J'ai trouvé une faute affreuse, "couvra" au lieu de "couvrit" dans le chapitre III, et je voulais m'excuser de ne pas l'avoir corrigée. J'espère ne pas en avoir oublié d'autres (aussi énormes)
Sur ce, je vous laisse lire la suite. S'il vous plait, commentez. Je vois qu'il y a quelques visiteurs, j'ai vraiment besoin de vos avis, c'est important pour moi, c'est aussi pour ça que je publie sur le net. Pour répondre à Laura, je n'ai pas donné de nom à sa maladie, c'est pour moi relativement inutile. Désolée si tu attendais que sa maladie porte un nom :)

Enjoy !


V. CHAMBRE DES JUMEAUX.

Tom portait presque Bill. Ses forces l'abandonnaient, et on aurait cru qu'il puisait dans l'énergie de son frère pour continuer à avancer, malgré tout. Arrivés au bas de l'escalier, le guitariste le souleva de terre et le mena jusqu'à leur chambre. Il chuchotait des paroles rassurantes à son oreille, pour le bercer, et Bill, les paupières baissées, enroulait autour de ses doigts une des dreads égarée de son frère. Il ne remarqua même pas que celui-ci l'avait déposé sur le lit, et qu'il défaisait les draps pour lui permettre de s'y glisser. Il entreprit de lui ôter ses vêtements, mais Bill, enivré par l'alcool et la fatigue enroula ses bras autour de son cou pour l'amener jusqu'à lui.

- Tom...
- Oui ?
- Tom, embrasse-moi...

Il s'exécuta, attendri. L'air qui entrait par la fenêtre entrouverte était frais. Il était bien. Lorsqu'il eut fini de déshabiller Bill, il se dévêtit également, jusqu'à être totalement nu, et le rejoignit sous l'épaisse couche de couvertures. Leurs peaux étaient collées, et ils étaient parcourus de frissons, savourant la chaleur de l'autre avec délice.

- C'était une bonne soirée.
- Oui. Tu as vu leur regard, quand tu as promis une nouvelle tournée ?
- Oui. Un vrai feu d'artifice, déclara Bill.
- Magnifique, conclut Tom.
- Serre-moi.

Blotti contre le dos de son frère, il l'entoura de ses bras, du mieux qu'il put, avec la plus grande délicatesse, et promena ses lèvres sur ses épaules et dans sa nuque. Bill riait. La chambre était éclairée par un rien, quelque chose qui venait de dehors, et la quiétude de la nuit les enveloppait, formait une bulle qui semblait les couper du monde extérieur. C'était à cet instant là, précisément, que Tom retrouvait ses forces. Lorsqu'il se retrouvait là, les pieds froids de Bill collés à ses chevilles, le visage enfoui dans son cou, ses doigts mêlés aux siens, perdu dans la nuit, il savait qu'il pouvait ressusciter, et n'avait plus peur de rien. Il y avait le frottement des feuilles les unes contre les autres, le bruit lointain d'un moteur, trop loin pour les déranger, le chuchotement des vies qui les entouraient, et bien sûr, le cœur de Bill qui battait, qui battait encore, qui battait toujours, pourvu qu'il ne s'arrête jamais. Tom avait beau irradier, ce n'était pas dans le jour qu'il puisait son énergie, mais dans tous ces détails, si minuscules soient-ils, qui rendaient la nuit vivante.

- Je t'aime, Tom.

C'était ça, ces mots là, qui le rendaient plus grand.

Il posa une main sur la hanche de Bill, descendit le long de sa cuisse, remonta, touchant du bout des ongles sa peau pâle, puis plaqua sa paume sur son torse, le rapprochant de lui en douceur. Il le sentit frémir. Il savait que, malgré sa fatigue, il avait envie de lui.

- Laisse-moi faire, Bill. Garde tes forces.

Il le vit hocher la tête puis se coucher sur le dos. Il se souleva alors et l'incita à ouvrir les jambes, toujours avec la plus grande précaution. Bill avait besoin de tendresse, il était devenu si fragile que Tom craignait chaque instant qu'il ne se brise entre ses bras. Lorsqu'il entra en lui, le chanteur laissa échapper un soupir. Les muscles de Tom saillaient sous sa peau, mais il bougeait lentement, calqué sur le rythme des battements de cœur de son frère, qui s'abandonnait à lui.

Il lui accordait une confiance totale. Personne, dans ce monde, ne pouvait être plus entièrement dévoué à un être que Bill ne l'était à Tom.

Le jour était levé depuis à peine une heure, et les deux corps, blottis l'un contre l'autre, frémirent en même temps dans leur sommeil. Dans un bruissement, des rayons se frayèrent un chemin entre les branches pour entrer dans la chambre endormie. Ils progressaient silencieusement, rampaient sur le sol comme des traîtres qui se dissimulent et se tapissent derrière les meubles, prêts à bondir. Mais Tom fut plus rapide. En quelques secondes, il quitta le lit, tout à fait éveillé, et ferma en hâte fenêtre et volets, forçant la lumière à se retirer et l'empêchant d'entrer de nouveau. Triomphant, il rejoignit Bill qui dormait à poings fermés, le visage perdu dans l'oreiller.

Tom, en semaine, restait rarement dormir dans cette chambre après le lever du jour. Le plus souvent, il partait avant l'aube, et arpentait la ville tout le matin. Puis il prenait le chemin qui menait au studio, où les deux autres l'attendaient à treize heures pile chaque jour. Il frappait trois coups à la fenêtre donnant sur la rue qui s'ouvrait presque immédiatement, il escaladait le rebord et sautait de l'autre côté, côté parquet usé, puis saisissait d'un geste automatique une guitare qui trônait sur un fauteuil et grattait distraitement ses cordes. Il disait à peine bonjour à Georg et Gustav qui ne s'en rendaient même plus compte. Ils se contentaient de préparer tout le matériel et de faire les tests nécessaires avant de prendre place sur les hauts tabourets disposés dans la salle d'enregistrement. C'était seulement à ce moment là que Tom levait les yeux de son instrument pour leur faire un grand sourire. Puis ils se mettaient au travail. Pendant cinq ou six heures, ils ne s'arrêtaient pas, sauf pour partager quelques paroles avec Andréas qui supervisait tout depuis une pièce isolée, de l'autre côté de la vitre en plexiglas. Lorsque le soleil déclinait, ou lorsque leurs doigts ne voulaient plus bouger, ils se levaient, rangeaient tout, éteignaient les lumières et sortaient dans l'air frais du soir, enfermés dans leurs manteaux et leurs écharpes. Parfois ils partageaient un café, ou un verre de whisky, avant de rentrer chez eux. Chaque fois, Georg insistait pour que Gustav dorme chez lui, et chaque fois Gustav refusait, secouant la tête en murmurant que ce ne serait pas raisonnable. Chaque fois Gustav suivait Georg chez lui, parce qu'après tout, il n'y a rien de meilleur qu'être déraisonnable.

En temps normal, voilà ce que faisait Tom. Mais cette fois-ci, il fit une entorse à la règle, et soupira d'aise en retournant se lover entre les bras de Bill. Celui-ci, réveillé par le mouvement, resserra son étreinte et inspira profondément.

- Tu sens le soleil.
- Il m'a touché, mais c'est moi qui ait remporté la victoire.
- Merci, murmura Bill d'une voix faible. Tu restes ?
- Tes bras en ont décidé ainsi.
- Mes bras sont amoureux de toi.
- Et toi ?
- Devine...

Il remonta ses jambes, calant ses genoux sous les genoux de Tom, courbant son torse pour qu'il s'encastre parfaitement avec son dos, et serra ses mains, liant leurs doigts ensemble. Dans cette position, ils ressemblaient aux enfants qu'ils avaient été au commencement, aux nourrissons nus, purs, et identiques.

Bill ferma les yeux, ne pouvant lutter contre ses paupières trop lourdes, et s'enfonça de nouveau dans le sommeil. La nuit l'avait épuisé. Tom sourit et se laissa aller contre lui. Aujourd'hui, il ne sortirait pas. Les autres se passeraient de lui.

VI. STUDIO

Gustav suivait du regard les voitures qui passaient devant la fenêtre. Il attendait de voir la silhouette de Tom apparaître au bout de la rue, remonter la foule à contre-sens et frapper à la fenêtre. Cependant, il savait qu'aujourd'hui, il ne viendrait pas. C'était dans l'air. Il sentait Georg s'agiter dans son dos, brancher sa basse et l'accorder silencieusement ; c'était sa façon de patienter. Il se tourna vers lui, et lui demanda de le rejoindre. Assis en tailleur sur le dossier du canapé, ils ouvrirent la fenêtre et allumèrent une cigarette.

- Il est resté dormir avec Bill.
- Oui.
- Il faut se dépêcher de finir l'album, il n'a plus beaucoup de temps.

Georg secoua la tête, comme pour écarter cette vérité qui leur collait à la peau. Il détestait la lucidité de Gustav. Il saisit une de ses mains et frotta le bout de ses doigts rugueux contre le sparadrap immaculé que le batteur avait prit l'habitude de mettre sur ses jointures avant de jouer. C'était quelque chose qu'il faisait souvent, et qui voulait dire qu'il se sentait bien, à cet instant précis. Gustav sourit et rapprocha son visage de celui du bassiste.

- Georg...

- Oui ?

- Geo, et si moi je mourrais, qu'est ce que tu deviendrais ?

- Je me taperais Andréas, ça fait des lustres que j'attends ça.

Gustav pinça la main de Georg qui poussa un petit cri de douleur avant d'éclater de rire.

- T'es vraiment con, hein.
- Oui, je sais. Mais c'est toi, tu me poses des questions idiotes. Qu'est ce que je pourrais bien devenir sans toi ?
- Et Tom, qu'est ce qu'il va devenir ? demanda Gustav dans un souffle, comme s'il se parlait à lui-même.
- On fera tout pour qu'il ne parte pas lui aussi.
- Ouais...

- Quelle connerie, mais quelle connerie, bon Dieu.

Georg hochait la tête silencieusement. Il tenait Gustav du mieux qu'il pouvait, il le serrait le plus fort possible, de peur qu'il ne se laisse emporter par la tempête qu'il gardait en lui depuis bien trop longtemps. Seuls sur ce canapé d'un noir brillant et parfait, ils ressemblaient aux naufragés d'un autre monde, avec leurs épaules crispées et leurs visages perdus dans leurs cheveux, avec leurs vêtements encombrant, déjà trop lourds pour leurs pauvres carcasses, et Andréas, qui les observait depuis la régie et qui avait beau connaître toute la force de leur amour, ne parvenait à distinguer que désespoir et abandon autour d'eux, telle une menace semblable à celle qui enserrait son cœur.

C'est pourquoi il sortit et s'approcha du couple, ignora le froid qui s'empara de sa main lorsqu'il la posa sur l'épaule de Gustav, et le secoua doucement. Il vit Georg bouger en rythme : ils étaient parfaitement connectés l'un à l'autre.

- Allons boire quelque chose. Je vous emmène chez moi, il est trop tôt pour vous demander si vous irez chez Georg ce soir.

Ils acquiescèrent. Andréas savait tout résoudre en un clin d'œil. C'était son plus grand talent, hormis son maniement génial du tambourin.

Ils sortirent et montèrent dans la voiture qui les attendait près du trottoir d'en face. Andréas prit le volant, pendant que les musiciens s'installaient à l'arrière. Le trajet se fit silencieusement. Chacun était perdu dans ses pensées, même si finalement, ils avaient exactement le même sujet à l'esprit.