Ch 3 - Silk ties and staples

Mike parvint globalement à éviter le miroir le matin suivant. Il ne lui jeta pas un coup d'œil quand il se lava la figure, évitant précautionneusement son nez, et il détourna résolument le regard après s'être douché. Il alla même jusqu'à éviter son reflet dans la surface brillante du grille-pain. Il n'avait pas vraiment besoin de voir. Il pouvait le sentir, et bon sang ça faisait mal.

Son nez pulsait quand il s'était réveillé, l'aspirine qu'il avait pris la veille ayant cessé depuis longtemps son effet. Il savait sans avoir besoin de regarder qu'il avait au moins un œil au beurre noir mais s'il en croyait ce qu'il savait à propos des blessures au nez (et il avait été quelque chose comme un enfant prodige donc il avait une certaine expérience quand il s'agissait de se prendre des coups) alors c'était probablement les deux yeux.

La moindre trace de bonne humeur qu'il avait pu avoir quand il avait pénétré dans son appartement la nuit précédente avait disparue. Après avoir tenté et échoué à inventer une histoire qui le fasse mousser et laisse Harvey en dehors de ça, il avait décidé que ne rien dire du tout serait le mieux. Il serait harcelé, définitivement par Rachel et probablement aussi par Louis et les autres associés, mais s'il laissait leur imagination remplir les blancs alors peut-être feraient-ils le travail pour lui. Avec un peu de chance, ils se mettraient d'accord sur quelque chose qui ne le ferait pas passer pour une fillette.

La seule chose qui n'avait pas changé depuis la nuit précédente était le fait qu'il ne blâmait pas Harvey. L'autre homme l'avait prévenu de ne pas insister, s'était détourné pour essayer de rassembler son calme, et Mike savait très bien qu'il avait bu et qu'il était en colère.
Et qu'avait-il fait ? Oh, c'est vrai : il l'avait provoqué et appuyé obstinément là où ça faisait mal. C'était dans en dehors des règles du jeu qu'ils avaient tacitement fixées Mike sentait son estomac se retourner rien qu'à la pensée d'avoir ce genre de comportement avec quelqu'un et il l'avait eu envers son propre supérieur. C'était la chose la plus stupide à faire et c'était mal.
Il voulait s'excuser, même en sachant que ça pourrait empirer la situation. Ça lui remonterait le moral toutefois et il était plutôt sûr qu'il le méritait considérant l'état dans lequel était son visage.

Juste avant de prendre son vélo pour se rendre au bureau, il décida d'arrêter de se comporter comme un enfant et de voir par lui-même l'étendu des dégâts. S'il comptait correctement dédramatiser la situation tout en étant aussi mystérieux que possible, il fallait qu'il sache les cartes qu'il avait en main.

Quelque chose comme un carré d'as, comme il put le constater.
Toute la partie de son visage autour du nez était enflée et noire, et sa peau était marquée par tout un dégradé de couleurs malades, formant un ensemble répugnant. Il avait eu raison à propos des yeux aussi, les deux étaient cerclés de noir mais celui qui avait été le plus touché par le poing d'Harvey était en plus mauvais état que l'autre. Il allait peut-être même attirer la sympathie de quelques femmes au travail, il avait l'air tellement mal. Au moins, les yeux au beurre noir masquaient les cernes qu'il aurait probablement eus après une si mauvaise nuit de sommeil. C'était le bon côté des choses... tristement.

Quand il eut décidé qu'il avait repoussé autant qu'il était humainement possible le moment d'y aller, il se dirigea vers les escaliers. Arrivé à la porte de l'immeuble, il percuta presque Harvey.
- Combien de collisions allons-nous encore compter à notre actif cette semaine ? lança-t-il malicieusement, essayant un léger sourire qui ne tirerait pas trop sur son visage.
Immédiatement après s'être regardé sans le miroir, il avait avalé d'autres antidouleurs et décidé de glisser la boîte entière dans son sac.
Harvey ne répondit pas. Il fixa Mike avec une expression assez proche de la révulsion.
- Wow, à ce point là ? grimaça Mike.
Il se balança d'un pied sur l'autre, se sentant soudain mal à l'aise sous le regard scrutateur d'Harvey. Il était fichu pour le reste de la journée s'il se sentait aussi nerveux après avoir été observé 30 secondes.
- Je savais que j'allais avoir un look intéressant mais je suis à peu près certain que Frankenstein était dévisagé avec moins d'horreur et de révulsion que vous n'en montrez maintenant.
Ses mots, ou probablement le ton légèrement chancelant qu'il n'avait pas pu maîtriser, firent réagir Harvey qui planta son regard dans le sien.
- C'est exactement comme ça que je l'imaginais.
Mike sut qu'il valait mieux éviter de lever un sourcil.
- Alors quel est le problème ?
Harvey ouvrit la bouche puis la referma une seconde plus tard, laissant échapper un soupir qui semblait chargé de colère.
- Est-ce que tu es près à y aller ?
- J'ai pris mon vélo, dit Mike, un peu inutilement étant donné qu'il avait les mains dessus.
- Retourne le ranger, je vais t'emmener aujourd'hui, déclara Harvey avec un signe de tête en direction de Ray, inoccupé à l'avant de la voiture.
Sans un autre mot pour Mike, il fit demi-tour et monta à l'arrière.

Harvey avait été en colère pendant une semaine entière après qu'il ait fumé de l'herbe... 5 minutes dans la voiture avaient pulvérisé ce record de malaise. Aucun d'eux ne prit la parole tandis qu'ils traversaient le quartier de Mike.

De temps en temps, Harvey lui lançait un coup d'œil avant de se détourner, visiblement incapable de le regarder longtemps. Il ne fallut pas longtemps avant que Mike ne puisse plus le supporter.
- Je suis désolé.
Harvey tourna la tête vers lui, sourcils froncés. Il semblait sincèrement étonné.
- Pour quoi ?
- Je n'aurais pas dû continuer à insister. Je voulais juste aider et j'ai empiré la situation, dit Mike, les mots se pressants sur ses lèvres.
Il ne s'inquiéta pas quand Harvey ne répondit pas immédiatement. L'autre homme avait probablement besoin de quelques secondes pour insérer des espaces là où Mike n'en avait pas mis.
Mais Harvey continua de le fixer longtemps après le moment que lui avait laissé Mike pour se repasser mentalement sa phrase au ralenti.
- Est-ce que tu plaisantes ? demanda-t-il finalement.
- Hum, non ? répondit Mike, un peu surpris.
- Est-ce que tu réalises à quel point tu ressembles à une femme battue ? "Mon Dieu, chéri, j'ai vraiment mérité que tu me roues de coups. Je ne mettrais pas aussi longtemps à t'apporter ta bière la prochaine fois" dit Harvey, d'une voix haut perchée qui fit espérer à Mike qu'il ne s'agissait pas d'une imitation directe.
Autrement il aurait de quoi être énerver. C'était vraiment ajouter l'insulte à la blessure.
Mike tenta de lui lancer un regard noir mais il était plutôt sûr que la tentative passa inaperçue.
- Je ne voulais pas dire ça. Vous n'auriez pas dû me frapper juste parce que je continuais à poser des questions mais je n'aurais pas dû le faire de toute manière. Vous vous êtes emporté, je peux comprendre ça.
- Je ne me suis pas juste "emporté", dit Harvey d'une voix suintant le mépris de lui-même - et Mike réalisa qu'Harvey n'avais pas été révolté par son visage mais par ce que lui avait fait à son visage. Je savais que tu essayais d'aider et je voulais que tu te taises. Tu as attrapé mon bras et je n'ai même pas réfléchi. J'ai frappé des gens de deux fois ton poids de la même manière et eux étaient mes adversaires.
Il ne sembla pas bizarre à Mike de passer mentalement de "s'excuser" à "essayer de remonter le moral à Harvey". Que l'autre homme le veuille ou non, il était son ami. Peut-être avait il autrefois laissé passer trop de choses à ses amis, trop donné, mais après la manière dont il s'était comporté il était certain qu'Harvey ne ferait pas ça. L'autre homme ne se le permettrait pas. Il avait perdu son sang froid un bref moment où il lui avait fait du mal et il parvenait déjà difficilement l'accepter. La nuit dernière, Harvey avait dit que ça ne se reproduirait jamais et maintenant Mike en était sûr.
- D'accord. Et bien vous venez juste de le dire, argumenta Mike. Vous ne vouliez pas ça. Vous n'y avez pas réfléchi, pas vraiment.
- ça ne rend pas les choses meilleures, dit amèrement Harvey, se détournant de Mike pour regarder à travers la vitre.
Mike haussa les épaules, heureux de constater qu'il y avait au moins un geste qu'il pouvait encore faire sans douleur.
- Non, c'est vrai, mais vous vous êtes excusé. Je sais que vous êtes désolé. Je suis désolé aussi et je vous pardonne de m'avoir frappé. Vous avez dit que ça n'arriverait plus et je vous crois. Tout va bien maintenant, Harvey.
- Je ne peux pas croire que tu essayes de me remonter le moral, marmonna Harvey
- Est-ce que ça marche ? demanda Mike.
Harvey lui lança un coup d'œil.
- Et voila, tu redeviens un chiot tout empressé, dit-il d'une voix trainante - et il avait l'air mieux.
Mike se ré-adossa confortablement de son côté de la banquette, certain que tout allait bien se passer.

Six heures plus tard, il en était toujours sûr. Comme il l'avait prévu, tout le monde voulait savoir ce qu'il s'était passé, mais il les avait repoussés avec juste la bonne quantité de "oh, ça craint" pour les dames et "mec, tu n'as pas idée" pour les gars.

Quand il revint de sa pause déjeuné, il y avait quelques rumeurs qui courraient à propos de ce qu'il lui était arrivé. Certaines le faisaient effectivement passer pour une poule mouillée mais quelques autres le montraient sous un jour plutôt cool. Il espérait que Donna aurait pitié de lui et utiliserait son effrayante magie-bureautique pour que ces dernières prennent le dessus.
Pas qu'il ait été près d'elle ces 5 dernières heures et demi assez longtemps pour lui demander.

Harvey et lui s'étaient acheminés vers le bureau et à chaque pas les rapprochant de Donna, Harvey s'était fait plus silencieux. Pas que quelqu'un d'autre l'aurait remarqué ; Mike était à peu près sûr qu'il avait été le seul à le noter.
Donna avait levé la tête à leur approche et écarquillé les yeux à la vue de Mike. Dans d'autres circonstances, il aurait été plutôt fier pour avoir réussi à déclencher une réaction de surprise pour la première fois depuis ce qui devait être des années chez La Grande Donna mais elle avait paru assez inquiète pour qu'il se sente mal.
- Ce n'est rien, vraiment, avait-il dit rapidement.
Donna s'était levé de son bureau et l'avait dévisagé.
- Je n'appelle pas ça rien, avait-t-elle désapprouvé. Que s'est-il passé ?
Comme il ouvrait la bouche, il prit conscience que son attention se portait sur autre chose
- Je n'ai pas vraiment envie... commença-t-il, avant de s'interrompre de lui-même quand ses yeux glissèrent sur lui pour se fixer sur Harvey.
Elle l'avait regardé passer nonchalamment avec rien de plus que son habituel "Bonjour Donna".
Ça avait sans doute été lâche de tourner les talons et de battre en retraite sans un mot de plus pour aucun des deux mais il était plutôt sûr que personne sur terre ne pourrait le blâmer, Harvey encore moins que les autres. Harvey, supposait Mike, était sans doute celui qui avait la meilleure chance de lui tenir tête sans rien lâcher et Mike allait le laisser gérer cette situation.
Il put pratiquement sentir les yeux de Donna sur lui pour le reste de la journée, même quand il levait discrètement la tête pour vérifier si elle était là et qu'elle n'y était pas.

La journée était bien avancée et il n'avait rien entendu de la part de Donna. Il était dans la salle de repos, buvant sa trentième tasse de café, quand Rachel le trouva.
- Harvey veut te voir, dit-elle.
Mike se retourna, surpris.
- Je lui ai parlé il y a quelque chose comme une demi-heure. Je suis supposé corriger le contrat Kellison. Même lui ne peut pas penser que j'ai déjà fini.
- Eh, bien, je ne sais pas. Donna m'a dit de t'envoyer à lui, répondit Rachel. Mais si tu veux rester ici et tout me raconter à propos de la nuit dernière...
Mike leva les mains en signe de reddition.
- Je ferais mieux d'aller voir Harvey
- Tu finiras par me raconter, lança-t-elle dans son dos comme il quittait la pièce.
- Sûrement pas, souffla-t-il, heureux de lui échapper.
Il était plutôt sûr qu'un pari à grande échelle avait été lancé, conformément aux habitudes de Pearson & Hardman.

Quand il arriva en vu du bureau de Donna, il se figea. Harvey était là, comme Rachel le lui avait dit, mais il avait comme une intense conversation avec Donna - il ne semblait pas attendre Mike du tout. Il y avait un nouveau et massif bouquet de fleur sur le bureau de Donna et Mike devina qu'il était d'Harvey. Pourquoi Donna recevait des fleurs alors que c'était son visage qui avait rencontré le poing d'Harvey était au delà de sa compréhension toutefois.
Harvey parlait sérieusement et Donna était juste sagement assise à son bureau, tapant sur son clavier et ne regardant même pas son supérieur. Mike jeta un coup d'œil circulaire dans le hall, soulagé que la plupart des gens soient partis, et s'avança discrètement.
Il ne pouvait pas vraiment entendre ce qu'ils disaient mais Harvey n'arrivait visiblement à rien avec son assistante. Les phrases clefs lui parvinrent cependant, le faisant rougir de manière embarrassante.
Ça allait du prédictible "Nous en avons discuté, je me suis excusé et il ira bien" et "ça n'arrivera plus jamais" jusqu'au curieux "Eh bien, évidemment que j'avais bu, est-ce que tu penses honnêtement... c'était une fois et... sérieusement Donna ?" - Harvey faisant des pauses et répondant à des choses que Donna n'avait même pas dites était étrange, mais probablement pas trop surprenant.
Le pire toutefois fut le discret "Tu sais que je suis désolé d'avoir frappé notre chiot". Ça, Mike dû tendre l'oreille pour l'entendre. Ça le fit rougir pour un certain nombre de différentes raisons qu'il ne pris pas la peine d'examiner de trop près. Il avait l'étrange impression que rien de tout cela n'était censé parvenir à ses oreilles, mais que dans le même temps il devait le savoir.
Donna ne disait toujours rien, même si son silence en disait beaucoup. Harvey percevait même probablement plus de choses que Mike.
Finalement, Mike put entendre Donna prendre la parole.
- Vous vous êtes excusé ? confirma-t-elle, coupant la parole à Harvey.
Il sembla que c'était la première fois qu'elle ouvrait la bouche de toute cette conversation, définitivement la première fois que Mike l'entendait en tout cas.
Harvey hocha la tête, un peu réticent.
- Je n'ai même pas besoin de vérifier s'il a accepté vos excuses ou pas, n'est-ce pas ? demanda-t-elle de manière rhétorique. Alors c'est tout ce que je vais faire.
Mike n'était pas sûr de la manière d'interpréter ces propos, en particulier quand Donna tendit la main vers quelque chose qu'il ne pouvait pas voir. A la vitesse de la lumière, plus vite que Mike n'en l'en pensait capable, Donna se leva, saisit la cravate en soie hors de prix qu'Harvey portait et l'extirpa hors de sa veste avant d'utiliser l'agrafeuse industrielle dans son autre main pour la fixer au comptoir en bois entourant son bureau
Avec un gentil sourire, Donna salua Harvey comme si la scène n'avait pas eut lieu :
- Je vous vois demain.
Harvey resta immobile, absolument pas bouche bée comme Mike au même instant, souriant simplement comme s'il ne pouvait pas trouver en lui la moindre colère à ressentir face à la destruction d'une autre de ses cravates.
- Bonne nuit Donna.
Mike réduit la distance entre sa cachette approximative et le bureau de Donna, la bouche ouverte.
- Où s'est-elle procuré l'une de ces agrafeuses de chantier ?
- Je ne sais pas, répondit Harvey, regardant Donna se diriger vers les ascenseurs.
- ça ne vous inquiète pas un petit peu ? questionna Mike, toujours stupéfait.
Il jeta un coup d'œil à l'agrafe, profondément enfoncé dans le bois. Il n'y avait aucune chance qu'ils puissent l'extraire et sauver la cravate d'Harvey. Le mieux qu'Harvey puisse faire était de la détacher et d'espérer que la femme de ménage l'enlève avant que qui que ce soit la voit.
Le bip signalant l'ouverture des portes de l'ascenseur attira l'attention de Mike. Il leva les yeux juste à temps pour voir Donna leur adresser un clin d'œil, leur faire un allègre signe de la main et les saluer avec l'agrafeuse, avant que les portes ne se referment.

Une semaine plus tard, quand le nez de Mike fut globalement revenu à sa taille originelle et que les bleus furent partis, il reçut un paquet. Il n'avait rien acheté, aussi fut-il plus qu'un peu surpris quand il y trouva une parie de gants de boxe noirs et une note.

Chiot,
Je pensais ce que j'ai dit, tu ne vas pas te reprendre un coup de poing en pleine face si je peux y faire quelque chose et naturellement je peux. Si tu avais eu la moindre idée de la manière d'éviter un coup ou de protéger tes traits délicats, tu n'aurais pas fini avec ce look pathétique. Pas que ta complète inaptitude excuse le fait que j'ai utilisé mon expertise sur toi, mais c'est une compétence importante.
Donna a programmé l'adresse sur ton téléphone, retrouve-moi samedi à midi. Pense à ramener les gants et ta virilité.
Ne sois pas en retard,
Harvey

END

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