Salut tout le monde ! Voici le troisième chapitre !
Bonne lecture!
Okabe
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Engoncé dans son costume de témoin, Okabe fumait une cigarette à l'entrée de la salle où avait lieu le mariage. Ou plutôt, à l'entrée de la salle où le mariage devait avoir lieu. Parce qu'actuellement, il ne restait plus que vingt minutes avant que la mariée arrive, et le marié était introuvable. Okabe avait lancé Soga et Koike à sa recherche, et ils y mettaient autant de zèle que s'il s'agissait d'une enquête prioritaire : mais Aoki restait introuvable.
- Faites qu'il ne nous fasse pas le coup de se volatiliser au dernier moment, marmonna Okabe entre deux bouffées de nicotine.
Et où pouvait-il bien être, d'abord ? C'était idiot, mais dans l'esprit d'Okabe, il n'y avait qu'une seule réponse possible : s'il n'était pas aux côtés du docteur Miyoshi, il ne pouvait être qu'à un seul autre endroit – avec le directeur Maki. Mais c'était juste impossible… Pas le jour de son mariage.
Quoi que… En y réfléchissant bien, Okabe avait toujours trouvé suspicieux la relation qu'ils entretenaient. Aoki contemplait Maki avec les yeux émerveillés d'un jeune chien devant son maître, et Maki, quand à lui – eh bien, ce n'était un secret pour personne qu'Aoki était son petit préféré. Si Okabe n'avait fait que le quart de ce qu'Aoki avait déjà fait comme conneries, il aurait déjà pris la porte. La fois où Aoki avait décidé de piloter cet hélicoptère sans le dire… La fois où il s'était aventuré tout seul vers l'endroit où était retenu le corps de leur collègue Amachi, et qu'il s'était fait attraper à son tour… La fois où il avait voulu servir d'appât pour attirer le tueur en série qui supprimait un à un les témoins du meurtre de la pharmacienne, Kyôko Satonaka…
Il avait pris tellement de décisions hâtives, il était tombé dans tellement de pièges… Et pourtant, il était encore là, au labo n°9. Le directeur Maki ne l'avait jamais viré. Connaissant le personnage, c'était étrange.
De tous ceux qui bossaient au labo n°9, Okabe était celui qui fréquentait Maki depuis le plus longtemps. Mais ce "longtemps" n'incluait pas les évènements affreux qui avaient eu lieu dans la vie du directeur, la mort de son meilleur ami et de tous ses autres collègues, après qu'ils aient regardé le cerveau de Kainuma ; il était entré à son service juste après, alors que Maki était, comme il le disait lui-même, "un directeur sans subalternes" . Alors qu'il se battait de son mieux avec ses démons, et qu'il n'y réussissait pas toujours.
Okabe n'avait pas une très haute opinion du labo n°9 avant d'y entrer – comme beaucoup de gens, qui jugeaient que c'était une violation de l'éthique, qu'ils espionnaient les cerveaux des morts, qu'ils n'étaient que des voyeurs. Mais il y avait eu cette affaire, pendant laquelle on l'avait muté au labo n°9, et son point de vue avait changé. Les enquêtes IRM étaient utiles. Et Maki – un homme comme lui méritait bien d'avoir des subordonnés.
Il aperçut Soga revenir en courant vers lui et écrasa sa cigarette dans un cendrier de poche, avant de demander :
- Alors ? Tu l'as vu ?
- Introuvable ! s'exclama Soga. J'espère qu'il ne lui est pas arrivé un accident.
Un accident… C'était peu probable, mais pas non plus exclu.
- Merde, grommela Okabe. J'espère qu'il ne s'est pas fourré dans les ennuis. J'ai essayé de l'appeler, mais il ne répond pas…
- C'est moi que vous cherchez, Okabe-san ?
Stupéfait, Okabe tourna la tête vers Aoki, qui se tenait derrière lui, avec un sourire.
- Aoki, espèce d'imbécile ! Où est-ce que tu étais jusqu'à présent ? On se faisait un sang d'encre ! Je te signale que j'ai accepté d'être ton témoin parce que tu m'as supplié, alors si tu fais quoi que ce soit qui gâche la cérémonie, tu me le revaudras !
- Et qu'est-ce que vous voulez que je fasse qui gâche la cérémonie ? s'étonna Aoki.
- Si ton cerveau est aussi prolifique pour ce genre de choses qu'il ne l'est pour prendre des décisions irréfléchies pendant les enquêtes, je me méfie.
- Allons, Okabe-san, ne stressez pas autant ! J'étais juste en train de chercher monsieur Maki.
Et voilà. Il fallait s'y attendre. On ne pouvait pas avoir de conversation avec Aoki sans que le nom, à un moment où à un autre, ne sorte de sa bouche. C'était presque effrayant.
- Tu aurais pu me le dire, grommela Okabe. Je t'aurais répondu tout de suite qu'il ne pouvait pas venir.
Comparé au directeur Maki, Okabe était beaucoup moins observateur. Il fallait dire que le directeur était une exception, aussi ; quoi qu'il en soit, même le type le plus aveugle de la terre n'aurait pu rater la pâleur qui s'étendit sur les joues d'Aoki lorsqu'il entendit la réponse.
- Il… Comment ça, il ne vient pas ? Il m'a dit qu'il viendrait ! Il me l'a dit !
À la pâleur avait succédé la rougeur, et Okabe se demandait pourquoi il prenait ça tellement à cœur. Comme si le directeur était du genre à aller à un mariage, de toute façon !
- Il l'a peut-être dit, mais au moment où on allait partir, une affaire urgente est arrivée. Il nous a dit de venir quand même parce qu'il ne voulait pas trop t'embarrasser, mais il m'a demandé de te transmettre qu'il ne pourrait pas être là, et qu'il était désolé.
D'ailleurs, c'était bien la première fois qu'Okabe entendait Maki dire qu'il était désolé. Ça l'avait un peu surpris, sur le coup. Mais Aoki ne sembla même pas le remarquer. Il était redevenu très pâle, et faisait les cent pas à côté d'Okabe en marmonnant des choses incompréhensibles.
- Ne te fais donc pas tant de souci, Aoki, essaya de l'apaiser Soga. De toute façon, le directeur déteste les fêtes. Je crois qu'il était content d'avoir une excuse pour ne pas venir.
Aoki s'arrêta net, bouche bée, et Okabe fusilla du regard Soga, qui eut enfin l'air de se rendre compte qu'il avait dit une bêtise plus grosse que lui.
- Euh, je… Ce n'est pas ce que je voulais dire…
- Il ne voulait pas venir ? demanda Aoki. Il était content d'avoir une excuse pour refuser?
- Non, je… Je n'en sais après tout, c'est le directeur, il est incompréhensible…
- Mais qu'est-ce que ça veut dire, Soga-san ? s'exclama Aoki.
Il avait l'air presque en colère, et c'était la première fois qu'Okabe le voyait dans un tel état. Décidément, un mariage, ça vous mettait vraiment les gens sous pression.
- Ne t'énerve pas, Aoki… Il aurait fallu être dieu pour parvenir à décrocher Maki-san de son travail.
- Mais je pensais que, pour moi…
- Tu croyais que pour toi, il viendrait ? Tu as beau être son chouchou, Aoki, il ne faut pas demander la lune non plus…
- Mais c'est aussi le mariage du docteur Miyoshi… Pour elle, au moins, il aurait pu…
- Pour elle ? s'étonna Soga. Mais ils se détestent, ces deux-là. À mon avis, c'était plutôt une raison supplémentaire pour qu'il ne vienne pas.
La mâchoire d'Aoki semblait sur le point de se décrocher.
- Comment ça, ils se détestent ? Mais non, ils sont amis… Non ? …
- Amis ? s'exclama Okabe en éclatant de rire. Amis ! Elle est bien bonne, celle-là. Enfin, Aoki, tu sais pourtant que c'est Maki qui a tiré sur Suzuki. Et Suzuki était le fiancé du docteur Miyoshi.
- Mais c'était de la légitime défense…
- Je ne pense pas que ça ait changé quelque chose au fait qu'il lui ait enlevé l'homme qu'elle aimait. Si le directeur tirait sur le docteur Miyoshi, tu lui en voudrais, non ? Ce qui aurait été bizarre, à mes yeux, ça serait qu'elle ne lui en veuille pas.
- Et puis, il faut voir son expression quand ils parlent ensemble, reprit Soga. Le directeur est toujours glacial, mais avec elle encore plus qu'avec les autres.
- Mais ils s'appellent par leurs prénoms, reprit Aoki, qui en balbutiait presque.
- Je pense que c'est parce qu'ils ont pris cette habitude quand Suzuki était encore vivant, mais ça ne veut pas dire qu'ils s'entendent bien. Enfin, Aoki, tu ne te rappelles pas de cette fois où le docteur a voulu analyser le cerveau du cadavre trouvé dans le marécage, sans savoir que c'était le père de son amie, et que tu t'es proposé pour l'aider, et que le directeur s'est mis tellement en colère contre vous deux ?
- Oui, mais… Je croyais que c'était juste parce que quelqu'un contredisait ses paroles…
- Ça m'étonnerait, répondit Soga. Peut-être qu'il y avait de ça, mais à mon avis, si le médecin légiste avait été quelqu'un d'autre, il ne serait pas mis dans une telle colère.
- Si le médecin légiste avait été quelqu'un d'autre, il n'aurait pas insisté au premier refus de Maki-san, fit remarquer Okabe. Il aurait eu trop peur de lui pour s'obstiner.
- Ah bon… Ils se détestent, alors…
En cet instant, Aoki paraissait tellement misérable qu'Okabe aurait presque pu le prendre en pitié. Enfin, c'était de sa faute, en même temps – à quoi il s'attendait, franchement ? Maki à un mariage ! Il n'arrivait même pas à concevoir la chose.
- Laisse tomber, Aoki, reprit-il en lui tapotant l'épaule. Tu lui raconteras ton mariage, et ça suffira. Imagine le supplice que ça aurait été pour lui de se fondre dans une société de gens heureux, sans problèmes, alors qu'il a ce fardeau tellement lourd qui pèse sur ces épaules jour et nuit. Et puis, dis-toi que ce n'est peut-être pas si mal. Il aurait fait peur à tout le monde s'il était venu, avec son regard glacial...
- Ou bien il t'aurait volé la vedette, renchérit Soga. Je pense comme Okabe-san ; il est plus à son aise derrière son bureau à travailler.
Aoki ne semblait pas vraiment convaincu par ces paroles ; il continuait à faire les cent pas à côté d'eux, l'air de réfléchir intensément, et en marmonnant des paroles incompréhensibles. Okabe haussa les épaules, et décida de ne pas interrompre ses réflexions ; après tout, c'était peut-être un choc pour lui de découvrir que sa future femme et son directeur chéri ne pouvaient pas se voir en peinture. Il s'alluma une autre cigarette, dont il n'eut même pas le temps de tirer une bouffée avant que Koike, qu'il avait envoyé à la recherche d'Aoki, ne revienne.
- Ah, Aoki est là ! s'exclama-t-il. Ouf. La mariée arrive. Avec son amie Aoi.
- Parfait ! s'exclama Okabe. Vous n'avez qu'à aller vous installer, avec Soga, je vais voir les derniers détails avec Aoki.
Habitués à recevoir des ordres de la part d'Okabe – celui-ci étant l'inspecteur le plus gradé après le commissaire Maki – les deux hommes ne discutèrent pas et s'éloignèrent rejoindre les autres invités au mariage, tandis qu'Okabe se tournait vers Aoki, qui n'avait pas ouvert la bouche depuis quelques minutes.
- C'est bon, Aoki, t'es prêt ? Pas trop stressé ?
- Okabe-san…
- Oui ? Pas la peine de te faire du souci, tout va bien se passer ! C'est comme quand tu fais une prise de sang, il suffit de fermer les yeux, et un instant après, c'est fini.
- Okabe-san, je suis désolé ! Dites aux invités que le mariage aura une petite demi-heure de retard, il faut que j'y aille !
- … QUOI? Que tu ailles où ? AOKI !
Sous ses yeux écarquillés, Aoki s'était déjà mis à courir, et Okabe devina plus qu'il ne l'entendit crier :
- Je vais voir monsieur Maki !
- Maintenant? Mais le mariage va commencer ! Reviens, Aoki ! T'es complètement malade ! Aoki !
En moins de temps qu'il n'en fallait pour le dire, le brun avait disparu dans la rue, et Okabe jeta d'un geste furieux sa cigarette à peine entamée, qu'il écrasa sous son pied.
- Merde ! Quel égoïste, celui-là ! Et qu'est-ce que je vais bien pouvoir leur dire, moi…? Aoki, espèce de crétin!
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