Evasion
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La médicomage reposant sa baguette en adressant un sourire rassurant à sa patiente étendue.
« Ne vous inquiétez pas, Miss Granger, tout se passe très bien ! Ces phénomènes sont tout à fait normaux, vous allez donner naissance à un beau bébé en pleine forme avec des pouvoirs puissants », dit-elle en tapotant gentiment le bras d'Hermione.
Cette dernière pâlit légèrement. « Vous voulez dire que ce sera un sorcier ? Et que tout va continuer à exploser autours de moi au moment où je m'y attends le moins, et que je ne peux rien faire de plus qu'attendre que le bébé naisse ? »
La médicomage secoua négativement la tête. « Non, quand même pas, rassurez-vous. Je vais vous prescrire quelques médicaments qui vont affaiblir les pouvoirs du bébé en attendant qu'ils soient en âge de les contrôler et de rentrer à Poudlard… Mais oui, ce sera un petit sorcier… Ou une petite sorcière, qui sait ? », répondit-elle en se saisissant d'un calepin tandis que l'ancienne Griffondor se rajustait.
Celle-ci s'arrêta dans ses mouvements. Jusqu'à présent, ses visites épisodiques au service de gynécologie de Ste Mangouste avaient été les seuls liens avec le monde des Sorciers. Mais lorsque le bébé naîtrait, elle serait contrainte de renouer avec ce qu'elle considérait d'hors et déjà comme son passé… Une brusque envie de pleurer accompagnée d'un désespoir sans nom l'envahit : où qu'elle aille, il lui semblait que ses fantômes, ses rêves abandonnés et tout ce qu'elle voulait oublier la traquait pour la ramener sur le chemin qu'elle voulait quitter. Elle n'était plus seule maintenant… Il y avait ce petit être encore inconnu blotti au fond d'elle et qui grandissait chaque jour qui faisait encore parti de ce monde et qui l'y ramènerait, qu'elle veuille ou non. Ses genoux tremblaient légèrement tandis qu'elle s'asseyait en face de la médicomage.
« Voilà votre ordonnance », dit-elle en lui tendant un bout de parchemin couvert d'une écriture soignée. « Surtout, Miss Granger, promettez-moi une chose ». Le ton sérieux de sa voix fit lever les yeux à la patiente. « Je veux que vous vous en teniez strictement aux doses maximales que je vous ai prescrites, même si cela ne marche que de manière limitée. Si vous en prenez plus, les conséquences pourraient être dramatiques… »
« Vous voulez dire que cela pourrait tuer mon bébé ? », demanda Hermione avec inquiétude en repoussant l'ordonnance, « Dans ce cas, je préfère m'abstenir ! Je ne veux pas prendre de risques… »
« Non, non, je ne vous donnerai pas une telle chose. Cependant, si vous dépassez les doses maximales, vous risquez de réduire à néant les pouvoirs du bébé, même si ceux-ci sont puissants. Or, nous ne voulons que les contrôler et vous assurer une grossesse paisible. Pas que l'enfant soit un Cracmol, n'est-ce pas ? », répondit la médicomage avec un sourire rassurant en tapotant la main de la jeune fille.
Celle-ci se secoua négativement la tête. « Merlin m'en préserve », murmura-t-elle d'un ton songeur, « Merlin m'en préserve… »
oOo
« Erin, chaton, tu es rentrée ? », appela Hermione en posant les clefs de la voiture sur la table de la cuisine. Le bruit métallique fut toute la réponse de la maison déserte. Elle soupira longuement en regardant autours d'elle. Et si elle profitait de l'absence de sa fille pour lui faire une surprise en tentant de rendre la petite maison de banlieue un peu plus accueillante ? Elle se débarrassa de la blouse qu'elle mettait pour travailler en la posant sur son lit et chercha dans son armoire des pièces de tissus qui pourraient égailler les murs tout en dissimulant le papier réduit en lambeaux par l'humidité. Elle se rappelait avoir acheté plusieurs mètres de cotonnade en vue d'en faire des rideaux vers la fin de sa grossesse, lorsqu'elle était si grosse et si fatiguée qu'elle pouvait à peine bouger. Quelle que soit la joie que lui apportait Erin, les souvenir de la période qui avait précédé sa naissance étaient de ceux qu'elle préférait ranger dans un coin aussi reculé que possible de sa mémoire…
Pour en revenir aux ex futurs rideaux, elle n'avait jamais eu le temps de s'y mettre vraiment, et les immenses pièces de toile rouges et jaunes étaient restées dans leur état brut. Mais elles ne devaient tout de même pas avoir disparu : Hermione ne jetait rien. Sous les cartons renfermant les vêtements d'été, elle les retrouva dans de grands cartons avachis et les déplia sur le lit. Ils étaient froissés, et les plis du rangement étaient profondément marqués, mais l'ancienne Griffondor espérait fortement que plus rien n'y paraîtrait après un bon coup de fer à repasser. Elle les sortis les uns après les autres. Dans le dernier carton, une boîte rectangulaire de taille moyenne, reliée de toile rouge et renforcée aux angles par des rivets de cuivre terni tomba avec le tissu sur le sol.
Le cœur d'Hermione manqua un battement. Pas seulement à cause de la boîte, mais aussi à cause de la vue des couleurs resplendissantes. Le rouge et le jaune semblaient rayonner, éclairant la petite pièce triste et ramenant la jeune femme des années en arrière. Elle n'avait pas vraiment prêté attention au fait que ces couleurs étaient également celles de son ancienne maison. Elle avait apprit à aimer ces couleurs chaudes tout au long de ses années à Poudlard, à en être fière, à les afficher partout où elle le pouvait. Ces souvenirs semblaient être ancrés dans ses choix les plus anodins, alors même qu'elle aurait voulu s'en défaire, les moindres détails ne semblaient être là que pour mieux les lui rappeler et tout ce à quoi elle avait renoncé.
Ses mains tremblantes s'approchèrent de la boîte comme aimantées par elle et s'en saisirent. Elle s'assit sur le lit, la posa sur ses genoux et s'efforça de l'ouvrir, mais l'entreprise s'avéra plus compliquée qu'elle ne l'avait escomptée : le temps et l'humidité semblaient avoir soudé les ferrures, et elle dut lutter avec acharnement pour remporter la victoire. Une odeur de poussière et de pervenche, le parfum qu'elle aimait porter avant la naissance d'Erin, envahit ses narines. Il y avait le journal intime à couverture rouge et or, elle aussi, qu'elle avait tenu avec soin lors de sa dernière année à Poudlard, une plume usée dont le bout de la penne était rongé, un flacon d'encre bleu, et toute une collection de vieilles photographies animées. Elle n'avait jamais pu réussir à se séparer de ces vieilleries, elle s'était contentée de les reléguer dans un coin. Fiévreusement, elle se saisit des photos et les contempla longuement. Les petits personnages lui adressaient de grands sourires radieux en agitant la main dans sa direction.
Il y avait un Noël au Terrier, les cadeaux éventrés déballés sur le sol, qui avait été prise dans la chambre qu'occupait Harry. Ron et elle étaient venus le rejoindre au petit matin, et ils étaient tous les trois assis sur le lit du Survivant en pyjamas avec Ginny qui lorgnait vers ce dernier… Sur la deuxième, le Trio d'Or était assis dans le parc de Poudlard, un jour de grand soleil. Hermione était assise sur une souche d'arbre, un gros in-octavo ouvert sur les genoux, sa baguette servant de marque page, pendant que les deux garçons étaient en train de s'amuser avec un vif d'or qui faisaient des allez et retour au dessus de la tête de la jeune fille sans que celle-ci ne sembla s'en apercevoir. Et puis d'autres encore… Sur le Quai 9 ¾ devant le Poudlard Express, des malles énormes partout autours d'eux ; pendant un cours de Métamorphoses, prise discrètement on ne sait par qui, au Bal de Noël en quatrième année : Hermione rayonnante au bras de Viktor Krum, Harry l'air un peu malade et Ron qui semblait sur le point de provoquer une catastrophe…
Sans qu'elle s'en soit rendue compte, des larmes silencieuses avaient commencé à couler sur les joues d'Hermione. Elle prit précieusement entre ses mains un étui de bois mince, et l'ouvrit. Elle était bien là, reposant sur son coussin de velours mauve. Sa baguette, d'apparence si simple, et pourtant capable de tels miracles. Pour n'importe qui, l'objet n'aurait été qu'un bois de bois lisse et sombre, recouvert d'un vernis qui s'écaillait par endroits. Elle le prit dans sa main, et ce fut comme si rien n'avait changé depuis les jours où les photos avaient été prises. Elle ressentit à nouveau l'énergie courir en elle, comme si son sang coulait de nouveau dans ses veines après avoir été gelé pendant toutes ces années. Au bout de la baguette, une pluie d'étincelles bleues et rouges crépitait joyeusement. Comme un enfant surprit la main dans un pot de confiture, elle la repose et referma précipitamment l'étui de bois. Tout cela était loin, très loin derrière elle, à des millions d'années-lumière de la petite maison de lotissement aux murs décrépis.
oOo
La porte était déjà ouverte lorsque Erin la poussa. L'adolescente laissa tomber son sac à dos dans l'entrée et monta changer son uniforme d'école contre des vêtements plus anodins. Alors que la plupart des établissements avaient renoncé à les imposer à leurs pupilles, Ste Mary persistait à obliger les étudiants à porter cravates et blazers bleu marines impeccable. Ce qui, aux yeux d'Erin, avait l'avantage incomparable de la faire disparaître dans la masse au lieu de la mettre au ban d'une société qui ne jurait que par le dernier jean à la mode et hors de prix… Elle récupéra un jean et un t-shirt roulé en boule sous le lit avant de descendre dans la cuisine.
« Maman, tu es là ? », appela-t-elle en ouvrant les tiroirs à la recherche des céréales, « Tu as ramené du lait ? »
« Erin ? », répondit une voix provenant de la chambre de sa mère, « Tu es rentrée ? Je ne t'ai pas entendue arriver… »
Elle se retourna en l'entendant descendre les marches. Malgré son espèce de petit sourire crispé, ou peut-être à cause de lui, Erin sut immédiatement qu'elle avait pleuré, ainsi qu'en témoignaient ses yeux légèrement rouges et gonflés. L'adolescente se laissa embrasser, hésita à la serrer dans ses bras, et se retint finalement. Sa mère pleurait souvent, elle l'avait toujours fait en cachette, et jamais, jamais au long de toutes ces années, elle n'avait dit à sa fille ce qui lui brisait le cœur à ce point. Et cette façon qu'elle avait de renfermer tout ça au fond d'elle rendait Erin folle : elles étaient deux. Que se passerait-il si elles ne se faisaient pas confiance, si elles ne pouvaient pas tout se dire l'une à l'autre ? Elle avait treize ans maintenant, elle n'était plus une enfant, elle pouvait comprendre ces choses qu'Hermione taisait, ces secrets qui lui gâchaient la vie.
« Il n'y a plus de lait », répéta la jeune fille, « Tu en as ramené ? »
« Non, je ne savais pas… », répondit sa mère. « Je vais en chercher tout de suite. Tu as besoin d'autre chose ? »
L'adolescente secoua négativement la tête. Hermione sourit brièvement, ce qu'Erin appelait un éclair de sourire, et attrapa son manteau accroché dans l'entrée. Ses yeux tombèrent sur le sac de sa fille encore posé dans un coin. « Oh, chaton ? Et tu penseras à ranger tes affaires… la maison est suffisamment petite sans qu'on y laisse traîner tout par terre ! », lança-t-elle avant de sortir.
Erin lança un regard noir à la porte qui venait de se refermer. Et voilà, encore une fois… En quoi son sac de cours était-il gênant ? Il n'était pas au milieu du passage, au contraire, elle l'avait posé avec soin dans l'espace libre sous le portemanteau, espace qui serait sinon resté inutilement libre. La mort dans l'âme, elle monta son sac dans sa chambre. La porte de la chambre de sa mère était entrouverte. Des pièces de tissu rouge et jaunes attirèrent son attention, mais, surtout, sur le couvre-lit froissé était posé une boîte rouge dont la jeune fille ignorait l'existence. Pourtant, la maison était si petite qu'il était difficile d'y cacher quoique ce soit. L'adolescente poussa le battant et demeura sur le pas de la porte pendant quelques secondes, retenue par quelque chose qu'elle aurait été bien en peine de nommer. Mais, poussée par la curiosité, elle finit par le vaincre et pénétra dans la pièce.
La boîte était difficile à ouvrir, mais Erin, le cœur battant fort dans sa poitrine comme si elle était sur le point de découvrir un trésor, se montra plus obstiné que lui. Sa patience fut récompensée au bout de quelques minutes, et les rivets se rendirent dans un crissement de métal. Elle se pencha dessus avec avidité : la boîte renfermait un petit cahier noir, une boîte d'encre, une plume, et toute une série de photographies. Erin les considéra avec suspicion. Qui diable pouvait encore s'amuser à écrire à la plume, avec de l'encre en plus ? Elle prit une liasse de photos entre ses mains, et commença à les regarder. Elle reconnu sa mère, immédiatement, jeune et souriante, à peine plus âgée qu'elle, entourée d'amis qu'elle n'avait jamais vu. Et puis un détail étrange retint son attention. Les photos. Elles bougeaient. Elles étaient animées… Les personnages lui souriaient et agitaient la main dans sa direction. L'adolescente les lâcha sous l'effet de la surprise, puis les reprit de nouveau. Ce pouvait être une sorte très perfectionnée d'holographe comme ce qu'on trouvait dans les paquets de céréales, mais elle n'avait pas besoin de les bouger pour que les petits personnages s'animent. Alors quoi ?
Le bruit de la porte d'entrée qui s'ouvrait et la voix de sa mère qui l'appelait la firent se dresser sur ses jambes.
« Je suis en haut, maman, j'arrive tout de suite ! », dit-elle en réponse, les photographies toujours à la main. Elle les considéra brièvement. Quelque chose lui disait qu'elle n'aurait pas du les voir. Et quelque chose d'autre lui disait que ces photographies bizarres constituaient une des clefs de l'énigme vivante qu'était sa mère. Le cœur battant, elle en glissa quelques unes dans la poche arrière de son jean et sortit de la pièce.
oOo
Draco se redressa sur les coussins et réfléchit en silence. Les autres membres de l'Ordre étaient sortis de la pièce sous la pression des infirmières qui montaient la garde. Il avait un enfant. Du moins en théorie. Quelque part. S'il était encore vivant. S'il était jamais né. S'il le retrouvait. S'il arrivait à l'arracher à Hermione. Si celle-ci était encore vivante. Une vague de colère monta en lui. Il eut envie de tout détruire autours de lui, d'envoyer valser les bouquets de fleur et les cartes de vœux de rétablissements, tous envoyés par des individus pour qui, au fond, sa vie ou sa mort n'importaient absolument pas… Où pouvaient-ils bien être passés ? Il l'avait vu pour la dernière fois près du lac, le jour où elle lui avait dit, pour le bébé. C'est tout. Après cela, Hermione semblait avoir disparu de la surface du monde. A sa connaissance, personne n'avait croisé son chemin depuis. Et si elle était morte, si l'enfant était mort avec elle ? Draco sentit un frisson glacé se frayer un chemin le long de son échine. Non, impossible. Hermione voulait cet enfant. Elle ne se serait pas laissé mourir, et elle aurait encore moins laissé quoique ce soit lui faire du mal.
L'homme avala quelques gorgées d'eau et s'efforça de retrouver dans son esprit les individus qui seraient les plus susceptibles de l'informer sur son enfant. En d'autres temps, il aurait immédiatement cherché du côté de Potter et de Weasley. Ces trois-là avaient été tellement liés qu'il semblait impossible qu'ils ne soient pas resté en contact. Pourtant, il était encore en vie, ce qui paraissait totalement incompatible avec le fait que les deux anciens Griffondors aient apprit le rôle qu'il avait joué dans la disparition de leur amie. S'ils avaient eu le moindre soupçon, Draco n'aurait pas donné cher de sa peau. De plus, ils ne l'avaient pas ramené, ce qu'ils auraient sans doute fait s'ils avaient su où la trouver. Alors qui ? Une sorcière ne pouvait tout de même pas disparaître comme ça, même en temps de guerre. Elle devait forcément…
McGonagall ! C'était elle la directrice de Poudlard depuis que Rogue avait mis fin aux jours de Dumbledore, un peu par sa faute, d'ailleurs… Elle n'aurait pas laissé son élève fétiche disparaître comme ça de la surface de la terre. Elle devait être au courant. De plus, l'enfant devait avoir dans les… douze ans ? Treize ans ? Il devait être à Poudlard à présent, sous un faux nom, peut-être, mais la directrice devait savoir ce qu'il en était en réalité. Sans doute savait-elle également ce qui s'était passé, que Draco était le père. Hermione ne lui aurait probablement pas menti. Oui, elle ne le lui refuserait pas s'il lui disait qu'il voulait reprendre contact avec l'enfant. Il était son père, après tout.
En serrant les dents pour maîtriser la douleur qui continuait d'habiter chaque parcelle de son corps, l'ancien Serpentard tendit le bras pour attraper un rouleau de parchemin et une plume posés sur la table de nuit, et traça brièvement quelques mots demandant à la vieille écossaise de lui accorder quelques minutes d'entretien. Il cacheta sa lettre à l'aide de sa chevalière, et appela son hibou.
Le chapitre 4 très bientôt… Review, please !
