Salut à tous et toutes !

Merci de tous vos commentaires, cela me fait chaud au cœur et me motive pour avancer dans l'écriture de cette fiction !

Pour vous remercier, un nouveau chapitre, un peu plus long cette fois ! Et un grand merci à Suzanne Collins d'avoir créé des personnages qu'il est si agréable de faire vivre !

Bonne lecture !

Chapitre 3

Ce matin, j'ai enfin pu quitter l'infirmerie pour gagner le modeste studio attribué par le gouvernement du 13e district à ma famille. Lorsque j'y parviens, il n'y a personne. Maman et Prim sont à leur travail. Je ne les vois que très rarement d'ailleurs. La vie est très réglementée au District 13, chacun doit gagner son pain.

Je pousse la porte qui grince à peine et pénètre dans mon nouveau chez moi.

La pièce est meublée très sobrement mais ça ne fait pas grande différence avec la maison que nous avons occupée durant toute mon enfance. Il n'y a que deux lits, un grand et un petit, situés dans une alcôve. Je suppose que Maman et Prim dorment ensemble pour se tenir chaud. Malgré un petit poêle à charbon qui répand une douce tiédeur, il ne doit pas faire plus de quinze ou seize degrés. Un paravent en bois peint de motifs floraux sépare la zone nuit de la cuisine, composée d'une table, de quatre chaises et d'un modeste fourneau.

Me dirigeant dans la partie chambre, j'ouvre le tiroir d'une commode sur lequel Prim a inscrit mon nom à la craie. J'y trouve quelques vêtements de rechange : une chemise, un pantalon, une robe et un gilet, quelques sous-vêtements.

A l'infirmerie, ils m'ont donné une blouse grise pour remplacer ma chemise de nuit. Bien qu'elle soit encore propre, je la quitte avec plaisir : le coton épais me gratte la peau comme du papier de verre. Je me glisse dans la salle de bain et ouvre le robinet d'eau chaude de la douche. Je me glisse sous le jet et ce n'est qu'à ce moment-là que je me souviens de mon pansement au bras. Trop tard. Il est trempé.

Une fois séchée et rhabillée d'un pantalon et d'une chemise, je jette un coup d'œil au miroir pendu au-dessus du lavabo. J'ai repris figure humaine. Je semble même aller mieux. J'entreprends alors de défaire le bandage gorgé d'eau et de constater les dégâts.

La plaie apparaît : Johanna n'y est pas allée de main morte. La balafre doit mesurer dix bons centimètres mais elle est plus effrayante que douloureuse à présent. Je me surprends à regretter le pot de crème cicatrisante de nos premiers Jeux… Il aurait fait des merveilles !

Je passe mon bras sous l'eau claire pour éliminer un reste de sang séché. La blessure me semble saine mais elle me laissera sûrement une longue cicatrice. Tout ce que je lui demande, c'est de ne pas me gêner pour tirer à l'arc ! Pour l'esthétisme, on verra plus tard !

Cette pensée résonne en moi et réveille douloureusement le souvenir de Cinna. La dernière image que j'ai de lui, roué de coups sous mes yeux s'impose à mon esprit et me fait frissonner. Qu'est-il devenu ? A-t-il été arrêté – peut-être même tué – à cause de moi et de ses créations ? Ai-je involontairement causé sa perte ? Car il est impossible de nier le rôle joué par mon styliste dans la création du Geai Moqueur.

Cinna me manque tellement. A lui, je pouvais tout dire. Il me comprenait mieux que je ne me comprends moi-même. Il lisait en moi comme dans un livre ouvert et ses créations me sublimaient.

Je décide de ne pas me laisser aller à la mélancolie qui m'envahit et chasse ses sombres pensées. Si je veux pouvoir sortir un jour d'ici, j'ai intérêt à me remettre rapidement sur pieds !

Je me dirige donc d'un pas décidé vers la salle d'entraînement, située au niveau inférieur. C'est Gale qui m'a indiqué comment m'y rendre. Il doit déjà m'y attendre.

La pièce est vaste et pleine de monde, surtout des hommes. Ils s'exercent par petits groupes à la lutte, au tir, à la course.

J'aperçois Gale, au fond à droite. Il s'entraîne au tir à l'arc face à des cibles représentant des silhouettes humaines. Je le rejoins rapidement, fuyant les regards intrigués qui s'arrêtent sur moi en me reconnaissant.

— Eh, Catnip ! Ils t'ont laissée sortir, ça y est !

— Ouais…

Je scrute son arc avec envie : rien à voir avec ceux que nous avions fabriqués pour chasser en forêt. Gale suit mon regard et me tend l'engin en riant.

— Comment tu le trouves ?

Je soupèse l'arme. Le métal est léger, maniable, l'ensemble est joliment profilé.

— Pas mal…

— C'est Beetee qui l'a fabriqué. Il en a fait un pour toi aussi !

Mes yeux pétillent à cette nouvelle et Gale se penche vers un long étui, couché au sol derrière lui, contre le mur. Il en sort un autre arc, légèrement plus petit et me le tend.

Je m'en empare aussitôt, avec l'émerveillement incrédule d'un enfant à qui on offre la lune.

Le poids et la texture de l'arme sont similaires à celle de Gale mais la couleur diffère. Si l'arc de Gale est gris mâtiné, le mien a des reflets rouges qui accrochent la lumière, comme s'il était en flammes.

Je souris. Je l'aime déjà. Il faudra que je pense à remercier Beetee pour ce somptueux cadeau.

Gale s'écarte de la cible et me propose :

— Vas-y, essaie-le !

— Mais, tu t'entraînais, je ne veux pas t'interrompre ! Je peux attendre mon tour…

J'essaie d'être polie mais en réalité, je suis dévorée par l'impatience.

Cette fois, Gale a un sourire comique. Je sens qu'il se retient d'éclater de rire : suis-je tellement transparente que ça ?

— Allez, vas-y ! Ça fait déjà une heure que je suis là, c'est à ton tour.

J'acquiesce et m'avance tranquillement.

Un carquois de flèches est posé sur la zone de tir. J'en saisis une, la soupèse avant de l'insérer dans ma nouvelle arme. Je bande la corde et la magie opère. L'arc n'est déjà plus qu'un prolongement de mon bras. Mon œil cherche aussitôt le centre de la cible, mes muscles se tendent sans que j'aie à leur commander et la flèche part. Elle file à une vitesse et avec une précision incroyable et vint se ficher dans le cœur de la cible, coupant presque en deux l'une des flèches d'entraînement de Gale.

Un murmure parcourt la salle et je me rends soudain compte que tous les regards sont braqués sur moi. Tout le monde s'est arrêté de bouger pour me regarder tirer. Troublée, je rabaisse mon arc et murmure :

— Il est parfait.

— Ton bras n'a pas l'air de te faire trop souffrir, commente Gale, faisant mine d'ignorer les autres.

Je plie et déplie délicatement mon coude plusieurs fois, constatant que malgré la plaie encore rose, j'arrive à le bouger presque normalement.

— Oui, je vais m'en sortir, je crois…

Il hoche la tête et ajoute :

— A mon tour ?

Mon tir a eu son petit effet au sein du District 13 car, à présent, quand je marche dans les corridors et que je croise des gens, des chuchotements s'élèvent et tous me jettent des regards étranges. Je ne parviens pas encore à décider s'il s'agit de crainte ou de respect mais, c'est quelque chose qui s'en rapproche.

Je pense qu'ils voulaient tous savoir si j'étais réellement celle qu'ils voyaient sur les écrans du Capitole. Et apparemment, ils n'ont pas été déçus.

Au fil des jours et de l'entraînement à la course et au tir que je m'oblige à subir, mon corps retrouve sa force et son endurance.

Un matin, Gale et Haymitch toquent à ma porte. Gale est vêtu d'un blouson de peau et il porte deux arcs à son épaule. Mon cœur frémit d'impatience mais Haymitch me calme en me disant :

— Eh ! Tout doux, chérie ! Tu sors à une condition !

Je refrène ma joie et demande, méfiante :

— Laquelle ?

— Tu ne lâches pas Gale d'une semelle et vous restez dans un périmètre de cinq cents mètres de l'entrée. C'est bien compris ?

Je hoche la tête : ça m'a l'air honnête.

— Et pas d'imprudence !

Je souris avec un peu trop d'impertinence probablement mais, mon ancien mentor a la décence de faire comme s'il n'avait rien vu. Après tout, je ne lui ai pas encore totalement pardonné de m'avoir choisie et de ne pas avoir sauvé Peeta.

— Tiens, enfile ça, le froid est vif dehors ! ajoute-t-il en me tendant une veste, comme un gage de paix.

Je prends le vêtement et lâche un « merci » dans un murmure.

Les portes de l'ascenseur s'ouvrent brusquement et un flot de lumière et d'air glacé envahit la cabine. Les deux gardes en uniformes du District 13 s'écartent pour nous laisser sortir. L'un d'eux salue Gale d'un geste amical de la main et lui dit :

— Bonne chasse ! A tout à l'heure ! On garde un œil sur vous d'en haut.

Gale hoche la tête et jette un coup d'œil à sa montre.

— OK ! A tout à l'heure ! répond-il.

Mon meilleur ami me prend la main et m'entraîne derrière lui.

Nous descendons une sorte de colline au sommet de laquelle se trouve l'orifice dont nous venons d'émerger. Intriguée, je finis par demander :

— Qu'est-ce qu'il voulait dire par là ?

Gale me désigne un drone de métal qui nous survole, assez haut pour que je ne l'aie pas repéré à son bruit.

— C'est un robot de surveillance, il vérifie qu'il n'y a pas de dangers qui menacent le District 13 et accessoirement aujourd'hui, il nous protège aussi, m'explique alors Gale.

« Il protège ou il nous surveille ? » murmure une petite voix dans ma tête.

Perplexe, je me concentre néanmoins sur la sente à peine visible sur laquelle m'entraîne mon ami afin de ne pas tomber. L'herbe glisse un peu par endroit, à cause de l'humidité de la nuit.

Arrivés au bas de la colline, nous la contournons par la droite, en progressant dans les herbes hautes qui nous arrivent jusqu'à la taille. Nous débouchons enfin sur un paysage dégagé. Gale s'arrête un instant pour me permettre de reprendre mon souffle et d'admirer le paysage.

Au loin, j'aperçois les ruines de l'ancienne ville, autrefois bombardée et réduite en cendres. Mais, à part elles, rien ne ressemble à ce que j'ai pu voir sur les vidéos de propagande du Capitole. Je repère ce qui ressemble à des fermes collectives au centre de vastes champs cultivés.

Le pays jadis ravagé par les flammes des bombes incendiaires a reverdi. D'immenses forêts ont repoussé et les prés les plus proches de nous sont parsemés de fleurs jaunes: des pissenlits, symbole de renaissance. C'est tellement beau et l'air sent si bon que cela me semble impossible que tout soit réel.

— Est-ce que ce sera pareil chez nous, un jour ?

Je me rends compte que j'ai parlé à haute voix lorsque je croise le regard attristé de Gale.

— Je l'espère, Katniss… Je l'espère de tout mon cœur… mais il faudra sans doute du temps.

A cet instant, j'éprouve l'étrange besoin de voir de mes propres yeux ce qui est arrivé à notre District, parce que, durant une fraction de seconde, je me dis que peut-être mon imagination est pire que la réalité…

Puis je me rappelle le visage de Snow, les rares fois où je l'ai rencontré, son sourire mauvais, sa puanteur intérieure et je sais que non.

La réalité est sûrement pire que tout ce que je peux imaginer.

Gale s'est remis à marcher en direction du bois le plus proche, à une centaine de mètres de là où nous nous trouvons, interrompant le flot de mes pensées. Je lui emboîte aussitôt le pas, pour ne pas trahir la promesse faite à Haymitch. Je ne veux surtout pas qu'il m'enferme à nouveau! Chaque bouffée d'air frais a pour moi un parfum de liberté qui n'a pas de prix.

Nous pénétrons dans le sous-bois en silence, reprenant nos vieilles habitudes de chasse. L'air vibre, les feuilles chantent sous le vent glacé de ce printemps encore frileux mais pas un oiseau ne chante. Comme si tous s'étaient tus en nous voyant pénétrer leur repaire.

A moins qu'il n'y ait plus d'oiseaux au District 13…

Au fond, ce silence m'apaise et me soulage. Je ne sais pas trop comment j'aurai réagi à leur chant après avoir enduré la torture des cris des geais bavards dans l'arène-horloge.

Au bout de quelques minutes, nous débusquons un chevreuil. Je l'abats sans hésiter d'une flèche en plein poitrail tout en m'obligeant à me rappeler que je ne fais que chasser un animal pour me nourrir. Qu'il n'y a pas d'autre danger.

Trois écureuils et un faisan plus tard, Gale me fait signe de m'asseoir sur un tronc abattu, recouvert d'une mousse épaisse et douce comme de la soie.

— Pas mal pour une reprise, Catnip ! Tu n'as pas perdu la main ! fait-il observer, réjoui de nos prises.

Il faut dire que le quotidien des repas du Treize est presque aussi pauvre que celui de notre district, un peu de viande ne fera de mal à personne.

— Je n'ai remarqué aucune rivière ni aucun lac, dis-je tout à coup.

— Non, moi non plus. Plutarch m'a expliqué qu'ils ont dû détourner le cours de bon nombre de rivières pour alimenter les habitations souterraines. Je me demande comment font les animaux pour survivre.

— Il doit rester encore quelques résurgences bien cachées ou alors, ils se sont adaptés autrement.

Je ne peux m'empêcher de penser aux arbres de l'arène dont le tronc était rempli d'eau. Peut-être qu'ici aussi la végétation s'est modifiée en conséquence.

Gale regarder sa montre et murmure :

— Il est temps de faire demi-tour. Nous devons bientôt rentrer.

Je lui obéis sagement, essayant de capturer un maximum d'informations sur cet étonnant environnement tandis que nous rebroussons chemin.

Mon plan commence à prendre forme dans mon esprit et, pour le mener à bien, je vais devoir connaître cet endroit comme ma poche. Je sais déjà que mon principal problème sera de trouver de l'eau.

J'inscris ça mentalement sur la liste de toutes les choses à faire avant de pouvoir me lancer à l'assaut du Capitole…

Et cette liste commence à être dangereusement longue alors que le temps que je me suis fixée pour y parvenir est lui terriblement court.