Je passe mon temps au lit. Je ne peux pas bouger à cause de petits soucis de santé, et donc bref, je suis clouée dans mon lit et des fois les medocs me brouillent la cervelle. Autant vous dire que ce n'est pas la meilleure période pour moi. Mais au moins, je peux écrire. Et ça, ça n'a pas de prix.
Mille mercis à tous, pour chacune de vos reviews.

Ce chapitre est pour Aelle, pour son anniversaire que j'ai lamentablement oublié et parce que je sais qu'elle adore James. J'espère que tu aimeras ce que j'en fait. Ni trop sombre, ni trop décalé; ni trop en colère...

Bonne lecture


JAMES SIRIUS POTTER


« - Il ne le fera pas ! C'est le fils d'Harry Potter… »

J'ai jeté un coup d'œil aux Serpentards qui murmuraient, j'ai vu leurs regards en coin, moqueurs, les coins de leurs bouches rehaussés, leurs épaules qui s'agitaient sous les rires. J'ai regardé le petit comprimé. Vert fluo. Il brillait, s'emballait, m'appelait … Ce n'était même pas pour l'effet que ça me ferait. Je m'en fichais pas mal, moi, de planer. J'étais déjà un étage au-dessus sur mon balai, déjà à frôler les nuages sous des baisers.

Je l'ai avalé comme ça, sous leurs yeux ronds, interloqués. Celui-là est pour toi, Maman. Papa. Dédicace aux héros. Pour toutes les choses que je ne devrais pas faire, pour toutes les tâches à parfaire, pour vouloir me faire briller alors que je ne cherche qu'à exister.

9 ans. Ma mère rajuste mon écharpe avec des gestes nerveux, elle plisse le col de ma chemise et je vois ses yeux marine faire des va-et-vient inlassables.

- Jamesie, chéri. Tu es le fils d'Harry Potter, d'accord ? Tu dois sourire aux personnes qui s'approchent de toi et surtout, pas de bêtises, d'accord ?

11 ans. Sur le quai de la gare de King's Cross, devant la locomotive rutilante, ma mère tient ma main bien serrée, puis la lâche subitement pour planter ses grands expressifs dans les miens.

- James, fais honneur à ton père. Tu es le fils d'Harry Potter, alors reviens avec de bonnes notes et pas de problèmes de discipline, c'est compris ?

14 ans. Ma mère a une main sur la hanche et le regard colère.

- Et puis, c'est qui cette fille d'abord ? Tu es le fils d'Harry Potter, bon sang ! Qu'est-ce qu'on dirait si on te voyait avec la descendante d'un Mangemort ! Oublie-la, ça vaut mieux…

Mais, maman, Albus traîne avec Scorpius, et puis en plus, je crois qu'il en pince pour la fille Zabini….

Je jette tes utopies au feu, Maman, je piétine les chemises bien lissées, j'envoie au loin les garçons bien peignés. Je ne suis pas fait pour me plier au rang. C'est ce qu'on a appris, non ? A être résistant.
Je porte le nom des morts, je crois que la sentence est déjà tombée.

A douze ans, j'ai eu le béguin léger pour ma jeune cousine, Rose. Rose comme une litanie. Rose qui faisait trembler les murs, Rose reine de cœur, joli cœur, bourreau des cœurs. Rose qui tape du poing, qui fulmine, Rose qui vit, qui illumine.
Plus tard, j'ai su que ce n'était que de l'envie. Juste une lubie.

A treize ans, j'ai pris le monde pour mon terrain de jeu. J'étais Roi, couronne en papier sur cheveux désordonnés. J'ai fait de ma vie un rôle. Tantôt clown, séducteur, tantôt souple, rieur, tantôt saoul, arnacoeur.

Freddie Junior, ils m'ont appelé. En l'honneur d'un mort encore… Il paraît que j'étais encore meilleur que mon oncle Fred, le farceur.
Les filles m'adulaient, m'aimaient. On parlait de moi comme d'un dieu. « Méfiez-vous, les dieux ça n'aime pas, ça se laisse aimer ».

Le brouillard m'a enveloppé. Si rapide, si léger. Je suis dans une bulle de coton. J'ai ri, je ne sais plus pourquoi, j'ai fui, je ne me rappelle plus quoi... Les Serpentards ont beau être de sacrés cons, pour les fêtes, c'est eux les bons.

Une fille s'est assise sur mes genoux. Elle sentait bon. Patchouli et lavande. Sombre idiot. J'ai embrassé son cou, une main perdue dans ses boucles. Elle a glissé, glissé. Encore une. Proie consentante qui s'anime dans mes bras.

Je vais bien finir par me lasser de tout ça. Par me lasser d'être Roi.

Il y a une légère fumée dans la salle qui lentement s'installe. Ça pique les yeux. Ça troue le cœur, c'est juste la sensation de s'échapper.

- Qu'est-ce que tu fous encore là, hein, frérot ?

Albus s'échoue à mes côtés, dans le canapé défoncé. J'hausse un sourcil, je sais qu'il déteste quand je fais ça, paraît que je ressemble cruellement à Papa. Il sourit, rit, un peu. Qu'est-ce qu'il y a, Albus, t'es tout bleu !

- Tu crois que tu peux tout oublier dans un cachet, pas vrai ? Oublier qui tu es ?

Je détourne la tête, ce sourire ironique plaqué sur les lèvres. Il m'emmerde, le frangin. Stupide gamin.

- Tu sais que tu n'as rien à prouver ?

Echappée la mélancolie, oublié le tournis.

- Tu fais chier, Albus ! Pourquoi tu ne t'occupes pas plus de Rose et de Scorpius ?

Les yeux glacés me fixent, arrogants, brutalement. Je balaie son regard d'un geste de la main. Envolé le petit blond bien sage, l'homme qu'il devient est un tigre sorti de sa cage.

- Je t'aime, James, tu sais, mais parfois t'es trop con.

C'est ça, le roi des cons. Mauvais garçon, un coup dans le guidon.

- Je ne m'oublie pas, petit frère. Je suis comme je suis, tant pis si ça te désespère.

Il soupire, siffle entre ses lèvres. Puis se lève. Scorpius l'imite, sublime qu'il est, petit adonis, et suit celui qu'il considère comme un frère. J'ai mal à ma famille, soudain.

Je me souviens, tout petit qu'il était, du jour où il est tombé de son balai. Il pleurait…. Je me suis approché, doucement, lentement, avec ses airs de ne pas y toucher, il avait quand même l'air drôlement amoché. Il s'est relevé, l'air fier. Il a cogné son petit poing au sol, une main ébouriffant sa coupe au bol.

- Ça va, petit ?

- Bien sûr.

J'ai vu le coin de ses lèvres trembler, ses yeux s'humidifier. J'ai saisi son épaule.

- Tu sais, te sens pas obligé de te cacher. C'est humain de pleurer.

- Mais toi, James, toi, tu ne pleures jamais ?

- Oui, mais moi, c'est parce que je suis parfait !

Il a ri sous ses larmes, s'est mouché dans sa manche, le mioche.

- Tu sais. Même si t'es souvent pénible, je t'aime, grand frère.

Avec le temps, les rires se sont effacés, les reproches ont pointé. Mais il m'aime, c'est mon frère après tout. On ne choisit pas sa famille, mais c'est par elle qu'on brille.