elle.
Elle se secoua. Elle ne voulait pas se concentrer sur des sujets tristes comme ceux-ci. Il y avait des problèmes plus urgents. Ulquiorra, en l'occurrence.
- Ce que je veux dire, c'est qu'Ulquiorra pense trop différemment de nous. Il me tolère, je crois, et il a une certaine estime d'Ichigo, et peut-être même un peu d'affection pour Orihime, mais pour le reste…il méprise tout ce qui est faible. Il n'aime pas se battre, mais il tue sans hésiter…Et quant aux shinigamis, il les déteste, j'en suis certaine. Il ne peut pas obéir à quelqu'un comme Yamamoto-sama, ni à une assemblée d'inconnus comme la chambre des 46.
- Si jamais il y a à nouveau une chambre des 46…
- Il n'obéit qu'à lui-même, ou Aizen.
Renji fronça les sourcils. Il se hissa sur un coude.
- Il est encore fidèle à Aizen, tu crois ? Dans ce cas, nous devons le reporter, tu le sais.
Rukia soupira. Elle tenait à la mission que lui avait donnée Hallibel : convaincre Ulquiorra de devenir shinigami, car elle pensait que cela aiderait Ichigo à accepter sa « victoire foireuse » sur l'espada. Elle savait qu'Ichigo n'aimait pas tuer son adversaire, fût-il un ennemi détesté, et encore moins tuer sous sa forme d'hollow. Aider Ulquiorra permettrait de soigner cette blessure qu'Ichigo portait dans son cœur depuis des années.
- Il est fidèle à Aizen, Rukia ? insista Renji.
- Je n'en sais rien. Je pense simplement qu'il ne peut obéir qu'à une personne comme Aizen.
Renji la contempla en silence. Il n'aimait pas lorsque Rukia était triste et abattue comme ça, ça ne lui allait pas du tout. Il se releva, décidant de remettre à plus tard la raison pour laquelle il était venu.
- Eh, tu viens ?
- Où ça ?
- Retrouver ton gigai et aller faire une partie de baseball. C'est toujours rigolo !
- D'accord ! Tu vas voir la raclée que je vais te mettre ! s'écria t-elle, se levant pour le suivre.
Tous deux s'en furent à la clinique des Kurosaki, et Isshin et ses deux filles eurent vite fait de se joindre à eux. Ils allèrent au square du coin et commencèrent une partie de baseball. Ils avaient à peine formé les équipes qu'apparaissait un étrange homme vêtu d'un pantalon vert, de sandales, d'une veste ouverte et d'un drôle de chapeau. Il avait un chat noir sur son épaule et deux enfants derrière lui ; une fillette aux cheveux noirs et un gamin aux cheveux rouges.
- Urahara-san ! s'exclama Renji, surpris.
- ça faisait longtemps, n'est-ce-pas, fit Kisuke avec un grand sourire idiot.
- Salut le squatteur ! fit le gamin aux cheveux rouges.
- Eh ! protesta Renji, je ne squatte pas cette fois-ci !
Le chat sauta à terre et l'instant d'après une jeune femme brune, aux cheveux violets attachés en une haute queue de cheval, apparaissait dans un nuage de poussière – mais habillée cette fois.
- Voyons, voyons, Yoruichi, tu aurais pu attirer l'attention ainsi ! la gronda d'un ton réprobateur Kisuke en cachant son sourire derrière son éventail.
Il avait l'air de s'amuser beaucoup. Yoruichi s'étira et frappa du poing dans sa paume, un sourire de prédateur découvrant ses canines.
- Du baseball ! Laissez-moi jouer avec vous !
- Bien sûr ! Tout joueur supplémentaire est le bienvenu !!! s'enthousiasma Isshin.
Les équipes furent vite formées ; Renji, Rukia, Ururu et Jinta d'un côté, et Isshin, Yoruichi, Karin et Yuzu de l'autre. Kisuke faisait l'arbitre.
- Allez mes filles adorées !!! Montrez à papa que vous êtes les meilleures !!! cria Isshin alors que Karin, frappant la balle de sa batte, piquait un sprint vers la première base.
- Rukia ! Attrape cette foutue balle ! beugla Renji.
Rukia bondit, mais elle était trop petite et la balle était trop haute. Elle se mit à courir après le plus vite possible, pestant contre la Soul Society qui avait décidé de remettre les gigais aux normes, restreignant leurs capacités à celles d'humains normaux.
La partie s'intensifia lorsque Tatsuki, Sado et Orihime, qui revenaient du centre commercial, se joignirent à eux.
Finalement Kisuke conclut sur la victoire écrasante de l'équipe de Yoruichi, alors que celle de Renji –à laquelle s'était joint Sado !- avait plus de dix points d'avance. Ce déséquilibre s'expliquait par le fait que Yuzu mettait peu de force dans ses coups, qu'Orihime visait très mal et qu'Isshin faisait trop l'idiot pour jouer correctement. Mais cela n'empêcha pas les vrais gagnants de protester contre la partialité de l'arbitre.
Finalement, ils se séparèrent pour rentrer dans leurs maisons respectives. Kisuke proposa même à Renji de l'héberger pour la nuit, mais Renji, surprenant le regard noir de Yoruichi qui semblait avoir d'autres plans en tête, refusa poliment. Yoruichi s'éloigna avec un grand sourire satisfait, traînant Urahara derrière elle.
- Rukia-chan, tu viens avec nous ? appela Isshin qui avait chaque bras autour des épaules de ses filles.
- Je vous rejoindrai, Kurosaki-san ! Orihime, est-ce que je peux te parler ?
- Bien sûr, sourit Orihime.
Elle avait attaché ses cheveux cuivrés en une haute queue de cheval, pour ne pas être gênée lors du match. Sado s'était proposé pour l'aider à ramener les sacs de course de Tatsuki.
- Hum…tout se passe bien avec Ulquiorra ? hésita Rukia.
- Bien sûr, pourquoi ça ? répondit Orihime avec un grand sourire.
Rukia vit Tatsuki se retenir de rire. Apparemment la brune avait savouré la torture de ce matin imposée à l'ex-arrancar. Rukia préféra laisser ce sujet de côté, ne voulant pas attrister Orihime en lui apprenant que ses dons culinaires avaient fait vomir Ulquiorra. Elle s'éloigna avec elle, laissant Sado, Renji et Tatsuki discuter, pour lui faire part de ses inquiétudes concernant l'ex-Cuatro Espada. Orihime écouta tout avec un air grave, et il y avait une teinte de tristesse dans ses yeux gris. Mais elle secoua la tête et mit une main rassurante sur l'épaule de Rukia.
- Ne t'inquiètes pas, Kuchiki-san. Je vais m'en occuper. Ulquiorra aime discuter avec moi. Ou du moins, il aimait discuter avec moi au Hueco Mundo.
Rukia se sentit soulagée. Elle sursauta lorsque Orihime bondit tout à coup, frappant dans ses mains avec un cri d'excitation.
- Oh ! J'ai une idée ! Vous tous, s'écria t-elle en se tournant vers son petit groupe d'amis, que diriez-vous d'aller faire un karaoké ?
- Excellente idée ! s'écria Tatsuki.
Tatsuki était un véritable garçon manqué, mais elle adorait les karaokés. Rukia bondit également, agrippant le bras de Renji pour le secouer comme un prunier.
- Oh oui ! Je viens aussi ! Nii-sama dit que j'ai une belle voix. Tu viens aussi, Renji ?
- Euh…pourquoi pas ? Et Ichigo ?
- On va l'inviter aussi ! s'écria Orihime, les joues rougies par la joie.
Elle adorait ces occasions qui lui permettaient de réunir ses amis.
- Sado-kun, tu préviendras Ishida-kun ? ajouta t-elle en se tournant vers le gentil géant.
- D'accord. Mais, quand voulez-vous y aller ? Ce soir me parait un peu juste, il me semble qu'Ishida n'est pas chez lui ce soir.
- Oh, fit Orihime, déçue.
- Nous irons demain ! Ce sera tout aussi amusant ! répliqua Tatsuki.
Rukia se tourna vers Renji.
- Tu as un endroit où dormir ?
- Ben…non, fit-il, se frottant la nuque d'un air piteux.
- Bah, viens chez Ichigo avec moi, il n'y a personne à la clinique en ce moment, ils te trouveront bien un lit, dit Rukia, le prenant par le bras.
Ils se souhaitèrent tous une bonne nuit et se quittèrent.
Renji se sentait gêné. Il avait rarement l'occasion d'être aussi proche de Rukia. Chaque fois que Rukia venait le voir à sa division, Byakuya s'interposait, et lorsqu'il avait du temps libre, elle était occupée. Ils ne se voyaient jamais seuls, toujours avec leurs amis, alors sentir Rukia si proche de lui, son bras niché dans le sien, son épaule contre la sienne, tout cela paraissait être un rêve. Ils marchèrent en silence dans la rue, se dirigeant vers la clinique des Kurosaki. Le soleil se couchait déjà derrière les hautes maisons. Enfin, Rukia rompit le silence, levant la tête vers Renji.
- Au fait, que fais-tu ici, Renji ?
Renji contempla les grands yeux violets qui s'étaient fixés sur lui avec curiosité.
- Tu veux vraiment le savoir ?
- Bien sûr, idiot !
- Le capitaine m'a donné l'autorisation d'aller te prévenir.
- Me prévenir de quoi ? s'étonna t-elle.
- Eh bien, ta candidature au poste de lieutenant de la troisième division a été rejetée.
Rukia éclata de rire.
- Hahaha ! Je ne savais même pas que le capitaine Ukitake m'avait recommandée ! Bah, je ne m'attendais pas à grand-chose d'autre !
- Tu n'es pas déçue ?
- Non ! Franchement, Renji, la troisième division ? Ils ont une mentalité de dépressifs. Et puis, tu pourrais servir sous les ordre de Kira, toi ?
- Nan, c'est vrai…ce serait trop bizarre. Quand je pense que cet enfoiré est devenu capitaine avant moi !
- C'est juste parce que le poste était vacant, sourit Rukia.
- Ouais, pourtant Ichimaru est encore là !
Elle frissonna violemment.
- Ne m'en parle pas. Heureusement qu'il est en prison.
- Désolé, grommela Renji.
Rukia avait lâché son bras. Ils pouvaient apercevoir les fenêtres brillantes de lumière de la clinique Kurosaki. La nuit était tombée.
Rukia ouvrit la porte et se pencha pour retirer ses chaussures. Renji entra derrière elle, refermant la porte, et sourit en la regardant faire ; cette petite robe lui allait tellement mieux que le kimono noir des shinigamis. Mû par une brusque impulsion, il saisit Rukia par le bras et la serra contre lui, fort, ignorant son exclamation de protestation, et l'embrassa sur le front.
Si seulement elle pouvait le voir autrement que comme un ami d'enfance…
Rukia leva les mains, prenant appui sur ses épaules puissantes, et se hissa sur la pointe des pieds, l'embrassant doucement sur le coin de la bouche. Stupéfait, Renji ouvrit de grands yeux, balbutiant ;
- P-pourquoi tu ???
- Tu m'aimes, Renji ? dit-elle d'une voix douce.
Les joues de Renji devinrent cramoisies.
- Q-qui t'a dit ça ?
- Ichigo me l'a avoué l'autre jour, sourit-elle, il était totalement bourré et ça lui a échappé. Ce…ce n'est pas vrai ? ajouta t-elle, une expression de profonde inquiétude dans ses iris violets.
Sans répondre, Renji l'enlaça plus fort et se pencha pour l'embrasser à son tour. Rukia cercla sa taille de ses petits bras. Pour une fois, Renji ne pouvait que remercier Ichigo.
La porte s'ouvrit brutalement derrière eux en un bang ! sonore.
- Eh ! Prenez une chambre ! s'écria Ichigo en entrant, son énorme zanpakutoh négligemment appuyé sur son épaule.
Renji refoula un grognement sourd alors que Rukia se dégageait de ses bras et s'enfuyait dans le couloir, rouge pivoine. Réflexion faite, il allait faire payer cher à son ami sa trahison.
Ulquiorra en avait plus qu'assez. La nuit tombée, l'atmosphère s'était drastiquement refroidie. Et la femme n'était toujours pas de retour ! Il poussa un profond soupir d'agacement et se laissa glisser le long de la porte, s'asseyant à terre.
Cela faisait des heures qu'il attendait. Cette idiote avait complètement oublié de lui donner un double de ses clés et elle était sortie on ne sait où. Même à une heure si tardive, elle était encore dehors. Cette journée était vraiment un enfer. D'abord, il avait failli être empoisonné, ensuite Kuchiki Rukia avait essayé de le faire jouer au bon samaritain, puis Kurosaki Ichigo l'avait ennuyé à n'en plus finir avec sa stupide compétition de qui tuerait le plus d'hollows, et enfin, alors qu'il était affamé, assoiffé et épuisé, il devait poireauter devant la porte de la femme. Où était-elle ? Certainement que cette Tatsuki devait la retenir jalousement. Il avait bien compris que Tatsuki ne comptait pas lui céder Orihime, et il ressentait quelque chose comme de la jalousie.
Maintenant Ulquiorra était sérieusement de méchante humeur. Orihime était peut-être la seule personne qu'il appréciait, ça n'empêchait pas qu'il avait vraiment envie de lui tordre le cou en cet instant.
- Oh ! Oh non c'est pas vrai, je t'ai pas donné la clé ! s'écria une voix aiguë, et il releva la tête.
Orihime grimpait les marches de son escalier. Elle était en t-shirt et short comme ce matin, mais ses cheveux étaient attachés en une haute queue de cheval et dansaient d'une épaule à l'autre, en synchronisation parfaite avec ses pas. Ulquiorra se releva lentement, lui lançant un regard froid.
- Je suis vraiment désolée, balbutia Orihime, fouillant dans son sac à main pour retrouver ses propres clés. Tu…tu as attendu longtemps ?
Un regard polaire fut sa seule réponse. Orihime flancha légèrement, et, trouvant ses clés, se concentra sur l'ouverture de la porte. Il n'y avait pas de lumière, aussi la serrure était-elle difficile à trouver.
Enfin, la porte s'ouvrit.
- Voilà ! Entre vite, tu vas attraper un rhume !
- La faute à qui ? répliqua sèchement Ulquiorra.
Elle referma la porte derrière elle et retira ses chaussures.
- Tu es fâché ?
- Fâché, moi ? Hn, fit-il avec mépris.
De telles émotions étaient dignes de pathétiques humains, pas de lui. Les sentiments étaient inutiles. Ulquiorra ne demanda même pas la permission à la femme et s'enferma dans sa salle de bain. Orihime sentit le découragement la gagner et décida de remettre la discussion au lendemain. Froissé comme il l'était, Ulquiorra refuserait certainement la discussion. Afin d'apaiser les choses, elle décida de préparer à manger.
Je vais lui faire un chouette repas. ça devrait le calmer s'il trouve tout prêt.
Un sourire flottant sur ses lèvres, Orihime se hâta dans sa cuisine. D'après ce qu'elle pouvait entendre, Ulquiorra prenait un bain et non une douche, elle avait donc un peu de temps devant elle. Chantonnant doucement, elle s'activa.
Elle avait à peine posé son plat tout chaud sur la table déjà mise qu'Ulquiorra entrait dans la cuisine, vêtu de son seul hakama et une serviette autour de ses épaules. Il avait les cheveux mouillés, mais l'expression de son visage ne s'était pas détendue et se durcit même davantage en voyant le repas tout prêt. Orihime l'accueillit tout de même avec un grand sourire.
- Tu tombes à pic, je viens juste de terminer le repas !
La réponse tomba, tranchante.
- Et tu crois que je vais manger ça ?
Le sourire d'Orihime disparut aussitôt. Elle était stupéfaite et blessée par le ton venimeux de sa voix.
- Pourquoi dis-tu ça ? Tu es encore fâché contre moi pour cette histoire de clés ?
- Femme, renifla t-il avec mépris, même si tu étais autre chose qu'un déchet je n'avalerais pas une seule bouchée de ta nourriture répugnante. Au cas où personne ne te l'aurait dit, tu cuisines d'une façon abominable et il n'y a vraiment que ton estomac qui puisse supporter cela !
Pendant un instant Orihime resta immobile, glacée, comme si elle n'avait rien entendu du tout, ou comme si ça ne l'avait pas touchée. Puis, elle eut un hoquet et porta les mains à sa bouche, ses yeux se remplirent de larmes et elle éclata en sanglots avant de sortir de la cuisine en courant, poussant Ulquiorra au passage.
Toute la frustration d'Ulquiorra s'évanouit à cet instant, et un sentiment inconnu vint s'infiltrer dans son cœur. Il regrettait ses paroles ; il aurait préféré n'importe quoi, qu'elle le gifle même, plutôt que de se briser ainsi. Il resta figé sur place, sans arriver à se décider. Fallait-il s'excuser ? Il n'avait fait que dire la vérité.
Finalement, il se dirigea d'un pas hésitant vers la chambre d'Orihime, mais s'arrêta devant la porte fermée, écoutant ses sanglots.
Il ne savait véritablement pas quoi faire. Comment consoler la jeune femme ? Comment s'excuser pour quelque chose qu'il pensait vraiment ?
Alors, pour la troisième fois de sa vie, Ulquiorra prit la fuite ; il tourna les talons et s'en fut se coucher dans le salon, laissant la jeune fille à sa douleur.
Voilà, c'est tout! A vrai-dire, je ne suis pas tellement satisfaite de ce chapitre. J'espère que le prochain sera meilleur...
Au fait, la chanson d'Orihime est tirée du générique de fin de Clannad. Je trouvais que ça lui allait bien...
Une bise à vous tous!
