Chapitre II

Après avoir lâchement fui (parce que j'avoue que c'était un peu lâche), je suis rentré chez moi pour changer de chaussures et chaussettes (le bas mon pantalon sécherait tout seul avec la chaleur). J'ai récupéré mon sac de cours, rapidement garni d'un trieur, d'une trousse presque vide et de mon livre de philosophie, histoire de ne pas me faire lapider en place de grève par ma prof tit', très gentille la plupart du temps mais se transformant en arme de destruction massive pour toute chose ayant trait à sa matière adorée.

Puis j'ai pris lentement la route de mon bahut, traînant les pieds. Il faisait chaaauuud… Trop pour aller s'enfermer dans une salle de classe avec d'autres élèves transpirant des litres de sueur, tout ça pour se taper quatre heures de philo parce que notre bien-aimée professeure binoclarde avait des yeux tellement larmoyants qu'aucun de ses collègues n'était capable de lui résister lorsqu'elle venait leur gémir dans les jupes qu'ils devaient lui filer leurs créneaux de cours pour qu'elle ait une chance de pouvoir finir son programme.

Bref. Après avoir traversé mon vieux quartier, je suis remonté jusqu'au centre-ville où ma grande et prestigieuse école m'attendait, grilles béantes parce que l'heure du midi approchait et que les externes se déverseraient bientôt dans les rues alentours, soit pour rentrer chez eux, soit pour aller se remplir la panse dans le seul fast-food de mon bled paumé quelque part dans la campagne. J'aurais même pas été foutu de le situer sur une carte. Si tu nais à Pré-au-Lard, alors t'es pas anglais. T'es pas britannique. T'es pas non plus humain, d'ailleurs. T'es juste de Pré-au-Lard.

Pas que ça me gêne. J'aime pas le bruit. J'aime pas les gens. (Je radote, non ?) Alors une petite ville bizarre de campagne pour un type bizarre comme moi, c'est très bien. M'enfin. A peine j'avais mis un pied dans l'établissement (un bon Dieu de château ma gueule, paye ta classe), dans le grand hall où pendaient les bannières des quatre quartiers de la ville, qu'on a surgi derrière moi.

-Harry !

Cette voix grave, puissante et autoritaire. Hhmn… Je devais être excessivement dans la merde pour que ce soit lui qui m'accueille. Mais bon, je me suis retourné pour faire face au prof principal de ces masochistes de scientifiques ; Severus Snape. Un homme habillé en costard noir et blouse blanche, quoi qu'il arrive, et certainement doté d'un don de téléportation.

-D'habitude c'est Rusard qui s'occupe de me coller, ai-je fait remarquer.

J'ai pas eu le temps d'ajouter quoi que ce soit qu'il a posé sa main sur mon épaule et m'a entraîné avec lui, l'air grave. J'ai rien dit, me demandant simplement à quelle sauce j'allais me faire bouffer. Je l'ai suivi jusque dans les sous-sols, dans les « cachots » de leur petit surnom rassurant, et il m'a fait entrer dans son bureau. Je me suis assis sur la chaise de mes malchanceux prédécesseurs convoqués avant moi et lui sur son fauteuil. Il a joint les mains, croisant les doigts devant sa bouche. Oh, je vais prendre cher. Oh, je le sens bien. Oh je-…

-Harry, est-ce que tu as déjà entendu parler d'une certaine Narcissa Malfoy ?

Hein ? Que ? Quoi ? Est-ce qu'il pouvait lire dans les pensées, maintenant, en plus de se téléporter ? Ok, c'était flippant ! C'était méga flippant, là !

-Tu comptes me faire tes yeux de merlan fris longtemps ?

C'est-à-dire… Bah écoute, Sev, j'ai fleuri sa tombe hier et aujourd'hui planté son fils, pour qui j'ai accessoirement le béguin, devant alors qu'il pleurait toutes les larmes de son corps. Je la connais plutôt bien.

-J'ai dû entendre son nom dans une conversation un jour ; ça me dit vaguement quelque chose. Pourquoi ?

-Eh bien… Disons que c'est une très bonne amie à moi et que son fils est mon filleul. Or, j'ai appris ce matin qu'il avait été inscrit dans cette école mais il ne connaît personne ici et j'aurais aimé que tu aies l'amabilité de lui faire visiter la ville, rencontrer des gens… Que tu l'aides à s'adapter à son nouvel environnement en somme. Je ne sais pas encore quel jour il arrivera, mais je préfère te prévenir maintenant ; ça pourrait être demain comme dans une semaine.

Il s'est alors arrêté, sans doute un peu inquiet de voir que je ne respirais plus, mais il a rapidement repris, cachant une légère gêne que je suis quand même parvenu à déceler.

-Je comprends parfaitement que tu ne voies pas en quoi le fait que ce soit mon filleul puisse te concerner de quelque manière que ce soit, mais dans ce cas, vois les choses sous un autre angle ; Narcissa est la cousine de ton parrain.

Oh. Mon. Dieu. J'ai cligné des yeux pour chasser les petites étoiles qui dansaient devant comme si j'avais été sonné par un violent coup à la tête.

-Harry ? M'a appelé Severus.

Oh. Mon. Dieu. Oh mon Dieu. OhmonDieuohmonDieuohmonDieu. Mon futur époux était le filleul de mon beau-père et le fils de la cousine de mon parrain… Est-ce que ça faisait de nous des membres de la même famille ?! Est-ce que ça ruinait toute possibilité de mariage ?! Est-ce que je devais considérer mon grand amour comme une espèce de cousin germain ou je sais pas trop quoi ?!

« Est-ce que la vie est à ce point une pute ? »

J'avais besoin d'air. Je me suis levé.

-Harry ? Est-ce que tu vas bien ? M'a demandé Severus.

-Bah oui. Pourquoi ça n'irait pas ? Ai-je répliqué avec un sourire tellement crispé qu'il a froncé les sourcils avant de soupirer et de hausser les épaules.

-Je ne veux pas savoir ce qui s'est encore passé dans ta tête. Déguerpis.

Une demi-heure plus tard, j'étais au self (installé dans une salle au plafond situé à une hauteur improbable), mon plateau devant moi, et la tête écrasée sur la table.

-Qu'est-ce qui t'arrive encore ? M'a alors fait la voix exaspérée d'Hermione.

Je n'ai pas relevé la tête, ni même ouvert les yeux. J'ai écouté le raclement de son plateau tandis qu'elle le posait sur la table et s'installait devant moi.

-Frère, t'en tire une tronche ! A bien sûr commenté Ron en débarquant à son tour et en prenant place à côté de moi.

J'ai gémis.

-Je vois, a fait notre première de la classe. Tu es encore tombé amoureux d'un inaccessible.

J'ai rien dit. Ron m'a tapoté l'épaule en signe de soutien. Ils ont commencé à manger dans l'horrible cacophonie qu'était devenue la Grande Salle. J'avais mal de crâne. Je voulais rentrer chez moi, me coucher, et hiberner. Mais je n'arrêtais pas de penser à mon Apollon du cimetière. Y'avait pas moyen de lui faire des offrandes pour s'attirer ses faveurs ou quelque chose comme ça ? D'ailleurs... les dieux grecs... c'étaient des pratiquants invétérés d'inceste, non ?

« Il était beau même dans la souffrance... »

Il y a alors eu des chocs qui ont fait trembler la table. J'ai daigné ouvrir les yeux. Ron tapait du poing sur le bois, sa peau ayant pris une teinte anormale. Je crois qu'il était en train de s'étouffer. J'avais dû penser à voix haute.

-Tu fais dans le SM, maintenant ? S'est enquis une autre voix masculine.

J'ai reconnu son propriétaire et, tel un patin mal articulé, je me suis levé pour lui tomber dans les bras. L'ayant vu venir, mon substitut de peluche avait posé son plateau pour me réceptionner.

-Théééooo ! Ai-je geint. Mon amour !

Il a commencé à me caresser le dos, imperturbable.

-Eh bien, pour que tu en arrives là, c'est que ce doit être un sacré chagrin.

Je n'ai pas pu répondre, quelqu'un s'est écrié ;

-Ouais ! Câlin groupé !

Et en cinq secondes, la plupart des gens de ma classe s'étaient jetés sur Théodore et moi pour partager l'étreinte. Je me suis tout de suite senti mieux, bien que j'étais écrasé et que je suffoquais à moitié. Parce que peu importe à quel point j'aime pas les gens ; le truc, c'est que les élèves de ma classe, ce ne sont pas des gens, justement. Ce sont des ovnis. Ce sont des littéraires. Et je suis l'un d'entre eux.

[... ... ...]

Note de l'auteur : Ma foi, je n'ai pas grand-chose à dire sur ce chapitre, si ce n'est que j'ai dû à énormément de reprises revenir sur sa conjugaison parce que la programmation automatique de mon cerveau en passé simple est sacrément coriace et a la fâcheuse tendance de rejeter toute tentative de mise à jour. '-' Sinon, on n'apprend pas tellement de nouvelles choses ici, juste quelques petits détails par-ci par-là. Je crois bien que le seul aspect qui a pu interpeller, c'est que Severus soit le beau-père d'Harry. Mais ceci, de même que l'école, la ville, les filières et autres personnages seront développés au fil du temps, pas de panique. C'est juste que, déjà qu'Harry est du genre radoteur, je ne voulais pas non plus qu'il passe en mode « exposé » pour présenter tout ce qu'il voit et qu'il connaît pourtant déjà, juste pour le plaisir de donner de l'information. Surtout que, avec ce qu'on sait actuellement de lui, il n'est pas trop dans une optique de préoccupation ou plutôt d'intérêt pour son environnement ! x) Bref, j'espère quand même que ce chapitre vous aura plu. Sans faire de promesse, je vais essayer d'écrire le prochain sous le point de vue de Draco ! :3