Chapitre 2
note: les caractères gras indiquent un flash back.
Dans un entrepôt en bord de mer, une dizaines d'hommes faisaient cercle autour d'un jeune adolescent qui n'avait pas plus de dix-sept ans. Ses traits déformés par la terreur portaient les marques d'une inquiétude qui ne semblait l'avoir jamais quittée, on voyait clairement que la vie n'avait pas été tendre avec lui… Un des hommes sortit du cercle et fit quelques pas dans sa direction.
-Ecoute, Chaco, je t'ai laissé pas mal de temps. Je t'en ai même laissé trop. Beaucoup trop. Tu devais comme convenu aller chercher la cam à Panama City et me la ramener. En échange, tu aurais eu ton fric. Mais là tu vois, tu m'a énormément déçu, Chaco.
L'homme qui avait parlé faisait trois ou quatre têtes de plus que l'adolescent. Son physique imposant et ses yeux luisant de malveillance le rendait encore plus effrayant. Le prénommé Chaco articula tant bien que mal quelques sons.
-B-Boss, tu…tu sais que je t'aurais ramené la marchandise si…
-Si quoi ??
-Antonio, inutile de crier…
-La ferme !! hurla ce dernier à l'attention d'un des hommes du cercle. Qui est le patron ici, hein ? Ce morveux ne va nous attirer que des ennuis !! J'avais besoin de cette cam, Chaco ! Continua-t-il en s'adressant cette fois au jeune garçon. Que s'est-il passé ??
-Je….J'ai…Je suis allé à l'endroit que tu…tu m'avais indiqué mais il…il y avait…il y avait la policía, boss et je…je n'ai pas pu…
-Espèce de crétin.
Excédé, Antonio bouscula le garçon qui faillit tomber à terre et disparut dans les escaliers à l'autre bout de la pièce. Les autres hommes se dispersèrent en jetant des regards haineux à Chaco : personne n'aimait voir Antonio en colère. Une semaine auparavant, il avait abattu de sang-froid un de ses hommes pour n'avoir pas exécuté un ordre. Le meurtre n'était pas un problème pour Antonio, tout le monde le savait.
Chaco quitta l'entrepôt sans demander son reste. L'air marin lui fit du bien, sa terreur reflua peu à peu. Il détestait cet homme. Il détestait cette ville, ce pays. Un jour, sa mère lui avait promis de l'emmener ailleurs, là où il n'y aurait plus de problèmes. « Est-ce qu'un tel endroit existe ? » s'était demandé le jeune adolescent. Mais avant d'avoir pu tenir sa promesse, Liza, sa mère, était tombée malade. Et maintenant, Chaco ne possédait pas l'argent nécessaire pour payer ses médicaments.
Furieux contre lui-même et abattu par la tristesse, il quitta la plage et déambula de longues heures dans les rues de Veracruz. Il passa plusieurs fois devant le seul dispensaire de la ville, là où sa mère était soignée, sans trouver le courage d'y entrer. Alors il reprenait sa marche solitaire, son chagrin augmentant tandis que le soleil déclinait doucement derrière l'horizon.
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La pluie battante l'empêchait de distinguer quoi que ce soit. Deux policiers l'escortaient vers un imposant bâtiment aux murs d'enceintes s'élevant de plusieurs dizaines de mètres. Les policiers le laissèrent devant la porte de fer.
-On ne va pas plus loin. Buena suerte.
Ils s'éloignèrent. Michael poussa la porte et pénétra dans le bâtiment.
Si ça n'était pas l'enfer, ça y ressemblait beaucoup. Devant lui, un long couloir était plongé dans une semi-obscurité. Au plafond, des lampes projetaient une lumière ténue et blafarde sur les hommes qui se trouvaient là. Tels des dizaines d'ombres, certains marchaient, d'autres discutaient en petits groupes, d'autres encore fumaient une cigarette. Les minuscules vitres crasseuses ne laissaient passer aucune lumière, et l'odeur nauséabonde qui régnait prit Michael à la gorge et lui retourna l'estomac. La plupart des hommes suspendirent leur conversation pour le regarder progresser lentement dans ce couloir. Les sourcils froncés, le jeune homme peinait à garder la tête froide. On l'avait expédié en enfer. Nul part ailleurs. Il observait ce qui l'entourait avec prudence, essayant de croiser le moins possible les regards des hommes entassés là tels de vulgaires animaux. Ici, c'était la loi du plus fort qui régnait. Michael en eu la confirmation lorsqu'il aperçut un homme, le visage noyé dans l'obscurité, couché par terre, le corps nu couverts de bleus et le visage déformé par des coupures, d'autres bleus et du sang séché. Au-dessus de lui, un homme imposant, les bras croisés, regarda Michael passer avec un air de défi : l'homme, ou du moins ce qu'il en restait, lui appartenait.
Au bout du couloir, Michael s'arrêta avant de pénétrer dans la cour. Un rideau de pluie se dressait devant lui, rendant invisible les centaines d'hommes qui hurlaient, qui semblaient déchaînés. Comment un tel endroit pouvait exister ?
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Michael se réveilla en sursaut, le corps couvert de sueur. Les yeux écarquillés dans l'obscurité et la moiteur de la chambre, il tenta de chasser les dernières bribes de son cauchemar, tout en luttant pour imposer à son cœur de retrouver un rythme normal.
Il s'assit sur le lit et se passa la main sur le visage. Un mouvement à côté de lui lui fit tourner la tête : Sara avait bougé dans son sommeil, elle se trouvait maintenant couchée sur le dos. La sérénité du visage de la jeune femme calma peu à peu Michael, qui continua à la contempler pendant plusieurs minutes alors que les dernières images de son cauchemar s'enfouissaient dans sa mémoire.
Il avança sa main tout près de Sara, en prenant soin de ne pas la réveiller, et il fit courir son doigt sur sa joue, puis descendit sur son épaule, sur son bras, pour ensuite serrer délicatement sa main. Ce contact acheva de le ramener à la réalité. Il se leva, enfila un T-shirt et sortit de la maison.
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La première fois que Michael et Sara avaient fait l'amour, ce fut une semaine après avoir emménagé dans cette petite maison, au bord de la mer. Après être rentrés de l'aéroport, Michael lui avait montré les deux petites habitations qu'il avait louées pour presque rien à un vieux pêcheur du coin. L'une était pour Lincoln, l'autre pour Michael. Sara était tombée sous charme de cette bicoque à quelques pas de la mer.
Les premiers jours n'avaient pas été faciles. Sans cesse sur ses gardes, la jeune femme gardait à l'esprit que même si Lincoln était libre, la Compagnie les poursuivaient toujours. Ils ne viendraient probablement pas les chercher dans ce coin perdu du Panama, mais Sara avait appris à vivre avec sa méfiance et sa constante inquiétude, qui s'étaient tout de même peu à peu atténuées au fil des jours.
Un soir, alors qu'ils terminaient de dîner, Sara s'était levée pour débarrasser la table. Alors qu'elle s'affairait près de l'évier, Michael s'était faufilé derrière elle et l'avait doucement prise par la taille pour qu'elle se retourne. Leur visages ne se trouvaient plus qu'à quelques centimètres l'un de l'autre, leurs lèvres se frôlaient mais sans vraiment se toucher, leurs deux souffles ne faisaient plus qu'un. Michael s'était serré un peu plus contre Sara, son corps réclamant la chaleur de celui de la jeune femme. Sara prenait un malin plaisir à effleurer ses lèvres et à se dérober chaque fois qu'il tentait de l'embrasser. Un petit jeu qui ne dura pas bien longtemps, car Michael, dont le désir devenait plus puissant de secondes en secondes, posa sa main sur la nuque de la jeune femme et saisit ses lèvres. Cette dernière s'appuya contre le rebord de l'évier et passa ses bras autour du cou de Michael.
Quelques minutes plus tard, Sara entraînait Michael dans leur chambre, à l'étage. Ils eurent toute la peine du monde à gravir la quinzaine de marches qui les séparaient de la pièce ; alors que la jeune femme gravissait trois marches, elle était aussitôt rattrapée par Michael qui la plaquait contre le mur et qui l'embrassait à en perdre haleine.
Enfin, ils atteignirent la chambre et s'abattirent sur le lit.
Cette nuit-là, Michael et Sara franchirent un cap. Chacun apprit à connaître le corps de l'autre, à être à l'écoute de l'autre, et lorsque Michael entra en Sara, ce fut bien plus que le simple assouvissement d'une pulsion.
Quelques heures plus tard, alors que dans la tiédeur de la pièce Michael s'endormait peu à peu, Sara se força à garder les yeux ouverts et à résister à la douce plénitude qui l'envahissait et qui la tirait vers le sommeil. Elle se tourna du côté de son amant et posa sa main contre son torse, sentant ainsi son cœur résonner dans sa poitrine. Des dizaines d'images affluaient dans son esprit, des images de Michael, de ce qu'avait été leur vie jusqu'ici. L'époque où elle était médecin aux Etats-Unis, à Fox River, lui semblait loin, très loin, comme si cela appartenait à une autre vie…Derrière ses yeux mi-clos, Sara revit les nombreuses fois où Michael Scofield avait tenté de la séduire, chaque fois qu'il saisissait une occasion pour la toucher…Et puis leur premier baiser. Sara se rapprocha un peu plus du jeune homme et se colla contre lui, contre son corps encore chaud. La jeune femme devait bien avouer que cela l'arrangeait que Michael ait les yeux fermés : elle pouvait l'observer à loisir. Elle replongea dans ses pensées, dans le flot d'images de sa vie d'avant qui la submergeait, une vie qu'elle ne regrettait finalement que très peu : dans ce pays, dans cette ville, dans cette maison, elle avait trouvé un certain équilibre auprès de l'homme qu'elle aimait. Un sourire se dessina sur les lèvres de la jeune femme alors que l'image de Michael lui promettant un dîner s'il sortait de Fox River vivant traversait son esprit.
Sara ferma les yeux et colla son front contre celui du jeune homme. Quelques minutes plus tard, elle s'endormait.
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Au bord de la mer, Michael tentait d'oublier le cauchemar qu'il venait juste de faire. L'atmosphère de l'endroit dont il avait rêvé s'était profondément imprégnée dans son esprit, et un certain malaise ne le quittait plus.
Alors que le soleil commençait son ascension dans le ciel, promettant une autre journée chaude et humide, Michael se demandait toujours pourquoi il avait fait ce rêve horrible.
