Source : Naruto
Auteur: Chonaku
Disclaimer: Je remercie Kishimoto de ne pas avoir créé James Potter et d'avoir, au contraire, donné naissance à quantité de personnages tous plus intéressants les uns que les autres. Qu'il puisse me pardonner d'emprunter ses personnages, comme je lui pardonne d'avoir exterminés presque tout mes personnages préférés.
Genre: Heu… indéfinissable ? Général.
Couple: Ce n'est pas vraiment ce qui est important ici.
Note : Détestez-vous les personnages assez étranges, voire totalement irrécupérables sur le plan stabilité mentale ? Les intrigues tordus, les traîtrises, les coups de couteaux dans le dos et les personnages adoptant une façade pour se proteger d'un monde leur semblant hostile (ce qui n'est pas vraiment faux) ? Ne lisez pas cette histoire si c'est le cas.
Sinon, bienvenu, et bonne lecture.
L'enfant avait longtemps vécu seul, bien blotti sur lui-même, fermant les yeux, rêvant à un monde tiède et doux. Son monde à lui, bien loin de celui des autres. Des fils de rêves, des formes mouvantes et filiformes jaillissant de nulle part pour mieux l'emporter. Des murmures, des couleurs, des sensations que les autres ne pouvaient sentir.
Du sable sous les pieds, aussi lisse et dur d'un miroir sombre fait de bois. Le noir pour seul compagnon. Le battement cardiaque pour seule musique, les voix au loin comme guide, il avançait. Les doigts longs et maigres touchaient la matière invisible, comme un jeu, comme une demande, une supplication.
« … rumeur… nouveau gouvernement… pays de la terre... forces en vigueur n'acceptent pas …caractère....« expansionniste »… politique de Konoha. Autrement dit… »
La lumière sur le sol, la porte à moitié ouverte. Les ombres, l'odeur de la boisson-faisant-mal-à-la-gorge-et-aux-yeux. La nuance orange banane, comme si le soleil s'était réveillé trop tôt, ou qu'il venait seulement d'aller au lit. L'enfant préférait la première solution, car il n'aimait lorsque soleil mourrait dans un éclat rouge tomate et orange-jaune de fruits écrasé, de verres cassés. Un soleil fatigué part sans rien laisser. Ou presque, rectifia intérieurement le garçon, en se représentant l'aplat bleu trop sombre agrémenté de flocons petits et froids, ce que les Autres appelaient « nuit ». Au moins la pluie était douce lorsqu'elle finissait dans un gris tranquille, généreuse lorsqu'elle faisait des bébés nuages gris et blanc à compter dans le ciel. Si l'enfant n'aimait pas la fin du soleil, il adorait celle de la pluie.
Le petit brun leva sa tête, bien que dans son esprit, il restait toujours accroupi. Il essaya de suivre les mots, absurdes à ses oreilles, mais il préférait cette musique à celles des cauchemars menaçants aux doigts noirs et rouges, semeurs de monstres horribles et lugubres, jaillissant toujours aussi brusquement que s'ils étaient nés du brouillard et du souffle de la terre.
« …collaboration avec le pays du Son…»
L'enfant toucha le bois, l'encadrement de la porte, hésitant encore à affronter le faisceau de lumière et les deux personnes assises à une table, dont les paroles parvenaient plus ou moins à ses oreilles. Par peur de se faire repérer, ou pour mieux entendre les sons, le garçon demanda à son souffle de s'arrêter un instant. Malgré sa demande mentale, son cœur refusait de stopper sa cadence discrète et continuelle. Il le maudit alors d'être si têtu et stupide.
«… belle bande d'idiots bornés. Des nouvelles concernant Naruto et Sasuke ? »
L'enfant s'approcha, se nourrissant des paroles sans en comprendre le moindre mot. Mieux valait l'incompréhension et le froid parcourant ses veines que les cauchemars qui l'avaient réveillé plus tôt dans la soirée.
« Oh, bonnes, d'après Gama Metsu. Ils ont pratiquement démoli une ou deux bandes de déserteurs, avant de se volatiliser, mais ils n'ont pas l'air d'en souffrir. Le Conseil par contre ne doit pas vraiment apprécier. »
Le ton chaud contenait des nuances aigres, comme si tuteur n'était pas encore content. Comme il l'était avec lui.
« Disons plutôt qu'ils ont trop peur de perdre de vue le pouvoir de Kyûbi. Si jamais Akatsuki leur met la main dessus… »
« Naruto est conscient des risques, Tsunade. L'Uchiwa aussi. C'est en partie pour cela qu'ils ont préférés partir. »
« Cela va faire un an, Jiraiya, un an. Ne me dis pas que tu as une totale confiance en eux après tout ce qu'Uchiwa Sasuke a fait. »
« Ne t'en fais pas, princesse. De ce côté-là, il n'y a aucun risque. » Un silence accompagna la remarque du vieux ninja. Puis, il reprit avec moins de gravité : « Et puis, Sasuke Uchiwa a besoin de Naruto pour appâter son frère, il n'a aucun intérêt à le laisser mourir avant. De plus, après notre petit entretient, je suis persuadé qu'il a renoncé à se procurer le même pouvoir de son frère. En cas de besoin, il restera toujours la technique dont j'ai parlé à Naruto. Il l'utilisera si la situation dégénère. »
« Je te trouve encore plus optimiste que d'ordinaire. Sérieusement, je ne sais pas comment tu fais. »
« Disons qu'il faut parfois faire avec. »
« Hum. Et concernant les massacres de Higurashi et d'Ahito, tes sources ont trouvé quelques choses ? »
« Pour l'instant, aucune ne m'a contacté. En plus, comme tu le sais bien, me déplacer hors du village m'est impossible, surtout dernièrement. En conclusion, je n'ai malheureusement aucun moyen de te dire quoique ce soit. »
Madame Tsunade Hokage soupira, tandis que tuteur ne parlait plus. Le garçon lui, se faisait tout petit. L'enfant savait pertinemment que s'il restait là, on le punirait, mais il n'avait aucune envie de remonter pour aller rencontrer encore une fois les cauchemars.
« Tu m'en veux encore de t'avoir confié le petit ? »
'Petit'. Oui. C'était comme cela que presque tout le monde l'appelait. Quoique Monsieur tuteur ne l'avait jamais appelé ainsi.
« T'en vouloir de m'avoir refilé le bâtard de notre vieux compère décédé ? Tu n'en as pas idée. » Affirma son tuteur avec ce qui ressemblait davantage à un hoquet d'un de ses rires bruyants. L'enfant avala difficilement sa salive, son corps trembla, sans qu'il sache pourquoi. Peut être le ton du vieil homme ? Certainement.
«… Homura et Koharu m'ont conseillé de m'en débarrasser dès qu'ils ont su son existence. Le fait qu'il semblerait atteint de troubles psychologiques et son mutisme ne plaide pas en sa faveur. Selon nos chers conseillers, les analyses génétiques ayant été positives, il serait préférable de ne pas risquer… comment ils me l'ont dit déjà, ah oui, de répéter les erreurs du passé en étant une fois encore trop magnanime. » Expliqua sombrement la voix féminine d'une voix calme, presque trop neutre. La vieille kunoichi reprit ensuite, plus doucement.
« Tu aurais vraiment préféré que je le tue ? »
Un instant. Il ne put plus respirer un instant, une fraction de seconde pendant laquelle, son cœur battait trop vite, beaucoup trop vite. Le noir de l'obscurité semblait se mélanger au faisceau de lumière. D'où s'échappa la voix du shinobi. Les fils de couleurs se déchirèrent alors en plusieurs branches biscornues, étranges et sinistres, du jaune, de l'orange, du blanc, du noir, du rouge, du rouge, trop de rouge.
« Sérieusement ? Non. En fait… »
Son monde, son monde venait lentement à lui. Comme une bulle encore trop loin pour être touchée. L'enfant ne pouvait pas entendre, alors, il se mit en boule, comme un chien, le dos rond, retenant son souffle, traitant son cœur d'imbécile de s'agiter ainsi. Selon lui, ce fut à cause du bruit que Jiraiya ouvrit la porte, lui cognant du même coup le crâne, abritant son cerveau qui recherchait désespérément des images, des sons, des saveurs. Tout pour éviter la crise.
« Mais qui voilà. » Remarqua mi-figue mi-raisin Jiraiya, en se penchant vers le garçon. Celui-ci sentit une masse caressant sa tête, il leva ses yeux gris souris regardant les yeux noirs de l'homme en face de lui.
« Il y a tant même plus agréable que le sol pour dormir, non ? »
Il ne remua pas sa bouche, parce que les mots ne savaient pas comment sortir. C'est que c'est capricieux les mots, pas moyen de les faire sortir lorsqu'ils boudaient allant jusqu'à coller sa langue au palais. L'enfant pencha sa tête, lourde de pensées et d'images, sur la gauche, apercevant la kunoichi par-dessus l'épaule de l'ancien shinobi.
« Hé, tu m'écoutes ? » Demanda brusquement Jiraiya, craignant certainement qu'il s'endorme sur place. Remettant sa tête bien droite, bien en place, les cheveux sombres toujours aussi ébouriffés, l'enfant répondit laconiquement un « oui », sans réelle conviction. Trop pris dans sa rêverie, pensa Jiraiya. Toujours derrière lui, Tsunade observait. Ce qu'elle voyait la mettait un peu mal à l'aise.
Concernant le petit insomniaque rêveur pris sur le fait, la situation était simple, l'envie d'être grondé se trouvait au point mort, rendant la peur des cauchemars de moins en moins lourde. De même que les mots semblaient vouloir venir, à présent.
« Plus envie dormir… cauchemars. »
« Ah, okay… » Répondis le shinobi en dévisageant l'enfant qui était à sa charge. Doucement, l'ancien shinobi, à présent manchot, approcha sa main de son élève. Croyant à une punition, le petit brun ferma les yeux, très forts. Pourtant, le geste ne se réalisa pas et lorsqu'il les ouvrit, ses yeux gris ne virent que le poing de son tuteur, serré le long de son corps. Anormalement serré. Le petit ne regarda pas son tuteur, fixant jusque le gros caillou de chair hâlée, contrastant avec la manche d'un vert profond du kimono sobre et bien plissé. Au bout d'un certain temps, la boule de chair se détendit, redevenant une main forte et épaisse. Comme s'il ne s'était rien passé, Jiraiya déclara avec un grand sourire :
« Bon, rentre au lieu de me regarder avec des yeux de merlan frit. »
« C'est quoi un merlan frit ? » Demanda doucement le petit brun, avec cet air trouble, presque étrange, des enfants curieux qui ne dorment jamais.
« Un poisson qui se retrouve dans une assiette à se demander ce qui se passe. Bon, tu viens Mugen ? »
Le dit Mugen acquiesça lentement, avant de contourner le grand shinobi, pour saluer poliment et timidement Tsunade, sans oser la regarder ouvertement dans les yeux. Enfin, il entra dans la pièce dont la lumière vive contrastait avec le paysage sombre que l'enfant pouvait voir grâce à la fenêtre encore ouverte. Sur la table basse, deux verres étaient posés l'un en face de l'autre.
« Tu fais souvent des cauchemars ? »
Il tourna ses yeux gris vers une Tsunade près de lui. Observa un instant son visage ovale encadré par des cheveux blonds, ses yeux noisette et l'éclat dangereusement scientifique et froid de ceux-ci. Sans effort, il se remémora les premiers jours passés à l'hôpital, les mains froides qui le maintenaient immobiles, les longues tiges blanches dans des mains blanches, le lit blanc, l'odeur encore plus blanche des médicaments, les yeux sans chaleur des infirmières, des docteurs. En blouses blanches. Il n'aimait pas le blanc, le détestait, avait peur du blanc-vide-médicaments-hôpital-piqûres-odeurs sans goûts. Et Madame Tsunade, malgré son sourire chaleureux et sa veste verte, lui rappelait cela.
Encore plus que le kimono blanc-gris qui lui avait donné son tuteur.
Contraint de lui répondre, l'enfant chuchota un « Un peu… ». Il regarda ensuite ailleurs, inconscient de paraitre alors insolent, ou idiot.
« Tu veux bien me les raconter ? » Requit avec douceur la cinquième Hokage.
« Non. » Lui répondit son jeune vis-à-vis, avec un certain laconisme teinté d'indifférence qui aurait rendu vert de honte la plupart des habitants du village, si ce n'est tous. Cependant, il n'avait pas l'impression d'avoir fait quelque chose de mal : Madame Tsunade lui avait posé une question à laquelle il avait répondu. Ce fut pour cela qu'il ne compris pas le froncement de sourcils de la kunoichi, encore moins le regard noir que lui lança le shinobi.
« Pas aimer parler des cauchemars… » Se justifia-t-il, sans trop savoir pourquoi, si ce n'est qu'il n'aimait pas du tout l'atmosphère soudainement lourde de la pièce.
« Bien. Tu veux quelque chose ? A boire ou à manger, je veux dire. » Précisa Tsunade, en s'efforçant de se détendre. Des soirées nocturnes à veiller sur son petit frère insomniaque lui avait appris qu'il fallait d'abord que le ventre soit plein, pour ensuite espérer rendormir le petit éveillé. La question pris au dépourvu Mugen, qui murmura tardivement qu'il voulait du chocolat.
Pour la première fois depuis l'entrevue, il souri. Un sourire timide, maladroit, mais bel et bien présent.
« Ventre sur patte. » Commenta le shinobi, toujours en retrait. Un léger sourire appréciateur se dessinant sur son visage.
« Tu es très mal placé pour dire cela, Jiraiya. »
« Moi, j'ai d'autres appétits plus délicieux, princesse. »
« J'espère que tu ne déteindras jamais sur le petit, comme tu as déteins sur Naruto. » Renchéris la cinquième Hokage en levant les yeux au ciel.
Mugen, lui, suivait docilement le fil de la discussion, tout en s'asseyant à table, les yeux d'avance embués de fumées et de senteurs chocolatés.
Ce fut la lumière qui réveilla le voyageur blond alors qu'il ne s'était pas endormi tard. Malgré son esprit embrumé, il décela une anomalie : la lumière lui sembla étrange, n'avait pas l'éclat blanc du soleil. Elle était d'un jaune vacillant, comme le sont les flammèches des bougies. De plus, la fenêtre était dans son dos, ce faisant, elle ne l'aurait pas autant gêné. C'était probablement quelqu'un qui venait le chercher. Le jeune combattant grogna, devinant qui le pouvait le réveiller à cette heure. La voix qui lui ordonna de se lever sous peine de recevoir une correction soi disant méritée alla dans son sens. Tout en se retenant de soupirer, le jeune garçon blond ouvrit les yeux.
La dite Madame Tanaka se tenait bien près de son lit, l'air encore plus revêche et désagréable que d'ordinaire, une lanterne rouge à la main. Son kimono gris clair contrastait avec ses cheveux noirs noués en queue de cheval. Son visage n'exprimait d'un vague agacement et, aussi étrange que cela puisse paraître, de l'inquiétude.
« Tu es réveillé, tant mieux. Prépare toi et suis moi » Dit elle d'une voix atone.
Il n'osa rien dire, plus parce que la situation lui semblait étrange et surréaliste que par fatigue. Ces jours durant, il fut surpris de découvrir à tel point il pouvait être insomniaque. Ce qui n'avait pas manqué d'énerver son hôte, probablement car elle craignait qu'il soit mêlée de nouveau à un combat de rue : il était vrai que le shinobi de Kiri n'y était pas allé de main morte avec lui. Selon son ainée, il gardera probablement la cicatrise sur son épaule toute sa vie. En l'apprenant, il s'était efforcé de ne pas se plaindre, de rester un tant soit peu calme. L'état de fureur contenue de sa guérisseuse y était fortement lié. Maintenant, il y pensait avec un mélange de froideur et de honte, si seulement il avait été un peu moins stupide et beaucoup plus fort, son adversaire était plus jeune de lui, bon sang !
« Hé, gamin, dépêche-toi ! » Insista rudement la femme.
N'osant rien dire, pour une obscure raison, Nawaki sortit prestement du lit, ne frissonna pas en touchant le sol froid et s'activa à mettre les premiers vêtements qui lui tombaient sous la main. Il eut à peine le temps d'enfiler son haut noir que la femme vient l'aider, ou plutôt faire en sorte qu'aucuns plis n'apparaissent sans être discret.
« Merci. » Grogna le garçon, avec la mine boudeuse des enfants qui ne veulent plus être considérés comme des petits. Un sourire naquit sur les lèvres sèches de la vieille femme.
« Tu lui ressembles lorsque tu fais cette tête. »
Interloqué, il fixa son interlocutrice avec incompréhension et surprise. Depuis le fameux combat, l'enfant n'avait eu guère que des ordres, des interdictions et des reproches de la part de son aînée. De plus, son hôte mettait un point d'honneur à ne rien dévoiler de personnelle à son visiteur, c'était à peine s'il la connaissait vraiment alors que cela faisait des jours qu'il habitait et s'entraînait avec elle.
Une brève tape sur la joue lui remit les pieds sur terre et son caractère « impulsif » (arrogant aurait dit la vieille femme) fut sur le point de revenir à la surface. Néanmoins, il se contrôla, tant bien que mal et parvient à seulement jeter un regard vexé à la kunoichi. L'enfant savait parfaitement ce que pouvait lui faire la femme s'il s'avisait de la contrarié encore plus qu'elle ne l'était déjà. Il l'avait appris lors de leur première séance d'entrainement où il était ressorti courbaturé, endolori, fatigué et surtout terrifié.
« Allez du nerf ! Tu as rendez-vous avec le Kage du village du brouillard, alors, s'il te plait, ne me couvre pas de honte en te comportant comme le gamin ignorant, mauvais perdant, arrogant et égocentrique que tu es, compris ? »
Il serra ses poings, renferma sa colère au fond, tout au fond de lui, respira. Cependant, cela ne pouvait durer plus, tant la vieille femme avait tendance à savoir exactement quoi dire pour l'énerver. Ce qu'il ignorait, ce que la femme faisait exprès de le provoquer, dans le seul but de l'aider à garder la tête froide, à ne pas se laisser envahir par ses émotions. Depuis le stupide pugilat, la femme avait entrepris d'endurcir le corps et l'esprit de son jeune invité. Elle ne savait pas encore si elle avait réussi et s'inquiétait donc que le plan soit passé si rapidement à l'étape supérieure en si peu de temps. L'enfant n'était pourtant pas près, c'était évident.
La vielle kunoichi et l'enfant partirent après que ce dernier ait mis ses armes, bien qu'il fut avertis qu'il serait contrains de les enlever et l'étrange grelot qu'il ne quittait jamais. Ils traversèrent la ville, seulement éclairé par la lanterne de la femme, sous un ciel noire constellé d'étoile. Un instant, l'enfant y jeta un œil, comme agité de vieux réflexes dont l'origine lui était inconnue, enfouis au fond de lui. Ensuite, il fut attentif à la marche nocturne, dont peu de bruits lui échappaient, le bruissement des feuilles mortes sous ses pieds, le doux sifflement de la bise sur sa nuque, le battement sourd de son cœur qui battait comme un tambour invisible. Son souffle lui, il essayait de le rendre inaudible, comme ses pas.
Des pas guidés par une vielle kunoichi dont il ne savait décidément rien et qu'il ne détestait ni n'aimait, dans une ville toujours aussi inconnue et hostile qu'à son arrivée. Des pas qui le conduisirent bientôt devant les immenses portes en bois du bâtiment fortifié. Les battants de bois étaient hauts, les géants des légendes les auraient franchis sans avoir besoin de fléchir. L'enfant qui n'était pas si peureux qu'il en avait l'air se sentit tout petit. Il contempla si bien les portes qu'il fut surpris de les voir s'ouvrir de l'intérieur sans qu'il pu apercevoir ne serais ce qu'un signe de la femme pour les signaler à ceux de l'intérieur. A ses côtés, la femme le regardait du coin de l'œil, comme si elle le surveillait, pour le protéger ou le menacer implicitement, il n'en savait pas grand-chose.
Ceux qui ouvrirent la porte étaient ninjas, le visage impassible, le bandeau sur le front, les sabres derrières leurs dos les désignaient comme tels. Le jeune garçon s'en méfia, touchant du bout des doigts les griffes de ses shuko installés sur une bande de cuir couvrant presque la paume de sa main, de chaque main, puisque c'étaient des jumelles, Meiyaku et Kioku. Aussi inséparables que tranchantes, lames d'aciers capables de déchirer la peau, le tissu, le bois. Lorsqu'il les avait à ses côtés, l'enfant se sentait plus que fort, invisible, sans égal. Et la femme qui le traitait de mégalomane ne comprenait tout simplement rien, absolument rien, tiens.
Il fut effectivement fouillé, fut à deux doigts de déclencher une bagarre lorsqu'on le contraignit à abandonner un temps ses armes_ qu'ils retirent d'abord la leur, tiens, mais fut calmer par la claque de la vieille kunoichi qui prit l'arme que tenait le garde et celle qui restait encore accrochée au bras gauche du garçon. Vaincu, celui-ci n'émit aucun commentaire, serra fortement ses poings, tout en se retenant de se retourner pour tirer la langue aux gardes. Il avait honte de se faire avoir une fois de plus par la vieille femme, qu'elle fut forte, désagréable ou autre ne changeait pas la donne.
Le trajet dura quelques minutes, après quoi, une autre porte fut ouverte. Cette fois, l'enfant ne vit pas un corridor, mais une petite pièce sombre, surchargés d'étagères débordantes de rouleaux et de livres, une pièce éclairée par des candélabres au mur, aux dessus d'eux, les flammes projetant des ombres sinistres et vacillantes, accroissant le malaise du garçon qui se mordit un instant la lèvre de frustration. Si seulement il avait encore ses armes, si seulement il n'était pas aussi faible. Au centre de la pièce, se tenait une femme qui semblait les attendre, tranquillement assise derrière un bureau. Le jeune garçon voulu la regarder plus attentivement, mais la dite madame Tanaka l'obligea à courber sa tête, à saluer la femme, ce qu'il fit de mauvaise grâce (ou on est fier, ou on ne l'est pas).
« Bonjour maître Mizukage. » Salua à son tour la femme en s'inclinant bassement, tout en lançant un regard d'avertissement à son jeune protégé.
« Bonjour Tanaka-san et… » Répondit d'une voix agréable la cinquième Mizukage.
« Nawaki. » S'empressa de répondre le jeune garçon avant que la femme ne pu dire un autre mensonge, un autre nom qui ne lui appartiendrai jamais. Il en avait assez des mensonges, des secrets, de cette atmosphère pesante, de cette odeur de renfermé à l'arrière goût d'encens. Il n'avait plus de souvenir d'avant, juste des flashs rapides, des données évasives sans contexte concret, les autres n'avaient pas le droit de lui enlever son nom.
Jamais la femme aux yeux clairs ne parut aussi en colère et déçue par son comportement. Il s'en fichait, pourvu qu'il s'en aille loin d'ici.
Si la Mizukage remarqua leur comportement tendu, elle ne s'en formalisa pas, demanda au garçon de s'avancer vers elle. Levant la tête, l'enfant obéit à l'ordre sans rechigner, laissant la vieille femme acariâtre derrière lui. Tout en s'avançant, il observa la femme devant lui. Elle ne pouvait pas avoir plus d'une trentaine d'année, de longs cheveux auburn encadrant un visage hâlé, dont quelques mèches retombaient sur son décolleté d'un bleu sombre. Le regard vert de la kunoichi le fixait avec intérêt, mais sans bienveillance, juste avec un mélange d'intérêt et de calculs.
C'était le regard d'un expert à qui l'on présente une nouvelle arme.
« Hé bien, Nawaki, comment vas-tu ? Notre village te plait il ? »
Le ton était poli, mielleux. Malgré tout, il mit mal à l'aise Nawaki qui restait fixé sur les yeux verts en amande de la femme sans oser s'en détacher. Il regrettait de plus en plus de ne pas avoir ses armes, ou même qu'il se soit éloigné de la vieille Tanaka.
« Oh, bien, un peu fatigué, merci. Tant au village, il doit être sans doute agréable, lorsque personne ne tente de vous assassiner en duel, bien entendu. »
Quoi, c'était la vérité en plus !
« Tss, idiot… » Murmura la vieille femme, tandis que la Mizukage resta, un court instant, silencieuse, comme gênée. Cependant, elle se reprit vite.
« Oui, j'ai en effet entendu parler de cet … accident avec Taku. Il croyait avoir trouvé un camarade de jeu à sa hauteur, pardonne-le, s'il te plait. »
Nawaki retenu une réponse qui friserait l'insolence pure, non par respect, mais par prudence. La vieille femme devait être déjà à bout de patience. De plus, il n'avait pas assez de colère en lui pour continuer son réquisitoire assez puéril.
A la place, il déclara poliment : « Ce n'est pas grave, en fait. Mais vous ne m'avez pas fait venir pour vous excuser … » à la place de ce crétin de bourrin aux cheveux teints « pour Taku. Dans ce cas-là… » ce n'était pas la peine de me réveiller, bon sang « ce n'était pas la peine de vous déranger, Honorable Mizukage. »
« Bien. Mais tu as raison Nawaki, ce n'es pas pou excuser Taku que je te fais venir ici. »
'Tant mieux' ne pu s'empêcher de penser le dit Nawaki, qui fronça inconsciemment les sourcils, accentuant son air juvénile et boudeur.
« Tu n'as pas l'air dans ton assiette, Nawaki, je t'ai donc réveillé si tôt que cela ? » Sembla s'inquiéter la Mizukage.
« Il est insomniaque. » Crut bon de préciser la vieille femme derrière le dos de Nawaki, celui-ci jeta un œil vers la femme, mais ne rencontre qu'un regard froid et impassible. Il préféra de nouveau regarder la femme rousse, même s'il ne l'aimait pas. Elle lui faisait un peu peur avec ce sourire faux, ses airs bienveillants, son regard vert qui semblait aussi affuter que les deux sabres accrochés au mur. Oui, Nawaki commençait tout juste à avoir peur.
« Oh, cela doit donc être difficile pour toi. »
« Je n'ai pas besoin de beaucoup d'heure de sommeil, j'en profite pour m'entraîner. » Expliqua rapidement Nawaki, en priant pour que l'entretien s'achève vite, il étouffait dans cette atmosphère confinés. Il regarda discrètement et avec une certaine mélancolie la fenêtre sur le côté droit donnant sur l'extérieur.
« Tant mieux. » Commenta en souriant la kunoichi rousse. Un léger froncement de sourcils supplémentaire, suivi d'un double poing serré l'informa ensuite de son jeune vis-à-vis commençait à perdre patience. Oui, c'était une nouvelle arme encore en formation. La manier représenterait donc un risque, comme toutes les lames à double tranchant. Le tout était d'équilibrer les risques. Ou de les provoquer sans que personne ne sache d'où l'arme provenait en vérité.
« Concernant ta mission, il faudrait que tu élimines un certain… »
« Mission d'infiltration. » Coupa brusquement sans le vouloir l'enfant, à la grande stupeur des deux femmes qui le regardèrent l'une avec colère, l'autre avec une surprise mêlée d'agacement.
« Pardon ? » Demanda la Mizukage, en s'efforçant de rester calme devant la source d'un agacement grandissant.
« Ma mission est d'infiltrer Konoha pour y reprendre une arme qui appartient à… mon maître, pas d'éliminer une personne que je ne connais pas et dont l'existence ne me concerne pas. »
Expliqua calmement le garçon, en évitant de dire la vérité : il ne voulait pas tuer. Non pas que cela le dérangerait s'il était en danger de mort ou s'il était provoqué (d'ailleurs, ce cher Taku pouvait s'estimer heureux qu'il n'ait pas eu ses armes à porté de main). Cependant, tuer un ou plusieurs inconnus pour des gens qu'il ne connaissait et n'aimais pas le répugné fortement, sans qu'il comprenne réellement pourquoi. Et il ne regrettait pas de ressentir cela. Pas le moins du monde.
« Tu proposes donc de te rendre à Konoha à pied et de te pointer devant la cinquième Hokage en demandant calmement si tu peux reprendre « l'arme » comme tu le dis ? Effectivement, ils ne pourront que te servir sur un plateau d'argent, agrémenté de kunai plantés le long de ton corps, bien entendu. » Railla la dite Madame Tanaka.
Nawaki s'efforça de ne pas se retourner pour répondre violemment à la vieille kunoichi, il préféra presque défier du regard la Mizukage rousse devant lui, ses yeux verts ayant pris une certaine nuance amusée qui n'était pas pour lui plaire. La tension ne cessait de s'accroître, tandis que l'air commençait à lui manquer dans la tiédeur étouffante de la pièce : les deux femmes y étaient donc insensibles, ou quoi ?
« D'ailleurs, expliquez-moi : pourquoi ne pas envoyer un autre ninja récupérer ni vu ni connu l'instrument, l'arme ? » Pourquoi moi ? Pourquoi tant de personnes m'ont fait revenir si ce n'est que pour dérober une arme ? Que pour repartir ensuite ?
Il préférait formuler ses interrogations en cette question nette, neutre et pratique. Il n'aimait pas penser à ce qui ressemblait à du découragement de la faiblesse. L'enfant ne voulait pas que d'autres fussent au courant que ce qui le rongeait peu à peu. Loin du quartier général, loin de ceux qui l'avaient « accueilli », il se sentait un peu seul et lorsqu'il s'ennuyait les questions sans réponse venaient. Aussi douloureuses les unes que les autres.
Les deux kunoichi s'échangèrent un bref regard, comme si dès le début de l'entretien, elles avaient attendu cette question, comme si cette conversation ne devait servir qu'à y répondre, pour mieux l'assujettir ensuite.
« Parce que le plan nécessite à la fois un certain sens de la discrétion, mais aussi, en cas d'échec, une possibilité pour nous d'honorer de nouveau nos engagements envers nos alliés, dont fait certainement partie ton maître, Nawaki. » Expliqua doucement la jeune kunoichi rousse.
« Autrement dit, je suis un… essai. » Déduisit avec une certaine amertume Nawaki.
« Je dirais plutôt que tu fais partie du plan A. Le plan B étant un plan de secours, si tu te fais capturer. » Répondit avec diplomatie la Mizukage.
« Donc si je me fais capturer, vous ne pourrais rien faire pour m'aider ? »
« Et nous désigner comme traître à notre allié, nous privant ainsi de son aide économique et de l'avantage de servir de source de renseignement à notre camp ? Voyons gamin, ce serait une erreur stratégique digne de débutant ça. » Ironisa avec froideur et mépris la voix de la vieille femme. Ne pas se retourner, il ne fallait pas que Nawaki se retourne. Plus pour que la kunoichi brune ne voie pas la légère appréhension naissante de son regard, que par colère.
Un ninja capturé, il le savait par son hôte, n'avait pas avoir peur de mourir. Au contraire, il serait plus utile pour lui que la mort vienne le prendre plutôt que supporter la torture des ennemis. Le fait qu'il soit un enfant ne changerais rien, ne rendrait pas la douleur moins forte et longue. Certainement pas.
La Mizukage vit sans doute sa peur naissante, sinon comment expliquer son regard soudainement peiné ?
Nawaki évita son regard, préférant se plonger dans la contemplation des tranches des livres, et des étuis des rouleaux de la bibliothèque droite. Il ne voulait la pitié de personne. Il resta ainsi jusqu'à ce que la femme devant lui demande :
« As-tu peur Nawaki ? »
L'enfant avala difficilement sa salive, un étau serrant sa gorge, l'empêchant ainsi de respirer. Le froid lui donnant la chair de poule, se glissant en lui comme un serpent prêt à mordre. Son orgueil voulu répondre non, mais les mots ne vinrent pas. C'était la première fois, la toute première fois que Nawaki entrevoyait sa situation telle qu'elle était : précaire, périlleuse et certainement sans issue.
« Tiens, je ne savais pas que j'avais abrité un petit froussard chez moi. Hé, gamin, relève au moins ta tête, regarde la Mizukage qui te donnes cette mission ! Comporte-toi comme un ninja, mince. »
« Je… ne suis plus un ninja. J'sais même pas si je suis encore un « gamin », en fait. » Répondit Nawaki avec un petit rire aigre.
Il l'a été dans une vie lointaine, une vie détruite, dont il ne restait que quelques éclats. Il y avait des choses, des centaines de choses qu'il ne savait plus, d'autres qu'il ne savait pas, et au fon de lui, ce vide qui restait. Le vide d'où naissait les cauchemars, le sommeil venu, pleins de pluie, de boue, d'eau, de larme, encore de l'eau. Et la douleur, le sang, le sien, qui se mêlait aqueuse. Il se souvenait bien avait été ninja, puisqu'il était mort entant que tel. Nul souvenir n'était aussi fort que le dernier, celui où le souffle lui manquait pour hurler sa douleur, sa peur, sa haine.
« Je ne… veux pas mourir… pas une autre fois… » Déclara d'une voix douce Nawaki, si doucement que les deux kunoichi ne s'y trompèrent pas : le petit ne leur parlait pas.
« « Ceux qui meurent sont des perdants, hein ? » Okay, pas de soucis, je ne perdrais pas. Je ne perdrais plus. » Continua il à soliloquer, de cette voix douce et basse, ressemblant davantage à un murmure. Puis, il serra brusquement les poings, ses yeux s'agrandirent, et un sourire plus grand encore naquit sur son visage. Lentement, il releva la tête, défiant pour la première fois les yeux verts de la kunoichi.
« Hé, Maître Mizukage, veuillez oublier votre plan B à la noix, parce que je réussirais, parce que je ne mourrais pas, hein, vous comprenez, je ne perdrais pas. Jamais. »
Un vieil accent optimiste et déterminé perça sa voix, la rendant plus enfantine qu'elle ne l'était habituellement. Surprise, la Mizukage ne sut que répondre. Lorsqu'elle s'apprêtait à esquisser un sourire vaguement approbateur, l'enfant tourna la tête vers la vieille kunoichi, une étincelle de défi brillant dans son regard brun. La dite Madame Tanaka lui rendis son sourire, un « on verra bien si tu tiens ta promesse, sale mioche » sous entendus. Ensuite, l'enfant regarda de nouveau en direction de la Mizukage. Jamais depuis le début de la conversation, il n'avait eu l'air aussi sûr de lui.
« Maintenant, expliquez-moi le plan, vénérable Mizukage. » Demanda avec intérêt le garçon, en souriant de manière tout à fait irrévérencieuse au possible.
Serrant toujours les poings, il se jura de ne pas trahir cette promesse, de ne plus jamais perdre, de devenir fort. De se glisser entre les murailles de Konoha, comme le plus talentueux des voleurs, de reprendre l'arme sans nom autre que celui de pion. Ensuite, il partira en prenant soin de prendre en otage l'instrument pour sauver sa propre vie.
Ce jour là, Nawaki se jura de ne jamais mourir_ perdre_ de nouveau sans avoir son mot à dire.
Pardonnez moi d'avoir mis du temps à poster ce chapitre, mais pour de nombreuses raisons, ce chapitre a été difficile à écrire. Déjà, je ne voulais pas noyer le lecteur dans un flot d'information, ensuite, je voulais présenter un personnage, réveler le nom d'un autre, tout en faisant attention à ne pas déclancher le marysuemètre de certains. Bon, je vous le dit tout de suite, j'ai une sainte horreur de ces bestioles là, alors, pas de soucis d'en voir ^^. J'avais aussi plein de chose à dire en fin de chapitre, mais je préfère me retenir pour voir vos réactions vis à vis de ce chapitre. J'espère que mon histoire vous a plu.
