Chapitre un
Comme si le monde s'effondrait
En ayant pris sa décision de partir suivre l'université en Amérique, Kise se surprit lui-même à se préoccuper d'Aomine plus que d'habitude. La culpabilité le rongeait. Il pensait que le bleuté, égoïste par nature, refuserait de le laisser partir.
Dans l'intimité de la chambre de ce dernier, Kise fixait ouvertement son petit-ami assit à côté de lui, sur le sol, à feuilleter un magazine sans grande conviction. Les lèvres du blond se retroussèrent lorsqu'il remarqua qu'Aomine arborait un air renfrogné (qu'il pouvait différencier de ses traits grognons habituels) qui devenait un peu trop familier depuis quelques temps.
« On a tout l'été. » Kise brisa le silence.
« Hein ? » Son cadet, interrogateur, riva ses yeux sur lui.
« Tu avais l'air triste », répondit simplement Kise. « Je te rappelais juste qu'on est qu'au tout début du printemps, et qu'on a jusqu'à la fin de l'été. »
« Je l'sais ça, idiot. » rétorqua Aomine en levant les yeux au ciel. « Et j'avais pas l'air triste. »
« Triste. Pensif. C'est exactement la même chose sur ton visage. » Commenta le blond.
« Qu'est-ce que j'suis censé comprendre ? »
Avec un sourire joueur, Kise fit une pichenette de l'index entre les sourcils froncés d'Aomine.
Ce dernier dégagea sa main d'une tape. « Qu'est-ce que tu fous ? » fit-il en plissant les yeux.
Kise sourit, se pencha et pressa ses lèvres sur le front de l'autre garçon. Leur proximité était telle qu'il pouvait sentir la chaleur du souffle de son petit-ami dans son cou, et un frisson le parcouru en réponse. Les bras d'Aomine l'entourèrent pour l'attirer plus près. Quand la bouche du plus jeune effleura sa gorge, Kise retint son souffle. Il n'opposa aucune résistance lorsque le bleuté le plaqua au sol avec un sourire pervers. Dos contre le plancher, Kise leva ses mains pour les glisser sous le haut de son cadet, et Aomine pressa sa paume contre l'entrejambe du blond.
Avec un léger gémissement, Kise souffla « On a assez de temps ? ». Au-dessus de lui, Aomine se raidit, et l'aîné réalisa la double portée de sa question. Le compte à rebours avant son départ avait déjà commencé, et ils n'auraient jamais assez de temps ensemble. S'éclaircissant la voix, il ajouta « Avant que tes parents ne rentrent, je veux dire. »
« Aaah, ouais », percuta Aomine d'une voix étrange. « Il est pas si tard, donc mon père rentrera pas avant un moment. Et ma mère avait des trucs à faire, elle devrait pas rentrer avant une heure ou deux. »
Fermant les yeux et secouant la tête, Kise se maudit mentalement d'avoir ruiné l'atmosphère. Il se fit deux promesses : 1) ne jamais mentionner quoique ce soit qui puisse rappeler à Aomine qu'il partait, et 2) entraîner celui-ci au bord de l'inconscience par le biais du sexe afin d'effacer de sa mémoire le poids de ces dernières minutes.
Kise bougea ses mains de façon à encercler la taille de son cadet et le tira doucement à lui. L'autre comprit l'invitation, se laissa entraîner vers le sol et ils pressèrent leurs lèvres contre celles de l'autre. Aomine resta cependant hésitant jusqu'à ce que les hanches de Kise viennent chercher les siennes. Ce mouvement sembla balayer toutes les pensées noires de l'esprit du plus grand lorsque le blond sentit ses mains défaire les boutons de son jean.
Le printemps passa sans que rien ne vienne le troubler, et aucun projet particulier ne succéda à la remise des diplômes. Kise divisait son temps entre sa famille, ses amis et son travail. Néanmoins, ce que tout le monde comprenait sans qu'il n'ait besoin de le formuler était le fait que la majeure partie de son temps appartenait à Aomine.
Durant les brefs congés de ce dernier entre la fin du lycée et le début de l'université, le blond passait des jours entiers avec son cadet (dont les parents ne soupçonnaient même pas la relation, malgré l'étrange quantité de magazines de mode qu'il détenait). Ils traînaient çà et là, jouaient au basketball et faisaient l'amour. Kise aurait été honnêtement incapable de se souvenir d'un temps où il avait été plus heureux, et il était certain qu'il en était de même pour son petit-ami.
Un après-midi, alors que leurs corps étaient enchevêtrés dans les draps du plus jeune, celui-ci prit Kise contre lui. Son dos calé contre le torse d'Aomine, le blond l'observa avec un sourire serein tandis que les doigts sombres retraçaient son bras pour aller s'échouer sur son ventre.
« Je voudrais pouvoir te garder contre moi pour toujours », murmura Aomine d'une voix endormie.
Alors que le souffle lent du bleuté parvenait à ses oreilles et qu'il le sentait se détendre autour de lui, Kise -bien qu'il doutait que l'autre garçon se souviendrait de ce moment plus tard- savait que la tendresse dans la voix de son petit-ami resterait gravée dans son esprit jusqu'à la fin de ses jours.
'Je pars bientôt.' Il réalisait l'ampleur de cette idée pour la première fois. La tristesse s'immisça en lui, et il se mit à pleurer au milieu de l'étreinte d'Aomine jusqu'à sombrer dans le sommeil à son tour.
Quand débuta le mois d'avril, Kise commença à prendre des cours particuliers pendant qu'Aomine démarrait l'université. Avec le soutien de son manager, il prit un tuteur pour l'aider à améliorer ses compétences en anglais.
Bien entendu, Aomine rejoignit le club de basketball et les engagements qui allaient avec, mais qu'il ignora autant que son équipe le laissait le faire. Il parvint à obtenir une invitation occasionnelle pour Kise qui les rejoignait alors, lorsque le temps et son travail de mannequin le lui permettaient.
Le blond s'était sentit flatté que son petit ami gardait un coin de son esprit libre pour lui (surtout maintenant qu'il n'avait plus de co-équipiers pour jouer régulièrement) et fut agréablement surpris de la facilité avec laquelle les membres du club de basket l'acceptèrent. Parfois il jouait, et d'autres fois il préférait regarder Aomine en action en compagnie de Momoi.
Les vacances d'été commencèrent et Kise se retrouva à organiser son temps de la même façon que durant le printemps : à essayer de concilier activités sociales et professionnelles. A mesure que juillet cédait la place à août, il remarqua qu'Aomine devenait de plus en plus silencieux et patient.
« Il faut que je commence à rassembler mes affaires », annonça-t-il un jour. « Ce sera ennuyant, alors tu ferais mieux de rentrer chez toi et faire ce dont tu as envie. Je sais que tu détestes perdre ton temps. »
Le visage du concerné resta indéchiffrable lorsqu'il lui répondit. « J'm'en fous. C'est pas grave si je reste assis à te regarder. »
En fait, ils réussirent même à s'amuser un peu en faisant le tri dans les affaires du blond dont la plupart n'étaient que des babioles qu'il avait amassées au fil des années.
« Pourquoi t'as un truc pareil ? » demanda le plus jeune en désignant l'ours en peluche rembourré et coloré de tons hideux oscillant entre le rose, l'orange et le vert qu'il tenait entre les mains.
Kise haussa les épaules. « Un cadeau d'une fan passionnée ? »
« Et ça ?» Aomine continua en agitant un énorme pot rempli de cadenas.
Laissant échapper un souffle exaspéré, l'aîné expliqua « Une fois, dans une interview, j'avais fait allusion comme ça au fait que le cadenas de mon casier à l'école avait disparu. Mes fans avaient donc décidé de m'en envoyer. Ça n'avait pas arrêté de déclencher le détecteur de métaux pendant les vérifications de routine avant que je n'ai pu recevoir un message de mes fans. La sécurité avait dû ouvrir tous mes colis pendant des mois. J'ai cru que mon manager allait me tuer. »
L'histoire arracha un sourire à Aomine. « C'est tout à fait toi de balancer des trucs sans réfléchir aux conséquences. »
« Je me suis amélioré », se défendit-il. Ils se fixèrent mutuellement un instant par-dessus le pot de cadenas et, notant l'étincelle de tendresse dans les yeux de son petit-ami, Kise commença mentalement le décompte. 'Trois, deux, un…' Réglé comme une horloge, Aomine s'approcha de lui. Ses doigts venaient de toucher la joue de Kise quand la porte s'ouvrit. Les deux garçons firent un bond en arrière, l'air coupable.
Le blond paniqua et, levant les yeux vers la porte, sentit son humeur s'alléger d'un seul coup. « Frangine ! » s'exclama-t-il, joyeux. « T'es venue nous voir aujourd'hui. » Il bondit vers l'entrée de sa chambre les bras grands ouverts, ignorant le regard suspicieux qu'elle lançait entre Aomine et lui.
Sa sœur accepta facilement l'embrassade et lui glissa « Ce n'est pas parce que maman et papa ne savent pas ce qui se passe entre vous deux derrière une porte fermée que je suis aveugle. »
Kise feignit l'innocence en riant et répondit « Je ne vois pas de quoi tu parles. »
L'aînée les laissa seuls après un salut de la main faussement joyeux en direction d'Aomine. Le blond retourna aux côtés de son petit-ami avec un haussement d'épaules résigné, et ils reprirent leur tri dans ses affaires.
« Est-ce que ta sœur vient juste de faire la casse-couilles (1) ou c'est moi ? » demanda Aomine en grinçant des dents.
« Eh bien alors, tu n'es pas plutôt du genre confiant, normalement? » ronronna l'autre en jetant un regard en biais à son compagnon.
« -Ouais, et t'aimes ça.
-Et tu viens vraiment de dire 'casse-couilles' ? » Kise s'étonna tout haut.
Aomine répondit d'une tape joueuse à l'arrière de la tête blonde.
Une semaine s'écoula avant qu'Aomine n'entre à nouveau dans la chambre de son cadet. A ce stade, Kise avait terminé d'emballer le nécessaire pour l'envoyer en Amérique. Sa chambre paraissait vide, à l'exception des cartons longeant le mur.
A peine le cadet était-il entré et avait-il fermé la porte que l'autre étudiait son visage avec attention. Comme d'habitude, Aomine ne dit pas un mot. Mais le choc qui se lisait sur son visage communiquait à Kise tout ce qu'il avait besoin de savoir. Le jour où il était censé partir approchait à grands pas, et Aomine ne pouvait tout simplement pas en supporter un rappel aussi visible dans la chambre du blond.
'C'est la dernière fois que je l'invite ici' avait-il décidé. 'C'est la dernière fois qu'Aominecchi est dans ma chambre.' Une partie de lui se brisa à cette prise de conscience.
« Salut toi » fit-il tandis qu'un sourire feint se dessinait sur son visage. S'avançant vers Aomine, il prit ce dernier par la main et le conduit jusqu'à son lit. Le bleuté, toujours perturbé, se laissa asseoir sans trop d'efforts. Kise s'agenouilla et rechercha son expression.
L'étendue de souffrance qui se reflétait dans les yeux bleus comme la nuit déroba à Kise toute capacité de s'exprimer. Sans un mot, Aomine entoura le blond de ses bras et posa sa tête dans le creux entre l'épaule et le cou de son aîné. Ce dernier appuya une main dans le dos du bleuté et emmêla l'autre dans les cheveux sombres. Ses yeux s'élargirent sous le choc lorsqu'il sentit une humidité caractéristique traverser son haut. Jamais encore il n'avait été témoin des pleurs de l'autre. Ses lèvres se serrèrent, et il lutta pour ravaler ses propres larmes. Il avait le sentiment que le monde tel qu'il le connaissait était en train de s'effondrer.
Note de fin de l'auteur : J'augmente le rating par sûreté, mais surtout pour les prochains chapitres. Le titre de ce chapitre est probablement plus dramatique que le chapitre lui-même, lol. Honnêtement, je pense qu'Aomine et Kise auraient une relation amoureuse dans laquelle ils tiennent vraiment l'un à l'autre, et j'espère que j'ai bien été en mesure de retranscrire ce sentiment. Comme toujours, les commentaires sont très appréciés. =)
Notes pour la traduction : (1) « casse-couilles ». Le terme utilisé en anglais pour cette phrase est 'cockblock', et il est difficile d'en définir un équivalent en français. Ce terme est celui qui me semblait le plus approprié à la situation mais, pour la petite explication, 'cockblock' désigne –en gros- une personne qui vient volontairement casser un plan sexuel.
