Prompto était toujours allongé sur le pont quand il entendit quelqu'un courir.

Il était resté à la même place quand Holly était repartie surveiller les moteurs, et quand Dave et Gladio avaient décidé de poursuivre leur conversation dans un recoin plus tranquille de l'Hydréenne. Prompto connaissait très bien cette voix que prenait Gladio quand il voulait "poursuivre la conversation ailleurs" et, malgré le froid, il préférait ne pas retourner à la chambre tout de suite. Ils la partageaient avec deux autres personnes, mais Prompto savait aussi comment Gladio pouvait être quand il avait très envie de quelque-chose.

Prompto était donc toujours allongé sur le pont par précaution, et aussi parce qu'il avait essayé de prendre quelques photos des étoiles en longue exposition, pour voir ce que ça pouvait donner. Le résultat n'était pas très concluant, ce qui expliquait pourquoi il n'était pas assez absorbé par ses activités et remarqua les reniflements de la personne qui venait de courir vers l'arrière du pont sans le remarquer.

C'était un homme, visiblement, si la forme de ses épaules dans son costume était une indication valable. De dos, il se découpait à peine sur le noir de la nuit. Il courut sans s'arrêter jusqu'à la balustrade, à laquelle il sembla se heurter violemment. Prompto s'apprêtait à retourner à sa contemplation des étoiles et à ignorer la silhouette et ses problèmes, mais elle leva une jambe, et avant que Prompto n'ait eu le temps de réagir, elle enjambait la rambarde et se penchait de l'autre côté. Il émit un petit cri de surprise, se redressant complètement sur le banc. Les deux mains de l'inconnu s'agrippèrent à la barrière, mais ses bras étaient tendus et tout son corps au-dessus des flots. Le bateau faisait très peu de bruit en se déplaçant, grâce aux efforts combinés de tous les cerveaux du Lucis pour construire une hélice surpuissante ; mais cela n'empêchait pas le remou qu'il produisait de se heurter à la coque en un clapotis constant, qui tout à coup revêtait une sonorité terrifiante.

"Attendez !" s'écria-t-il en se remettant rapidement sur ses pieds pour trébucher jusqu'au bout du pont. "Qu'est-ce que vous faites ? Eh, ça va pas ?"

Il courut vers l'inconnu mais tout à coup une voix s'éleva, un "laissez-moi tranquille !" qui le stoppa net, avec un léger frémissement.

Il était assez près pour distinguer quelques détails à présent, la silhouette d'un homme qui devait être dans sa tranche d'âge, avec des cheveux sombres et une peau très pâle, un costume qui avait l'air très bien taillé et plutôt riche… plus surprenant encore, un objet doré s'enroulait autour de son genou gauche ; il n'était définitement pas le genre de personne qu'on s'attendrait à croiser sur cette partie du navire.

"Approchez pas ou je saute," dit-il, d'un ton tremblant qui manquait un peu de conviction.

Ceci dit, Prompto n'était pas en position de décider s'il bluffait ou pas, aussi resta-t-il à distance raisonnable alors que son coeur s'emballait. Il allait vraiment sauter ? Non, quand même pas ?

"Non… faites pas ça… vous avez pas envie de plonger là-dedans, c'est… vraiment très froid."

"Je sais bien," grinça l'autre.

"Vous allez être paralysé et vous noyer," insista Prompto, sentant les mots s'échapper de sa gorge sans qu'il puisse les contrôler. De là où il était, il ne voyait pas l'eau, mais il pouvait deviner de quoi elle avait l'air - noire, avec l'écume blanche remuant sur le dessus.

"Je suis au courant."

Prompto commença à s'agiter d'un pied sur l'autre. Qu'est-ce qu'il était censé faire ? Mince, il s'attendait à un voyage tranquille, pas à voir quelqu'un essayer de se jeter à la mer...

"Ecoutez, vous pouvez pas faire ça... si vous sautez maintenant, je vais devoir sauter aussi pour vous aider, et... il doit faire très froid, et je sais pas nager... c'est vraiment pas agréable de se noyer, vous savez... quand j'étais petit, j'ai... je vous assure, c'est pas ce que vous voulez. S'il-vous-plaît, descendez de là, je veux dire, revenez sur le pont... je suis sûr qu'on peut trouver une autre solution ? non ?"

Il ne cessait de jeter des coups d'oeil anxieux tout autour de lui, comme s'il cherchait quelqu'un dont il pourrait attirer l'attention.

Bon sang, pourquoi est-ce que Gladio n'était pas là ? Lui, il aurait pu l'aider... Gladio aurait attrapé cette personne d'un seul bras et l'aurait certainement remis sur le pont sans qu'il puisse protester. Hop, incident évité. Prompto, lui, n'avait que sa grande bouche pour essayer de le convaincre et il savait bien que la moitié de ce qui en sortait était généralement stupide et sans intérêt.

"Pourquoi est-ce que vous vous en souciez, de toute façon ? Qu'est-ce que ça peut vous faire ?"

"Parce que…"

Il ne pouvait pas tout expliquer à ce parfait inconnu. La cuve, la sensation du liquide visqueux dans sa gorge et dans ses poumons ; il se réveillait encore parfois avec cette sensation d'étouffer, il devait se forcer à respirer. Bien sûr, si ce type sautait dans l'eau à cette heure de la nuit, il allait mourir avant d'avoir le temps de regretter la noyade. Il ne pouvait pas dire ça non plus. Il devait trouver quelque-chose. Pris d'une impulsion subite, il commença à détacher ses bottes et fit glisser sa veste de ses épaules d'un mouvement souple.

"Je suis impliqué maintenant. J'ai plus le choix. Il faut que je vous sauve. Si je vous laisse ici, vous allez... j'aurai ça sur la conscience, alors... soyez gentil…"

L'autre sembla considérer la question, mais il gardait les yeux rivés sur les flots noirs. S'approchant,. Prompto le vit souffler, un petit nuage de buée blanche s'échappa de ses lèvres. Il avait pleuré, il pleurait encore. Mince, il ne bluffait pas du tout. Qu'est-ce que Prompto allait pouvoir faire ? Le sol était déjà froid à travers ses chaussettes. Et puis il ne pouvait pas vraiment se jeter à l'eau avec lui, ça ne les avancerait à rien… il n'avait vraiment plus intérêt à louper son coup, maintenant.

"Okay. Okay, d'accord."

La petite voix du jeune homme retira un énorme poids de la poitrine de Prompto.

"Oh bon dieux, merci. Je sais pas ce que j'aurais fait si vous aviez sauté, en fait. Désolé, j'aurais pas dû dire ça ? Je peux approcher ?"

Il parlait trop. Beaucoup trop. Prompto fit un pas en avant quand l'autre hocha la tête, puis un second et il put tendre le bras et saisir sa manche, son poignet. Fin, froid, osseux. Prompto avait passé toutes ses dernières années en compagnie de Gladio et de ses amis, aucun n'était aussi raffiné que cela. Quel dommage, se surprit-il à penser ; comme il aurait été dommage de voir quelqu'un d'aussi fragile se briser sur les vagues en contrebas…

L'autre tourna sa jambe et relâcha la barrière de l'autre côté pour se retourner complètement. Puis, il y eut un claquement métallique sinistre.

En une seconde, un léger grognement de douleur. Un mouvement incontrôlé vers le bas. Et tout à coup, c'était toute sa silhouette délicate qui s'effondrait sur elle-même, glissait de la rambarde, plongeait vers l'obscurité agitée. Prompto sentit son propre poids tiré en avant, ses côtes entrer en contact de manière douloureuse avec le fer de la rambarde dans un second claquement. Au bout de son bras, le jeune homme pendait désormais, son autre main à peine rattrapée à l'un des barreaux les plus bas, ses deux jambes dans le vide et les pans de sa veste flottant dans le vent. Il leva un regard sombre et presque incrédule vers Prompto, dont le coeur commençait à battre tellement fort dans sa poitrine qu'il avait envie de vomir.

"Oh non," souffla-t-il.

L'autre, en-dessous de lui, sembla avoir la même réaction au même moment.

"Je vous tiens ! Tout va bien ! On va... à l'aide ! S'ils-vous-plait ! Tenez-vous à moi, ne vous inquiétez pas ! Je vais vous remonter, okay ? Ca va aller…"

Ca n'allait pas du tout. Il semblait plus paniqué que celui qu'il tenait à plusieurs mètres au-dessus de l'eau, mais c'était peut-être le choc, ou le fait que lui savait parfaitement qu'il n'avait pas de force dans les bras, qu'il pouvait à tout moment lâcher cette personne et l'envoyer à une mort certaine et il devrait vivre avec ça et vraiment, vraiment, pourquoi est-ce que Gladio ne pouvait pas être là…

Il tira de toute ses forces et sentit le poids au bout de ses bras remonter avec lui. Un bruit de métal lui indiqua que le garçon se tenait à la barrière. Il tira encore, jusqu'à réussir à le soulever au-dessus. Assez pour le saisir par le col de sa veste de costume, passer un bras sous ses aisselles, le hisser et les faire tous les deux rouler sur le bois vernis du pont.
Il laissa son souffle s'échapper de sa bouche alors qu'il appuyait son front sur la cravate humide et froide de l'homme qu'il venait de sauver. Le sauver. C'était vraiment arrivé ! Il avait sauvé quelqu'un. Il avait réussi... son souffle se fit plus erratique alors qu'il sentait son sourire s'étirer aussi, une sorte de rire épuisé monter de sa poitrine.

"Ca va ?" demanda-t-il, à bout de souffle, sans même s'embêter à se relever pour le laisser respirer.

"Je peux plus bouger," grommela l'autre, mais son ton semblait nettement moins strident que lorsqu'il était penché au-dessus du vide et Prompto prit cela pour quelque-chose de positif.

Il se releva au moment où la sécurité arrivait sur les lieux en trottinant. Deux gardes, avec leurs cottes de maille et leurs casques brinquebalant sur leur front, qui approchèrent avec suspicion.

"C'est vous qui avez appelé ?"

L'un d'eux s'approcha de Prompto, l'autre de l'homme toujours allongé au sol, sa poitrine se soulevant de manière irrégulière et son expression figée dans une grimace de douleur. Il se pencha au-dessus de lui. Et se releva tout aussi promptement avec un cri de surprise.

"Mais c'est le prince !"

"Quoi ?" fit l'autre soldat.

"Le prince ?" répéta Prompto.

Pour la première fois depuis qu'il l'avait vu passer en courant, Prompto tourna les yeux vers le visage de celui qu'il venait de ramener à bord, et détailla ses traits. Les cheveux noirs, le visage pâle et fin. Le costume qui devait être très cher. L'ornement en or autour de son genou. Il ouvrit la bouche, incapable de réagir. Le prince.

Les deux gardes se tournèrent alors vers lui avec une expression beaucoup plus dure.

"Qu'est-ce que tu faisais au prince, exactement ?"


Le premier à arriver fut l'homme blond dans son armure rouge et or, le capitaine de la garde. En un instant, Prompto pouvait embrasser tous les détails du personnage. Hautain, maniéré, préoccupé par son apparence plus que par son efficacité. Une potiche de Niflheim pour donner les ordres et donner l'illusion d'une hiérarchie autoritaire et puissante. Juste après lui arriva l'homme en blanc, et c'était lui, de façon assez évidente, qui régnait vraiment au sommet de la chaîne alimentaire. Ils avaient quelque-chose de similaire, tous les deux. Le premier, le blond, s'approcha et tapa dans ses mains.

"Bien, qu'est-ce qu'il se passe ici ?"

En attendant les autorités compétentes, les deux gardes avaient réussi à redresser le prince en position assise mais il avait commencé à crier quand ils avaient voulu le mettre debout, alors ils avaient dû le soulever à deux pour l'asseoir sur le banc le plus proche, celui que Prompto occupait avant cet incident. Son état les avait suffisamment occupés pour qu'ils oublient légèrement la présence de Prompto, qui observait la situation par-dessus leurs épaules. En revanche, le capitaine remarqua sa présence immédiatement et tendit un bras vers lui sans attendre.

"C'est lui, la cause de tout ça ? Passez-lui les menottes, enfin, qu'est-ce que vous attendez ?"

Prompto fit un bond. "Quoi ? Mais non !"

"Pas de défense pour toi," l'interrompit le garde en attrapant ses poignets.

"Hé," fit Noctis en se redressant un peu. L'homme en blanc s'était penché sur lui, apparemment préoccupé par son état - ou faisant très bien semblant de l'être.

Un autre homme arriva ensuite, précipitamment. Il s'approcha immédiatement du prince, sans un seul regard pour le reste du groupe. Il tenait une paire de béquilles dans la main, qu'il lui tendit immédiatement, avant de s'agenouiller près de lui.

"Noctis, est-ce que tout va bien ?"

Prompto fut un peu surpris par la familiarité dont il faisait preuve. Il ne connaissait personne d'assez riche pour lui dire comment les choses se passaient à la cour d'Insomnia. Des gens appelaient le prince par son prénom, alors ?

"Ignis," soupira le prince. "Ca va, t'en fais pas. Juste un peu mal, mais ça passe."

"C'est tout à fait inadmissible !" s'écria le capitaine en fixant Prompto d'un air qui se voulait autoritaire. "Qu'est-ce qui vous a fait croire que vous pouviez poser la main sur le prince du Lucis ?"

"Ravus," grogna le prince en question. "Dis à ton chien de garde de se calmer un peu."

L'homme en blanc se tourna vers lui d'un mouvement vif.

"Majesté, vous n'êtes vraiment pas en mesure de prendre ce genre de décisions…"

"Il n'a rien fait, Ravus. Il... il m'a sauvé."

"Sauvé, voyez vous ça ?" répéta le capitaine blond.

"Oui," répondit le prince d'un ton sec, "il m'a sauvé. J'étais…"

Réalisant soudainement qu'il allait devoir s'expliquer, Noctis perdit un peu de sa hargne.

"J'étais... je voulais... il y avait un dauphin."

"Un dauphin?" répéta Ravus avec un ricanement moqueur.

"Oui, je voulais le suivre du regard, je me suis penché par-dessus la rambarde et... euh, j'ai glissé. Enfin, l'attelle a lâché, et... si monsieur... s'il n'avait pas été là, je serais sûrement passé par-dessus bord."

L'homme aux lunettes, celui que le prince avait appelé Ignis, se tourna alors vers la direction que Noctis indiquait du menton et observa Prompto, puis les gardes, comme s'il venait seulement de remarquer leur présence. Il avait un regard vert extrêmement perçant derrière ses lunettes et Prompto commença à se balancer d'un pied sur l'autre quand il approcha de lui, ignorant complètement le capitaine de la garde.

"C'est ce qu'il s'est passé ?" demanda-t-il en l'observant de haut en bas. Il ne paraissait pas convaincu et Prompto trouvait cela vraiment étrange ; le prince avait dit ça, pourquoi est-ce qu'on se souciait de son avis à lui?

"O-oui, c'est exactement ça," répondit-il après avoir péniblement dégluti.

"Eh bien," fit le capitaine, "voilà une histoire incroyable. Le prince se soucie d'un poisson et finit par être sauvé par un citoyen aux habitudes nocturnes ! Tout est bien qui finit bien ! Nous allons pouvoir tous retourner à nos activités respectives…"

"Bien sûr," fit Ignis mais il ne semblait toujours pas convaincu. "Ravus ? Pourriez-vous s'il-vous-plaît raccompagner le prince à l'intérieur ?"

Il fit signe à l'homme en blanc, qui ne montra aucun empressement mais ne sembla pas trouver le courage de résister à cet ordre. Alors qu'il aidait le prince à se lever et à s'appuyer sur ses béquilles, Ignis se retourna de nouveau vers Prompto.

"Je crains de n'avoir que très peu à vous offrir, mais si vous le permettez, accepteriez-vous de venir dîner avec nous, un de ces soirs ? Nous avons bien assez de chaises pour quelques invités et je me ferai un plaisir de vous présenter à n'importe quelle personne qu'il vous plairait de rencontrer."

"Dites donc," commenta le capitaine. "Voilà qui promet d'être intéressant…"

"Loqi, merci, vous pouvez disposer."

Si Prompto avait cru que l'homme en blanc (Ravus, semblerait-il - il ferait sûrement mieux de s'en souvenir) était celui qui donnait les ordres, il était loin du compte. Visiblement, c'était cet homme-là qui était proche du prince et qui menait tout ce beau monde à la baguette. Il paraissait si jeune pourtant, mais il se dégageait une telle autorité de lui que refuser paraissait risqué. Prompto s'obligea une seconde fois à avaler sa salive.

"Ce serait... euh, un grand honneur... monsieur…"

"Inutile de vous forcer avec les formalités et les politesses," lui répondit Ignis. "Nous sommes parfaitement capables d'indulgence envers ceux qui n'ont pas appris l'étiquette. Vous devriez remettre vos chaussures, en revanche, avant que quelqu'un ne trébuche dessus."

Prompto baissa les yeux. Il était toujours en chaussettes et avec toute l'agitation autour de lui, avait complètement oublié la fraîcheur de l'air sur ses orteils.

"C'est amusant," fit remarquer Ignis avec un léger sourire. "Le prince manque de tomber, et vous trouvez tout de même le temps de retirer vos chaussures et votre veste."

Prompto se raidit. Il était fichu, après ça. Mais le jeune homme se contenta de lui adresser un dernier regard entendu - entendu, pas menaçant - et se retourna pour rejoindre les autres, et Prompto resta seul sur le pont, avec la chair de poule et un caillou dans l'estomac.

Oh, quand il allait raconter ça à Gladio...


Il avait été stupide. Tellement stupide ! Bien sûr qu'il n'avait pas vraiment l'intention de se jeter par-dessus bord. Mais il était en colère, contre Ravus pour l'avoir fait pleurer au dîner et contre lui-même parce qu'il ne voulait pas pleurer ; alors il fallait qu'il fasse quelque-chose, qu'il marque le coup. C'était vraiment la pire idée qu'il ait jamais eue. Et qu'est-ce qu'il aurait fait, s'il n'y avait eu personne ? Personne pour le convaincre de revenir, personne pour le rattraper lorsqu'il avait glissé ? Noctis avait voulu volontairement éviter tout contact humain mais maintenant qu'il était à l'abri, au chaud dans le fauteuil moelleux de sa suite, enroulé dans la couverture en polaire fournie par Ignis, il prenait pleinement conscience du fait qu'il devait sa vie à un parfait inconnu.

Stupide genou, et stupide tête avec toujours ses idées ridicules.

Il n'entendit pas Ravus arriver. C'est seulement quand sa botte entra dans son champ de vision que Noctis releva la tête. Le jeune homme avait retiré son manteau et son armure ; seulement vêtu d'un jean et d'un t-shirt il paraissait beaucoup moins menaçant et même moins âgé. Noctis baissa la tête à nouveau. Ravus s'était peut-être changé mais lui était probablement toujours bon pour un savon. Prince du Lucis, responsabilités, bla bla bla, il était trop inconscient et devait cesser de se comporter comme si sa vie n'avait pas de valeur...

"On est partis du mauvais pied, tous les deux," constata Ravus en s'asseyant face à lui.

Noctis retint un ricanement. Eh bien, ça, s'il s'y attendait…

"C'est le moins qu'on puisse dire."

Ravus soupira.

"Je sais bien que je ne suis pas toujours très agréable... et ce bateau a beau être une merveille de technologie, il n'en reste pas moins qu'il te conduit à ton mariage et au traité de paix un peu plus à chaque seconde. Je comprends que tu puisses trouver cet arrangement étouffant ou difficile à porter. J'ai aussi... enfin, je n'étais pas dans la même situation que toi, évidemment, mais je sais ce que ça fait de voir son royaume nous être arraché, tu sais ?"

Noctis hocha brièvement la tête. Il ne voulait pas de ses excuses mais il voulait bien lui accorder ça. Ravus exhala longuement et s'enfonça un peu dans la banquette, sa main glissant vers la poche de son pantalon.

"Je n'étais pas supposé en parler, mais... je me suis dit... tant pis pour les ordres de Niflheim. J'ai quelque-chose pour toi."

Il sortit de sa poche un petit objet noir, qui fit ouvrir à Noctis de grands yeux ronds.

"C'est...!"

"L'anneau des Lucii, oui."

Noctis le regarda pendre au bout d'une longue chaîne sans y croire ses yeux. Il ne l'avait vu qu'en photo, bien sûr. L'anneau avait été perdu par son grand-père lorsque Niflheim avait attaqué avec son armée de Magiteks, Noctis n'était pas encore né à ce moment-là. Son père lui en avait parlé longuement cependant, jusqu'à ce que Noctis puisse saisir toute son importance et sa signification, et c'était avec la promesse de pouvoir le récupérer que son père avait accepté l'accord de paix. Mais est-ce que cela voulait dire que Ravus l'avait eu tout ce temps, alors qu'il était à Insomnia ?

"Il a été conservé par l'ancienne famille Nox Fleuret de Tenebrae depuis qu'il vous a été pris," expliqua Ravus. "C'est un objet sacré après tout, il a sa place dans un temple. Et, tu vois, il est là. Comme promis par l'empire, il te reviendra au moment du mariage. Pas de mensonges."

Noctis tendit la main pour l'attraper. Ravus, cependant, fut plus vif. Il le tint hors de portée et fixa Noctis d'un air dur.

"Ce que je propose ici est un arrangement, pas un cadeau. Je promets de me montrer courtois, et si tu te tiens correctement pendant tout le voyage, l'anneau sera à toi dès que nous aurons mis le pied à terre. Considère ceci comme un gage de ma bonne volonté."

Il remit l'anneau dans sa poche et se leva. Pendant une seconde, Noctis considéra la possibilité de le plaquer au sol et récupérer l'anneau de force. Mais il était presque mort, ce soir, et sa jambe n'était toujours pas remise. Il était en miette ; il ne ferait jamais le poids face à Ravus. Il se contenta de soutenir son regard et faire semblant d'ignorer l'étincelle de haine et de déception qu'il pouvait y lire, cachée derrière les politesses et la fausse complicité.

"C'est pour cet objet que tu fais tout ça, Noctis. Tu ferais mieux de t'en souvenir, la prochaine fois que tu as envie de faire quelque-chose d'idiot."

La porte de la suite se referma derrière lui dans un claquement sec.


Ouais après avoir joué au Festival des Assassins je pouvais pas m'empêcher de rajouter "Gladio le coureur de jupons" à cette fic.

J'espère que la lecture vous plait ;)