Chapitre 2

« Sa rencontre avec l'Elfe de la nuit avait permis à Cirse d'entrevoir un avenir pour elle. Devenir druide été devenu son rêve. Cependant, les siens n'apprécièrent pas cette idée saugrenue. Ils ne purent s'en inquiéter car divers événements vinrent troubler le calme du village. D'étranges créatures appelées Orcs menées par Thrall, futur chef de la Horde, s'installèrent au nord du marécage dans un désert aride qui deviendra Durotar où sera fondée Ogrimmar. Dans les royaumes de l'Est, un mal rongea les royaumes humains appelé le Fléau. »

« Ce fut aussi à cette période que le jeune prince Arthas Menethil allait à l'encontre de son destin en décidant d'épurer la ville de Stratholme. Ce fut son premier pas qui allait le conduire à devenir le Roi-Liche. Ce fut en cette même période que les elfes de sang naquirent après la mort de nombreux d'entre eux et que Dame Sylvanas Coursevent devint une banshee. Dame Jaina Portevaillant rassembla une partie de son peuple et les mena en Kalimdor pour y fonder Theramore. »

« Ce fut aussi l'avènement de la venue d'Archimonde dans notre monde qui attaqua en premier la cité des mages : Dalaran. Puis Archimonde s'en prit à l'Arbre-Monde situé au Mont Hyjal. Il fallut l'alliance des Elfes de la nuit, des Orcs et des Humains pour parvenir à repousser le démon dans son monde d'origine. On appela cette bataille la Troisième Guerre, mais elle ne fut pas sans conséquences : Les Elfes de la nuit perdirent leur immortalité. »

« Durant ces terribles événements, le village où vivait Cirse ne fut pas concerné, préférant se tenir loin de tout ceci. Néanmoins, ils durent s'allier avec Dame Jaina Portvaillant lors de la construction de Theramore car ils connaissaient très bien les marécages. Puis vint l'avènement du Roi-Liche lorsque Arthas fusionna son âme avec l'Orc Ner'zhul. Durant cette ascension, il eut beaucoup de pertes mais aussi l'émergence de nouveaux peuples comme les Réprouvés et les Elfes de sang. Commença alors le début des liens qui allaient faire naitre les deux grandes factions de ce monde : l'Alliance et la Horde...Mais ceci ne concernait pas encore notre jeune Cirse, ignorante encore à cette époque de tous ces évènements... »

Deux ans s'étaient écoulés depuis que Cirse avait croisé la route du druide elfe. Pendant ce temps, elle avait mis à contribution les paroles de ce dernier. Durant ses temps libres ou même la nuit, elle se rendait près de son arbre-cachette afin d'écouter et de voir la nature avec son cœur. Cela lui permettait de s'éloigner de sa famille car contrairement aux paroles de l'elfe, ses parents ne cessèrent de la rabrouer. Les gens du village commencèrent même à rapporter des ragots ou à se moquer d'elle. Néanmoins Cirse tenait bon, ne cessant de répéter qu'elle deviendrait Druide.

Un soir, Cirse sortait de chez elle pour se rendre dans le marécage. Depuis peu, il lui semblait entendre des murmures dans les bruits de la nature. Ce n'étaient pas des mots compréhensibles mais cela ressemblait à la voix de l'Elfe de la nuit qu'elle avait rencontré deux ans plus tôt. Au fond de son cœur, elle savait que ses efforts commençaient à la récompenser. Elle était sur la bonne voie pour être druide. Heureuse d'avoir pu à nouveau entendre les murmures, elle reprit la route pour rentrer chez elle. Sans bruit, elle se faufila par l'une des fenêtres de la maison. Mais une fois l'intérieur, une lumière éblouissait les ténèbres nocturnes. Cirse se figea d'un coup alors que la voix bourrue de son père s'éleva.

« Que faisais-tu dehors à cette heure-ci ? ! »

Doucement, la fillette se retourna vers l'homme. Sa mère se tenait en retrait dont son visage affichait une grande déception. Son père, impatient, s'avança vers elle en haussant le ton.

« Répond ! Que faisais-tu dehors ?

- Chéri, commença sa compagne. Moins fort, les voisins...

- Je m'en fous ! Depuis que tu as engendré cette bâtarde, je suis la risée du village ! »

La femme ne répondit rien, se contentant de baisser la tête. Cirse eu un pincement au cœur aux paroles de son père. Il ne cessait de lui rappeler sa "tare". Elle garda la tête haute, fixant son paternel... Ce qui ne fut pas au goût de ce dernier.

« Baisse la tête quand je te parle et réponds ! Tu es encore allé parler aux arbres ?

- Oui... Et contrairement à vous, eux me comprennent.

- Pardon ? ! »

D'habitude, Cirse n'avait jamais répondu à son père. Mais là, elle en avait assez. C'était trop ! Plongeant dans les yeux noirs de l'homme, elle répliqua.

« Vous ne m'avez jamais comprise, toujours à me rappeler que je ne suis qu'une bâtarde. Mais je vous prouverai que je peux devenir druide et je le se... »

Une violente gifle interrompit Cirse, la faisant chuter au sol. Elle se redressa, sa joue commençant à enfler. Son père était hors de lui. Sa mère venait de détourner la tête, ne voulant pas assister à ça... Ni voulant intervenir. Le paternel laissa éclater sa colère, hurlant encore plus.

« La ferme, bâtarde ! Tu n'as pas me répondre ainsi ! Surtout pour dire des... Des bêtises pareilles ! C'est à moi de décider de ton avenir et tu finiras putain, c'est la place d'une bâtarde ! »

Cirse écarquilla les yeux. Son père ne voulait donc pas la marier ou qu'elle devienne fermière comme eux : Il l'a destinait à la prostitution. Lorsque Cirse comprit cela, elle ne pouvait pas l'accepter. Elle se releva, faisant face à son père, ses yeux vers lui, le défiant pour la première fois.

« Jamais... JAMAIS ! Je serai Druide et je vous le prouverai ! ! ! »

Cirse se précipita vers la porte et sorti de la maison. Elle courut, entendant son père hurler derrière elle. Elle ne prêta pas attention ni aux quelques villageois qui avaient été réveillés par le brouhaha, ni aux cris de son père et de sa mère. Elle devait partir loin, loin d'ici...

Elle ne savait pas depuis combien de temps elle avait couru. Lorsque Cirse arrêta enfin sa course effrénée, elle remarqua qu'elle avait quitté la région du marécage d'Âprefrange. Les marais et les arbres avaient laissé place à la poussière et un sol sec. Elle venait d'arriver aux Tarides. La nuit était bien avancée et le jour ne tardait pas à se lever. La fatigue commença à la gagner. Sa main posée sur sa joue enflée, elle chercha un endroit où elle pourrait se reposer.

Elle distingua dans les ténèbres de la nuit des arbres dont l'un où elle pourrait grimper. Elle connaissait un peu la faune des Tarides et il valait mieux dormir en hauteur, même si certains félins étaient capables de grimper aux arbres. Elle choisit l'un des arbres dont les branches permettaient de s'installer. D'un mouvement agile, elle se hissa à l'endroit souhaité et se cala contre l'arbre. Posant sa tête contre le tronc, les paroles de son père lui revinrent comme un poignard plongé dans le cœur...

Comment peut-il me faire ça ?...Me vendre à des inconnus...

Le dégoût s'afficha sur son visage tandis que son corps frissonna de terreur, juste en pensant ce qu'elle aurait subi. Il était hors de question qu'elle y retourne. Elle savait ses parents ne la chercheraient pas. Ses yeux se fermèrent tandis qu'une pensée lui vint, un mot désignant sa prochaine destination : Hyjal.

Les rayons du soleil tirèrent Cirse de son sommeil. Se frottant les yeux, elle se redressa doucement, retenant un cri de douleur. Son corps lui faisait mal, ayant des courbatures à cause de sa position inconfortable sur la branche. Sa joue était encore enflée mais qu'importe. Il fallait qu'elle trouve à manger et à boire.

« Et bien, en voilà un jolie oiseau. »

Cirse manqua de tomber des branchages lorsque la voix s'éleva. Elle se retint tant qu'elle put et regarda autour d'elle pour voir qui venait de parler. Un peu plus loin sur un sentier se trouva une vieille charrette tirée par un Kodo et conduit par un individu de petite taille, à la peau vert clair. Ces cheveux d'un vert menthe à l'eau étaient coiffés au-dessus de sa tête en une queue de cheval, mettant en valeur ses grandes oreilles. Il fumait une petite pipe de bois et ses yeux d'un rouge orangé fixaient Cirse d'un air amusé. Inquiète, la fille resta sur ses gardes. Elle avait deviné que le bonhomme était un Gobelin, probablement un marchand de Cabestan.

« Ce n'est pas prudent pour un oisillon comme toi de se promener seule au milieu des Tarides, lança l'inconnu.

- Je ne suis pas un oisillon, répliqua sèchement Cirse. Et je me promène pas, je suis en voyage !

- En voyage ?...Sans arme ni sac ? »

Cirse fit la moue, mais le Gobelin avait marqué un point. Elle n'avait rien emmené avec elle et savait que son voyage jusqu'à Hyjal ne serait pas facile. Le Gobelin se leva et commença à fouiller à l'arrière de sa charrette. Il en sortit une gourde et un petit sac.

« Tiens c'est pour toi. Grimpe. »

Cirse afficha un regard suspect. Le Gobelin soupira fortement, tirant sur sa pipe.

« Écoute, les félins vont être de sortie et tu ne voudrais pas être leur diner. Et cela m'embêterai qu'il mange une adorable petite fille comme toi. Si tu veux bien me raconter ton histoire et pourquoi es-tu en voyage, je prends la direction que tu souhaites. »

Cirse fut très surprise. Elle connaissait les Gobelins pour leur appétit du gain, néanmoins celui-ci semblait sympathique. Elle hocha de la tête, puis elle grimpa dans la charrette, prenant place à côté du Gobelin. Elle prit la gourde et le petit sac.

« Merci...Je me rend au Nord.

- Au Nord ? C'est vague.

- Ma route va au-delà des Tarides, alors emmenez-moi le plus loin possible vers le Nord.

- Humm...Bon d'accord. Je m'appelle Xyran et toi ?

- Cirse... »

« Ce fut ma première rencontre avec elle. Elle était adorable quand elle était toute petite et même quand elle a grandi. Nous avons vite sympathisé et elle me raconta son histoire. Son souhait de devenir Druide ne vint que plus tard dans la conversation...Je m'en souviens bien...»

Le soleil atteignit le sommet des cieux, annonçant l'heure du midi. Xyran conduisant la charrette avait fait halte près d'une petite source afin que le Kodo se repose. Cirse se débarbouilla près de la source, l'air pensif. Le Gobelin s'assit à côté d'elle, ayant amené de quoi manger.

« Tu n'as pas eu une vie facile, commença Xyran. Je comprends pourquoi tu es partie. Mais ne vas-tu pas le regretter ?

- Ah ça non ! Jamais ! Répliqua sèchement Cirse. Et puis, personne dans le village ne m'apprécie...Je ne suis qu'une bâtarde pour tous...Une folle.

- Ce n'est pas commun les cheveux que tu as, mais moi j'aime bien. Et puis regarde-moi ! C'est facile de porter des cheveux verts ?! »

Cirse allait dire quelque chose, puis elle se ravisa. Elle ria lorsque Xyran lui fit une grimace. Le Gobelin fut heureux de voir que ces mimiques avaient de l'effet sur la petite fille.

« Tu sais, la vie est parfois courte, alors pour en profiter, il faut rire, reprit Xyran. Même si c'est dur, le rire est la meilleure des potions ! Au faite, pourquoi tu pars en voyage si loin ? Tu pourrais aller ailleurs. Tiens, je suis sûr qu'à Cabestan, tu trouverais du travail. Je peux même t'embaucher et je te promets que tu travailleras pour moi en tant que marchande.

-...C'est vraiment gentil. Et je me sais que vous êtes quelqu'un de bien...Mais j'ai choisis ma voie...Et je la trouverai à Hyjal.

- Hyjal ? Mais que vas-tu faire là-bas ?

-...Devenir Druide. »

Xyran écarquilla les yeux, abasourdit par ce qu'il venait entendre. Puis il s'esclaffa, presque à s'en étouffer. Cirse se doutait qu'il allait se moquer d'elle, elle détourna le regard, retenant ses larmes. Soudain, elle sentit la main du Gobelin sur sa tête.

« Excuse-moi, je ne voulais pas me moquer de toi...C'est que j'avoue que je suis surprit de ton choix. C'est la première fois, je crois, que j'entends un humain souhaiter devenir un Druide alors qu'il y a, qu'à ma connaissance, les elfes de la nuit capable de suivre une telle voie.

- Je sais, fit Cirse en ravalant ses larmes. Mais c'est mon vœu le plus chère.

-...Ton cœur le désir très fort ? »

Cirse hocha de la tête, puis elle remarqua le visage de Xyran qui affichait un air doux.

« J'ai un dicton et ça été ma devise quand je suis devenu marchand : Rien n'est impossible tant qu'on y croit. Si tu y crois très fort, alors je sais que tu le seras. Tu deviendras Druide. »

Cirse écarquilla les yeux de surprise. Le Gobelin était le premier qui pensait sincèrement qu'elle pourrait y arriver. Ses larmes coulèrent le long de ses joues, cependant un doux sourire se dessina sur ses lèvres.

« Vraiment ?

- Si c'est ce que tu veux vraiment. Et puis, je serais honoré d'avoir rencontré la première Druide humaine de l'histoire. »

Xyran éclata de rire, Cirse l'imita plus timidement. Elle fut soulagée que quelqu'un croire en elle. Le Gobelin toussota, à force de rire, puis reprit un air plus sérieux.

« Cependant ma petite, la route risque d'être périlleuse et puis...Je ne suis pas sûr qu'aller à Hyjal soit la meilleur solution.

- Pourquoi donc ? C'est pourtant là-bas qu'est allé l'elfe que j'ai rencontré.

-...Sais-tu ce qui s'est passé au Nord ? Et sais-tu ce qui se passe actuellement ? »

Cirse secoua doucement la tête en signe de négation. Xyran soupira, puis il prit sa pipe, se préparant à l'allumer ainsi qu'à conter les dernières évènements qu'Azeroth venait de connaître. Sa longue explication ne s'acheva que beaucoup plus tard. Ils avaient repris la route en direction du Nord. Cirse avait le regard soucieux après l'avoir écouté, mais elle restait toujours déterminée.

« Donc... Hyjal n'est plus du tout sûr. Quant aux Elfes de la nuit, ils se seraient établis ailleurs ?

- Oui, répondit Xyran. Plus au Nord-Ouest d'après les dires. Mais j'ignore si on peut les rencontrer. Peut-être qu'en allant à Sombrivage, tu auras de la chance...Mais pour ça, tu as un sacrée chemin avant d'y arriver. »

Cirse se doutait bien que la route serait longue, mais elle ne désespérait pas. Elle était prête à tout pour y arriver. Le Gobelin posa une main sur la tête de la fillette.

« Rien ne t'arrêtera, pas vrai ? Mais tu es bien jeune quand même et cela ne sera pas simple. Mais étant petite, tu pourras peut-être te faufiler entre les ennemis ou les prédateurs. Il faudra courir vite.

- Ça je sais faire, lança Cirse. Et aussi grimper aux arbres. »

La charrette commença à ralentir, arrivant à une bifurcation. Xyran farfouilla dans la chariote et tendit un sac à dos à Cirse.

« Euh...Balbutia cette dernière. Je vous remercie de m'avoir emmené et tout...Mais je ne peux pas accepter ceci.

- Oh que si tu vas l'accepter, gronda le Gobelin. Écoute, croire en ce qui est le plus fort en nous est important mais il faut les moyens aussi pour réussir et c'est ce que je t'offre. Tu pourras dire comme ça, quand tu seras Druide, qu'un Gobelin t'a aidé. »

Cirse remercia d'un hochement de tête et prit le sac. Elle descendit du chariot, regardant la direction qu'elle allait devoir prendre.

« Hey, petite. Interpella Xyran. J'espère que nos routes se recroiseront et que ce jour-là, tu aurais réalisé ton souhait.

- Je l'espère aussi, répondit Cirse. Merci pour tout, Xyran.

- Mais de rien...Et appelle moi Oncle Xy, quand on se recroisera. Soit prudente, surtout avec les Centaures. »

La charrette se remit à avancer, Cirse fit signe à Xyran qui le lui rendit avant de disparaitre à l'horizon. Bien que seule à présent, les paroles du Gobelin avait donné du courage à Cirse et elle était prête à tout affronter. Elle regarda son sentier qui devait la mener plus au Nord des Tarides. Réajustant son sac sur son dos, elle commença sa longue route...