Chapitre 3

« ... les femmes sont élevées pour être hypocrites.

Moi comme les autres. »

'L'orage rompu' Jacqueline Harpman

-Ce n'est pas possible !

Les deux jeunes hommes avaient pris leur air le plus penaud et fixaient le sol avec intérêt. Cela faisait plus de cinq minutes que Lily Evans, la préfète, les assommait de reproches.

Sirius Black, James Potter, Remus Lupin, Peter Pettigrow, Harry Matthew ainsi que deux jeunes filles que ce dernier venait de rencontrer – Ambre Corral et Mylèn Vint – étaient tous assis dans l'herbe chaude du parc, face au lac. Quant à Lily, elle se trouvait debout face à James et Sirius, les sourcils froncés et l'air rageur.

Harry tentait de ne pas rire, mais devait tout de même avouer que les deux Griffondors abusaient. Ils avaient fait perdre plus de trois cent points à leur maison en à peine deux semaines. Malgré le fait que son père n'était plus du tout comme il l'avait été, l'année précédente, lorsque Harry l'avait vu dans la Pensive, les deux meilleurs amis ne pouvaient résister à quelques farces facétieuses.

Dans un bruyant soupir, la jeune fille abandonna et se laissa tomber sur les fesses dans l'herbe. Harry se perdit une fois de plus à l'admirer : Sa mère était une jeune femme jolie et fraîche. Il l'avait déjà vu deux fois, mais elle semblait plus jeune. Et en effet, elle avait quelques années de moins que lorsqu'elle s'était montrée à lui dans le miroir du Rised ou encore lors de son combat avec Voldemort en 4ème, mais il était étonnant de changer autant en si peu de temps. Car Harry savait bien que ses parents avaient à peine plus de vingt ans lorsqu'ils avaient été assassinés. Poudlard parvenait-il tant que cela à protéger du combat ?

Puis, le fils de Lily Evans tourna ses yeux vers Sirius et son père et sourit en voyant ce dernier faire les yeux doux à Lily pour qu'elle lui pardonne. Apparemment, cela faisait à peine quelques mois qu'ils étaient ensemble. Mais Harry préférait largement les voir ainsi, plutôt que comme ils l'étaient dans les souvenirs de Rogue.

Poursuivant son avancée, il vit Remus, le visage calme et éreinté, les yeux perdus dans le vague, par delà le lac. Cela faisait presque une semaine que Harry était arrivé et il avait remarqué que Remus parlait peu. La pleine lune avait apparemment été difficile, mais le nouveau venu en savait peu étant donné que les autres n'en parlaient jamais devant lui. Ce qu'il comprenait. Il n'était pas proche d'eux depuis longtemps et jamais, ils ne lui avaient reproché de rester avec eux. Au contraire.

Lorsque son regard croisa celui de Peter et que le jeune homme lui sourit, un tressaillement envahit Harry. Il savait qu'il ne pouvait rien dire, mais à chaque fois qu'il voyait ce rat, il ne pouvait s'empêcher d'être en colère et dégoûté.

Pourtant, ce dernier ne semblait pas hypocrite ou menteur. Non, Peter paraissait apprécier véritablement ses amis. Et le garçon à la cicatrice trouvait cela d'autant plus atroce. Car, même en les aimant, Queudver avait été capable de les trahir.

-Dis, Harry ?

Il se tourna vers son père et constata que sa mère était partie, accompagnée de ses deux amies, se rafraîchir les pieds dans le lac.

-Tu vois, Rogue ?

Harry vit les problèmes arriver au galop : De un, il n'avait pas encore commencé à réfléchir à sa mission, de deux, sa mère piquerait une crise si elle apprenait qu'ils allaient encore transgresser le règlement.

-Oui…

-Sirius et moi, on se disait que ça fait un petit bout de temps qu'il n'a pas eu de nos nouvelles…sourit-il, de ce sourire 'à la James' tellement moqueur. Et étant donné qu'après cette année, on ne se reverra plus jamais, on pensait qu'un coup de grâce ne serait pas malvenu. Et puis, il n'a pas été très sage vis-à-vis de moi ces derniers temps… acheva-t-il d'un œil noir en faisant allusion à la soirée d'arrivée de Harry dans le passé.

-Tu es partant ? demanda Sirius, les yeux pétillants d'enthousiasme.

-Tu ne penses pas que tu t'es déjà fait suffisamment réprimandé ? sourit Harry en fixant James.

-C'est pour la bonne cause… et on ne se fera pas prendre.

Harry se dit qu'ils étaient peut-être doués pour trouver de bonnes blagues, mais peu discrets. Ils se faisaient toujours prendre… Mais il se tut.

-Que suis-je censé faire ?

-Génial ! s'écria Sirius en comprenant qu'il les aiderait.

-Rogue va toujours aux toilettes après le cours de métamorphose.

-Constipé, le petit Servilo… ajouta Sirius.

-Et… ?demanda Harry, les sourcils froncés, mais un sourire aux lèvres.

-Tu n'auras qu'à attendre devant la porte, dit Sirius. On ne te demanderait pas de faire quelque chose de trop risqué.

-Je fais le guet alors ? Mais et vous, qu'allez-vous faire ?

Les deux jeunes hommes eurent un regard malicieux l'un envers l'autre.

-Juste une petite potion laxative…qui en plus rend poilu quiconque entre en contact avec elle durant plus de huit heures, répondit Sirius.

-Comme métamorphose est un cours qu'on a au matin… il passera la journée en babouin qui a la diarrhée, rit James.

Harry riait déjà, même s'il ne trouvait pas cela très malin. Rogue n'avait jamais été l'un de ses amis, après tout.

-Et comment allez-vous vous y prendre ?

-James s'occupe de me faire la courte échelle et je verse la potion par-dessus la toilette de Rogue. Un seul contact… et paf ! s'écria-t-il, non peu fier.

-Chut ! dit soudainement James en faisant mine de s'intéresser à une fleur dans l'herbe.

Harry aperçut alors sa mère, le regard inquisiteur, les fixer de loin. Il doutait qu'elle ne sache pas lire sur les lèvres…

---

Le noir de la nuit l'empêchait de voir où elle mettait les pieds, les feuilles des arbres étaient déjà imprégnées de rosée, des branches craquaient sous ses pieds, des cris de corbeaux terribles et frémissants parvenaient à ses oreilles… Alessa courait. Elle courait comme elle n'avait jamais couru, aussi vite, aussi loin qu'elle pouvait. Elle ne voulait jamais plus revenir en arrière, jamais plus revoir cet homme, jamais plus subir les tortures de ce monstre.

La réunion était terminée depuis plus d'une heure et chacun à son tour les élèves étaient rentrés à Poudlard. Malheureusement, l'organisation de Lucius selon laquelle ils devaient rester en groupe s'effondrait à chaque fin de rassemblement : tous étaient bien trop excités pour se rendre compte du danger qui planait sur leurs têtes de se faire prendre par un professeur.

Et Alessa avait pu partir sans que personne ne s'en aperçoive – Narcissa étant forcée de rester aussi longtemps que Malefoy l'avait décidé. Son mariage avait été fixé au mois prochain : C'était si tôt !

Elle avait espéré lorsque Lucius lui avait dit que Voldemort voulait les unir après Poudlard que peut-être elle aurait l'occasion de s'enfuir jusque là. Même si elle savait que ce plan était plus qu'improbable, un mois à peine était insuffisant de toute façon !

De plus, le Maître avait passé la soirée à la ridiculiser devant les autres Mangemorts : il avait organisé un mini tournoi de duels et elle avait dû se battre plus que tous les autres. Bien entendu, la seule règle était celle selon laquelle tout est permis… Alessa était épuisée et aucun de ses combats n'avait été fructueux.

Durant cette sombre soirée, elle avait haï Lucius et ces autres Mangemorts qui, étant soit les favoris du Maître soit des partisans dont le rôle étaient plus importants que le sien, ne devaient jamais participer à ces futiles épreuves et distractions. Cependant, plus que tout, elle avait exécré Rogue. Pourtant, malgré qu'il fût dispensé de participer au tournoi, il n'était pas plus privilégié que Malefoy et ces autres adeptes auxquels elle venait de penser… Mais c'était avec lui qu'elle devrait s'unir … C'était de sa faute, elle le détestait… Elle aurait voulu qu'il meure pour ne pas avoir à se marier…

Alessa n'avait jamais fait partie de ces filles rêveuses d'un prince charmant sur son puissant étrier. Mais secrètement, elle savait qu'elle croyait à ce prince, à l'âme sœur, à l'Amour. Et elle ne voulait pas que toutes ses espérances soient réduites à néant par la faute de Rogue.

La jeune fille s'arrêta de courir et, essoufflée, elle s'appuya sur un arbre et se courba légèrement pour reprendre son souffle. Non, elle savait bien que ce n'était pas de la faute à Rogue… Elle savait que lui aussi devait la détester et avoir envie de la voir mourir… Tout cela était de Sa faute à lui. Non. Elle ne devait pas penser une telle chose. Il risquait de déceler ce sentiment la prochaine fois qu'il la verrait.

Puis finalement, après la colère, ce fut la tristesse qui submergea Alessa, perdue dans la sombre Forêt située plus loin sur la route qu'ils avaient pris plus tôt. Des larmes perlèrent d'abord à ses yeux, puis ce fut un torrent de pleurs qui inonda ces émeraudes. Elle n'en pouvait plus, elle en avait assez.

Elle ne supporterait plus longtemps un tel régime… Et pourtant, que faire d'autre ? Elle ne pouvait pas, n'avait pas le droit d'abandonner. Son père ne lui pardonnerait jamais s'il la voyait agir ainsi. Et elle était persuadée qu'il la voyait de là ou il était. Du moins, cette croyance injustifiée en le fait que son père serait toujours à ses côtés lui avait permis de tenir jusque là. De ne pas sombrer.

Seuls ces petits sursauts de larmes dérangeaient la Forêt endormie. Elle devait rentrer à Poudlard, sinon on remarquerait son absence, mais elle n'en avait pas le courage, pas la force…

Appuyant sa tête contre le tronc de l'arbre auprès duquel elle s'était assise, elle ferma les yeux, tentant de calmer les battements irréguliers de son cœur meurtri.

---

Dans un sursaut, la jeune fille rousse s'éveilla et regarda rapidement autour d'elle. Elle s'était endormie dans la Forêt… Puis, reprenant peu à peu ses esprits, elle se rendit compte qu'elle était dans la Salle Commune de Serpentards, toujours vêtue de ses habits de la veille, le corps dénué de couverture.

C'était certainement la raison pour laquelle elle avait si froid… Mais elle ne se souvenait pas d'être revenue à Poudlard. La soirée avait-elle été tellement forte en émotion que les dernières heures, vides de tout sentiment et emplis de fatigue, avaient disparues de sa mémoire ?

Se redressant un peu mieux et s'étirant tel un chat, la jeune fille haussa les épaules.

'Il vaut mieux que j'aille me préparer. Les cours commencent dans une demi-heure et je meurs de faim'.

La Grande Salle était déjà presque vide lorsqu'elle arriva. La plupart avaient déjà déjeuné et les cours commençaient dix minutes plus tard. Alessa se dépêcha de prendre un petit pain au beurre et décida qu'elle mangerait en se rendant au cours de métamorphose.

La rousse avait eu tellement d'émotions qu'elle venait à peine de se rendre compte qu'il lui faudrait prendre sa potion ce jour là. Elle frissonna en y repensant. Maintenant, elle avait environ deux crises par jour. Heureusement, elle parvenait à contrôler plus ou moins les spasmes et les autres pensaient à un mal de crâne. Cependant, la douleur était insupportable. Alors, si elle buvait la dernière… La souffrance pouvait-elle être encore plus forte… ? Parviendrait-elle à contrôler des crises ambiantes sans que personne ne s'en aperçoive ?

Car si un professeur s'en rendait compte, l'infirmière lui ferait sans doute des tests et alors…

Que découvriraient-ils ? Sauraient-ils déceler la marque de Voldemort ? Dumbledore le saurait sûrement.

Sans le remarquer, elle était entré dans la classe de cours et s'était assise à l'une des tables du fond. Les autres élèves n'étaient pas encore tous présents et le professeur n'était pas encore arrivée. Elle soupira. Comment tout cela allait-il se terminer ? Elle avait l'impression d'être tombé dans des sables mouvants qui lui enseveliraient bientôt la tête…

Elle aperçut Rogue s'asseoir à une table a demi lieu entre la première rangée et la dernière et se mit à fixer son dos sans s'en rendre compte. Elle ne l'avait pas vu partir la veille… Certainement, avait-il fait la fête avec les autres adeptes importants du Maître… Que pensait-il de leur prochaine union ?

Des rires provenant de la porte se firent entendre et Alessa vit arriver les Maraudeurs, accompagnés de Lily Evans et d'un nouvel élève dont elle ne connaissait pas le nom. Un coup de coude de Narcissa fit se retourner la rousse. La blonde venait de s'installer à ses côtés.

-Qu'est ce que tu fais là ? Tu n'as pas abandonné Métamorphose ?

-Je ne fais que passer, dit-elle d'un geste négligent de la main. Dis, tu ne trouves pas étonnant qu'il y ait un nouveau alors qu'il y a moins d'une semaine tu voyais arriver le sosie de Potter dans le couloir ?

Alessa considéra son amie quelques secondes, remarquant qu'elle avait l'air épuisée. Elle n'avait plus pensé à ce garçon depuis plusieurs jours. L'idée de la blonde n'était pas dénuée de sens.

-Ce serait bien le genre de Dumbledore, répondit-elle en voyant Rogue fixer étrangement le nouveau alors qu'il passait devant sa table.

Pourquoi tout le monde comprenait-il toujours beaucoup plus rapidement qu'elle ?

-J'y vais, dit la blonde en voyant arriver le professeur.

Le cours se passa lentement. Très lentement. En outre, McGonagall n'avait pas apprécié la loutre de Alessa – il était vrai qu'elle ressemblait plus à un chien sans patte – et l'avait salement blâmée.

A la fin du cours, tous se ruèrent hors du local de Métamorphose. Alessa sortit rapidement. Voldemort avait dit qu'elle devait prendre la potion à la même heure, donc quelques minutes de retard ne seraient pas dommageables. Elle n'avait pas eu le cran de demander une autre permission de sortie à son professeur…

Elle voulut se mettre à courir, mais se rappela instantanément que les toilettes de Mimi étaient fermés momentanément… Tant pis. Ce serait risqué, mais elle irait dans les autres toilettes les moins utilisées de Poudlard : Ceux que les Elfes de Maisons n'osaient pas laver car ils étaient hantés par un vieil elfe aigri et révolutionnaire qui avait passé sa vie et était mort en essayant de rendre les elfes libres… Décidément, les toilettes de Poudlard étaient les lieux les moins bien fréquentés.

Puis, Alessa pensa à eux tous, les Mangemorts et rectifia : C'était Serpentard le lieu le moins bien loti…

Elle atteignit les toilettes et sans regarder où elle allait, s'enferma dans l'une d'elle. Elle ingurgita la potion et attendit quelques secondes. Pensant que personne ne viendrait, elle n'avait pas fermé la porte à clé et c'était sans compter sur un intrus : Rogue.

Apparemment, il sembla tout aussi étonné qu'elle de la trouver là. Comme si ce lieu lui appartenait… râla-t-elle.

Puis il baissa les yeux vers la fiole et son visage redevint insondable.

-Tout va bien ?

Aucune émotion, aucune inquiétude, aucun intérêt. Juste une question passive. Elle ouvrit la bouche pour lui dire une fois pour toute qu'elle en avait assez de son comportement aussi insensible et qu'il pourrait au moins faire semblant de s'intéresser à elle un tant soit peu étant donné que bientôt, ils seraient mariés. Mais c'est à cet instant que la porte choisit de s'ouvrir. Rogue fronça les sourcils. La porte d'entrée ne donnait pas de vue sur cette toilette, étant la dernière de la rangée.

La rousse entendit chuchoter et vit Rogue avancer d'un pas vers les murmures, sans bruit. Alessa fit de même et se plaça juste à derrière lui, passant sa tête par-dessus son épaule du mieux qu'elle pouvait. A cet instant, elle remarqua du coin de l'œil un petit être fantomatique les scruter d'une des toilettes, les bras croisés et le regard noir. L'elfe rebelle ne semblait pas heureux qu'on envahisse ainsi son lieu de prédilection.

-Black…entendit-elle murmurer Rogue dans un grognement.

Jetant un coup d'œil du côté de Rogue, elle aperçut elle aussi le Griffondor.

-…pas dans celle-là… entendit-elle.

-…non plus… essaie… là…

Elle vit la main de Rogue glisser le long de sa baguette.

-Que fais-tu ? Ils ne t'ont rien fait !chuchota-t-elle ardemment.

-Et pourquoi penses-tu qu'ils sont là ? dit-il, peut-être un peu trop fort.

Elle n'eut pas le temps de répondre que Sirius se trouvait face à eux, un sourire aux lèvres.

-On dirait qu'on a pas été assez discrets, Cornedrue…

L'interpellé arriva alors, l'air étonné. Puis, il sourit à son tour, fixant lui aussi Rogue.

-Il y a des choses qui ne changent jamais…dit-il sur un faux ton d'excuse.

A cet instant, Rogue sortit sa baguette et Sirius émit un 'Whou' faussement admiratif.

-On dirait que Servilo va utiliser les grands moyens, Patmol…

-J'ai hâte de voir ça, répondit l'autre, sortant une fiole de sa poche.

Alessa fronça les sourcils en la remarquant et James vit son regard.

-Tu as vu Sirius ? On dirait que Servilo a un rendez-vous… Savez-vous, Miss, que nous nous trouvons dans les toilettes des garçons ? Non pas que vous me dérangiez…

-Vous, vous me dérangez ! s'écria alors la voix de l'elfe défunt, l'air rageur et effrayant. Severus, dit-il en s'adressant personnellement à Rogue, je t'avais dis que si je te permettais de venir ici, c'était à la condition que tu n'amènes aucun de ces élèves stupides et fainéants.

Ainsi, Rogue connaissait cet elfe : Venait-il souvent s'enfermer ici, seul… ? Puis, s'intéressant à nouveau à James, elle se dit que ce garçon était détestable… Quelle prétention, quelle confiance en soi. Ce qu'elle détestait ces gens là, ceux qui avaient non seulement foi en eux, mais qui en plus, s'en vantait. Peut-être parce qu'elle aurait voulu être comme eux… ?

C'est alors que sa tête se mit à lui tourner brusquement. Elle porta ses mains à son crâne et ferma les yeux, émettant un gémissement involontaire.

Elle ne vit pas Rogue se retourner, les sourcils froncés. Elle ne le vit pas baisser sa garde. Elle ne vit pas Sirius ouvrir la fiole. Elle ne vit pas James l'empêcher de la vider, la désignant d'un signe de tête.

Puis, sans que personne ne s'y attende, elle se mit à hurler de douleur. La souffrance était insupportable, des couteaux lui tailladaient la chaire. Elle voulait mourir, c'était atroce. Elle avait l'impression que dans ses bras, ses jambes, son cou, son ventre, quelque chose aspirait ses organes et ses muscles de l'intérieur.

Elle perçut brièvement le nouveau entrer dans les toilettes, alerté par son cri angoissé.

-Que se passe-t-il ? entendit-elle.

Elle se sentit ballottée : Quelqu'un l'aidait à s'asseoir contre le mur…

-Elle s'est mise à avoir des tremblements d'un coup !

C'était Black. Elle l'aurait reconnu entre mille, cette voix… Combien de temps n'avait-elle pas rêvé qu'il lui adresse la parole ? Ce n'était que récemment qu'elle s'était rendue compte que ce qu'elle ressentait pour lui n'était pas de l'amour, mais de la jalousie, de l'admiration, de l'envie…

Quelqu'un passa sa main sur son front, prononçant des formules inaudibles. Elle entrouvrit les yeux alors que Sirius disait qu'il allait chercher de l'aide. Rogue était agenouillé face à elle, les yeux clos et la baguette pointée sur elle. Que lui lançait-il comme sort… ?

Un autre cri passa ses lèvres et ce fut le noir total.

---

Harry était monté tôt dans son dortoir ce jour là. Ce qu'il s'était passé dans les toilettes n'avait pas quitté son esprit de la journée… Qu'est ce que cette fille avait bien pu avoir ?

Et ce n'était pas seulement sa crise qui l'intéressait. C'était la fiole vide qu'il avait vue dans sa main qui l'intriguait. Et par-dessus tout, c'était l'attitude de Rogue qui l'avait éberlué.

Il n'aurait jamais pensé que, alors que Sirius et James s'apprêtaient à lui faire un mauvais coup, il se préoccupe plus de quelqu'un d'autre que de lui-même. Il leur avait même tourné le dos… Il était temps qu'il découvre en quoi sa mission consistait…

Il lui restait encore plus de cinquante jours pour exécuter son office. 'Ce sera suffisant', se dit-il.

---

Ce matin là, la Serpentard s'était une nouvelle fois réveillée à l'infirmerie. Décidément, depuis qu'elle avait été 'embauchée' par Voldemort, elle passait beaucoup plus de temps dans des lieux qu'elle n'avait que peu connus auparavant. Elle ignorait s'il s'agissait d'une bonne chose…

'Certainement pas, vu les douleurs que cela provoque…' lui dit une petite voix.

Se redressant, elle considéra la pièce. Les rideaux de son lit n'avaient pas été fermés et elle pouvait distinguer le mouvement du vent dans les arbres à travers les fenêtres. Cette crise avait été épouvantable… Jamais, elle n'en supporterait une de plus, elle avait d'ailleurs cru que celle-ci ne s'arrêterait plus.

Elle entendit du bruit et vit Me. Pomfresh pénétrer dans l'infirmerie.

-Avez-vous bien dormi, Miss. James ? Comment vous sentez-vous ce matin ?

-Oui. Ca peut aller.

La femme s'installa sur le côté du lit de la jeune fille et posa sa main sur son front. La rousse en profita pour la dévisager : elle n'avait que rarement vu l'infirmière de si près. Elle constata qu'elle était plus âgée que son dynamisme ne le laissait présager. A croire que Poudlard a des pouvoirs revigorants, se dit-elle en pensant à Dumbledore.

L'infirmière tendit sa baguette sur le cou de Alessa et fronça les sourcils. Elle réitéra le geste sur son poignet et cela ne sembla pas la satisfaire.

-Il y a un problème, Madame ? demanda Alessa, soucieuse.

-Eh bien…sembla-t-elle hésitée, renouvelant ses gestes mécaniquement. Je l'ignore. C'est étrange, je ne parviens pas à …

C'est alors que Dumbledore entra dans la pièce, un sourire aux lèvres.

-Notre malade est réveillée, Pompom ?

La femme hocha la tête en se levant, cessant ainsi de dissimuler la jeune fille au directeur. Cette dernière détourna les yeux et fixa ses doigts entremêlés, déposés sur son lit.

-Professeur, il y a quelque chose d'étrange… commença la femme.

-J'aurais besoin de parler à Miss James, Pompom, si cela ne vous dérange pas.

Devant le regard convaincant de l'homme, l'infirmière accepta, l'air étonné. Bafouillant, elle dit qu'elle était dans l'autre pièce si l'on avait besoin d'elle et s'y enferma. Alessa tremblait légèrement, anxieuse.

Finalement, le silence s'éternisant, elle se résolut à lever les yeux et rencontra le bleu intense de ceux du directeur. Et ces derniers ne pétillaient pas … Qu'avait-elle bien pu faire de si grave ? Pensait-il qu'elle avait simulé son malaise ?

-Je pense qu'il nous faut parler, Miss James.

-Je… Je n'ai rien fait.

Ignorant la remarque, le vieil homme fit apparaître un fauteuil sur le côté droit du lit et s'y installa, se plaçant juste face à elle.

-Hier a été une journée rude en émotions pour vous, je ne l'ignore pas.

Elle ne dit rien.

-Et je suis ravi de voir que vous vous en remettez toujours très bien. Cependant, dit-il en glissant l'une de ses mains dans sa poche, je crains devoir vous demander une explication pour ceci.

Et il plaça la fiole que Alessa avait vidée la veille au niveau de son visage. Elle ne sut retenir une petite exclamation. La fiole ! Elle n'y avait plus pensé ! Lorsque Sirius était revenu avec de l'aide, le petit objet lui avait glissé des doigts. Elle pensait la retrouver dans les toilettes… Qui avait bien pu penser que cela était important ?

-Qui vous a remis ceci… ?demanda-t-elle le plus calmement qu'elle put.

-L'éternel habitant de ces lieux, l'elfe Rylski le Fort, a jugé opportun de me l'apporter. A-t-il eu tort ?

La voix du directeur n'était pas en colère, mais plutôt déçue. Ses yeux n'étaient pas froids, mais plutôt tristes.

-… Que voulez-vous ? demanda-t-elle d'une petite voix.

-Aujourd'hui, je ne vous demanderai rien d'autre que de m'écouter.

Elle se contenta de le fixer avec lassitude. Les choses devenaient bien trop compliquées. Comment ferait-elle pour cacher cette conversation à son Maître. L'Occlumancie lui manquait décidément trop.

-Les quelques gouttes que contenait encore ce flacon m'ont fait comprendre la cause de vos nombreuses crises. Malheureusement, si j'en crois vos symptômes, vous avez déjà bu les trois fioles, ce qui signifie que vos malaises ne feront qu'empirer.

-…

-Etes-vous consciente de la dangerosité de cette potion ?

-On m'en a décrit les effets, oui. Mais cela ne change rien, je n'ai pas le choix.

-Nous avons toujours le choix, souffla l'homme, en fixant la fiole quelques secondes. Puis, reprenant contenance : Cependant, il est trop tard pour se lamenter ou vous supplier de ne pas boire cette potion. Dites-moi plutôt ce qu'on vous en a dit.

-Qu'elle annihilait le sang qui coule dans mes veines. Que bientôt, je n'en aurai plus.

-Savez-vous que le sang est indispensable à la survie de l'individu… ?

Elle sourit brièvement devant cette question inutile.

-Il y a des choses que vous ignorez. S'il vous plait, ne vous en mêlez pas... Cela ne ferait que rendre les choses plus compliquées.

Elle soupira et fixa à nouveau ses mains.

-Je comprends bien trop d'où provient ce filtre.

Elle le regarda à nouveau, le visage fatigué.

-Et je me doute de la peur qui doit vous envahir à cet instant. Cependant, je ne crois pas vous avoir jamais vu vous intéresser à la Magie Noire ou encore à la Gloire. J'en déduis donc qu'il y a une chose bien plus importante qui vous a poussé dans ses rangs.

-Oui.

Un silence naquit entre eux, mais pour la première fois, elle ne baissa pas les yeux. Pourquoi le regard de l'homme faisait-il naître tant d'espoir en elle… ? La force lui revenait peu à peu…

Puis, il tourna son regard vers la fenêtre et sembla perdu dans ses pensées quelques secondes.

-J'ai connu votre père, autrefois.

Pour la première fois, elle fut intéressée par les dires du professeur. Il ancra à nouveau ses yeux clairs dans les émeraudes et fit une pause.

-Vous étiez si jeune à l'époque, il n'est pas étonnant que vous ne vous souveniez pas de moi.

-Vous… Vous me connaissiez… ?

-Lorsque je suis devenu directeur, j'ai découvert les nombreux trésors des anciens maîtres de Poudlard. Chacun des anciens directeurs a fait quelque chose pour l'école. Et j'ai donc trouvé un remarquable ouvrage, entièrement rédigé à l'encre d'or.

Alessa attendit, impatiente que l'histoire la concerne à nouveau.

-Ce document traitait de la question que les nombreux Mages Noirs se posent : Celle de l'Immortalité.

Et elle commença à comprendre où il voulait en venir. Cependant, elle ne voyait pas comment son père aurait pu l'aider… Enfin… Elle pensait qu'il ne lui aurait rien dit.

-Bien entendu, les précédents Seigneurs des Ténèbres n'ont pas recherché la vie éternelle aussi ardemment que Lord Voldemort. Mais la question se posait déjà et le directeur a fait de nombreuses recherches très fructueuses, la plupart provenant bien sûr de la Magie Noire.

-Et mon père était cité dans l'ouvrage…murmura-t-elle.

-En effet. Son nom est d'ailleurs cité plusieurs fois comme étant célèbre pour sa découverte d'une potion plus qu'intéressante.

'Eternity' pensa-t-elle.

-Le directeur de l'époque n'avait malheureusement pas eu le temps de joindre votre père et j'ai décidé de mettre à bien ce projet. J'ai contacté votre père qui a accepté immédiatement de me recevoir. Parfois, la réputation vous précède et vous sert, sourit-il, amusé.

Le mois qui suivait, je me rendais dans votre agréable demeure, l'ancien château d'un roi moldu si je me souviens bien, dit-il. Votre père était très fier d'être ainsi reconnu et m'a fait savoir qu'il était surtout étonné. Cependant, ses peurs, fondées malheureusement, l'empêchaient de me donner la formule ou une fiole de la potion. Ce que, de toute façon, je n'aurais pas demandé…

-Et il vous en a parlé ? demanda-t-elle, étonnée.

-Il m'a expliqué les bienfaits qu'elle apportait : Une vie de plusieurs siècles plus longue… Une offre que beaucoup aurait accepté avec ferveur. Cela ne permet pas la vie éternelle, certes, mais Voldemort ne rechignerait certainement pas, j'en suis certain.

Elle ne dit rien. Elle préférait ne pas lui faire savoir qu'elle en connaissait beaucoup sur la potion. D'ailleurs, son père lui avait fait part de tous ses secrets.

-Et vous m'avez vu ? demanda-t-elle, souhaitant sans l'avouer que le directeur lui rappelle des moments oubliés qu'elle avait passés avec son père et son frère.

-Votre frère et vous étiez présents, en effet. Vous n'aviez pas plus de quatre ans. En apparence du moins.

La conversation revenait sur l'élixir… Que voulait-il savoir ?

-Votre père m'a expliqué que tant qu'il prenait lui-même l'élixir, ses descendants – du moins ceux qui avaient son sang dans leurs veines – recevraient également les propriétés de la potion.

-Je ne vois pas où vous voulez en venir.

-Au fait que, et j'en suis désolé, j'ai appris que votre père était décédé.

Elle déglutit.

-Comment se fait-il que vous n'ayez pas l'apparence de votre âge réel aujourd'hui ?

-Je…

-Je ne vous demande pas de me révéler ce que votre père voulait que vous cachiez. Je souhaite simplement comprendre la raison pour laquelle vous êtes persuadée que vous ne mourrez pas, après avoir bu ces fioles.

Alessa soupira. Il était bien perspicace, ce Dumbledore.

-Non, professeur. Ce que vous voulez savoir c'est ce qu'Il veut de moi. Et en effet, cela n'est pas sans rapport avec Eternity.

C'était le nom que son père avait donné à son invention. Ce qu'il lui manquait ; sa perspicacité, son intelligence, sa sagacité et puis aussi, son pouvoir de voir l'avenir. Un don qu'aucun de ses trois enfants n'avait eu…

-Allez-vous la lui donner ?

-Je pensais que je devrais seulement écouter, dit-elle plus sèchement qu'elle ne l'aurait voulu.

-En effet, sourit-il pour s'excuser. Vous êtes suffisamment responsable pour savoir ce que vous faîtes. Mais rendez-vous compte que votre vie n'est pas la seule en jeu.

Il se leva.

-Je suppose qu'il vous faut encore vous reposer.

'Il a pris cela pour un refus d'obtempérer, il ne veut pas me forcer' se dit-elle en le voyant s'éloigner.

-Sachez, dit-il encore, que la porte de mon bureau vous sera toujours ouverte. Et encore une chose… dit-il en souriant, cette fois, connaissez-vous le tableau représentant cet homme à la main tendue sur laquelle il est inscrit…

-…'Destin', acheva-t-elle, les sourcils froncés.

-C'est cela. Un présent de votre père. Apparemment, il me sera très utile un jour, mais j'ignore encore comment.

Il sortit alors et elle sourit. Alessa avait toujours admiré le côté énigmatique et omniscient de son père. Il ressemblait beaucoup à Dumbledore de ce point de vue là…non ?

---

-Si je comprends bien, le Maître me demande d'interroger Rylski le Fort des toilettes afin de connaître la raison pour laquelle il est allé voir Dumbledore hier soir… ?

-C'est cela, Blink. Mais s'il te plait, cesse de m'appeler Maître… supplia Harry.

Il avait l'impression d'être Voldemort et de parler à l'un de ses Mangemorts.

-Est-ce que tu penses que tu y parviendras ? Je crains qu'il n'aime que relativement les humains…grimaça Harry, en se disant qu'il ne pouvait donc pas le faire lui-même.

-Rylski était un elfe très courageux et honorable lorsqu'il vivait, répondit Blink de son éternel air endormi. Je sais qu'il me répondra si je lui fais comprendre la situation.

Harry hocha la tête en se disant qu'étant donné que Blink lui-même ignorait la moitié de la 'situation', il serait difficile de la faire comprendre à quelqu'un d'autre sans omettre des détails ou même mentir… Mais de toute façon, il avait besoin de savoir. Cela lui permettrait sûrement de comprendre pourquoi Rogue paraissait peu étonné de cette crise… Il s'était contenté de l'aider à s'asseoir et de lui lancer des sorts anti-douleur et d'autres que Harry ne connaissait pas.

L'instinct du jeune homme lui disait que cette Alessa James était liée à la mission qu'il devrait accomplir. Cependant, pouvait-on entièrement se fier à son instinct… ?

Son elfe délégué par Dumbledore lui était finalement très utile. Au moins, il ne devait pas manquer de cours pour faire lui-même des recherches sur Rogue. Et si Rylski répondait, Blink pourrait étudier de nombreux ouvrages de la bibliothèque et même de la Réserve sans se faire prendre pour connaître les effets de cette potion.

Le fils de James salua l'elfe et décida de rejoindre les autres dans la Grande Salle. Il était surpris d'avoir été aussi facilement accepté par les Maraudeurs. Et même si le coup dans les toilettes n'avait pas porté ses fruits, James et Sirius n'avait pas abandonné leur 'ultime bataille' envers Rogue.

Il était vrai que James avait évolué depuis qu'il était avec Lily, mais il restait le gamin taquin et fouineur. Le visiteur du futur se sentait mal à l'aise de voir à quel point Rogue ne cherchait pas les ennuis. Finalement, c'était souvent eux la cause des conflits.

Un jour, il fit part de ceci à Remus.

-Je vois ce que tu veux dire, soupira-t-il. Et tu m'aurais dit ça l'année dernière encore, je t'aurais répondu par l'affirmative. Sirius et James étaient de vrais pros de 'l'Anti-Servilonage'. Cependant, aussi surprenant que cela puisse te paraître aujourd'hui, Rogue était souvent la cause de la querelle. Mais depuis que James sort avec Lily, il a énormément changé et Sirius a également mûri. Ce qui est étonnant, c'est que Rogue aussi a changé. Depuis le début de cette année, il est plus calme, plus confiant et surtout, moins intéressé par les petites guéguerres inter maisons.

-Je vois.

-Je ne suis pas non plus d'accord avec ce dernier coup dont ils parlent, mais, après tout, nous ne reverrons plus jamais Rogue ensuite. Je comprends qu'ils veuillent lui laisser un souvenir. Enfin, Rogue n'est pas si démuni que cela face à eux. Ils sont peut-être deux, mais lui n'hésite pas à recourir à la Magie Noire pour les contrer.

Harry se dit que Remus avait peut-être raison et puis, il ne fallut pas longtemps pour qu'il se laisse convaincre de la bonne foi de son père et de son parrain.

-Harry ! lui lança une voix désormais familière.

-Bonjour, Lily.

-Tu viens manger avec nous ?

-James et les autres ne sont pas avec toi ?

-Ils sont momentanément indisponibles, dit-elle calmement.

Cependant, Harry entendit le ton désabusé derrière sa voix douce.

-Ils sont partis à Pré-au-Lard ? chuchota Harry.

-Seulement James et Sirius. Remus est préfet et Peter malade. Il voulait te prévenir, mais le cours de Potions a été annulé et ils en ont profité.

Le jeune homme hocha la tête et alla s'installer avec sa mère et ses amies. Mylèn était une jeune fille blonde aux yeux marron. Elle riait constamment et Harry trouvait cela plutôt stupide. Quant à Ambre, c'était une jeune fille brune aux yeux verts. Harry la trouvait assez jolie, mais n'avait pas encore eu l'occasion de beaucoup dialoguer étant donné qu'elle-même ne parlait jamais.

-Oh regardez, dit alors Mylèn. On dirait que la Serpentard qui a eu ce malaise hier est sortie de l'infirmerie. Elle a l'air d'aller bien.

-J'étais présent lors de sa crise et je peux te dire qu'elle n'avait pas l'air bien à ce moment là, dit sombrement Harry en regardant passer Alessa.

Il aperçut même le regard de la jeune fille se poser sur Rogue, qui ne releva pas les yeux de son livre, éternellement posé contre une bouteille lorsqu'il mangeait. 'On dirait Hermione', pensa Harry avant de se donner une tape mentale. Jamais plus il ne devait insulter son amie de la sorte.

-Pourquoi tu regardes Severus ? demanda Lily en fixant Harry.

Les deux amies de sa mère discutaient énergiquement avec des garçons de 7ème année, assis à leurs côtés. Haussant les épaules, il répondit vaguement :

-Je me demandais s'il savait ce qui était arrivé à cette fille, hier, dit-il en regardant toujours Rogue posément.

Lily émit un petit 'hm' en scrutant à son tour le Serpentard.

-Comment se fait-il que vous étiez sur les lieux lorsque c'est arrivé ?demanda-t-elle sans le regarder.

Harry déglutit. Parler signifiait trahir son père et Sirius. Mais refuser de dire quoi que ce soit, ç'aurait été ne pas vouloir aider sa mère à ce qu'ils ne fassent plus perdre de points à Griffondor…

-Eh bien…

Elle lui lança un regard en coin et il remarqua qu'elle souriait. Ce qu'elle était jolie…se dit-il. Ce qu'elle aurait une bonne mère aussi.

-Tu ne vas pas me dire que Sirius, James et toi, vous vous trouviez tous au même endroit que Severus, par hasard. En outre, l'elfe ne supporte pas les Maraudeurs.

-On a entendu du bruit, dit Harry, mentant par omission étant donné que si lui était entré dans les toilettes, c'était en effet parce que Alessa avait crié.

-J'espère qu'ils ne prévoient rien de stupide…soupira-t-elle. Tu ne peux pas imaginer à quel point leurs disputes avec Severus pouvaient être gourdes.

Harry se dit qu'au contraire, on lui en avait raconté plus d'une, mais comment expliquer à quiconque comment il savait… ?

-Je dois y aller, dit-il alors en se souvenant qu'il devait rejoindre Blink dans dix minutes.

-Oh, très bien. A plus tard, alors.

-Oui.

Harry atteignait les escaliers menant aux étages supérieurs lorsqu'il entendit un bruissement de cape derrière lui. Il s'arrêta en tournant la tête. L'impression que quelqu'un le fixait devenait insupportable.

C'est alors qu'il aperçut Rogue, appuyé contre la rampe d'escalier, le dévisageant étrangement. Le fils de James resta patient, souhaitant connaître la raison pour laquelle Rogue s'intéressait à lui.

-Il a été étonnant de voir un nouveau arriver le lendemain de l'apparition d'un inconnu à Poudlard. Qui plus est, le sosie d'un élève…

Ouille, que c'était direct. Ainsi donc, Rogue prouvait une fois de plus son assidue capacité à tout savoir. Cela n'était pas toujours bon signe étant donné que l'ex-Mangemort – qui devait en être encore un aujourd'hui, se dit Harry – parvenait souvent à apprendre ce qu'il voulait connaître.

-Je ne vois pas de quoi tu parles, répondit Harry, posément.

Il avait survécu à sept années avec Rogue en tant que professeur, alors un 'mini' Rogue ne le faisait en aucun cas trembler. Qui plus est, il ne possédait aucune forme d'autorité, ici.

-Vraiment ? demanda Rogue dans un rictus en observant un point invisible par-dessus l'épaule de Harry.

-Je suppose… Rogue c'est ça… ? Que si tu es venu me trouver aujourd'hui et pas avant, c'est que tu as déjà fait des recherches, fructueuses ou pas, sur moi et mon arrivée à Poudlard.

Malgré le visage impassible de l'autre, Harry vit, quand Rogue posa son regard sur lui, qu'il n'était pas insensible à ses propos. Comment pouvait-il savoir l'ardue capacité de Severus Rogue à toujours arriver à ses fins ?

-Je n'ai rien à te dire, tu devais bien t'en douter lorsque tu es venu me trouver.

-Ce que tu dis est passionnant, prononça son adversaire, sarcastiquement. Cependant, sais-tu au moins ce que mes recherches, très fructueuses – il insista sur ces derniers mots – m'ont apportées ?

Harry hésita et Rogue le remarqua. Avait-il pu trouver quoi que ce soit en relation avec le tableau ? Connaissait-il ses effets ?

-Je me doute de ce que tu as pu trouver, oui, acheva-t-il tout de même, mentant légèrement. Cependant, même si tu découvrais quoi que ce soit d'autre, sourit-il alors, tu ne pourrais strictement rien contre moi. Si tu sais d'où je viens, poursuivit-il, ne pouvant s'empêcher d'éveiller la curiosité de son interlocuteur, tu dois te douter que je te connais bien plus que quiconque ici. Alors, si tu es aussi intelligent que le disent les professeurs, tu devrais tirer des leçons de ceux qui ont été bien trop curieux, par le passé…

Sur ces derniers mots, il se retira. Harry n'était ni satisfait, ni malheureux de cette altercation. Cependant, il se doutait que Dumbledore serait sûrement déçu de voir qu'il ne savait pas faire l'effort de s'entendre avec son futur professeur. Au moins pour la mission…

Il soupira et vit Blink arriver face à lui.

-Alors ? demanda-t-il sans détour.

-Rylski le Fort a donné la fiole vide que tenait Miss James avant de s'évanouir au professeur Dumbledore.

-Et lui a-t-il dit ce qu'elle contenait ?

-D'après le peu de choses que savait Rylski le Fort, il s'agissait d'un élixir très puissant provoquant l'annihilation du sang de celui qui le buvait.

Harry fut frappé d'horreur et de compréhension à la fois. Serait-ce possible que ce soit… ?

-Blink est allé voir à la bibliothèque pour faire des recherches sur cette potion. Malheureusement, Blink ne connaissant pas le nom du filtre, il lui a été impossible de faire des recherches rentables.

Harry se dit que soit Hermione était très douée avec cette bibliothèque – dans laquelle elle trouvait tout ce qu'elle voulait, même en ne connaissant pas le nom d'une potion – soit Blink avait déjà fait part à Dumbledore des recherches du jeune homme et que le directeur lui avait demandé de pas en dire trop…

Le jeune homme avait déjà pensé à cette alternative ; le directeur ne sachant pas ses véritables intentions et voulant protéger ses élèves, il souhaiterait sûrement le maintenir le plus possible à l'écart. Le fils de Lily grimaça. C'était une chose d'avoir Rogue contre soi, mais le plus grand sorcier de tous les temps… C'était le dernier vœu de Harry que d'avoir Albus Dumbledore pour adversaire…

-Merci Blink, tu as fait ce que tu as pu. Je vais retourner dans la Salle Commune maintenant.

-Bien Maître.

Et l'elfe s'en alla de son air somnolent.

Attendant qu'il tourne à l'angle du couloir, Harry choisit de prendre la direction de la bibliothèque d'abord : Il fallait qu'il en ait l'esprit clair.

---