Bonjour/Bonsoir et bienvenue à vous, une nouvelle fois (ou non...)
Je tiens à remercier Kentwell7 pour avoir, une fois de plus, laissé la marque de son passage sur le précédent chapitre et à tous ceux, qui, même sans commenter, suivent cette fiction et en lisent les chapitres.
Je vais essayer de publier régulièrement, c'est à dire, une fois par semaine, mais je risque d'avoir du retard. La Moisson de la fille du Deux est commencée et celle du Sept est terminée (parce que quand l'inspiration nous tient...).
Je vous laisse donc découvrir le tribut masculin que nous ne connaissez que de nom, j'ose espérer qu'il vous plaira.
Disclaimer : L'univers appartient à Suzanne Collins, les tributs et ce qu'il se passe ici viens de moi.
Tribut masculin du district Un
Je tranche le bras de deux autres mannequins qui volent à travers la salle. Rapide, vif et sans douleur. C'est comme ça que je compte tuer dans l'arène, vite fait, bien fait. J'entends et ressens l'écho de ma respiration saccadée se répercuter contre les murs. La pièce est plongée dans l'obscurité complète, seule la faible lumière des cibles m'éclaire. Cet exercice me plaît bien. Il ne se sert pas seulement de la vue, il met en relation les cinq sens, sans lesquels on ne peut rien faire. Je range l'épée à tâtons et enfonce le bouton à côté d'un coup sec. Les objectifs s'éteignent alors que les ampoules au plafond se remettent à fonctionner. Les réflexes nocturnes, c'est bon je viens de recommencer tous les ateliers que j'ai effectués depuis mon arrivée dans ce Centre. Mais rien à faire, les armes lourdes ne me conviennent pas, je préfère en rester au glaive.
J'ai enchaîné avec tous les équipements mis à ma disposition mais il est clair que je préfère les simples, légers et facilement maniables. Si je trouve un arsenal de couteaux, il n'y aura aucun problème. Cependant, si la Corne d'abondance ne regorge que de massues ou de poids de quarante kilos, la tâche sera plus complexe. Les arènes se retrouvent parfois avec un thème particulier. Une fois, ça a été du type médiéval, composée seulement d'arcs et d'arbalètes une autre, elle était plutôt dans le genre futuriste, personne ne connaissait les armes que les tributs devaient utiliser. Pas même les tributs eux-mêmes. Ça a été stressant, nos représentants, ces années-là, étaient de véritables tueurs. Ils n'ont pas tenus bien longtemps. Et je ne préfère pas parler des armes à feu. La seule fois où ils en ont mises, ça s'est terminé en un carnage gratuit. Même le gamin de douze ans, à l'époque, a fait parti du top huit.
« Prêt cette fois, Gold ? Tu n'auras plus d'autre occasion.
- Papa, tu sais bien que je suis apte depuis un bon moment. »
Il ne répond pas. Parce que j'ai raison. J'aurai eu mes chances à ma première Moisson, j'en suis certain. Mais j'ai attendu que les années passent et dès la fin des derniers Jeux, j'ai fait passer le bruit que je serai le prochain volontaire. Le bouche-à-oreille fonctionne très bien dans ce district. Tous les mordus de nouvelles croustillantes s'empressent de le répéter à tout le monde. Et franchement, je ne m'en plaindrai pas.
Je regarde l'heure sur l'horloge fixée au mur et file au vestiaire. Je suis seul, les autres élèves d'ici ne se présentent pas le jour de la Moisson. Alors mon père, et entraîneur, m'amène ici, pour que je détende mes muscles et que je paraisse plus décontracté. Le pire est certainement le fait que ça fonctionne. J'ai souvent mal après une séance intensive mais j'ai autre chose sur quoi me focaliser.
J'ai laissé plusieurs années passer, avec des jeunes inconscients qui se présentent en croyant avoir une chance. Ils pensent qu'à savoir manier une épée et un bouclier, ils pourront se protéger. Quelle ignorance, c'en est navrant. Ils savent à quel genre de danger ils s'exposent mais ne le regrettent qu'à la dernière seconde. Il faut plus que ça. Les capacités mentales ne sont pas à négliger. Si tes alliés meurent, tu ne dois pas te permettre de les pleurer. Si un d'entre eux se retrouve contre toi en finale, tu ne dois pas te permettre de reculer. Tu ne peux rien te permettre qui peut donner une mauvaise image de toi. Ce sont les Hunger Games, des Jeux qui en font souffrir plus d'un. Les gagnants n'ayant pas sombré dans la folie ou l'alcool se comptent sur les doigts de mes deux mains.
Je sors du bâtiment avant de pousser un « ouf » de stupéfaction. Depuis que je suis en âge de me souvenir, je peux visualiser la foule du district se diriger vers la place principale, mais ça me cause toujours un choc. Normalement, les rues sont pleines à craquer le samedi après-midi ou le dimanche matin. Certainement pas en pleine semaine. Je me faufile vers le milieu de l'allée centrale, recherchant des têtes qui ne me seraient pas inconnues. Étant donné ma taille, légèrement plus élevée que la moyenne, j'aperçois une tignasse châtain parsemée d'éclats blonds. Jacob Osborne, qui se trouve être accessoirement mon meilleur ami, est l'un des seuls du Un à avoir cette couleur si particulière. Fils d'un des hommes politique du district, il a plusieurs fois eu le privilège de se rendre au Capitole. Il s'est fait teindre quelques mèches en or, ce qui ne lui va pas trop mal. Il s'arrête, gênant les passants qui grognent et reprend sa marche quand j'arrive à son niveau.
« Alors Gold, tendu ? Ne me dis pas que tu es stressé, tout de même.
- Pas le moins du monde. Crois-moi, cette Moisson sera inintéressante, la fille ne me dis pas grand-chose.
- Mais si, Lexie, tu sais bien celle qui fauche tout ce qui se trouve devant elle, ou derrière d'ailleurs.
- J'ai dû l'apercevoir une ou deux fois. Franchement, du moment que tu la désarme, elle ne vaut rien au corps à corps. Je peux facilement lui briser tous les os.
- Mais tu ne le feras pas. »
Non, je n'aimerai pas avoir à tuer cette fille. Pas celle de mon district. Je ne devrais pas en donner l'impression mais je pense pouvoir avoir de la pitié. Et c'est certainement ce qui me fera le plus défaut. Mais plutôt crever que de l'avouer. Les Jeux de la Faim sont comme le tournage d'un film. On ne peut pas rester comme on est. On doit fermer la porte de nos émotions et ne jamais, ô grand jamais, les laisser reprendre le dessus. On se forge une personnalité, un but dans la vie, peut-être même une vie antérieure complètement fictive. Et tout ça pour attendrir le Capitole.
Jacob et moi nous rangeons une fois notre enregistrement fait. Du fond, on ne voit pas grand-chose mais avec les enceintes à moins de dix mètres derrière nous, les grésillements nous parviennent déjà. L'hôte n'a pas intérêt à hurler dans le micro. Les garçons devant moi murmurent des paroles inaudibles en se retournant fréquemment de mon côté. Sans doute sont-ils entrain de parler du volontaire de cette année. Ce ne sont pas des carrières et je doute que l'un d'entre eux ai jamais dû prendre un tessera de sa vie. Je décèle une arrogance absolue dans leurs yeux. Être naturellement comme eux m'arrangerait bien. Je pourrai m'afficher sous un vrai jour. Je compte bien faire grande impression, quitte à reprendre le cliché du carrière sans cœur, impulsif et vaniteux.
Mon ami me lance un regard entendu et me désigne mon propre bras. Je tremble comme une feuille. D'appréhension ? De peur ? D'effroi ? Non, c'est bien plus fort que ça. De l'excitation. Je veux être reconnu, qu'on me désigne comme prochain vainqueur des Hunger Games. Le maire s'avance et nous rabâche son bienvenu et ses encouragements ou je ne sais trop quoi.
« Bienvenue, chers habitants du district Un. Nous sommes rassemblés ici même pour, vous le savez, élire les deux qui nous représenterons cette année, aux Hunger Games annuels. Je vous prie de bien vouloir accueillir chaleureusement notre hôte de cette année, Derek Atherton. »
Je suis la foule en applaudissant malgré que le cœur n'y soit pas. Je veux être aux côtés de cet homme, pour le moins agité. Il respecte les rituels comme si sa vie était en jeu alors que nous nous en fichons bien. Il replace une de ses mèches nacrée derrière son oreille et commence son discours une fois que l'objectif de la caméra se tourne vers lui. Nous sommes en direct. Nous passons sur tous les postes de télévision. Je sens un sourire se former. Le temps qu'il met à parler me semble interminable. J'entrevois Nathanaël et Amy, derrière lui, nos deux futurs mentors. Malgré que je sois un carrière et que je respecte ceux qui prennent le même chemin que moi, j'admire la perspicacité et la patience qu'il a fallu à Amy pour gagner. Pas une fois en deux semaines elle s'est fait attraper par un autre tribut. Ses capacités de camouflages sont hors normes, cette année avait été impressionnante. Le dernier survivant l'a cherchée pendant trois jours avant de mourir naturellement.
« Bonjour à tous et bienvenue ! Tout d'abord, conformément aux coutumes, nous allons tous ensemble visionner un film venu tout droit du Capitole, s'enquit-il. »
Il faudrait remettre à jour ce fameux film. Les séquences datent d'il y a quarante ans, la qualité est médiocre. Je distingue à peine les dires par-dessus les images, l'enceinte est trop mal réglée, je me bouche l'oreille gauche, par automatisme. Les Hunger Games sont résumés au possible, et je trouve leurs promesses exagérées. Les districts ont finalement bien faits de se révolter, ils ont perdus mais ont montré qu'en cas de faux pas majeur, ils n'iront pas de main morte. À l'époque, les dégâts ont été considérables, vraiment effrayants. Peu de personnes ont survécu aux Jours Obscurs. En fait, nous devons prendre les Jeux pour un châtiment. Dans le Un, ça a toujours été preuve de courage, de loyauté et de force de caractère. Y participer est un honneur qu'on ne doit en aucun cas bafouer.
« Comme de tradition, les dames d'abord. »
Je sors de ma léthargie. La première va grimper et je la suivrai sur cette estrade.
Il saisit un papier immédiatement et ne se fait pas prier pour retourner vers son micro et déclarer, presque solennellement.
« Gwendolyn Slater. »
Je m'attends à entendre le cri de cette fameuse Lexie mais rien ne vient. C'est étrange en général, nous n'attendons pas avant de nous présenter.
« Gwendolyn Slater ? Où es-tu ma grande ? N'aie pas peur. »
Ça, c'est justement fait pour effrayer. Je suis trop loin pour voir correctement mais une fillette blonde sort de la rangée des douze ou treize ans. Ses boucles d'or retombent sur ses épaules et la caméra n'arrive pas à accrocher ses prunelles. Je ne sais pas à quoi joue la carrière mais Gwendolyn, je crois, est effrayée comme jamais. Elle ne s'y attendait pas et ses pensées doivent être en vrac dans sa tête. Pauvre gamine, sérieusement.
« Personne ne souhaite-t-il prendre sa place ? »
On pourrait traduire cet appel par « Bon, que fiches-tu, la carrière ? C'est le dernier avertissement. ». Et, oh, magie, une rouquine sort du rang des seize pour se porter volontaire. L'enfant rejoint ses amies, les larmes dévalant ses joues. Elle a dû avoir la frayeur de sa vie. Je n'imagine même pas l'état de sa famille. Et je ne comprends pas le comportement de Lexie. Un instant d'hésitation ? Juste un test ? Ou a-t-elle voulu faire durer le suspens jusqu'au bout ? À moins qu'elle se soit amusée, et ça, c'est signe qu'elle a confiance en ses capacités et qu'elle aime voir la peur. Enfin bon, je ne pense pas que ce soit le cas, son esprit ne m'a pas l'air si dérangé.
Je sens que je vais pouvoir me divertir avec elle. Lexie se hisse à la hauteur de Derek et annonce son identité, pour être ensuite acclamée de tout le district. Enfin… de presque tout le district. Je vois Jacob et quelques autres amis la huer. Elle ne doit pas entendre grand-chose de là où elle se trouve. Je lui chuchote un vague remerciement alors que notre hôte se précipite vers le bocal réservé au tirage masculin.
Tout le monde se tait. J'en aperçois certains qui me regardent de travers, mine de me demander si je serai capable de le faire. Si j'aurai le cran nécessaire. D'aller prendre la place de quelqu'un au péril de ma vie. Derek ouvre son papier et annonce le nom du tribut, que je ne retiens pas. Immédiatement, j'empoigne le bras de Jacob et le fait jurer de ne pas venir me voir aux adieux. Je m'avance et déclare, haut et fort :
« Je me porte volontaire comme tribut ! »
Voilà, je l'ai fait. Prenant mon air le plus indéchiffrable possible, je m'avance dans l'accès central. Je dois marcher un peu trop vite, je sens la caméra faire des mouvements irréguliers. Ils doivent avoir des difficultés à me garder dans leur champ de vision. Derek semble presque amusé de cet empressement. Au moins, ça me donne une bonne image. Un volontaire impatient de se rendre dans l'arène, et non pas pour sauver quelqu'un. Aucun doute que cette première impression ne va pas faire baisser le Un dans l'estime du Capitole. En montant les marches, je crois en louper plus des trois quarts, je dois presque sauter en avant. Un réflexe dont je ne me plaindrai pas. J'arrive à la hauteur de Lexie et me tourne vers notre hôte.
« Et toi, quel est ton nom ?
- Gold Oser, réponde-je, sans l'once d'une hésitation.
- Très bien, voici votre tribut masculin ! »
On m'annonce, on m'acclame, on me soutient. On est fiers du volontaire masculin. De l'orgueil dont il fait preuve, de sa vie qu'il met si facilement en jeu. Je cherche un effet de mystère, d'insaisissable et quelque chose me dit que c'est ce qui se produit. J'entends mes compagnons d'entraînement hurler mon nom depuis le fond. Le fait que je sois aimé peut me rapporter des sponsors aussi, ils font du bon boulot.
« Serrez-vous la main. »
Lexie me tend sa main, interdite. Je m'apprête à la lui saisir fermement mais une idée me traverse l'esprit. Elle pourrait me coûter la vie. Ne l'ai-je pas déjà engagée en me portant volontaire ? Je ne perds rien, autant me distraire et défier le Capitole. J'approche mon bras de sa tête et ébouriffe ses cheveux, réduisant à néant sa coiffure. Je rajoute un sourire en coin, impénétrable. Je suis parfait. Je manque de m'étouffer en retenant un rire. Sa fureur et son incompréhension se lisent sur son visage, son masque vient de tomber. Je viens de signer mon arrêt de mort, ou presque. Je me replace droit et la domine de ma taille, je fais presque une tête et demi de plus qu'elle. Je vais me la mettre à dos, cependant, c'est trop tentant.
« Ne t'en fais pas, je ferai en sorte que ta mort ne soit pas trop lente, Chaton. »
Ses yeux me lancent des éclairs, et je suis persuadé que si un regard pouvait tuer, je serais déjà raide mort sur le sol. Je la laisse en plan au beau milieu de l'estrade et me dirige vers l'hôtel de justice. Je n'ai aucune raison de m'attarder ici. Très franchement, je m'attendais à quelqu'un de plus menaçant qu'elle. Elle ne doit pas se servir d'une massue pour assommer tout le monde sur son passage. J'aurai tout le loisir de l'observer pendant les trois prochains jours. Mon petit doigt me souffle qu'elle ne va pas tenter de faire ami-ami avec moi. J'ai dû l'énerver, néanmoins, elle doit comprendre qu'elle n'a pas la moindre chance face à moi. Chaton ne survivra pas longtemps, on peut me croire sur ce point, c'est certain.
Je me laisse entrainer par les Pacificateurs. Impossible de parler avec eux, ils sont muets comme des carpes, sauf quand il s'agit de retirer sa famille à un tribut. J'appréhende la prochaine heure, je sens que je vais m'ennuyer ferme.
La salle dans laquelle on m'installe reste très luxueuse, les meubles sont d'excellente qualité et je ne parle pas des matériaux utilisés. Ils coûtent une fortune. Les étoffes ne se trouvent que dans le Huit, c'est là que le Capitole se procure tous leurs tissus. Comme certaines personnes de notre district sont payées pour dénicher les pierres précieuses pour eux. Je n'ai pas besoin de profiter du mobilier pour le moment, je pars m'accouder à la fenêtre.
La compagnie du silence et l'absence de vie ici commence à sérieusement me mettre mal à l'aise. Dans le Un, il y a toujours quelqu'un pour crier n'importe quoi sur les toits. L'ambiance est toujours un minimum au rendez-vous mais alors là… Ça doit faire quoi, trois quarts d'heure peut-être que je fais les cent pas ? J'ai failli m'étaler sur le sol plusieurs fois. La moquette n'est pas entièrement bien fixée – à moins que ce soit moi qui l'ai déplacée – et je manque de trébucher toutes les deux minutes.
Tant que j'y pense, Jacob n'est pas venu et a apparemment dissuadé les autres d'en faire de même. Il m'arrange bien la tâche.
Lorsque le Pacificateur rouvre la porte et qu'il m'invite à sortir, je ne retiens pas un soupir de soulagement. Je me laisse guider jusqu'à Lexie qui essaie de cacher les sillons formés par ses larmes qui creusent son visage. Alors comme ça elle a pleuré… Voilà qui ne fera pas bonne impression. Nous nous faisons embarquer jusqu'à la gare et montons dans le train, le plus rapidement possible. Ces caméramans risquent de passer un sale quart d'heure s'ils continuent de me suivre partout vingt-quatre heures sur vingt-quatre. Je vois la tribut à ma gauche se comporter tout à fait normalement, restant stoïque. Je n'ai pas fini de l'importuner celle-là. On va bien s'amuser.
Gold Oser
Tomates, fleurs, adoration, détestation, review, ou pas ?
Pour ceux qui vont continuer à suivre cette fiction, vous avez un favori parmi Lexie et Gold ?
