Chapitre 2

L'Autre


Le panda se leva lentement, la tête lourde et les idées embrouillées. Il buta sur un cadavre de bouteille et se dirigea immédiatement vers la cuisine, en passant sa langue sur ses lèvres pour essayer d'en retirer le goût affreux de l'alcool d'un lendemain de cuite.

D'une main d'aveugle, il attrapa un verre qu'il rempli distraitement en cherchant la boite d'aspirine.

« -Bordel, ma tête... »

Ça lui rappelait l'époque des cuites avec le patron, et d'autres souvenirs, moins agréables ceux-là.

Il avala le comprimé et vida la moitié de son verre. Le sang qui lui montait au cerveau en pulsant fortement lui donnait l'impression qu'il allait bientôt disparaître.

Il ferma les yeux, épuisé et posa le front sur la table fraîche. Dieu qu'il aimait cette maison... Elle avait une odeur terriblement agréable et la présence du fossoyeur agissait comme un calmant sur son instinct animal trop agressif.

Pourtant une étrange odeur était associée avec celle du propriétaire des lieux... Une odeur qu'il avait déjà sentie sur un autre homme. Cette odeur c'était... Ouai, ce jour là, Mathieu portait cette odeur. Il avait hurlé avec les autres pour essayer de retenir l'attention de leur propriétaire, trop détruit par ses médicaments pour entendre leurs voix.

A ce moment déjà il avait été rejeté loin de lui, loin de son créateur bien que celui-ci ne l'ait pas fait consciemment, comme lors de la mort de la fille. Or être rejeté signifiait disparaître. Miraculeusement, il avait réussit à se maintenir à la surface, vaguement présent et plus faible qu'un nouveau né.

Son créateur avait cherché un moyen de ne pas devenir complètement fou, et le seul moyen qu'avait trouvé son esprit avait été de former une nouvelle personnalité qui supporterait la folie pour lui, comme lorsqu'il avait créé les personnalités usuelles quand ses facettes étaient devenues trop fortes et avaient faillit le détruire.

Sauf que cette nouvelle personnalité ne possédait pas de caractéristiques physiques particulière, et ressemblait à Mathieu autant que les autres. Il lui avait suffit de se déguiser et d'imiter l'ursidé pour se faire passer pour lui.

Mathieu s'était fais avoir et le panda était resté seul.

Pendant un moment, il avait réussit à reprendre sa place mais la mort physique de leur créateur avait de nouveau inversé les rôles, le panda se retrouvant de nouveau éjecté.

Mais cet accident lui avait également donné un corps et, bien qu'il n'ait pas réussit à revenir il avait appris à vivre seul. C'était une vie calme, pas si mauvaise après tout.

Parfois il chantait dans la rue, et voir qu'il réussissait à faire sourire quelques personnes lui suffisait. Il avait réussit à trouver un boulot et un appart, de quoi vivre en somme.

Or quand Mathieu était revenu sur le devant de la scène, la folie l'avait trouvé en premier et le panda s'était ainsi vu condamné, confondu avec le meurtrier.

Tous l'avait pris pour l'Autre avaient tenté de l'éliminer sans même écouter les supplications du panda.

Ils s'était alors réfugié chez François pour plusieurs raisons, dont celle que celui-ci avait déjà rencontré la folie dont il savait qu'elle avait tenté une approche plus ou moins discrète. Bien qu'il n'ait jamais u comment et dans quelles circonstances cette rencontre s'était déroulée. Peut-être parce qu'il l'avait pris pour lui, comme les autres.

Cette pensée le blessait plus qu'il ne l'aurait supposé.

François... Il fronça les sourcils. Il s'était passé quelque chose, avant qu 'il ne devienne tellement soûl qu'il en oublie son propre nom... Quelque chose de grave, réalisa-t-il maintenant bien réveillé.

Il se redressa vivement, faisant retomber sa capuche et se dirigeant aussi vite qu'il le put vers la chambre de son homologue, inquiet. L'odeur de la peur se faisait plus forte bien qu'un peu ancienne maintenant.

Arrivé devant la porte, il freina brusquement, et faillit défoncer la porte, avant de se calmer en sentant l'odeur de savon qui venait de la chambre. La respiration de l'homme de l'autre côté semblait calme et régulière.

Le panda souffla bruyamment et s'appuya sur la porte avant de se laisser glisser au sol.

Il rouvrit les yeux sans se souvenir de les avoir fermés et toqua légèrement contre le bois.

« -François ? »