Hey – ce couple-là, j'avoue que je le kiffe parce qu'on en connaît pas tant que ça sur ces personnages du coup ça donne vachement de possibilités !
Cet OS intervient juste après la fin du tome 7. Sinon, y a un poil de violence, de sexe et de drogue, la classique, quoi (promis, j'écrirais des trucs ultra épurés, doux et mignonnets plus tard !) – mais ça n'empêche pas l'amûr, hein.
Voilà ! La bise.
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Crétin – Gary x Red
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Un poing s'écrasa brutalement sur un réveil d'où s'extrayait le début bondissant de la chanson Violent Pornography de System of a Down. Un grognement suivit et un corps roula entre des draps à la propreté douteuse et à l'odeur non moins particulière.
Gary, le batteur des Albinos aux allures de punk à chien, se leva lentement et dans la douleur la plus lancinante. À quatre pattes, le cul en l'air, il avait bien du mal à soulever son crâne, lourd des conneries de la veille.
Il semblait que ses collègues musiciens et lui avaient célébré leur contrat signé pour une tournée nationale. Il avait des souvenirs vagues du départ attristé et attristant de Karine, celle-ci n'ayant pas le cœur à faire la fête, du regard d'Albin en la voyant fuir, de leur décision d'aller en boîte, de Red et Mégane en train de danser, d'un enchaînement de shots, d'une blonde aux seins ronds et moulés dans un haut rose...
… et là, plus rien.
Qu'avait-il encore fait ?
Bon, visiblement, il n'avait pas ramené la fille chez lui. Ou alors, elle s'était barrée.
Putain.
Il se leva enfin, fit quelques pas et se frotta le visage, constatant qu'il avait un boxer. Bonne nouvelle. Cela voulait dire qu'aucune fille n'était venue ici.
Sinon il serait à poil.
Il se traîna jusqu'à sa salle de bain, encombrée par tout un tas de fringues sales et de bouteilles de whisky, trébucha légèrement sur un tee-shirt et s'affala dans la cabine de douche. Il enleva péniblement son caleçon et actionna l'eau.
Le courant glacé qui s'écroula sur ses épaules lui fit pousser un « bordel ! » disgracieux et aigu de surprise. Dès que la température se réchauffa, il se laissa glisser au sol, la tête entre les mains, les coudes sur les genoux. L'eau venait aplatir sa crête brune sur les côtés de son crâne ou sur son front et des gouttes dégringolaient devant ses yeux flous. Il était sans repères.
Il se souvenait qu'aujourd'hui, il devait rejoindre Red. Pas les autres vu que Karine n'avait visiblement accepté qu'à contrecœur de signer la tournée car elle n'avait plus confiance en Albin, qu'Albin était, semble-t-il, pour la première fois depuis longtemps, amoureux, et que Mégane était passablement sur les nerfs à cause de la pression qu'exerçaient ses parents sur elle afin qu'elle retrouve « le droit chemin ».
« Droit chemin des homophobes de mon cul, oui..., grommela Gary, coupant l'eau et se savonnant rapidement. »
Le reste de sa douche fut plus rapide et, quand il sortit, il hésita un instant à chercher des fringues dans le tas informe qui couvrait le sol de la salle de bain. Pris d'une pulsion d'hygiène, il sortit, haussant les épaules.
Une fois habillé d'habits propres (faisant partie des derniers qui restaient dans son armoire), il prit ses clefs, soigna vaguement sa crête en passant sa main dedans et enfila ses Rangers. Il était déjà midi passé et Red allait encore faire mine d'être exaspéré par ses retards incessants. Oh, qu'il aille se faire foutre, il ferait mieux d'être heureux que Gary se soit levé cette fois... ce n'était pas toujours le cas.
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« Salut mec, commen-woh putain ! C'est quoi, ça ? »
Gary se laissa tomber sur une chaise, sous le choc face au visage de Red qui, en plus d'être sinistre, était coloré d'un méchant coquard bleuté autour de l'œil gauche.
Le claviériste lui lança un regard noir et fit remarquer, de sa voix toujours aussi placide mais imbibée d'une forme d'agacement :
« Tu te souviens pas ?
- … c'est moi qui t'ai fait ça ? »
Les yeux bleus le transpercèrent et se firent plus accusateurs encore ; Gary se tortilla, mal à l'aise, sous la glace qui restait braquée sur lui.
« Je me souviens de rien, je suis désolé... qu'est-ce qui s'est passé ?
- Tu veux la version objective ou ma version ?
- … euh, je vais prendre la version où je me fais pas descendre, s'il te plaît.
- Très bien. Écoute bien parce que je la répéterai pas. Ça m'énerve déjà suffisamment, au point d'avoir envie de te tabasser alors n'en rajoute pas. »
Gary resta pétrifié, incompréhensif. Il était rare de voir Red aussi enragé. Il avait plutôt l'habitude d'éviter les conflits et de réfléchir plutôt que de s'énerver – et cela rendait sa colère glaciale encore plus impressionnante.
Il commanda rapidement un Coca au serveur qui repartit aussitôt ; il était absolument hors de question qu'il prenne de l'alcool. Pas avant 14 heures, du moins.
« On était tranquillement dans la boîte, chacun de notre côté, toi avec une énième meuf et moi avec Mégane. On discutait. On ne faisait absolument rien de méchant, on était tranquille. Un mec est venu nous voir et on a pas su tout de suite qui l'intéressait. Il a pas mal parlé, voulait apprendre à nous connaître et on comprenait pas trop pourquoi il nous abordait aussi amicalement tous les deux. On a fini par lui dire qu'on était dans un groupe, qu'on faisait de la musique et qu'on allait partir en tournée. Et là, t'es arrivé.
- Qu'est-ce que j'ai fait ? demanda Gary, happé par l'histoire et curieux au possible.
- Tu as commencé à casser la gueule du type. »
Le batteur fronça les sourcils.
« Il ressemblait à quoi ?
- Aucune importance. Au final, j'ai essayé de vous arrêter et je me suis pris un poing.
- C'était moi ? s'enquit Gary, anxieux.
- Oui. Tout ce qui compte, c'est que là, je te déteste. »
Sur ce, il se leva brusquement, cracha un « et tu paieras, connard » et s'éloigna à longues et vives enjambées.
Gary resta interloqué, le serveur venant déposer le Coca face à lui, sur la petite table ronde et plastifiée de la terrasse du bar. Il le but sans véritablement s'en rendre compte, réfléchissant à toute vitesse, les bulles trop vite avalées venant anesthésier sa cavité buccale. La sueur commençait déjà à imbiber ses tempes et son dos. Il paya, se redressa.
Merde.
C'était qui ce gars pour qu'il soit venu directement le frapper ?
Il n'avait plus fait ça depuis longtemps. Ça remontait à ses années de jeunesse. Les méandres un peu sales, un peu glauques, de son passé. Il grogna, passant nerveusement sa main dans sa nuque, brûlante d'avoir été exposée au soleil.
Il sortit son téléphone, appela immédiatement Mégane. Il n'y avait qu'elle pour l'éclairer actuellement.
« Je suis pas là. Rappelez pas, j'aurais sans doute pas envie de parler. »
Ok, messagerie. Incrédule et irrité, il fourra son portable dans sa poche et commença à marcher vers chez Albin. Il ne pouvait pas l'appeler car il savait que, peu importe qui que ce soit, Albin ne répondrait pas. Peut-être que lui aurait vu quelque chose...
Après... après, il serait obligé de retourner chez Red en le suppliant de lui pardonner pour avoir les informations qu'il souhaitait.
Et pour qu'il arrête de se sentir aussi mal à l'aise vis-à-vis de son ami.
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Il toqua à la porte de l'appartement d'Albin, haletant après la course qu'il venait d'effectuer.
Il allait bientôt falloir qu'il s'oublie un instant dans les bras de Marie-Jeanne... beaucoup trop de stress inutile en si peu de temps.
La porte s'ouvrit en coup de vent comme si Albin avait couru pou-
« Oh. Je dérange ? demanda Gary, retenant un rictus d'amusement.
- Ouais, un peu..., répondit sans se censurer Albin en remarquant son air moqueur. Tu veux quoi ? »
Il venait visiblement d'enfiler un jogging et ses cheveux ébouriffés, son absence de lunettes et les marques dans son cou signifiaient beaucoup.
« J'ai besoin de renseignements.
- Par rapport à quoi ? soupira Albin, s'appuyant à la chambranle de la porte et croisant les bras.
- Par rapport à hier soir. Il paraît que j'ai cassé la gueule d'un mec. Et que j'ai frappé Red. Mais ça, c'est avéré vu le coquard qu'il a. »
Il fronça les sourcils, gêné, plongeant machinalement la main dans sa poche pour tripoter le sachet de marijuana qu'il avait toujours.
« Ah... bein, je sais pas, j'étais plus là à ce moment. »
Albin esquissa une grimace, fixant Gary en espérant qu'il comprenne.
« Ok... merci quand même, grogna ce dernier, lui jetant un regard résigné. Oh, attends, une dernière chose... »
Et faisant deux pas en avant, il poussa d'un mouvement ample Albin qui poussa un « eh ! » choqué en s'écrasant plus ou moins contre la porte.
Et il vit.
« Salut Karine ! fit-il, satisfait. Content que ça se passe bien pour toi ! »
La jeune fille le fixa, yeux exorbités, ouvrant légèrement la bouche comme sur le point de parler mais il ne lui en laissa pas le temps, faisant déjà volte-face et s'écartant rapidement d'Albin qui, mi-énervé mi-rieur, le salua d'un :
« C'est ça, casse-toi, putain de crétin ! »
Une fois que la porte eut claqué derrière lui, il s'assit dans la cage d'escalier et commença à s'en rouler un. Ça l'aiderait à affronter Red.
Curieusement, celui-ci l'avait toujours impressionné. Il le respectait bien plus qu'il ne respectait personne d'autre. Red avait ça. Ce quelque chose qui faisait qu'il était l'ami le plus important qu'il possédait et sans doute celui qui avait le plus de pouvoir sur lui.
Son inquiétude ne cessait de croître depuis que l'insulte « connard » lui avait été attribuée, jetée au visage, plaquée à l'esprit. Il allait vraiment falloir qu'il commence à se dépêcher d'aller chez le claviériste.
Il fuma rapidement, presque sans plaisir, mais se sentit infiniment mieux une fois que cela fut fait. Il n'avait pas grandement dosé le joint, préférant se laisser assez de sens commun et de perspicacité pour discuter – si cela allait être possible – avec Red.
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« Ok. Ok. C'est bon. J'y vais. »
Putain.
Pourquoi avait-il aussi peur ?
Depuis qu'il était réveillé, tout allait de travers. Même carrément à l'envers.
Depuis qu'il ne se souvenait pas de sa soirée et de ses mains volant pour exploser contre un corps dont il ne se remémorait rien.
Cela faisait maintenant cinq minutes qu'il était planté là, face à la porte de Red, inspirant profondément, sans savoir quoi faire. Il avait le front posé contre le bois et entendait à travers la porte le bruit d'une mélodie assez douce, jouée à la guitare. La voix qu'il entendait n'était pas celle de Red, prouvant que celui-ci n'était pas en train de jouer mais en train d'écouter de la musique.
Il se figea en entendant soudain... des gémissements. Ok. Ok. C'est bon. Tout va bien. Red est occupé.
Décidément, c'était sa journée, à déranger tous les gens qui baisent dans cette foutue ville.
Un réflexe débile lui fit appuyer sur la sonnette.
Oh. Merde.
Il entendit un silence brusque au milieu de la musique puis une précipitation, des pas qui s'approchent... et la porte qui s'ouvre.
« Qu'est-ce que tu fous là ? »
Gary sentit son cerveau s'arrêter lorsqu'il vit que Red, inégalement à Albin, lui, n'avait mis qu'un boxer. Moulant. Blanc. Surplombant de très longues jambes pâles et parsemées de tâches de rousseur.
Honnêtement, il n'avait jamais regardé les jambes de Red jusqu'alors. Mais bon... les événements avaient un peu forcé les choses, pour le coup.
Il concentra son regard dans celui cerné de violet du claviériste. Il ouvrit la bouche, la gorge inexplicablement sèche.
« Dépêche-toi, j'ai pas que ça à foutre, le coupa l'autre.
- Ok, il murmura pour se donner du courage. Ok. Écoute, je suis désolé, vraiment. J'ai été qu'un connard de frapper ce mec et de, euh, t'avoir frappé aussi... mais... je ne comprends pas pourquoi j'aurais fait ça sans raison.
- T'en avais peut-être une mauvaise, grommela Red, détournant le regard, adoptant inconsciemment la même position qu'Albin avait pu arborer face à Gary un peu plus tôt.
- Alors... je sais pas, tu ne veux pas me dire à quoi il ressemblait ? Ça m'aiderait peut-être... »
En fait, il avait une petite idée de pourquoi il aurait pu frapper un parfait inconnu. Et ça ne le réjouissait pas vraiment.
« Regarde par toi-même, fit Red en s'écartant. »
Gary ne comprit pas tout de suite puis son regard échappa à celui de son ami, attiré par l'espace qu'avait délivré l'autre en se fondant le long de la porte.
Et il vit.
« Putain ! Toi ! TOI ! »
Et il se rua sur l'homme nu qui était resté paisiblement sous les draps, attendant visiblement que Red revienne à ses côtés après le passage de l'importun.
« Gary ! »
Le cri le retint un instant alors qu'il venait de saisir cette immonde pourriture par le cou, l'enserrant des doigts de sa main gauche et levant le poing droit.
« Tu vas pas recommencer, putain ! Tu es sobre, pourtant !
- Mais tu sais qui c'est, cette enflure, au moins ?! cria Gary, l'air fou et se tournant vers Red qui stoppa sa course vers eux. »
C'était une mauvaise idée. L'assailli profita de l'inattention de Gary pour lui exploser le ventre, coupant son souffle, ses pensées, tout, tout...
Il tomba du lit lourdement, tentant de reprendre sa respiration, hoquetant, une main sur le ventre.
« Olly ? »
C'était Red qui, statufié, ne savait plus réellement quoi penser.
Ledit Olly ne lui adressa pas un regard, bien trop concentré sur Gary et semblant visiblement fou de joie :
« Mon petit Gary... putain, ça faisait longtemps ! Il me semblait bien que c'était toi, hier, le petit bouffon à crête qui voulait se battre... Ah ah ! Toujours aussi ronchon à ce que je vois ? »
Le ton était insultant et Red se sentit brusquement crispé, perdu entre la vision qu'il avait de son amant récent, curieux et sympathique, et de l'être blessant et visiblement faux qui se redressait désormais, enfilant un boxer et un pantalon, toujours le regard penché sur Gary qui peinait à se relever après le coup de poing.
« Putain... salopard...
- J'aurais jamais cru te revoir un jour, ça fait plaisir, ricana Olly, penchant sur le côté sa tête recouverte de courts cheveux verts, observant avec avidité Gary. T'as toujours la même face de victime. »
Le batteur lâcha enfin son ventre douloureux et rehaussa les épaules, le regard haineux, la mâchoire tendue, semblant prêt à se jeter sur l'autre comme une bête sauvage.
« T'es toujours aussi petit, tiens, remarqua Olly, s'approchant lentement, sa haute stature venant imposer encore plus sa présence à Gary.
- Gary, c'est qui ? interrompit soudain d'une voix pressante Red.
- Ta baise d'une journée, tu te souviens déjà plus ? répondit Olly, un sourire crapuleux étirant ses lèvres fines. »
Red devint encore plus pâle qu'il ne l'était déjà et Gary, sentant la technique insidieuse et oh, si commune d'Olly, gronda :
« Tu lui parles pas. T'es là pour moi, maintenant.
- Mais oui, je suis là pour toi... sois pas jaloux, chéri. »
Il récupéra son tee-shirt dans l'atmosphère pesante dont la musique cotonneuse ne faisait qu'en accentuer la lourdeur par son décalage.
Gary ne savait comment il arrivait à contrôler la fureur qui s'accumulait en lui ; elle était amère par le passé et cuisante par le présent.
« Dehors, il indiqua, se dirigeant vers la porte de l'appartement. »
Red suivit sa marche de son regard bleuté, semblant vouloir se raccrocher à quelque chose, quelqu'un. Il comprenait bien trop rapidement ce qu'il se passait.
« Ça ira ? souffla-t-il, l'inquiétude donnant une lueur dérangeante à son visage. »
Gary s'arrêta un instant devant lui, perturbé, et chuchota :
« Je suis désolé que tu sois mêlé à ça. Mais je ne suis pas désolé d'avoir frappé ce type. Je t'expliquerai.
- Ouais, tu lui expliqueras après l'avoir baisé de ma part..., rajouta Olly, jouant avec les mots pour faire le plus de dégâts possibles. Il avait l'air d'être un bon coup avant que tu débarques. »
Gary ferma les yeux, enfonça ses ongles dans ses paumes, sentant ses jointures sur le point d'imploser sous la tension.
« Ta. Gueule. Et viens. On va discuter. »
Le sourire malsain d'Olly emplit toute la pièce avant qu'il ne se décide à sortir également, après Gary, de l'appartement de Red qui, lui, commençait à deviner qui cet Olly pouvait être.
Et c'était sans doute lui, le réel connard.
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« Alors, comment va la vie pour toi, Gary ? T'as réussi à te racheter une paire de couilles après qu'on t'ait coupé les tiennes quand on était jeunes ? »
Gary s'immobilisa au pied de l'immeuble où résidait Red et sortit une clope, les mains tremblantes.
« Commence pas avec ça sinon je te massacre.
- Depuis quand t'es capable de me battre, hein, dis-moi ? Il me semble que la dernière fois, il y av-
- La dernière fois, c'était hier soir, à ce que je sache. Et t'as l'air plus abîmé que moi. »
Gary haussa les sourcils de façon provocante malgré le sérieux mortel qui possédait tout son faciès. Il détailla avec une fierté immature l'égratignure qui étirait la commissure des lèvres d'Olly et le bleu qui colorait sa joue. Aucun doute qu'il devait sans doute avoir d'autres blessures ailleurs.
Néanmoins, son bourreau d'enfance ne se démonta pas et, souriant vicieusement, rétorqua :
« Peut-on dire que c'était une véritable dernière fois ? Tu m'as attaqué par surprise et tu avais l'air complètement possédé. Un vrai barge. »
Gary, figé, laissa échapper sa cigarette qui tomba au sol, se consumant sur le béton.
« T'as dit quoi ? il gronda bassement, se tournant lentement vers l'autre.
- Un. Vrai. Barge, répéta lentement Olly, son sourire grandissant davantage. »
Gary ne pouvait plus se retenir. Ce mec ne méritait que ça.
Il se jeta sur lui, l'attaqua, tentant de l'opprimer par son élan même, prévoyant déjà ses coups. Mais ses coups se révélèrent fous, sans logique, inhumains, domptés par la haine.
« T'as dit quoi ? T'AS DIT QUOI ? T'AS DIT QUOI ?!
- T'es qu'un barge ! UN BARGE ! Comme ta connasse de mère ! »
Et Gary de taper, de taper, de taper sans souffler une seule seconde. Alors comme ça, il ne pouvait pas le battre ? Il ne pouvait pas massacrer son agaçante figure séduisante et cruelle ? Il ne pouvait pas se venger ? Il ne pouvait pas vaincre son passé en faisant briller son présent par des coquards et des dents en sang qui ne seraient pas marques de son corps cette fois-ci ?
« Oh merde... mais arrêtez, arrêtez ! Gary ! GARY ! »
Se pétrifiant d'un seul coup, il sentit comme une immense fatigue prendre tout son corps. Il regarda ses poings. Il regarda Olly.
Du sang.
Le connard était évanoui.
« J'ai réussi, il murmura. J'ai réussi... »
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Le réveil fut aussi lourd que son arrêt à l'entente de la voix de Red lorsqu'il détruisait inconsciemment le corps d'Olly. Néanmoins, le support où il était déposé était bien plus doux et plaisant.
Le blanc du plafond lui arracha quelques clignements d'œil lents et embués de larmes de sommeil et un marmonnement sans sens.
« Hey, mec. »
Il s'efforça d'ouvrir véritablement les yeux et tourna la tête, commençant à analyser son environnement et-oh. Il était à l'hôpital.
Une tâche verdoyante dans la blancheur de la chambre captiva irrépressiblement son regard. Red était là, souriant sensiblement, portant son habituelle veste au style qui faisait souvent dire aux gens que « wah, on dirait Albator ! ».
Gary sourit à son tour et grommela d'une voix rauque :
« Salut.
- Comment tu te sens ?
- Pas très bien... j'ai l'impression d'avoir fait un tour chez les Looney Tunes et visiblement, c'est moi qui me suis fait couillonné... »
Red laissa échapper un petit rire très court, plus une expiration qu'autre chose.
« Et toi ? reprit Gary, continuant à l'observer.
- Très bien, si on met de côté le fait que cela fait deux jours que je ne dors pas et que je suis planté là à côté d'un crétin qui ne veut pas se réveiller, tout ça après avoir battu presque à mort un mec avec qui j'ai failli coucher et qui avait l'air d'être un véritable connard, vraiment, ça va très bien. »
Gary grimaça :
« Ah bah ça va, j'ai eu peur qu'il y ait un problème. »
Red grogna, exaspéré, avant qu'un sourire visiblement involontaire vienne s'ancrer sur son long visage pâle, cerné et tiré.
« T'as encore ton coquard, constata Gary passivement, sans réellement vouloir de réponse.
- Si tu voyais ta gueule, tu t'en soucierais moins, répliqua Red, ses sourcils se fronçant imperceptiblement.
- Ah ? Je suis blessé ? »
C'est à cette question que Gary recommença à prendre conscience de son corps et des douleurs qu'il sentait un peu partout – et tout particulièrement à sa tempe gauche.
« Aïe... bordel, j'ai quoi ? »
Il leva une main qui tira tous ses muscles courbaturés et marbrés de bleus pour venir tâtonner le point de souffrance le plus important. Il ne découvrit qu'un épais pansement.
« Au moment où tu t'es arrêté de le frapper... il s'est réveillé et t'a balancé son poing dans la tempe. T'es tombé dans les pommes et-et... »
Red ne dit plus un mot, sa voix s'entortillant à l'intérieur de lui-même, toute la panique des derniers jours venant s'écrouler sur lui sans délicatesse aucune.
Gary le zieuta curieusement, se rendant compte d'à quel point son ami avait pu se soucier après qu'il les ait vus partir de son appartement.
« Je-je... j'ai appelé la police, continua néanmoins Red, l'air faible et plus fatigué que jamais. Et une ambulance.
- Merci, murmura Gary, la voix toujours aussi éraillée, de par le réveil récent mais également par l'émotion. »
Il aurait pu mourir, si ça se trouve.
Mais... il y avait quand même un problème.
« Et Olly ? Il est où ?
- À l'hôpital aussi. Mais dans un autre coin. Il est reparti hier, il paraît. Je l'ai croisé.
- Il t'a fait du mal ? pressa aussitôt Gary, paraissant tout de suite plus alerte.
- Non. Il m'a juste parlé. Il s'approchera plus de toi. Mais il a quand même dit que c'était un plaisir. »
Gary se renfonça dans son oreiller, déjà atone, observant sans le voir le plafond.
« C'est lui, le barge, dans tout ça, murmura-t-il.
- C'est possible, accorda gentiment Red. Mais... maintenant, tu peux m'expliquer ? »
Ah oui.
Il y avait ça à régler maintenant.
« Je... »
Gary s'interrompit. Il n'allait pas y arriver. Pas arriver à avouer ça. Il avait déjà dit à beaucoup de gens que son passé était malheureux, triste et sale. Qu'il avait grandi trop vite, qu'il n'avait pas été un enfant, qu'il avait vu plein de choses terribles.
Mais il n'était jamais entré dans les détails... n'avait jamais vraiment révélé quoi que ce soit.
Même pas à Red.
« Gary... »
Ce n'était qu'un bruissement dans ses pensées mais l'appel le ramena efficacement sur Terre, le faisant presque sursauter.
« Gary... pourquoi tu pleures ? »
Pourquoi il pleure ?
« Je pleure pas, dit-il promptement, passant son bras sur ses joues et ses yeux qui étaient – vraiment ? –humides. Je pleure pas du tout.
- Qu'est-ce qui s'est passé, Gary ? »
Red s'était assis sur son lit maintenant et le batteur se sentit rassuré et traqué en même temps.
« Il-il s'est rien... nan mais... je te jure qu'il s'est rien-je... »
Il s'embrouillait.
Il pleurait.
Putain.
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La peau de Red était douce.
Gary, enroulé dans les bras de l'autre, ne savait pas trop quoi en penser.
Il avait beaucoup parlé ; des heures et des heures sans doute. Il avait pleuré aussi, un peu ri, et s'était tu. Red l'avait bercé et écouté, après s'être glissé à côté de lui dans le lit.
Une infirmière était passée et était restée interloquée face au spectacle qu'ils offraient, deux pauvres âmes collées l'un à l'autre, oublieuses du contexte, l'une l'air malheureuse au possible et l'autre n'étant décidément pas invitée à occuper un lit selon les critères stricts de l'hôpital.
Red ne s'était pas démonté et, sans bouger d'un pouce, avait laissé l'infirmière poser le plateau-repas sur la tablette située à la droite du lit, s'enquérir de la santé de Gary puis, poliment repartir après avoir vérifié l'état du bandage à son crâne.
Gary, les yeux explosés par la douleur, avait souri à Red comme pour se faire pardonner de la séance qu'il venait de lui imposer mais le claviériste n'avait pas daigné repartir et lui avait tendu son déjeuner que le blessé avait mangé rapidement sous le regard attentif et rassuré.
Et maintenant Red dormait, visiblement exténué par ses journées sans sommeil et sous stress intense.
Gary, un peu troublé, caressait doucement le crâne du rouquin, se sentant désormais plus protecteur que protégé. Il sentait la fatigue le prendre également, due à sa crise précédente de larmes assez conséquente.
Qu'est-ce que Red ne savait pas désormais ?
Rien. Rien du tout. À part peut-être qu'il aimait bien l'avoir endormi et paisible dans ses bras.
Mais sinon il n'ignorait plus rien de son enfance ; son père mort alors qu'il n'avait même pas 6 ans, sa mère qui avait toujours eu de graves problèmes psychologiques et qui s'étaient aggravés avec le temps, ses camarades de l'école qui étaient au courant car leurs parents parlaient beaucoup entre eux, la petitesse et l'ennui du village jouant beaucoup, le rejet des autres ou leur persécution, Olly... Olly, le petit chef. Olly, la grande brute. Olly, le cruel, le futé, le violent, l'insolent, le provocateur.
Olly.
Celui qui lui avait appris à se battre inconsciemment quand il le tabassait. Celui qui lui avait fait miroiter de temps en temps l'espoir d'une vie meilleure quand il faisait semblant d'avoir cessé de vouloir de lui comme bouc émissaire. Celui qui l'avait fait sombrer dans la drogue, le tabac, l'alcool – irrémédiablement. Celui qui l'avait convaincu de ne plus jamais montrer les émotions qui le rendaient faible.
Connard.
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« Hmmm...
- …
- Oh. Salut. Merde, je me suis endormi ?
- C'est pas grave.
- Ah. J'ai pas appuyé sur tes blessures ?
- Non, pas du tout.
- Il est quelle heure ?
- Je sais pas. C'est la nuit. L'infirmière est repassée il y a longtemps pour m'apporter mon dîner.
- … ça craint.
- De quoi ?
- Bein, qu'est-ce que je fous là. À dormir. Dans ton lit. À l'hôpital en plus.
- Ça me dérange pas.
- … ok. »
Silence.
« Du coup, je peux rester ?
- Oui ! Autant de temps que tu veux.
- …
- … enfin, euh, je-je veux dire comme tu veux.
- Hmm. Je vois.
- …
- Ça va mieux, au fait ?
- Ou-oui. Merci beaucoup. J'en avais pas parlé depuis...
- Longtemps ?
- Depuis toujours.
- … c'est la première fois que tu en parles ?
- Oui.
- Tu m'étonnes que tu lui aies sauté dessus pour lui casser la gueule...
- Ouais... Dommage que je m'en souvienne pas.
- Hmm. Tu te serais souvenu du poing que tu m'avais foutu aussi.
- Ah ! Ouais, bah pas dommage alors. »
Rire étouffé.
« Gary ?
- Oui ?
- Je suis désolé de ne pas avoir pu comprendre tout de suite... je te connais et-
- C'était de ma faute.
- Je n'aurais pas dû le rappeler le lendemain pour... le voir, juste parce que j'étais en colère.
- … ah. Euh. Je sais pas. Finalement, ça m'a permis de savoir qui c'était.
- Un connard.
- Je croyais que c'était moi... »
Sourire.
« Non, toi, tu es un crétin.
- Un crétin ?
- Oui.
- Est-ce que c'est mal ?
- Non, c'est adorable.
- Oh... »
Silence.
« Tu aimes bien les crétins ? »
Sourire murmuré.
« Ça a son charme. »
