Beaucoup de gens ont mis ma fic en favori, je vous remercie, vous qui la suivez ! ^^


Le matin de l'expédition, Mikasa remarqua qu'il y avait une immense agitation dans la caserne. Tous les soldats couraient partout, transportant du matériel varié. Pour éviter de lui imposer ce stress collectif, Erwin l'avait conduite dans son bureau pour qu'elle puisse jouer au lieu de l'emmener dans la cour. Pa' était quant à lui introuvable : c'était même Nanaba qui l'avait réveillée, Pa' n'étant plus dans son lit avec elle.

Il réapparut malgré tout alors que Mikasa était installée sur le bureau d'Erwin, au moment crucial où la poupée Fabia s'en allait défendre le prince charmant attaqué. Elle l'avait toujours vu avec des ceintures qui enveloppaient tout son corps, mais cette fois, un attirail nouveau était situé autour de sa taille. Il tenait le petit sac où Mikasa avait mis ses affaires. Si Pa' n'avait pas eu l'air aussi tendu, elle aurait souri : c'était aujourd'hui qu'elle allait chez Eren.

Levi se plaça en face d'elle : « Bon, tu sais ce qu'on a dit : tu es très sage chez les Jaeger et tu ne fais pas honte au Bataillon.

-Je serais très sage chez les Jaeger et je ne ferais pas honte au Bataillon, répéta-t-elle docilement.

-Tu ne fais pas de souci à Madame Carla et tu ne chahutes pas trop avec son gamin.

-Je ne fais pas de souci à Madame Carla et je ne chahutes pas trop avec Eren. »

Pa' fronça les sourcils mais soupira. Mikasa se sentit curieuse. Cet homme était à la fois terrifiant et intimidé par elle. Cela faisait plus d'un mois qu'elle vivait avec lui, loin de ses parents. Elle avait encore un peu peur de cet homme maussade dont certains aspects lui rappelaient sa propre mère, mais il était pourtant un peu rassurant. C'est pourquoi elle osa lui demander, après un long silence : « Dis, Pa', c'est comment, les titans ? »

Il aborda cet air quasiment apeuré qu'il prenait à chaque fois qu'elle parlait la première, mais il recouvra son sérieux rapidement. « C'est puant et ça bouffe tes amis avant d'avoir eu le temps de le dire.

-Alors à quoi ça sert que tu ailles les combattre ? demanda-t-elle.

-Tu vois les Murs ? fit Levi d'un ton qui montrait qu'il se sentait profondément touché par ce thème. Tu n'as jamais vu ce qu'il y avait derrière ?

-Non.

-Nous, on se bat pour que tu puisses aller dehors sans craindre les titans. »

Mikasa hocha la tête. Il était vrai que de sa vie entière, elle n'avait jamais pensé à ce qui pouvait se trouver derrière les Murs : on lui avait toujours raconté que l'enfer s'y trouvait.

Levi ne pouvait pas quitter son poste et alors que l'agitation se faisait plus grande, elle rejoignit avec lui son escouade qui était occupée à seller les grands chevaux du Bataillon. D'habitude, ils étaient toujours heureux de la voir, mais un air crispé et anxieux ne quittait pas leur visage, ce jour-là. Mikasa, comme à son habitude, ne posa pas de questions. Pa' tapa dans ses mains et rassembla ses soldats autour de lui. « Bon, on s'en tient à ce qu'a dit Erwin sur le plan. On trace la route et on évite les rencontres avec les titans. On est juste des agents de liaison, aujourd'hui. »

Avec le même air sérieux sur le visage, il attrapa Mikasa avec son habituel manque de délicatesse et l'installa sur le cheval pour monter ensuite derrière elle. Elle aimait bien les chevaux. Ils étaient calmes et se moquaient bien de qui étaient ses parents.

Shiganshina entière était rassemblée pour les voir partir. Certains habitants les applaudissaient, d'autres les regardaient d'un regard accusateur. Mikasa savait que le Bataillon ne faisait pas l'unanimité. Il n'y avait pas à être soldat pour sentir la haine. Le pire pour la fillette fut quand on la montra du doigt, sur le cheval de Levi, qui lui-même avait les mains légèrement plus crispées sur les rênes. Le cœur de Mikasa se serra de honte, surtout quand Levi parut soulagé lorsque Carla et Eren se distinguèrent dans la foule. Il lui fit un signe de tête : « Vas-y. ». Les chevaux s'arrêtèrent dans l'attente de l'ouverture de la porte. Mikasa observa son père adoptif un instant. Est-ce qu'elle devait espérer quelque chose de lui ? Une accolade, un au revoir ? Après quelques secondes où ni l'un ni l'autre ne bougea, elle soupira légèrement et descendit du cheval, slalomant entre les autres montures. Alors que Carla tendit les bras vers elle, elle entendit un « Sois sage surtout ! » maladroit qui fut rapidement couvert par un « En avant ! » tonitruant, lancé par Erwin. Carla l'attrapa en arrière tandis que tous les chevaux se mirent à avancer et que la petite silhouette de Levi disparut dans le flot de soldats.

Mikasa fut soudainement envahie par la sensation d'être à nouveau seule, avant qu'Eren ne se mette à la tirer par la manche. « Tu viens ? C'est bientôt l'heure de manger et maman a dit que ça allait refroidir. » Elle redressa les yeux vers Carla qui lui souriait. Elle avait été tellement perdue dans ses pensées qu'elle n'avait rien entendu. Elle hocha la tête silencieusement et suivit la petite famille.

Une fois arrivés dans la petite maison, Eren s'installa directement à table. Au siège, Mikasa mangeait toujours seule, ou seulement avec Levi. Elle s'assit en face de lui, concentrée. Elle devait faire bonne impression, c'était la condition que lui avait donnée Pa'. Le médecin qui l'avait auscultée, Grisha, la gratifia d'un sourire. Carla s'attela à les servir consciencieusement. Mikasa ne put s'empêcher de comparer la potée des Jaeger à la pitance qu'on lui donnait au siège du Bataillon. Généralement, il s'agissait de pain, de poisson et de soupe. C'était peu, mais ça lui suffisait. C'était également suffisant pour faire passer ces légumes pour un véritable festin. Elle ne put s'empêcher de rougir de plaisir. « Bah qu'est-ce que t'as, t'es malade ? » demanda Eren, qui se fit vite réprimander par sa mère tandis que Mikasa s'empourpra d'autant plus.

Rapidement après, alors que Carla débarrassait et que Grisha recevait un nouveau client à l'étage, Eren attrapa Mikasa par la manche une nouvelle fois et annonça : « Maman, on sort ! » Carla ne dit rien, n'y voyant aucune objection. La fillette se laissa traîner par le garçon silencieusement, observant les alentours tandis qu'elle courait derrière lui. Au bout de plusieurs minutes de course dans les rues de pierre, elle osa élever la voix : « Dis, où est-ce qu'on va ?

-Je cherche Armin, il doit être quelque part. J'espère qu'il n'a pas eu de problèmes. »

Mikasa revit intérieurement le petit blondinet. Elle se demanda comment un chérubin pareil pouvait avoir des ennuis, mais c'est alors qu'elle en découvrit la raison, qui se révéla par des insultes et des cris qui se rapprochaient au fil de la course. « Eh ben alors, Arlert, on traîne tout seul sans son garde du corps ?

-Laisse le tranquille ! » rugit Eren.

Ils tournèrent au coin d'une rue et d'un coup d'œil, Mikasa aperçut le garçon de ses souvenirs plaqué contre un mur par trois autres gamins. « Oh putain les mecs, c'est Eren ! s'écria un des harceleurs, l'air enchanté.

-Il a même ramené une nana avec lui ! »

Eren s'élançait d'un pas rapide vers les trois enfants qui se défoulaient sur Armin, et Mikasa, bien décidée à s'intégrer, en fit de même. Elle eut l'image de Levi derrière les Murs qui dominaient la ville, qui lui disait de ne pas chahuter, mais les bourreaux du petit blond semblaient prêt à en découdre. Une des racailles s'avança vers elle et l'attrapa par le menton en roulant des mécaniques : « Elle est pas mal ta copine ! ». Mikasa se remémora soudainement Nanaba, qu'elle observait une fois par semaine en plein entraînement de corps à corps. « Mikasa, lui avait-elle dit un jour. Si un garçon t'embête, fais-lui une petite pirouette au sol et ensuite, place ton pied sur ses couilles. Il se calmera très vite. »

Impassible, elle plaça ses bras sous les aisselles du garçon et le souleva pour le jeter violemment au sol. Une fois qu'il atterrit, elle plaça avec une légère hésitation un pied sur son entrejambe. Ses deux partenaires déglutirent et s'enfuirent sans demander leur reste, alors que le troisième se retira de l'emprise de Mikasa en rampant pour s'en aller très vite à son tour. Eren éclata de rire. « Ce que tu leur as mis ! C'est un soldat qui t'as appris ça ?

-Oui, fit Mikasa simplement.

-Merci, balbutia Armin en se relevant péniblement. Merci beaucoup. »

Il tendit la main vers elle et Mikasa comprit qu'elle devait la serrer. Elle le fit gentiment et le petit blond lui sourit.


Evidemment, si Mikasa était très fière intérieurement de cette petite victoire personnelle, le nouveau trio dût se frotter à la fureur de Carla. Les racailles du coin, qui avaient entendu la rumeur de l'arrivée d'une redoutable donzelle faisant valdinguer des garçons plus grands qu'elle, avaient voulu la tester. Poursuivis toute la matinée, Mikasa avait eu l'occasion rêvée d'assagir le respect grandissant qu'Eren entretenait envers sa force, malgré une légère pointe de jalousie apparente. Toutes ces bagarres avaient bien amoché Mikasa et Eren, alors qu'Armin gardait ses airs proprets de premier de la classe puisque le frêle garçonnet ne s'était pas battu.

Mikasa ne put s'empêcher, en voyant Carla s'égosiller face à un Eren à l'air revêche, de penser à Levi qui peinait à garder son calme dès lors que la couche de poussière sur un meuble dépassait le micromètre. Erwin avait parlé d'une base. Combien de titans Pa' avait-il envoyé à terre ?

« Quand je pense qu'il a fallu seulement cinq minutes pour que tu entraînes Mikasa dans tes stupides jeux de garçons ! C'est toi qui doit la protéger, et pas l'inverse !

-Je sais bien, M'man... » protesta Eren.

Carla était toujours furieuse quand elle servit un goûter fait de pain avec du sucre aux enfants, tandis que Grisha examinait Mikasa à l'étage.

Le seul fait de se retrouver seule avec quelqu'un de plus fort qu'elle dans la même pièce suffisait à l'angoisser depuis l'enlèvement, mais le docteur dégageait une aura étrange qui apaisait Mikasa. Son auscultation lui rappelait son enfance, si ce n'était que Grisha donnait maintenant à son examen une allure plus psychologique en la mitraillant de questions. « Fais-tu encore des cauchemars ? » « Est-ce qu'il t'arrive d'avoir des montées d'angoisse ? » « Est-ce que tu as retrouvé un cycle de sommeil normal ? ». A chaque fois, Mikasa répondait simplement par l'affirmative sans trop rentrer dans les détails. Elle mentait un peu. Ses cauchemars étaient persistants, et Levi passait de longues heures à la calmer comme il pouvait. Elle avait remarqué que lui aussi en avait. Elle revoyait clairement l'image de celui censé la protéger gigoter dans le lit comme un enfant en poussant des gémissements de crainte. Des fois, il criait des noms. « Maman », « Farlan », « Isabel. ». Quelque part, les cauchemars créaient leur lien.

Après leur collation, Eren et Mikasa ressortirent jouer sous l'œil inquiet de Carla qui craignait que la fillette ne s'en ressorte avec des égratignures. Eren lui promit de rester sage, avant d'attraper Mikasa par la manche une nouvelle fois et de lui murmurer d'un air complice : « Si tu veux vraiment rester avec nous, il va falloir qu'on te montre un truc. Mais motus et bouche cousue ou Armin pourrait avoir des ennuis. »

Mikasa songea qu'Armin, en dépit de ses apparences de petit ange, se révélait être un véritable appât à problèmes. L'objet du délit se révéla être un vieux livre à la couverture de cuir craquelée et aux pages défraîchies. Armin le tenait entre ses petits bras sur la berge de la rivière, près du Mur qui les séparaient des titans. « Armin ! » s'écria Eren, enthousiasmé. Armin s'assit sur le bord de la berge, ouvrant le livre alors qu'Eren s'asseyait précipitamment à côté de lui. Cela avait l'air d'être devenu un rituel entre les deux garçons, une sorte de pause lecture dans leurs démêlés avec les autres enfants du quartier. Mikasa s'installa à côté d'Armin plus calmement, observant un dessin sur une page qui montrait une gigantesque étendue d'eau derrière laquelle se couchait le soleil. « Explique à Mikasa ce qu'est la mer.

-C'est... balbutia Armin, intimidé dans son rôle soudain de professeur. C'est une énorme étendue d'eau salée qui couvre le monde entier.

-Pourquoi on n'en a pas dans les Murs, alors ? demanda Mikasa, sceptique.

-Parce que le monde est bien plus grand que la superficie des Murs. » répliqua Eren, les yeux brillants.

Les deux nouveaux amis de Mikasa avaient le regard scintillant devant de telles merveilles. Avec ces lieux merveilleux mais dont l'existence était gardée secrète, c'était comme si les trois enfants étaient liés par une sorte de pacte qui dépassait toute sorte d'autorité. Alors qu'Armin expliquait à Mikasa que des forêts incroyables se trouvaient de l'autre côté du Mur, Mikasa pensa que ce lien lui paraissait beaucoup plus beau à ses yeux que toutes les mers du monde. Elle se sentait moins seule.


Le premier soir chez les Jaeger fut ce qu'on put appeler chaotique. Tout le monde dormait à l'étage, le couple de parents dans leur chambre et Eren dans l'autre. Mikasa avait récupéré le lit désinfecté des patients, car c'était tout ce que la famille avait pu lui proposer. Depuis que Levi était parti, elle allait dormir seule pour la première fois depuis son adoption. Carla fit pourtant tout pour l'aider à avoir un sommeil paisible, d'après les conseils de son mari. La mère d'Eren semblait ravie d'avoir une fille par intérim et s'était pliée en quatre, à grands coups de lait chaud, d'une chambre assez fraîche pour bien dormir et même d'une histoire qu'Eren avait aussi écoutée, assis au pied du lit de son amie. Mikasa se sentit apaisée pendant quelques instants, alors que Carla avait laissé exprès une veilleuse qui se consumait lentement pour la rassurer, puis l'angoisse l'envahit lentement comme un poison, tandis que la maisonnée se laissait gagner par le silence de ceux qui dorment. Shiganshina toute entière s'endormit au bout d'une heure, et ce fut en songeant au vaste monde décrit par Armin que Mikasa entendit clairement les pas sourds des géants déambulant de l'autre côté du Mur.

C'était des pas lents, réguliers, et si le silence atteignait un pic profond, on pouvait aussi entendre quelques grognements. Les pas des titans furent pourtant plus rassurants que le silence qui suivit la disparition totale du soleil. Pa' n'était pas là en cas de cauchemar. Elle frissonna en se blottissant dans sa couverture. Elle se devait d'être autonome, si elle était si seule que ça. C'est sur ces pensées qu'elle s'endormit.
Et puis les images qu'elle revoyait toutes les nuits s'enchaînèrent : son père qui s'effondre, la hache qui s'enfonce dans le corps de sa mère et les bandits qui s'approchent d'elle sans qu'elle soit capable de bouger. Elle se réveilla sans un bruit mais trempée de sueur, la respiration haletante. Elle hésita à réveiller les parents Jaeger, mais elle eut une autre idée. A pas de loup, elle se glissa dans la chambre d'Eren. Sa présence endormie la réconforta immédiatement. Elle s'assit sur le lit, posa une main sur l'épaule d'Eren qui se soulevait par intermittence au rythme de sa respiration et s'endormit de nouveau dans une position étrange, évitant tout contact superflu avec le garçon.

Ce fut cette étrange nuit que Carla raconta à Levi, quand il réapparut au pas de la porte deux jours plus tard comme par magie. Mikasa se tenait près de lui, son sac à la main, et observait son Pa'. Il était toujours aussi sérieux et propre, mais elle remarqua quelques égratignures au niveau des mains et du visage qui entachaient ses airs rigides. « Vous savez, elle ne nous l'a pas refait les autres nuits, mais ça arrive qu'on entende les titans, le soir, alors j'ai pensé que... disait Carla, un peu affolée.

-J'ai compris, la coupa Levi d'un air un peu sec. Malgré ça, je pense que Mikasa a été contente de rester ici, n'est-ce pas ? »

Elle tourna les yeux vers le caporal, avant de sourire légèrement à Carla. « Oui, j'ai été heureuse ici et je veux revenir.

-Alors c'est l'essentiel. » acheva Levi qui semblait épuisé.

Carla toisa Levi un instant avant de soupirer d'une manière compréhensive. Tout indiquait que ce n'était pas la première fois qu'elle voyait des soldats du Bataillon de retour du combat.

Après de brèves salutations, Levi ramena Mikasa sur son cheval qui était cette fois-ci seul. « Pa', où sont passés les autres ?

-Ils sont déjà rentrés. »

Levi resta silencieux, galopant jusqu'au siège du Bataillon. Son air très légèrement tendu inquiétait Mikasa, et ses doutes se concrétisèrent lors de son arrivée. Des soldats mal en points se trouvaient aux quatre coins du bâtiment, et ceux qui étaient de retour entiers avaient les traits tirés. Sans oublier ceux qui semblaient manquer à l'appel. Levi ignora les regards de certains soldats et tira Mikasa vers le bureau d'Erwin qui lui-même était absent. « Le temps qu'on nettoie ce foutoir, tu vas rester là-bas.

-Pourquoi ? Pourquoi est-ce qu'il en manque autant ?

-Parce que l'opération a été un véritable fiasco, voilà pourquoi. » gronda Levi.

Mikasa baissa les yeux lorsque le ton de Levi monta. C'était rare qu'il soit en colère contre elle. C'était même une nouveauté.

Certaines poupées de Mikasa étaient restés à leur place et Levi lui ordonna : « Joue avec ça et soit sage. Je viendrais te rechercher tout à l'heure. »

Il claqua la porte et la fillette se sentit oppressée par ce gigantesque bureau et toutes ces étagères. Elle soupira en voyant le Mur par la fenêtre. Le vaste monde qui se trouvait à l'extérieur était beau. Mais ces soldats blessés lui rappelaient qu'il était aussi affreusement cruel.