CHAPITRE 3
Sharon monta à tous hasard sur le toit. Éric était là, assis sur le rebord du mur, les pieds dans le vide.
Sharon affolée : ne bouge surtout pas Éric !
Éric sursauta : Sharon ? Qu'est-ce que tu fais là ?
Sharon : ça fait des heures que l'on te cherche partout en bas.
Éric haussa simplement les épaules. Sharon s'approcha doucement d'Éric et lui tendit la main afin de le faire reculer du rebord. Éric avait les yeux remplis de larme.
Sharon : raconte-moi la raison de ton chagrin.
Éric essuya ses larmes rapidement : je… je ne pleure pas Sharon.
Sharon sourit : oh bien sûr ! Tu as une grosse poussière dans l'œil. Allez ! Parle-moi, on n'est juste tous les deux.
Éric baissa simplement les yeux au sol.
Sharon : bon très bien, c'est moi qui commence. Pourquoi tu es allée dans le couloir interdit au enfant ?
Éric leva rapidement la tête, un regard surprit sur son visage.
Sharon : et oui, j'ai des yeux partout tu sais. Alors ?
Éric : je… je voulais des réponses à mes questions. Mes parents se fâchent quand je leurs demande.
Sharon : ce n'est pas une raison pour désobéir. Il faut que tu comprennes qu'il y a des choses difficiles à regarder, même pour un enfant de 14ans. Même pour moi également et pourtant, j'ai 20 ans de service.
Éric : je n'y retournerai plus, je te le promets Sharon.
Sharon : bien. Maintenant, dit moi ce que tu as vu.
Éric : mon père faisait un exercice sur deux barres parallèles. Il était épuisé mais il voulait continuer. Le médecin lui a ordonné de s'assoir, ma mère aussi. Mon père a refusé et quelques secondes plus tard, il est tombé à terre. Ma mère s'est approchée pour l'aider à se relever. Il lui a hurlé dessus, et il l'a poussé violement. Pourquoi ?
Sharon : c'est ce qui arrive quand tu ressens de la frustration.
Éric secoua la tête : non ! pourquoi personnes ne se parlent ?
Sharon : tu sais Éric, le silence fait malheureusement partit du processus de guérison. Les patients se murent souvent dans le silence, pour protéger ceux qu'ils aiment. Ton père a l'air d'être un homme protecteur avec vous. Ses réactions sont compréhensives.
Éric : que suis-je censé faire Sharon ?
Sharon : où veut-tu en venir Éric ?
Éric : j'aimerai que tout redevienne comme avant.
Sharon : bientôt, tous cela sera un lointain souvenir pour vous trois. Fait moi confiance.
Éric : merci Sharon.
Sharon : tu veux que je parle à tes parents ?
Éric hocha timidement la tête.
Sharon : je leurs dirai seulement que tu veux des réponses à certaines questions. Le reste restera entre nous deux.
Éric : ok.
Sharon ramena Éric dans la chambre de John Taylor. Mary était là également. Éric vit le regard noir de sa mère. Il se cacha instantanément derrière Sharon. Ce n'était pas suffisant pour échapper à la gifle de Mary. Tout le monde resta sous le choc quelques secondes.
Mary : tu crois qu'on n'a pas assez de problème comme ça ?! Tu crois que tout le monde n'a que ça à faire de te chercher partout ?
John : Mary chérie, s'il te plait ne passe pas tes nerfs sur Éric.
Mary : tu as du culot ! (Mary ouvrit la porte de la chambre)
John : où vas-tu chérie ?
Mary : prendre l'air !
Éric honteux : je suis désolé papa.
John : où étais tu ?
Éric les yeux fixa le sol : sur le toit.
John choqué et inquiet : mais…. Bon dieu, que faisais-tu sur le toit ?
Sharon fit signe à Éric de sortir.
Sharon : votre fils a assisté à une scène qu'il n'aurait pas dû voir. Il vous a vu dans un accès de colère contre votre femme. Il était bouleversé.
John : je… Pourquoi il a désobéi ? Éric a toujours été un garçon respectueux.
Sharon : il voulait des réponses à ses questions car il semblerait que ses parents ne lui parlent plus beaucoup. Attention, je ne vous juge pas, beaucoup de parents commettent la même erreur. Mon travail consiste a renoué le dialogue entre vous.
John : vous n'avez rien compris Sharon. J'étais contre. Je sais qu'il est malheureux et cela me rend dingue de savoir que c'est de ma faute si mon fils est entrain de louper l'année la plus important de sa scolarité. Il vient à peine d'intégrer le lycée vous savez.
Sharon : je comprends Mr Taylor mais vous n'êtes en rien responsable. Vous avez été victime d'un AVC. Vous auriez pu y restait. Éric aurait grandi sans son père.
John : je me demande si je n'aurai pas préféré.
Sharon : ne dites pas de bêtise Mr Taylor.
John : vous savez Sharon, nous étions une famille soudée et j'ai peur de l'avoir définitivement perdu. Ma femme tombe peu à peu dans une dépression, je la sens fragile et à bout de force. J'essaye de la convaincre de rentrer à la maison avec notre fils. Éric ne se plait pas ici, je ne suis pas aveugle.
Sharon : ce n'est jamais simple pour nos jeunes pensionnaires, même de l'âge d'Éric. Mais rien n'est simplement pour les adultes non plus.
John curieux : est-ce qu'Éric vous parle ?
Sharon : bien sûr. Éric est un garçon tellement intelligent et passionné. Il m'étonne toujours lorsqu'on discute de géographie. Il connait tellement de chose.
John : non, je veux dire, est ce qu'il se confie à vous. Est-ce qu'il vous parle de ses émotions ?
Sharon : parfois mais je lui ai promis que ça resterai entre nous deux.
John : vous a-t-il montré ses croquis ?
Sharon : il m'a montré les croquis qu'il a fait de ses quartiers préférés de Houston.
John tendit un petit carnet à Sharon.
Sharon regarda les petits croquis avec attention : ses croquis sont plus sombres mais toujours aussi bien exécuter. Où voulez-vous en venir ?
John : Éric a développé une légère forme de mutisme vers l'âge de 2 ou 3 ans. Nous avons consulté un psychologue, qui nous a conseillé cette méthode, pour apprendre à Éric à communiquer ses émotions. Sa maladie c'est beaucoup amélioré depuis. Aujourd'hui, le dessin est plus devenu une passion pour lui, qu'un moyen de communication. Mais, je sais d'Éric utilise encore le dessin pour nous transmettre ce qu'il ne sait pas dire, ou ne veut pas dire. Ses dessins signifient beaucoup plus que vous ne pouvez l'imaginer.
Sharon : en n'avez-vous parlez à votre femme ?
John : Mary ne veut rien n'entendre à ce sujet. Elle n'a jamais accepté la différence d'Éric.
Sharon : je garderai un œil sur lui. Éric à l'air de me faire confiance. Et si Éric est d'accord, je peux le prendre quelques jours chez moi afin qu'il sorte de cette atmosphère médicale. Qu'en pensez-vous ?
John : ça me parait une bonne idée. Merci Sharon.
Sharon alla chercher Éric dans le couloir.
John : il parait que tu te poses des questions ? Je t'écoute mon fils.
Éric : comment avance ta rééducation ?
John : je commence à ressentir des sensations dans mes jambes et j'arrive à me maintenir debout quelques secondes. Tout à l'heure, je voulais essayer de faire quelques pas malgré les recommandations de mon kiné. Je suis tombé et je me suis mis en colère contre tout le monde. Y compris avec ta mère.
Éric : pourquoi toi et maman ne vous parlez plus ? Pourquoi je suis mise à l'écart ?
John : je suppose qu'on n'est chacun dans nos pensées. On repense au choses qu'on aurait pu faire pour éviter la situation actuelle. Je ressens de la tristesse, et de la frustration car les choses ne se déroule pas aussi vite que je le voudrais. Et je suis désolé, nous t'avons mise à l'écart sans nous rendre compte, réellement.
Éric : tu fais ce que tu peux, j'en suis sûr.
John : je suis en colère parce que, je sais que tu es malheureux ici. Tu devrais suivre tes cours dans un vrai cadre scolaire, et profiter de ta jeunesse, jouer au football, t'épanouir dans ta passion pour les arts. Au lieu de ça, tu es coincé ici, à cause de moi.
Éric : Chucky m'a dit que l'équipe avait un nouveau quaterback. Mes espoirs d'intégrer l'équipe première est réduite à zéro. Et puis, je passe beaucoup de temps à la bibliothèque, il y a des livres intéressants sur le monde qui nous entoure. J'aime suivre mes cours de cette manière. Et puis, Sharon m'aide beaucoup. Je suis bien encadré ici. Ne t'inquiète pas pour moi papa. Fait ce que tu as à faire pour guérir. Et n'oublie pas ce que tu m'as toujours dit, un Taylor n'abandonne jamais.
John : tu es un bon garçon Éric. Sharon m'a dit qu'elle serait d'accord pour que tu habites avec elle quelques jours, pour sortir de cette atmosphère médicale. Et je suis d'accord.
Éric : je veux rester avec toi.
John : tu resteras avec moi autant que tu le veux, sauf pendant mes séances bien sûr. Mais ça me ferai vraiment plaisir de te savoir, au moins quelques heures par semaine, en dehors du centre. C'est important pour moi.
Sharon : ton père a raison, et il se trouve qu'en ce moment, à Austin, il y a une exposition de photo paysagiste. Tu pourrais peut-être t'en inspirer pour tes futurs croquis ?
John acquiesça d'un hochement de tête.
Éric : très bien papa. Si ça te fait plaisir. Mais pas sûr que maman soit d'accord.
John : je m'occuperai de ta mère personnellement.
Éric : tu crois qu'elle va revenir ? Je l'ai déçu tu crois ?
John : laissons-lui le temps de se ressaisir. Tu ne l'as pas déçu, elle a simplement eu très peur pour toi.
Éric : je ne recommencerai plus.
John : n'oublie jamais que nous t'aimons mon fils. D'accord ?
Éric : oui papa.
Les mois passèrent, John reprenait des forces de jours en jours. Il était maintenant capable de marcher, avec des béquilles, de courtes distances. Éric emmenait son père tous les jours, faire le tour du parc extérieur. Éric était le meilleur soutien que l'on puisse espérer. En l'espace de trois mois, Éric avait grandi en maturité, il était plus proche de son père, à l'écoute des moindres inquiétudes. Il aidait également son père à se surpasser, en allongeant toujours le temps de promenade. John retrouvait le sourire grâce à son fils. Et Éric se sentait mieux depuis qu'il avait le droit de sortir en ville, avec Sharon. Son père avait raison, ça faisait du bien de voir autres choses que des patients souffrant, du matin au soir. Sharon et lui était devenu très complice.
Mary Taylor était bouffée par la jalousie. Elle n'arrivait pas à accepter que son fils de 14 ans puisse être meilleur qu'elle, dans son rôle d'épouse. Elle était jalouse de Sharon. Elle avait l'impression qu'elle lui volait son fils. John la prenait pour une dingue, quand elle lui en parlait. Et puis, John éprouvait toujours de la colère envers elle. John la rendait responsable de la présence de leur fils dans ce centre. Il était convaincu que, même si Éric faisait des efforts pour le cacher, qu'il n'était pas à sa place, dans ce centre, avec eux.
Pour ne rien arranger les choses, Éric était aussi en colère contre sa mère. Pour lui, Mary se comportait comme une égoïste, elle passait son propre mal être avant celui de son père. Éric avait un sourire de façade pour que son père pense qu'il se sentait mieux dans son environnement mais ce n'était toujours pas le cas. Le meilleur moment pour lui, c'était ses sorties en ville. Dès qu'il passait les portes du centre dans le sens inverse, le visage de son père, tordu de doutes et de souffrance, le visage de sa mère, vide et sans émotions, le replongeait dans une certaine mélancolie.
Le dialogue était froid entre la mère et le fils, mais aussi entre le mari et la femme.
Sharon avait essayé de nouer le dialogue avec Mary, mais sans résultat. Ou plutôt si, Mary l'avait très mal pris. Mary avait pris rendez-vous avec le directeur du centre pour lui dire que Sharon se mêlait trop de la vie privée des gens. Le directeur convoqua Sharon pour obtenir des explications. Sharon aurait été suspendu si John Taylor n'était pas intervenu en sa faveur. L'incident divisa encore plus Mary des deux hommes Taylor.
John prit rapidement la décision de quitter le centre de rééducation, après cinq mois d'immersion et de finir ses séances restantes avec un kiné à domicile. En espérant que ce retour à la maison fasse oublier cette triste parenthèse de leurs vies, et que la famille retrouve leurs complicités d'antan.
