Salut à tou(s), me voilà de retour, pour vous jouer un mauvais tour ! Afin de préserver le monde de la dévastation, afin de rallier tous les peuples à notre nation -

Désolée, parfois mon amour pour la Team Rocket choisit des moments déplacés pour s'exprimer^^'

Voilà le chapitre 3 qui j'espère, sera à la hauteur de votre attente, et attention, il est VRAIMENT rated M ! Alors abandonnez tout espoir, vous qui entrez...


Castiel attendait dans une petite salle exempte de toute décoration, assis en face d'un bureau en verre où une femme en tailleur gris pianotait assidûment sur son clavier d'ordinateur.

Le temps passait. A la fois vite car il ne se réjouissait pas de son entrevue et lentement parce que chaque minute perdue au Paradis n'était pas consacrée à son enquête sur Terre.

Il se tordit les mains, puis tira sur les pans de son trenchcoat pour les défroisser. Jeta un coup d'œil à sa montre. Il avait pourtant bien précisé qu'il s'agissait d'une affaire urgente. Un soupir d'ennui lui échappa; la secrétaire le regarda par-dessus ses lunettes pointues d'un air qui signifiait clairement "merci de patienter en silence".

Enfin, la porte finit par s'ouvrir et un homme dans la fleur de l'âge aux traits frisant la perfection lui dit dans la langue des anges:

- Ah mon très cher Castiel, content de te revoir. Entre seulement.

L'intéressé le remercia dans la même langue et alla s'assoir sur la chaise qu'on lui désigna, au milieu d'un bureau de style colonial. Quant à son supérieur, il s'installa confortablement sur un énorme fauteuil couleur cognac, véritable trône de cuir capitonné.

- Alors, que me vaut l'honneur de ta visite ?

Fidèle à lui-même, Castiel n'y alla pas par quatre chemins :

- Nous avons une alerte de niveau un dans l'hémisphère nord.

L'ange en face de lui posa son menton sur le dos de ses mains entrecroisées.

- Oui, aux Etats-Unis, n'est-ce pas ? Tous les anges en parlent...

Castiel pinça les lèvres; ainsi sa bavure était connue de tous.

- Oui... Un...

Il hésita quant au terme à utiliser pour qualifier l'homme qui s'était si facilement joué de lui, un être présent depuis bien avant que le premier poisson ne se soit hissé sur la berge et dont la forme réelle faisait la taille du Chrysler Building. Individu ? Rebelle ? Dissident ?

Il l'imagina se moquer de lui, ses yeux verts brillant de malice, et opta pour la simplicité :

- Un homme a peint un symbole en Énochien sur une statue d'ange. Il s'agissait juste d'une lettre, un son sans signification particulière, ce qu'il ignorait probablement, mais ce qui est inquiétant, c'est qu'il en ait eu connaissance. Et ce n'est pas tout.

Le visage de son interlocuteur s'assombrit, miroir de son humeur.

- Il a été appréhendé par nos Fidèles et amené au poste de police. Vu qu'il refusait de coopérer, j'ai été appelé. Je l'ai torturé jusqu'à ce qu'il accepte de parler. Mais... Il a profité d'un instant d'inattention pour dessiner un Sceau d'Expulsion contre le mur de la salle d'interrogatoire avec son sang. Je ne l'ai remarqué que trop tard, lorsqu'il l'a activé. Et du temps que je récupère assez d'énergie pour revenir sur Terre, il s'était échappé, aidé par un autre homme. La destruction d'un immeuble près du commissariat leur a très probablement servi de diversion.

L'ange le fixait toujours de ses yeux de glace, deux icebergs inexpressifs logés dans un visage à la beauté plastique. Il savait que le pire restait à venir et voulait l'entendre de sa bouche. Castiel prit une profonde inspiration.

- Il a également profité de ma confusion pour voler ma Lame Angélique.

L'ange se pinça l'arête du nez en grimaçant.

- Castiel, Cas-tiel, tu es mon meilleur élément, comment diable un de ces vulgaires singes a-t-il pu dérober la seule arme capable de nous TUER ?!

Il avait ponctué sa question en abattant bruyamment ses poings sur le plan vernis du bureau. Castiel, qui n'avait même pas tressailli, répondit d'un ton calme et posé:

- C'est justement parce que j'ai fait l'erreur de le considérer comme un simple animal qu'il a réussi à m'avoir, Michel. J'assume l'entière responsabilité de cet échec et accepte la sanction que tu jugeras opportune.

Son supérieur se détendit subitement, ses épaules s'abaissèrent, son front ridé de colère redevint lisse.

- Une sanction ? Non, Castiel... Pas encore. (Il eut un sourire cruel.) Je veux dire: pas forcément. Mais sache qu'elle est déjà toute choisie au cas où tu ne parviendrais pas à étouffer cette rébellion dans l'œuf.

- Merci, Michel.

Castiel s'apprêtait à sortir de la pièce lorsque la voix de l'archange l'arrêta net, main sur la poignée.

- Oh, j'allais oublier... Réserve le même sort à cet homme que celui du rebelle de 1991. Il est digne de mourir de tes mains; après tout, il a surpassé son prédécesseur...

Castiel acquiesça et ignora la vague de dégout qui ébranla tout son être, précédée par un souvenir à la précision photographique.

Un dégout plus dirigé contre lui-même que contre Michel.


Les deux frères marchaient en direction de la salle de réunion. Dean pressait contre sa joue gauche un sac rempli de glaçons que lui avait donné Ash; il avait beau s'être avalé un comprimé d'ibuprofène avec son whisky, il sentait toujours la douleur pulser dans son bras et son visage.

Ils pénétrèrent dans une grande pièce rectangulaire meublée d'une longue table dont le plateau consistait en une carte du monde rétroéclairée. Certains lieux étaient marqués par des drapeaux de différentes couleurs. Les murs de brique nue disparaissaient derrière des étagères débordantes de livres et d'objets rares, la plupart étant des exemplaires uniques. D'autres encore étaient recouverts de coupures de journaux de propagande angélique, classées par sujet et année. Les extraits correspondants de la version clandestine écrite par la RT les juxtaposaient, seul média non censuré par les anges.

Assis seul à la table, le front appuyé sur la paume de sa main, un cinquantenaire à l'air bougon sirotait un verre de scotch qui n'était clairement pas le premier. Mais dès qu'il aperçut Sam et Dean, ses yeux gris s'illuminèrent dans l'ombre de la casquette de camionneur vissée profondément sur sa tête et un grand sourire fendit sa barbe roussâtre.

- Dean ! Sam ! Vous êtes de retour...

Il se leva précipitamment, un rien chancelant, et les serra tous les deux dans ses bras.

- J'étais sûr que tu y arriverais, Dean, dit-il à ce dernier, sa main posée sur le côté de son cou en un geste paternel.

- Bien sûr, c'est pour ça que tu as vidé le bar, hein Bobby, répliqua Dean sur le ton de la plaisanterie, ce qui lui valut une vigoureuse claque dans le dos.

- Que veux-tu, parfois la peur l'emporte sur l'intuition... Sam va lui chercher le kit de premier secours et recouds-le. Pour le bras, faudra se passer d'hôpital.

Pour appuyer ses dires, il leur montra sur son ordinateur portable le bulletin d'information où les images d'eux quittant le commissariat et un gros plan du visage de Dean défilaient en boucle, le résumé en bas de l'écran contenant le mot "recherché" en caractères gras, suivi de "récompense" en rouge.

Sam n'en crut pas ses yeux :

- Mais c'est pas possible, j'étais pourtant sûr d'avoir désactivé les caméras de surveillance...

- Oui et bien apparemment tu en as oublié une. C'est pas grave, poursuivit-il avec plus d'indulgence en voyant son abattement, de toute façon, les flics qui ont arrêté ton frère auraient dressé un portrait-robot. Heureusement que toi tu étais masqué.

Malgré les mots réconfortants de Bobby, Sam continua à se fustiger mentalement tout en s'éclipsant pour alla chercher le kit.

Dean se laissa tomber sur une chaise en face de son père adoptif. Il n'avait qu'une envie, se coucher, fermer les yeux et dormir pendant deux jours entiers. Hélas, ce n'était pas pour tout de suite. Il attendit que Sam revienne pour leur faire son rapport.

- Bon, vous voulez la version longue ou courte ? demanda-t-il à son audience.

- Longue, répondirent-ils en chœur sans une once d'hésitation.

Dean soupira. Super. Il leur relata le graffiti sur la statue, son arrestation musclée, et sa rencontre du troisième type avec les anges, s'interrompant de temps à autre pour permettre à son frère de désinfecter et recoudre sa pommette éclatée. Sam et Bobby, qui n'avaient jamais vraiment été en contact direct avec eux, buvaient chacune de ses paroles comme des enfants frissonnant à l'écoute d'une histoire d'horreur racontée autour d'un feu de camp.

- Une fois qu'il m'ait assez tabassé et que je saigne suffisamment pour dessiner le Sceau, comme prévu, j'ai capitulé, et vous n'allez pas me croire, il a fait son gentleman, il m'a laissé le temps de me remettre sur pied et tout. Alors j'ai profité de son inattention pour tracer le symbole puis...

Il se pencha en avant, les coudes sur la table, et Bobby l'imita :

- Je lui ai dit de venir plus près parce que j'étais trop faible pour parler à voix haute, et il l'a fait; il est à une vingtaine de centimètres de moi et là, je caresse son visage en mode amoureux transi, et aussi ses lèvres -

larges et pleines, finit-il en pensée juste à temps, léchant inconsciemment les siennes à ce souvenir. Sam et Bobby échangèrent un bref regard lourd de sens.

- Vous auriez dû voir sa tête !

Dean tâcha de ne pas rire trop fort de crainte de rouvrir ses sutures.

- Il s'est figé sur place, mais j'ai vu qu'au milieu des milliers de questions qui tournaient en boucle dans sa tête d'emplumé, il était parti au quart de tour...

Il se tut, se racla la gorge et secoua la tête.

- Vraiment bizarre, cet ange.

Sam et Bobby se regardèrent à nouveau, à la fois amusés et médusés.

- Une chance qu'on ait envoyé le plus mignon des Winchesters, conclut Bobby en levant son verre.

- Hé ! fit Sam d'un air vexé, alors qu'il refermait le kit.

- Allez Sammy, tu sais bien que j'ai toujours été le plus doué au flirt, que ce soit avec des mecs ou des nanas, contrairement à toi, ricana Dean.

Le cadet dut lui donner raison sur ce point :

- Peut-être mais c'est la dernière fois que j'accepte un plan aussi foireux. Je ne veux pas avoir à te rafistoler encore une fois… Ou alors s'il doit y avoir une prochaine fois, ce sera moi.

Dean chercha le regard de son petit frère pour lui transmettre par ses yeux ce que ses paroles ne pourraient pas :

- Je sais Sam, tu nous l'as déjà bien fait comprendre quand on a mis au point ce plan et je t'ai déjà dit que c'était hors de question; je sais que tu en es capable, putain, tu l'es même plus que moi. Je ne pourrais juste plus vivre s'il t'arrivait quelque chose, tu comprends ?

Sam lui sourit tristement, son front creusé de petites ridules là où ses sourcils haussés se rejoignaient presque au-dessus de son nez. Et si moi je te perdais, tu y as pensé ? Non, car tu es égoïste dans ton altruisme… Toujours prêt à te sacrifier sans aucun égard pour ceux qui restent, tant qu'ils sont en vie. Il faut croire que je le suis aussi puisque je te laisse faire. Après cet échange silencieux et chargé d'émotions dont les Winchesters avaient le secret, Dean reprit :

- Bon, avec tout ça, je ne vous ai toujours pas montré mon butin...

Une tension attentive teinta tout de suite l'atmosphère de la salle. Il sortit délicatement la Lame de la poche intérieure de son sweatshirt, poche qu'il avait spécialement ajoutée pour l'occasion.

Sam et Bobby contemplèrent un instant l'objet qui scintillait dans sa main, ébahis. Puis les questions fusèrent :

- Elle est aiguisée ? Elle n'en a pas l'air...

- Elle est lourde ? Ou plutôt légère, comme de l'aluminium ?

Lassé de parler, Dean leur passa l'arme à tour de rôle afin de la laisser répondre par elle-même. Bobby effectua une série de tests, dont un qui lui valut une vilaine coupure au pouce.

- Voilà ta réponse, Sam.

Il plaça la Lame dans une boîte en bois, soigneusement emballée dans un morceau de velours, et décréta :

- Il est tard, les enfants. Faut aller vous reposer. Demain, j'irai chercher une attelle et quelques médocs pour Dean, et je continuerai à étudier l'arme pour la reproduire.

Il cacha son pessimisme; elle était faite d'un métal absent du tableau périodique des éléments. Autant essayer de répliquer un rêve. Sam et Dean méritaient toutefois d'avoir un peu d'espoir pour tous leurs efforts qu'ils avaient fournis.

Ils se souhaitèrent bonne nuit et se retirèrent dans leurs quartiers respectifs.

Dans sa chambre, Dean se coucha sur le dos tout habillé, son bras cassé replié contre sa poitrine, et s'endormit rapidement, les évènements de la journée rejouant aléatoirement dans son esprit embrumé avec une insistance particulière sur le visage d'un certain ange.


Les halètements effrénés de Dean résonnaient dans la cellule, faisaient ricochet contre les murs et revenaient décuplés à ses oreilles où ils se mêlaient aux battements frénétiques de son cœur.

Pressé contre la table métallique avec une force surhumaine, il était incapable de formuler une pensée cohérente, son cerveau ayant passé d'émetteur à récepteur; seuls les sensations addictives qui parcouraient son corps de long en large étaient traitées par lui tandis que son sexe gorgé de sang pendait lourdement entre ses jambes écartées.

Les pans du trenchcoat de l'ange couvraient ses flancs dénudés en un voile d'intimité, le tissu chatouillant sa peau à chaque fois qu'il s'enfonçait en lui, ses cuisses frappant ses fesses en un bruit que seuls les gémissements de Dean surpassaient en obscénité.

Soudain, ce ne fut plus les lèvres épaisses de l'ange qu'il sentit sur son dos, déposant des baisers légers comme une plume entre ses omoplates et à la base de sa nuque, mais une douleur incommensurable; il hurla et se débattit dans les menottes qui l'enchainaient à la table, ses mains serrant le bord du plateau au point de s'en arracher les ongles. Il tâcha de prendre appui sur ses coudes pour se retourner, comprendre ce qu'il se passait, en vain. La douleur recommença, plus forte, plus profonde, si envahissante qu'il fut incapable de faire autre chose que crier à s'en déchirer les cordes vocales. Il entendit des os craquer, ses os, puis sentit un liquide chaud ruisseler sur son dos, former une rivière rouge le long du sillon formé par sa colonne vertébrale et la souffrance était-elle qu'il ne suppliait plus l'ange d'épargner sa vie mais d'y mettre fin, sans même s'en rendre compte.

Hélas, la torture continuait, et la mort ne venait pas, il ne perdait même pas conscience alors que son esprit aurait-dû céder face à l'ampleur du supplice. Il utilisa ses dernières forces pour tordre le cou et regarder derrière lui, où il vit au milieu de ses propres côtes ouvertes en un éventail macabre, le visage de l'ange et son sourire infernal.

Dean se réveilla en sursaut, ses vêtements et les draps de son lit trempés de sueur. Il scanna l'obscurité de ses yeux écarquillés, sa respiration erratique étant le seul bruit à briser le silence de sa chambre.

Il lui fallut quelques secondes pour réaliser qu'il s'agissait seulement d'un cauchemar et qu'il était en sécurité.

Il passa sa main valide sur son visage avant de se recoucher sur son côté droit, recroquevillé en position fœtale.

Évidemment, ce n'était pas son premier cauchemar concernant des anges, cependant, c'était le seul à lui avoir laissé ce nœud glacial au fond de la gorge, un nœud à l'arrière-goût de prémonition.

Quand il parvint à se rendormir aux premières lueurs de l'aube, il tremblait encore.


Note: le supplice en question était une méthode de torture et de mise à mort appelée "l'aigle de sang" et pratiquée par les Vikings :) Elle consiste à détacher les côtes de la colonne vertébrale et à les déployer pour former, eh bien, des ailes... Puis à extraire les poumons, par l'arrière... bref, vous avez compris l'idée. J'espère que vous n'étiez pas en train de manger en lisant ce chapitre, si c'est le cas, je suis navrée^^' Si vous souhaitez satisfaire une curiosité macabre, l'aigle de sang est mis en scène dans la série Vikings 2x07 (magnifique scène, aussi belle que répugnante) et Hannibal 1x05 (ici c'est juste dégueulasse, je suis navrée mais cette série m'horripile hahaha).