Coucou, mes jeunes farfadets. Je suis désolée de tout ce retard ! Ce chapitre a été particulièrement dur à écrire pour moi. Mais je pense qu'à l'avenir, ça devrait aller mieux :)

Deux choses : la première, Sam apparaît ENFIN ! Il aura une place plus importante à venir, mais c'est un secret~ :p

Et, la seconde, c'est que ce chapitre est classé M pour relation sexuelle non consentie. Si quelqu'un est sensible à ce sujet, je lui déconseille de continuer - et, sinon, à vos risques et périls, vous êtes considéré comme prévenus !

J'espère que ce chapitre vous plaira un peu plus que le précédent, qui n'a malheureusement pas eu de retour comme je l'espérai. Mais bon, c'est la vie !

Bonne lecture :3


Tu es allongé dans ton lit, il est trois heures du matin. Tu as oublié de fermer tes volets et tu peux voir la lune qui partage son ciel d'encre avec des milliers d'étoiles – tu te sens bien. Le ventre chaud, comme des milliers de papillons qui dansent en toi – l'image n'est pas très belle mais tu n'en as cure, tu es heureux. Pour la première fois depuis le début de ta pathétique existence, tu te sens sincèrement heureux.

Parce que tu aimes quelqu'un qui t'aime en retour et que tu es sûr que, cette fois, cette relation durera longtemps. Parce que tu as un groupe d'amis auxquels tu tiens plus qu'à tout le reste ; parce qu'il y a lui. Ton meilleur ami, la personne la plus importante du monde à tes yeux. Oh, il y a bien Anna, bien sûr – tu adores Anna. Mais ce n'est pas pareil, hein ? Non, c'est différent.

Raph viendra chez toi, bientôt. Et rien qu'à y penser, un sourire t'explose sur les lèvres, comme des confettis lors de la fête la plus réussie du monde – c'est la fête dans ta tête et rien ni personne en saura jamais la faire cesser.

… N'est-ce pas ?

Gabriel ne voulait pas y aller.

Les mains enfoncées dans ses poches, le casque vissé sur les oreilles, il sortit du bus scolaire et s'appuya sur la barrière du petit collège. Ses yeux se dirigèrent vers la route – bientôt, un nouveau véhicule arriverait, transportant avec lui un flot de créatures insupportables appelés « adolescents » et que le jeune homme exécrait – et non pas par condescendance, comme semblait le penser son père. Mais à quoi bon lui expliquer quoique ce soit ? Il ne comprenait jamais rien à rien – et ce n'est pas faute d'avoir essayé de lui expliquer, pourtant. Gabriel avait abandonné, maintenant. De toute façon, il pouvait se débrouiller tout seul, non ? Il n'avait pas besoin d'un père absent, d'un père qui n'achetait jamais suffisamment de nourriture pour tout le monde, d'un père qui claquait l'argent dans l'alcool, d'un père qui rappelait dans cesse qu'il n'était qu'une erreur qui n'aurait jamais dû être permise.

L'adolescent ne fit que secouer la tête et sursauta brutalement quand une main se posa sur son épaule. Il tourna la tête et son regard ambré rencontra celui noisette de Meg qui lui accorda son plus beau – narquois ? Ironique ? Cruel ? Sarcastique ? Joueur ? – sourire.

« Salut, mon mignon. Tu m'attendais ? Je sais que je suis belle, mais tout de même, tu devrais calmer tes ardeurs. »

Gabriel leva les yeux au ciel et rentra dans la cour accompagnée de l'adolescente. Ils rejoignirent quelques garçons qui se trouvaient assis sur des bancs trempés de l'averse de la veille, mais aucun d'entre eux ne semblait dérangé par cet état de fait.

« Vous avez cours en première heure ? lâcha Meg, les mains enfoncées dans les poches de son jean.

-J'ai latin.

-Gab, pourquoi t'as pris cette option de merde, au juste ?

-Mon père. »

Le jeune homme haussa les épaules. Azazel commença à fouiller dans sa poche en fixant Gabriel et lui lança un bonbon.

« Cadeau.

-Oh, mais tu es charmant aujourd'hui. C'est pour fêter ton cinquième redoublement et tes trente ans ? » rajouta Meg avec ce sourire que Gabriel ne savait pas qualifier.

L'adolescent eut tout juste le temps de dire merci à son… « ami » ? – il n'était pas vraiment sûr que c'en soit un – que, déjà, la sonnerie retentissait dans le petit établissement. Il fit un signe de main au groupe avant de rejoindre la salle de classe qui se trouvait au premier étage.

Son père ne l'avait pas vraiment forcé à commencer le latin. Il avait plutôt forcé son père à l'inscrire – un sourire béat se dessina sur ses lèvres à cette idée. Il se souvenait parfaitement du jour où le professeur était venu présenter sa matière, en fin de sixième – sa démarche, sa voix, ces insultes implicites qui jonchaient chacune de ses phrases comme des cadavres sur un champ de bataille – et Crowley n'était pas qu'un vulgaire soldat, non. C'était le général des troupes victorieuses qui marchaient sur les macchabés des vaincus, ces misérables.

Gabriel était le meilleur élève dans cette matière – quand bien même il passait bien plus de temps à observer le professeur et à griffonner son nom partout qu'à se concentrer sur les déclinaisons latines. Il bûchait des heures entières sur ses cours pour s'assurer d'être le premier, toujours. Pour que Crowley soit fier de lui, le remarque – c'était stupide, ô Dieu que c'était idiot. L'adolescent le savait, mais c'était plus fort que lui. Et puis, de toute façon, c'était peut-être étrange pour le moment, mais d'ici quelques années, hein ? Car Gabriel ne doutait pas qu'il ne ressentait n'était pas qu'une simple amourette, loin de là ! Mais s'il en parlait, personne ne le prendrait au sérieux. Personne ne prend jamais au sérieux un « gamin » de treize ans qui n'y connaît rien à la vie.

Quand tu vas en latin, tu ne sais plus trop quoi penser – tu le regardes toujours, mais moins. C'est différent. Tu te sens comme perdu – tu regardes alors ta main, griffonnée comme toujours. Tu peux y lire « Raphael », parce que c'est ton meilleur ami et que tu trouves toujours un moyen d'écrire son prénom quelque part – et, à côté, « Gadreel ».

Il t'a dit qu'il t'aimait alors, pour ne pas le blesser, tu as accepté de sortir avec lui. Mais au fur et à mesure que les jours passent, tu sens grandir en toi une affection, une chaleur, une fleur qui menace d'éclore en lieu et place de ton cœur. Et tu as peur, tu as tellement peur – être amoureux, c'est une chose. Être dans un couple, c'en est une autre – tu crèves de trouille.

Tu te dis juste que si ton prof de latin, c'était l'amour de ta vie et tout, tu te demandes ce que Gadreel est à tes yeux. Tu déglutis à cette pensée, t'en deviens fou, à y songer. Mais c'est tellement doux, cette folie près de lui – c'est tellement bien. Pourquoi ne pas se laisser entraîner par la vague ?

Tu ne sais pas encore que tu le regretteras.

OoO

Le jeune homme tapait comme à son habitude sur les touches d'un clavier qu'il connaissait désormais par cœur pour y avoir passé le plus clair de son temps ces dernières années. Il renifla encore une fois avant de s'emparer d'un mouchoir et de jeter dans la poubelle déjà pleine à raz-bord sous le bureau le paquet maintenant vide. Son message envoyé, il glissa ses doigts quelque peu boudiné sur la croute qui s'était formée sur sa tempe et grimaça quand, par réflexe, il commença à la gratter. Il soupira et secoua la tête, désespéré, avant de reporté son attention sur l'écran de l'ordinateur.

Medecin Celeste : qu'est-ce qui c'est passé ?

gab : bah, tu saias, comme d'habitude. 'sont foutus de ma gueule parce que je suis petit, que je ressemble à une gonzesse et tout le bordel. J'me suis pris une pierre à la gueule, ahha. Ça a pissé le sang. En plus, he croyais que j'avais des ptoes, tu vois ? hé bah meme pas. Tu sais, j'ai besoin de compter les trucs, hein, faut que ça fasse cinq, dix, tout ça…

gab : oh sa race j'sais plus écrire, mrde.

Medecin Celeste : Oui, je sais. Et donc ?

gab : bah ils se sont amusés à me faire faire des crises, parce que c'est fun de me faire pleurer pendant des heures, ahah.

Medecin Celeste : j'arrête pas de te dire de le dire, Gabriel. Il faut en parler, c'est tout. Si tu ne fais rien, il ne faut pas t'étonner que ça continue.

gab : ouais, ouais.

Gabriel voudrait fracasser son crâne contre le clavier – encore cette même conversation qui revient. Comment lui expliquer que son père n'en a cure ? Comment lui expliquer que les professeurs ne feraient rien ? Comment lui dire que même ses propres « amis » le frappaient parfois et que c'était à la victime d'être huée, insultée – « t'as aucun sens de l'humour », « t'as aucune autodérision », « oh ça va, tu pourrais le pardonner quand même, t'es chiant, hein. ». Et Gabriel ne savait pas, finalement – il ignorait s'il était le gentil, s'il était le meurtrier et tout le monde lui répétait sans cesse que c'était lui qui avait du sang sur les mains.

Oui, mais le sang de qui ?

Il adorait Raphael, sincèrement ; et Gabriel savait qu'il n'y avait pas mieux que son meilleur ami pour le comprendre. Après tout, le pauvre avait souffert de harcèlement scolaire et n'était même plus capable de se rendre au collège, maintenant. Enfermé dans sa chambre, il désespérait de ne rien faire de ses journées, d'être aussi faible – alors Gabriel était là pour lui dire que tout irait bien, que tout s'arrangerait. Et Raph était là pour lui répéter la même chose.

C'était juste que, parfois, Gabriel avait le sentiment que son meilleur ami comprenait mal la situation, qu'il ne se rendait pas compte. Parce que si la mère de Raphaël était très compréhensive et l'avait toujours épaulée, le père du jeune homme semblait ne pas connaître ce registre. Il sentit les larmes lui monter aux yeux rien qu'à penser au nombre incalculable de fois où ce vieil aigri lui avait hurlé dessus qu'ils auraient des problèmes, que si Gabriel continuait de rater des cours comme cela à cause de prétendues crises d'angoisse, une assistance sociale viendrait pour l'enfermer dans un asile psychiatrique ou quelque chose comme ça.

La chose lui semblait un peu exagérée, mais si c'était son père qui lui disait, c'est que cela devait être vrai, n'est-ce pas ?

Le jeune homme soupira avant de changer de conversation. Gadreel. Ils passaient leur journée à parler, à s'envoyer des gifs et autres images stupides – à se répéter qu'ils s'aimaient, aussi. Et Dieu que Gabriel pouvait l'aimer. C'était stupide, d'aimer quelqu'un comme ça – c'était stupide d'aimer autant. Et même si Gadreel l'énervait parfois, à se plaindre sans cesse de choses stupides ou à mentir de façon peu crédible, l'adolescent lui pardonnait. Après tout, ce n'était pas grand-chose, n'est-ce pas ? Il pouvait bien passer l'éponge sur des petits écarts de comportement qui ne lui semblaient pas si fréquents.

LE MASO : licorne. ._.

gab : ça c'est de la conversation développé :p

LE MASO : je t'aime

gab : si tu me prends par les sentiments, aussi.

gab : moi aussi 3

Gabriel ne lui avouait jamais que les choses ne se passaient pas bien, en classe – ou à peine à demi-mot. Il ne lui parlait pas des marques qui défiguraient son corps, des larmes qui trempaient ses joues, de la souffrance qui massacrait son cœur un peu plus à chaque instant. De la peur qui enserrait son cœur à l'idée d'y retourner – et plutôt mourir que d'y retourner, plutôt crever que de supporter une journée de plus là-bas. Le jeune homme posa son front sur le bois du bureau, les yeux clos – qu'est-ce qu'il n'allait pas, chez lui ? Qu'est-ce qui n'avait pas fonctionné correctement, pour que les choses dérapent comme cela ?

Pourquoi est-ce qu'il devait être une erreur ?

OoO

Tout a empiré.

Rien ne se passe jamais bien, avec toi, n'est-ce pas ? Gadreel n'est plus là. Gadreel ne t'aime plus, c'est comme ça.

Et toi, tu es là. Tu es toujours là, parce que la Terre tourne toujours. Tu lui as dit d'aller se faire foutre, et t'as le cœur qui te brûle, t'as le corps qui s'élance et qui te fait souffrir comme jamais. T'as mal, t'as mal à plus en savoir que faire, de cette souffrance. C'est juste que tu l'aimais tellement, mais qui sera là pour comprendre ça ? Qui est là pour savoir comme t'as le cœur déchiré, comme t'as le crâne fracassé, à l'intérieur ?

Y'a Raph. Tu sens qu'il t'extirpe de ton bain brûlant – tu sens plus trop ta peau, ensanglantée çà et là. Désinfecte, bande, sèche, il t'enroule entre des serviettes et t'emmène jusqu'à ta chambre, où tu te recroquevilles à même le sol.

Tu ne lui parles que par court message écrit par papier, ta voix reste coincée dans ta gorge. Il est patient, il te câline, il te promet que les choses s'arrangeront – et c'est bercé par ces paroles-là que tu t'endors contre son torse. Il ne t'abandonnera jamais, lui.

OoO

Raph : Je t'aime, vraiment.

Apollon-du-ciel : Moi aussi, hé. Tu te lances dans les grandes déclarations d'amour maintenant ?

Raph : C'est important que tu le saches, vraiment. Je t'aime, et même si c'est bizzare a dire, je tiens vraiment à toi plus qu'à tout le reste, okay ? Et je ferais tout pour jamais te blessé, jamais. Parce que tu comptes à mes yeux, que tu m'as sauvé la vie et que sans toi, je serais pas là aujourd'hui. Je ferai tout pour te protéger, que tu doives jamais revivre un Gadreel 2. Je veux plus jamais te revoir comme ça.

Apollon-du-ciel : je suis sûr que tout ira bien. Maintenant calme-toi, tu vas me rendre tout chose !

Raph : désolé x)

Apollon-du-ciel : je t'aime aussi, crétin.

OoO

« Non ».

Tu ne peux pas te résigner à lâcher ce mot, niché au creux de ta gorge. Tu ne peux pas dire « non » car tu sais que les conséquences seraient catastrophiques. Des doigts que tu connais bien, pour les avoir serrés entre les tiens, courent sur ta peau, se glissent entre tes cuisses – « non ». Tu ne le dis pas, tu ne dis rien, et quand ces phalanges que tu as caressées et embrassées pénètrent en toi, quand elles te font souffrir et grimacer pour la énième fois, tu ne dis rien. Tu ne peux pas, tu ne veux pas – alors tu les ravales, ces trois lettres, en même temps qu'un sanglot que tu n'as pas le droit de laisser s'échapper. Ta tête penchée en arrière comme celle d'un cadavre sans vie –poupée désarticulée-, tu laisses ton cou offert à sa vue pour que ton visage échappe à ses yeux sombres, il ne doit pas voir ta grimace. A défaut, ses lèvres s'attaquent à ta pomme d'Adam – tu as peur, tu voudrais hurler, tu détestes qu'on touche à cet endroit. Les larmes se forment lentement, mais tu ne dis rien – les conséquences seraient catastrophiques.

Des pleurs, quelques cris peut-être, des reproches insoutenables, le silence pour la nuit, les jours à suivre peut-être. Tu voudrais éclater ton crâne, le fracasser sur les murs, sur le sol, repeindre la pièce de ton sang. Quand c'est plus que des doigts que tu chérissais qui te pénètrent, tu veux hurler. Ce n'est pas la première fois, mais tu fermes les yeux – il t'aime, il t'aime tellement, il ne veut pas ton mal, n'est-ce pas ? Il t'aime, il t'adore, tu es tout pour lui, il est tout pour toi. Tu te détestes de réagir de la sorte – et regarde ton corps ! Il est d'accord, tu dois l'être aussi. Bien sûr que tu es d'accord, tu n'as jamais dit le contraire – bien sûr que tu aimes ça. Regarde ton état – c'est évident, n'est-ce pas ? Tout est normal. Tu n'as pas dit non, ce n'est pas un viol.

alors pourquoi tu pleures

pourquoi ça s'arrête pas

pourquoi tu veux que ça s'arrête, pourquoi tu veux dire non

gabriel

pourquoi tu dis pas non ?

OoO

Capricornes au pouvoir : Hé, c'est Ana, ta sœur adorée, si tu te souviens encore de moi puisque ça fait trois semaines que tu dis plus rien (j'espère que ça va, au demeurant T_T je suis genre, super inquiète). C'est juste que j'ai rencontré un type adorable, c'est genre, mon meilleur ami de la mort, tu vois ? Il s'appelle Sam, et j'aimerai bien te le présenter. Je suis sûre que vous vous entendriez super bien !