Jeux forcés
Auteur : Angelscythe
Genre : Noir, violence, drame
Couple : Je vous laisse deviner
Disclaimers : Tous les personnages appartiennent à Kaori Yuki, je ne devrais pas avoir le droit d'y toucher…
Chapitre 3
Riffel dut ouvrir la porte du pied et manqua une seconde de basculer. Cette vieille planque possédait tout du taudis infâme. Vieux sommier rongé par les termites, draperies trouées, murs humides et odeur pestilentielle.
Cain se sentit tant insulté qu'incommodé. Mais cette maison horrible était encore un paradis en comparaison à la terreur et l'horreur qui grouillait maintenant en lui.
Le majordome le posa sur le lit d'où s'éleva un nuage de poussière qui les fit tousser. L'homme s'éloigna et fit craquer ses articulations.
- Tu cherchais des informations auprès du Maire ? S'enquit Riffel en s'adossant au mur.
Le Noble se mordit la lèvre inférieure. Lui donner ses plans sur un plateau d'or était stupide… Mais lorsque la voix de Riff sonnait à ses oreilles, il oubliait les serpents perfides et glacé qui l'étreignaient.
- Oui. Lâcha-t-il alors.
- Tu as reçu plus que cela, de toute évidence.
Cain détourna la tête, le souffle court. Les serpents se resserraient. Ils lui donnaient l'impression de suffoquer !
Et ces atours ! Collant à son corps en lui rappelant cruellement qu'ils étaient les témoins de son déshonneur !
Il arracha la longue perruque qu'il jeta au sol. Ses mains se fermèrent ensuite sur les pans de la robe.
Elle lui résista.
Il savait se déshabiller. Il savait effeuiller les femmes qui s'offraient à lui mais ses étoffes s'accrochaient à ses frêles membres.
Riffel s'approchait de lui. Il se saisit des soieries récalcitrantes afin de les ôter de gestes experts.
Le jeune Comte se sentit libéré et ses poumons s'emplirent d'air. Sa nudité n'était rien lorsque c'était Riff qui se tenait face à lui. Mais il redoutait les témoins de ses souillures : les tâches carmines qui avaient séchés contre sa peau d'albâtre.
Cain regarda les doigts de son valet se défaire de la somptueuse toilette.
- Combien de femmes as-tu déshabillé ? Attaqua-t-il, rongé par Jalousie.
- Je ne saurais m'en souvenir. Il y en a trop. Sourit-il.
Ce ton posé, presque chantant, se mua en un couteau qui s'abattit dans le cœur du Noble. Son souffle se perdit encore dans l'air vicié de la chambre.
Cherchant sa contenance, il désigna la porte d'ébène couverte de champignon.
- Qu'il y a-t-il là ?
- Une salle de bain.
- Je veux me laver.
- Très bien. Tu sais comment tourner une arrivée d'eau, j'espère.
Le rire moqueur de Riffel se répercuta contre les murs, revenant encore et encore aux oreilles de Cain, giflant ses joues impitoyablement, malmenant cette nudité devenue inquiétante en une seconde.
Riff l'aurait soutenu.
Mais cette facette l'enfonçait dans la mare de boue dont il tâchait de s'extirper. Il n'avait pourtant besoin que de douces paroles et d'une étreinte chaude et puissante.
Cain regarda le valet partir vers la porte. Souhait-il cacher son horreur ou être apaisé contre le gré de ce monstre ?
Riffel avait la main sur la poignée moisie qu'il sentit des doigts enserrer son bras. Il tourna la tête et vit l'enfant une nouvelle fois. L'être éploré qui avait juste besoin d'amour. Était-ce là de fraîches larmes ou le vestige de celles d'antan qui roulaient sur ses joues.
- Qu'il y a-t-il ?
- Peux-tu préparer le bain ?
Il n'admettrait pas ses faiblesses et ses peurs, encore moins à lui. Les mots étaient les seuls restes de sa Noblesse et de sa sublime. Mais il pouvait demander.
La tête baissée, il se soustrayait au sourire et au regard moqueur de Riffel.
- C'est mieux ainsi.
Le valet se dégagea de sa main pour se glisser dans la pièce attenante.
Seul, même pour un instant, Cain sentit son corps lui brûler à nouveau. Des mains de feux entraient en lui par les chemins privés que le Maire avait outragés. Elles s'en prenaient à ses organes, filant à toute vitesse vers son cœur comprimé.
Sa tête tournait.
Il chercha à se raccrocher à quelque chose mais chuta. Ses genoux allaient s'entrechoquer contre le plancher humides lorsqu'une étreinte le stoppa entre deux eaux. Il n'eut pas besoin de lever les yeux pour savoir qu'il était dans les bras de Riff.
Pas seulement parce qu'il était seul en ces lieux avec lui.
- Réflexe. Maugréa-t-il, assenant son excuse avec mépris.
L'étreinte se défit, presque douce. Cain se refusa à le perdre et emprisonna encore la chemise entre ses doigts. Il perçut le soupir de son valet mais demeura tout contre lui. Il avait souvent entendu parler de drogue, sorte d'ersatz de poison, mais jamais encore n'y avait goûté.
Jusqu'à ce jour.
Avait-il besoin de son sauveur ? La peur avait-elle brisé le barrage de ses émotions ? Qu'importe l'explication, il voulait que les bras de Riff l'enserrent.
- Tiendras-tu sur tes jambes ?
Cain relâcha le tissu pour attraper le poignet de son majordome. Il lui offrit alors son regard le plus résolu. Riffel sourit, moqueur, mais consentit à le suivre dans la salle de bain. Ce n'était que partie remise. Il savourait déjà ce que le jeune Comte s'évertuait à lui dissimuler.
Le descendant Hargreaves se sentit encore plus insulté en voyant la baignoire en fer rouillé. L'eau y prenait une teinte incarnadin mais il nécessitait de se laver. Les traces impures devaient partir ! Peut-être que l'horreur le dégoût interne glissèrent dans ce liquide souillé.
Espoir stupide…
Le Noble s'évertua à ne pas montrer son dos, a fortiori ses fesses, à l'homme mais s'aida de sa robuste épaule pour pénétrer dans la baignoire. Il fut éclaboussé d'une tiédeur presque froide. Il calma ses frissons, trop captivé par cette eau paraissant se muer en lac ensanglanté, telle la première plaie d'Egypte. Il se tourna violemment vers Riffel.
L'eau inonda des bords vert-de-gris, inondant les chaussures du majordome sans que ce dernier ne s'en soucie.
- Vas-tu repartir ?!
- Oui.
- Riffel !
Il ricana en entendant ces aboies. Il retira sa veste qu'il jeta sur un vieux support et fléchit les genoux pour être à sa hauteur. Il se noya dans l'étang intoxiqué et glissa ses doigts sur la joue agréablement chaude.
- Même comme ça, tu ordonnes. Railla-t-il.
- Riffel. Répondit-il farouchement.
- Encore… Ordonna le valet, le regard avide.
Can serra les dents. Il ne deviendrait pas son jouet ! Il ne souillerait pas plus sa Noblesse.
Mais les lèvres chaudes vinrent à la rencontre des siennes, les goûtant avec une délicatesse qu'il ne désirait que trop. Ses mains humides s'accrochèrent à son cou, plaquant le tissu contre la peau douce.
Leurs lèvres s'éloignèrent trop vite. Mais Riffel savait qu'il n'avait pas besoin de plus malgré le désir. Le jeune Comte lui avait rendu les armes en répondant si positivement au baiser.
- Riffel…
Il sourit, détaillant encore ces traits trop désirables.
- C'est ici que je reviendrais à l'avenir.
Il se leva, s'éloigna de quelques pas, s'échappant à la main qui tâchait de le rappeler à lui. Il tourna la tête vers l'héritier Hargreaves en attrapant sa veste.
- Tu n'as plus besoin d'aller nulle part après tout… N'est-ce pas ?!
Cain se sentit impuissant. Il ne pouvait chercher le réconfort en sa propre étreinte en sa présence.
Il pouvait pourtant s'enfuir. Il pouvait espérer trouver le salut auprès de Maryweather. Elle et sa douceur… Mais elles n'étaient rien comparé à cette présence.
- Si tu ne m'abandonnes pas, je ne t'abandonne pas… Riffel.
Le majordome sourit. Il posa sa veste à nouveau et déboutonna sa chemise.
Le jeune Comte sentit des sentiments contraires l'éperonner. Le ravissement et la crainte.
Riffel pourrait-il…
- Il n'y a pas de vêtements ici. Il faudra mettre ceci. Dit-il, répondant à sa question muette.
Cain n'était guère lavé mais les croûtes désagréables avaient disparues. Il se leva alors, fuyant cette eau écœurante.
L'homme lui jeta sa veste. Le jeune Comte la serra contre son corps. Il s'apprêtait à manquer de respect à la seule personne à qui il ne voulait le faire.
Il ferma les yeux et franchit le cap, telle une vengeance finalement adressé à la seule personne de Riffel. Malgré cela, il se sécha brièvement, chastement, tamponnant plus qu'autre chose. Sa peau était encore humide mais le majordome s'approcha. Il l'aida à enfiler la chemise. Le Noble se sentit divinement bien. Tant parce que le vêtement recelait de l'odeur et de la chaleur de Riff que parce que le temps semblait immuable.
Il fut extatique en sentant les doigts refermer les boutons. Ses mains se posèrent sur les épaules fortes, un sourire sincère marquant son visage qui aurait cru ne plus le pouvoir.
Riffel, à genoux, souriait. L'enfermant dans sa chemise, il faisait à nouveau ce que son autre lui n'avait jamais fait. Il se l'appropriait. Cain était en passe de devenir son Cain.
- J'ignorais que nous partagions cela…
- Silence !
Il se redressa comme si ça pouvait l'aider à fuir cette voix internes.
Des frissons le parcoururent lorsque les doigts graciles effleurèrent la brûlure qui marquait son cœur.
- J'ai à faire avant que les doutes ne me tombent dessus.
Riffel lui arracha sa veste le plus rudement possible et l'enfila prestement.
- Reviens-moi. Exigea Cain.
Le valet répondit par un ricanement. Il attacha les boutons et se détourna de lui. À grand pas, il quitta ces restes de planques.
Le jeune Comte pressa son visage dans son bras. L'odeur s'élevant des plis du tissu le rassurait un peu. Il avait l'impression que, cette fois, il ne sombrerait pas.
Il regagna la chambre, ses pied s'heurtant aux esquilles et champignon.
Malgré le dégoût qu'ils lui inspiraient, le Noble s'allongea dans les draps. La douleur qui vrillait ses fesses l'empêcherait de s'asseoir de toute façon.
Il enfoui à nouveau son nez dans les pans de la chemise.
- Riff… Reviens-moi.
