Hello :) Bah voilà le nouveau chapitre héhé ! J'ai été plutôt inspirée pour le coup, c'est peut-être un peu moins drôle que le reste mais bon... fallait bien que je parle un peu de Deirdre et de ses relations avec les gens :p

Un grand Merci à ceux qui me laissent des reviews et à tous ceux qui lisent !


CHAPITRE 3

Voilà, ça faisait maintenant deux semaines que le cauchemar avait commencé et malgré mes prières à Merlin, il continuait de me torturer en me faisant partager un cours de potions avec Black. Pourquoi est-ce qu'il avait gardé cette matière ? Il ne savait pas que cette classe était infestée de serpentards ? Et ses trois potes étaient tous là aussi, même le petit gros qui faisait exploser tous les ans son quota de chaudrons malgré les supplications de Slughorn pour qu'il abandonne cette matière. Au moins, ça mettait un peu d'ambiance et puis ça permettait d'enlever quelques points de plus aux gryffondors ce qui était une bonne chose.

Je me fichais de la coupe des maisons, ça ne faisait pas partie de mes priorités, mais si je pouvais éviter que les rouges et or la gagnent alors je ne me gênais pas. Étrangement, ce n'était plus arrivé depuis que ces quatre idiots étaient entrés à Poudlard et faisaient perdre tous les points durement gagnés par leurs congénères à grand renfort de blagues puériles en tous genres. Je pense que si un serpentard avait eu la mauvaise idée de faire ça, mes « camarades » auraient vite fait de le remettre dans le droit chemin et de lui faire passer ses envies de farces.

J'avais toujours trouvé cette petite guéguerre entre maisons un tantinet stupide et Dumbledore me faisait bien rire avec ses paroles de pseudo grand sage. S'il voulait vraiment que nous devenions soudainement solidaires et renforcer les liens, il aurait plutôt dû faire comme les moldus et nous diviser en classes au pif au lieu d'utiliser ce vieux choixpeau moisi ! Ainsi les élèves seraient vraiment obligés de côtoyer des gens différents de leurs habitudes, Anna aurait plein d'amis et ne serait pas ce petit souffre-douleur que tout le monde semblait aimer torturer impunément. Rogue aurait peut-être été moins taciturne quand on savait ce que mes congénères lui avaient fait subir durant ses premières années. Pour moi rien n'aurait changé, j'aurais toujours été cette fille solitaire tout simplement car c'est dans ma nature. Ça faisait partie de mon éducation de savoir que les amis, ça n'existait pas vraiment. Que c'était une image créée par les hommes depuis la nuit des temps pour ne pas se retrouver seuls, voilà tout. Un ami ce n'était pas éternel, il y avait constamment des coups bas, des crasses et on finissait toujours par pardonner. Pourquoi ? Pour ne pas se retrouver seul. Et arrivé à un certain âge, quand on n'a rien d'autre à foutre que de se repasser le film de sa vie, on se rend compte qu'on a été bien stupide de faire tous ces sacrifices pour des gens qui n'en valaient pas la peine en fin de compte. Les seules personnes que nous devions fréquenter étaient celles qui pouvaient nous apporter quelque chose, que ce soit de l'argent, une place de choix dans la société ou autre chose.

Voyez comme j'ai bien appris ma leçon ! De toute façon, je n'avais pas d'amis donc aucun risque d'être déçue un jour. À part par cet idiot de Regulus qui continuait de me faire la gueule pour je ne sais quelle raison idiote. Mais avec lui c'était différent, c'était arrivé un peu comme ça, sans le vouloir réellement. Quand il était arrivé à Poudlard, ma mère m'avait ordonné de le prendre sous mon aile, de l'aider pour qu'il ne devienne pas comme son frère. Je l'avais fait parce que mon propre frère venait d'entrer lui aussi en première année et se serait fait un malin plaisir de lui envoyer un hibou pour lui dire à quel point j'étais une fille indigne qui n'exécutait pas les ordres. Bref, je l'avais guidé et puis petit à petit il était devenu indispensable pour moi.

Oui, j'étais une philosophe sentimentale qui s'ignorait... haha ! Non, je plaisante. J'étais très bien comme j'étais et comme je l'ai déjà dit, j'avais mes habitudes et j'avais horreur d'en changer. Hélas, pour cette fois je n'avais pas vraiment le choix et je crois d'ailleurs que c'est la première fois que ça m'arrivait. Un seul mot et j'avais ce que je voulais. Un seul mot et je pouvais mettre qui je voulais à genou. Mais ça ne valait pas pour un lien magique à la con bien entendu. Foutue vieille magie !

- Tu vas chercher l'extrait de bile de strangulot Fitzie chérie ? Me demanda Black avec un sourire innocent.

Je laissai échapper une grimace de dégoût. Deux semaines. Deux semaines qu'il m'affublait de surnoms tous plus idiots les uns que les autres et que je ne pouvais répliquer que par des surnoms tout aussi stupides. J'avais déjà assez de mal à supporter mon prénom bizarre, merci bien ! Non, mais c'est vrai, les sorciers n'avaient aucune jugeote en ce qui concernait les prénoms de leurs enfants. Franchement, Deirdre... qui aurait l'idée de faire subir à son gamin un prénom aussi moche et qui signifiait « douleur » en plus ? Bingo ! Mes parents.

Bref, j'allais chercher sa foutue bile et la lui ramenais. Monsieur avait décidé qu'aujourd'hui il s'occuperait du philtre d'union et que je me contenterais de le regarder d'où mon ennui profond et mes réflexions bidon sur les prénoms. Je m'affalai à moitié sur le bureau, la tête dans ma main et le vis attraper la fiole de bile. Je n'eus même pas le temps de réagir qu'il avait déjà tout versé dans le chaudron cet idiot ! Je regardai avec anxiété la préparation qui commençait à noircir, des petites étincelles verdoyantes se formèrent et atterrirent sur le bureau. En un quart de seconde, le chaudron explosa et je me sentis projetée jusqu'à l'autre bout de la salle où je m'effondrais contre le mur, à moitié sonnée. Comme dans les mauvais films moldus, je vis ma vie défiler devant mes yeux avant que Saint Lupin ne s'agenouille à mes côtés pour me demander si j'allais bien. Espèce d'idiot ! Je venais de traverser la salle et de me fracasser la tête contre le mur, j'avais un truc visqueux qui me brûlait le visage et les mains, mais tout allait bien ! Non mais sérieusement, on n'a pas idée de poser des questions aussi connes dans ces moments-là. Slughorn accourut à son tour avec l'air vraiment inquiet pour le coup.

- Miss, vous n'avez rien de cassé ? Demanda-t-il en me triturant les bras.

Je secouai la tête un peu au ralenti, à part ma tête qui me faisait atrocement mal, ça pouvait aller.

- Qu'est s'est-il passé ? Demanda-t-il.

- C'est Black ! Cet abruti a versé le pot entier de bile.

- Par Merlin ! Mr Lupin et Miss Evans ! Amenez-les à l'infirmerie s'il vous plaît. Je m'occuperais de votre cas ultérieurement.

Comment ça de mon cas ? Si en plus ça me retombait dessus, je jure que je trucide Black ! Lupin me tendit la main pour m'aider à me relever, je ne protestais pas et acceptais même avec plaisir. Je crois que le coup que j'avais pris sur la tête était définitivement plus violent que ce que j'imaginais. Il m'aida à avancer en dehors de la salle en me tenant le bras, mais j'avais la sale impression d'avoir pris la cuite de ma vie. Un mal de tête me lancinait et j'avais du mal à mettre un pied devant l'autre. Heureusement, Saint Lupin dans son infinie bonté finit par me prendre dans ses bras et je n'eus plus à me soucier de ce problème. Quel idiot, si ça avait été moi je l'aurais laissé galérer tout seul. Probablement parce que je ne possédais pas l'esprit de bravoure des gryffondors ? J'entendis Evans qui réprimandait Black en lui disant qu'il était inconscient, qu'on aurait pu tous mourir avec ses conneries et qu'il était horriblement stupide. J'étais entièrement d'accord avec le dernier point, mais le reste était un tantinet exagéré.

Putain de Black ! Si j'étais défigurée, je pouvais dire adieu à ma famille. Ils ne s'encombreraient certainement pas d'une fille hideuse que personne ne voudrait jamais épouser. Au détour d'un couloir, le maraudeur entra enfin dans mon champ de vision et avec un effort surhumain étant donné que la mixture sur mes bras semblait s'être solidifiée, j'agrippais la manche de sa robe pour qu'il s'arrête.

- Espèce de débile profond ! Fulminai-je. Comment as-tu pu mettre une fiole entière ? Tu ne sais pas lire ?

- Je n'arrive pas à déchiffrer ton écriture FitzGerald ! On dirait un gamin qui apprend à écrire.

- Espèce de troll atrophié !

- Cruche décérébrée !

- Lutin à deux noises !

- Arrêtez ! Cria Evans. On est dans le couloir, il y a des gens qui sont en cours.

Qu'est-ce qu'elle pouvait m'énerver quand elle prenait sa voix de parfaite petite préfète en chef à la con ! Oui j'étais préfète aussi, mais je ne le prenais pas autant à cœur qu'elle. C'était plus une corvée qu'autre chose avec ces rondes et le fait que je sois obligée d'aider les autres alors que je m'en fichais complètement. La seule chose qui valait la peine était que je pouvais retirer tous les points que je voulais aux gens que je n'aimais pas, c'est-à-dire presque tout le monde en fait. Et je peux vous dire que c'était follement jouissif.

Je lançais un regard noir à Black et constatai qu'il était encore plus recouvert que moi de cette matière noirâtre dégueulasse et à voir sa tête et la manière dont il boitait, il avait très mal. Il avait même perdu cet air hautain et fier qui le caractérisait, c'est dire ! Tant mieux, Merlin l'avait enfin puni de me faire chier, même s'il m'avait punie aussi par la même occasion pour je ne sais quelle raison.

Lorsque nous arrivâmes à l'infirmerie, Miss Pomfresh se précipita sur nous avec ses petites jambes de naine et ça me fit penser à ce à quoi j'aurais pu ressembler si je n'avais pas été aussi maigre. Beurk ! Un petit gnome. Elle m'ausculta en premier bien évidemment et demanda à Lupin ce qu'il s'était passé. J'eus l'impression qu'Evans était un peu vexée qu'on ne lui demande pas à elle, la préfète en chef quand même ! Si je n'avais pas eu aussi mal, je rirais presque de son air de chien battu roux.

- Un accident de chaudron, expliqua-t-il. Trop de bile de strangulot dans un philtre d'union.

L'infirmière parut un peu soulagée, ça devait être bon signe. Mon magnifique visage de zombie allait me revenir comme neuf, alléluia ! Elle demanda à Lupin de la suivre, vu que j'étais toujours dans ses bras et il finit par me poser avec délicatesse sur un lit aux draps froids. Mon petit Lupin, ta bonté te perdra un jour surtout avec la tête de cadavre fraîchement déterré qu'il arborait. Peut-être serait-il judicieux qu'il reste à l'infirmerie lui aussi parce qu'il avait vraiment l'air d'être prêt à s'évanouir à tout instant. Il me fit une espèce de sourire rassurant. Merlin, comme si j'avais besoin d'être rassurée, je me fichais de son état ! Il pourrait s'évanouir devant moi que je ne ferais rien pour l'aider !

Pomfresh arriva et me mit une tonne d'onguents et de pâtes diverses sur le visage et les bras avant de se stopper subitement. Elle toucha l'arrière de mon crâne et je grimaçais de douleur. Cette sadique se remit à me toucher le même endroit beaucoup plus rudement cette fois et je poussais un cri de douleur. C'est que j'étais douillette moi et ça faisait un mal de chien !

- Commotion cérébrale, murmura-t-elle avant de retourner chercher d'autres produits à la con.

Elle revint et me tritura les cheveux un moment avec un onguent qui puait la lavande et me tendit un verre qui n'avait vraiment pas l'air ragoutant. Une légère fumée rouge s'en échappait et l'odeur n'était pas vraiment plus engageante. Je haussais un sourcil en lui jetant un œil incrédule. Si elle croyait que j'allais boire une potion sans savoir ce que c'était ! Mais elle prit le verre et me força à l'avaler tandis que je m'étouffais à moitié avec cette potion. Elle était apparemment très satisfaite. Re-beurk ! On aurait dit un mélange de chou et de morve de scroutt à pétard. Ne me demandez pas comment je connaissais le goût de ce dernier « aliment », je ne dirais qu'un mot : Black.

Pomfresh s'occupa ensuite de ce fameux Black qu'elle avait eu la très mauvaise idée de mettre dans le lit juste à côté du mien. Même Evans comprit son erreur et se pencha vers l'infirmière pour lui murmurer quelque chose. Celle-ci se contenta d'un geste du bras qui signifiait vraisemblablement « j'en ai rien à foutre, il restera là où il est ». Je la haïssais aussi, c'était officiel. Une fois qu'elle eut fini ses soins, elle se tourna vers nous et annonça la sentence.

- Vous passerez la nuit ici tous les deux, je veux pouvoir surveiller l'état de vos croûtes.

Lupin fit une drôle de tête, un peu paniquée. Ça va, il pouvait bien se passer de son pote pour une nuit, c'était pas la mort ! Black affichait le même air et était sûrement sur le point de protester comme d'habitude, mais Pomfresh l'arrêta d'un geste et lui dit que nous n'avions pas le choix de toute façon. Je savais d'expérience qu'il n'était pas utile de discuter avec elle, quand elle avait décidé de quelque chose elle ne changeait jamais d'avis.

Personnellement, je préférais passer la nuit ici, au calme, que dans mon dortoir avec les deux commères qui me servaient de camarades. Ce qui m'ennuyait un peu plus c'était de devoir dormir juste à côté de Black, j'avais peur de ce qui pourrait advenir de ma petite personne durant la nuit. L'infirmière finit par demander aux deux préfets de retourner en classe et je me retrouvais seule avec un Black qui boudait. Il était presque mignon avec sa petite moue d'enfant gâté et les bras couverts d'onguents bleutés croisés sur son torse. Monsieur finit par tourner son regard vers moi, les yeux plissés de colère avec son visage recouvert de la même couche d'onguents et c'en était soudain trop pour moi. J'éclatais de rire en me foutant impunément de sa gueule et il se rembrunit un peu plus si c'était possible. À travers mes larmes, je le vis esquisser un demi-sourire qu'il cacha bien vite en tournant la tête.

- C'est bon, tu as fini ? Demanda-t-il d'une voix tellement bougonne que mon rire reprit de plus belle.

Au bout de quelques minutes, je parvins à m'arrêter et tentais de reprendre ma respiration devant le regard mi-furieux, mi-amusé de Black. Je soupirais un coup pour me remettre de mes émotions tandis que mes abdos me brûlaient un peu, ce qui était plutôt inquiétant quand même. D'accord je n'étais pas sportive pour un sou, mais quand même ! Je soufflais comme un licheur en rut pour quelques minutes de rigolade, ça craignait. Peut-être que je devrais songer à m'arrêter de fumer aussi un de ces jours...

- Content que la situation te fasse rire Fitzie chérie, commença Black.

- Ce n'est pas la situation qui me fait rire Black, c'est plutôt la tête que tu as avec ces croûtes bleues sur le visage.

- Je te rappelle que tu as les mêmes, sourit-il. Mais je suis un gentleman moi, je ne ris pas des malheurs d'une jeune fille.

- Allons Black, depuis quand est-ce que tu es un gentleman ? demandai-je avec un sourire tout sauf aimable. Surtout avec moi.

- Tu as raison, je ne le suis qu'avec ceux qui le méritent. C'est à dire... à peu près tout le monde sauf les serpentards.

Je secouai la tête désespérément. Merlin, quel idiot ! Il me faisait parfois tellement penser à son frère que c'en était effrayant. Et dire qu'ils ne pouvaient pas se supporter alors qu'ils étaient si semblables... J'avais du mal à me dire que ce mec qui me faisait face venait d'avoir dix-sept ans avec ses réflexions si immatures et ses mimiques d'adolescent attardé. Qu'il veuille être aimé et adulé OK je comprenais – enfin non je ne comprenais pas, mais passons ! –, mais qu'il se comporte comme un enfant de dix ans juste parce qu'il n'aimait pas la maison des serpentards c'était totalement absurde !

Les gryffondors n'étaient pas tous aussi radicaux que les maraudeurs, heureusement. Par exemple Evans, elle, me traitait comme un individu lambda et me saluait dans les couloirs, parfois même elle critiquait ces « crétins de maraudeurs » avec moi. Mais il fallait être réaliste, la plupart des élèves des autres maisons avaient une mauvaise image de nous, alors que tous n'étaient pas aussi froids que moi ou Avery. En première année, la plupart étaient encore malléables et pouvaient devenir des gens différents du moule que leurs parents avaient prévu pour eux. Mais la haine des gryffondors à leur égard et les élèves populaires de serpentard qui les endoctrinaient avec leurs idées de plus en plus radicales ces dernières années, avaient tôt fini de les changer en parfaits petits sorciers hautains au sang-pur.

Je trouvai sa réplique tellement puérile que je ne trouvais rien à lui répondre d'ailleurs. Il eut même l'air un peu étonné que je ne réplique pas quelque chose de bien senti comme à mon habitude et il allait me dire quelque chose avant que sa bouche ne se referme instantanément. Il se tourna sur le côté et ferma ses rideaux d'un geste sec alors que je ne comprenais rien du tout à ce qui venait de se passer. Je me réinstallai sur mon lit en tapotant l'énorme coussin quand une grande main se posa sur mon épaule, me faisant sursauter. Je relevai mon regard et me retrouvai face à Regulus qui me faisait un sourire contrit. Ses yeux passèrent sur mes bras avant de revenir sur mon visage et je constatai que sa mâchoire était crispée, signe qu'il se retenait d'éclater de rire.

Qu'est-ce qu'il fichait là d'abord ? Il était censé me faire la gueule depuis plus de deux semaines et maintenant que j'avais frôlé la mort, Monsieur Regulus Black me faisait l'honneur de réapparaître dans ma vie comme par magie. Je me contentais de le fixer en silence, prenant le regard froid qui lui faisait tant penser à sa mère et ne put m'empêcher de penser qu'il était incroyablement beau. Évidemment il ressemblait beaucoup à son frère, mais il y avait un petit truc en plus chez Regulus. Une sorte de fragilité qu'on percevait parfois au détour d'un regard ou d'une mimique qu'il laissait échapper. Il avait les yeux gris de la famille Black, un regard pénétrant qui ne pouvait laisser personne indiffèrent souvent cachés par quelques mèches de cheveux bruns. J'attendais qu'il prenne la parole et il mit un certain temps avant de daigner ouvrir sa jolie bouche. J'avais discrètement sorti ma baguette et jeté un sort pour que l'autre Black n'écoute pas notre conversation.

- Comment tu te sens ? Demanda-t-il finalement.

Je haussais un sourcil ou du moins je tentais avec cet affreux masque de croûtes qui m'empêchait presque de parler. J'avais pu constater en parlant brièvement avec Black que chaque mot prononcé me faisait l'effet que mon visage se retrouvait tiré vers le haut.

- À ton avis, répondis-je en soupirant.

- Qu'est-ce qu'il s'est passé ? On dit que mon fr... qu'il a voulu se débarrasser de toi, mais qu'il a raté son coup.

- Déjà des rumeurs ? Non, il est juste tellement stupide qu'il a raté la potion la plus simple de toute l'histoire de Poudlard. Peu importe, il a eu sa dose lui aussi.

- Tant mieux, affirma-t-il avec un sourire en coin.

Il paraissait stressé et je vis ses mains se crisper sur les draps immaculés plusieurs fois. Je savais très bien ce que cela signifiait, il voulait s'excuser, mais comme chaque bon sang-pur qui se respecte les mots restaient coincés dans sa gorge. Aussi loin que je m'en souvienne, je ne crois pas m'être excusé une seule fois dans ma courte vie. Encore une chose qui ne faisait absolument pas partie de mon éducation.

- J'ai agi comme... un parfait idiot, commença-t-il. Je ne sais pas pourquoi j'ai... et puis après je me suis senti si... que... enfin bref, tu m'as compris n'est-ce pas ?

Je hochais la tête avec un sourire tendre qui resta hélas coincé sous mon masque. Ça devait déjà être assez dur pour lui d'avoir osé me dire ça, je n'allais pas le laisser s'enfoncer encore plus. Et puis je ne pouvais pas lui résister lorsqu'il me faisait ces yeux de chien battu, même si je restais quelqu'un de très rancunier ça ne valait pas pour Regulus. Je devais vraiment être une sentimentale qui s'ignorait.

Il resta une petite demi-heure avec moi à me parler de ce qu'il s'était passé durant ces deux semaines de silence puis se retira pour une sombre histoire de devoir de métamorphose à finir. Il déposa un baiser sur mes cheveux et me promit de revenir un peu avant le couvre-feu pour me souhaiter une bonne nuit.

J'eus ensuite la visite furtive de Rogue qui était venu me donner les devoirs de potions et d'étude des runes que nous avions en commun. Comme à son habitude ce fut bref et silencieux. Heureusement Black était toujours derrière son rideau et devait sûrement dormir, car il n'eut même pas l'idée d'aller emmerder Severus ce qui était un événement peu commun. Peu importe, depuis le début de l'année - en même temps ça ne faisait que deux semaines - les maraudeurs n'avaient pas encore fait une seule blague bidon aux serpentards. Pas de duel non plus dans les couloirs à quatre contre un. Peut-être avaient-ils compris qu'il était temps de grandir, et que des choses autrement plus graves que cette stupide mésentente entre nous se passaient en dehors des murs rassurants de Poudlard.

Les attaques de Celui-Dont-On-Ne-Doit-Pas-Prononcer-Le-Nom étaient de plus en plus fréquentes et rares étaient ceux qui n'avaient pas au moins une connaissance ayant eu à subir une perte. Autant dire que les hiboux du matin étaient accueillis avec beaucoup d'angoisse par tous les nés-moldus et les sang-mêlés. J'avais moi-même une cousine vaguement éloignée qui avait été envoyée à Sainte Mangouste quelques semaines auparavant. En même temps, quelle idée quand on est de sang -pur d'aller se mésallier avec un moldu, surtout par les temps qui courraient !

Pomfresh revint nous voir quelques heures plus tard pour vérifier « l'état de nos croûtes » comme elle l'avait dit. Apparemment elle était contente du résultat et nous annonça que nous pourrions sûrement sortir demain dans la matinée. Alléluia ! Black ne tenta plus de m'adresser la parole et reçut lui aussi de la visite. Ses trois potes faisaient des têtes d'enterrement au début avant de se mettre à rire et à parler très fort. Je tentais d'écouter leur conversation, mais à base de « Lunard ceci » « corne de quelque chose cela » « rat pas assez fort » je ne compris rien à leur charabia ! Toutefois Black eut un sourire entendu et demanda à Potter de lui ramener « tu sais quoi » pour pouvoir les suivre. Voilà qui était intéressant, ils allaient enfin faire leur première blague de merde et je pourrais les prendre sur le fait si je les suivais discrètement. Même si la discrétion et moi ça faisait quatre tant pis ! Rien ne pouvait me faire plus plaisir que de les empêcher de faire leurs conneries ! Saint Lupin se tourna vers moi, la mine fatiguée et se rapprocha de mon lit. Je le regardai faire d'un œil méfiant, mais il resta juste à quelques centimètres de moi et me fit un petit sourire. Qu'est ce qu'il avait à me sourire sans arrêt maintenant celui-là ? On n'était pas amis que je sache !

- Comment ça va ? Demanda-t-il.

- Très bien, je nage dans le bonheur Lupin ! Mais c'est plutôt à toi que je devrais le demander tu as une tête à faire peur.

- Merci, répliqua-t-il d'un ton faussement vexé.

Potter et le petit gros qui avaient entendu ces paroles m'entourèrent. Ils éclatèrent de rire en voyant ma tête et je maudissais cet affreux masque qui m'empêchait de froncer les sourcils à ma guise ! C'est sur qu'avec un truc bleu hideux sur la tête, mon regard noir devait paraître beaucoup moins crédible. Lupin leur lança un regard désapprobateur et ils s'arrêtèrent petit à petit. Qui aurait cru que le gentil Lupin avait une quelconque autorité sur ces gamins ? Pas moi en tout cas.

- Patmol ne t'as pas ratée, dit Potter les larmes aux yeux.

- Patmol ? Répétai-je avec un sourire narquois. Où est-ce que vous trouvez tous ces surnoms débiles franchement ?

- Fitzie chérie, soit gentille avec Cornedrue, me sermonna Black depuis son lit.

- Oh oui Blackychou ne t'inquiète pas, Corny est mon ami.

Haha je pouvais deviner ses sourcils jusqu'au milieu de son front. Il détestait ces petits surnoms autant que moi si ce n'est plus. D'autant qu'avec ses groupies, il avait une dose de surnoms débiles non négligeable. J'avais déjà été témoin de quelques « Sirichou », « Sirinounet », « Sirius d'amour », mais étant donné que je ne l'appellerais jamais par son prénom, il fallait que je les arrange un peu à ma sauce. Blackychou était de loin mon préféré, car il le mettait tout de suite en rogne. Un petit grognement lui échappa avant qu'il n'éclate de son stupide rire pour je ne sais quelle raison.

- Alors Potter, ça avance cette histoire avec Evans ? M'enquis-je. Je l'ai vue te mettre une baffe mémorable l'autre jour au cours de Défense Contre les Forces du Mal.

- Laisse Lily tranquille FitzGerald, grogna-t-il.

- Oh comme c'est mignon, tu la défends ! Ne t'inquiètes pas Potter je ne m'en prendrais pas à la seule personne qui te remet à ta place. C'est d'ailleurs plutôt étonnant que tu ne t'envoles pas encore avec la montgolfière qui te sert de tête.

Pettigrow et Black éclatèrent de rire à nouveau tandis que le binoclard semblait sur le point d'exploser. C'était tellement facile avec lui ! Presque trop même et ce n'était pas amusant, il suffisait de parler d'Evans pour qu'il se mette dans tous ses états.

Potter avait un sens de la répartie plutôt étrange. Il sortait de bonnes vannes, mais il lui fallait entre 20 et 30 secondes pour trouver quelque chose de percutant, son cerveau n'étant hélas pas aussi performant que le mien. Et même Black était beaucoup plus amusant que lui, je devais bien l'avouer. Potter n'avait apparemment rien trouvé à répliquer, car il se contenta de bouder à son tour. Merci Merlin de m'avoir fait cadeau du don de faire fermer son clapet à ce bigleux !

La porte de l'infirmerie s'ouvrit à nouveau et je vis avec étonnement Anna s'avancer vers moi. Elle ressemblait à un petit ange avec ses longs cheveux blonds et son visage de poupée. Son large sourire disparut à mesure qu'elle apercevait les maraudeurs et elle était sur le point de faire demi-tour lorsque je lui fis signe de venir. Potter arborait à nouveau sa mine de crétin arrogant et eut un sourire cruel en la voyant se mettre à mes côtés. Je ne comprenais pas pourquoi j'avais envie de prendre cette fille sous mon aile, mais j'avais pourtant bien décidé que cette année les maraudeurs allaient la laisser tranquille.

- Johnson quelle bonne surprise ! S'exclama cet abruti de Potter en lui donnant une grande tape dans le dos qui la fit presque tomber sur mon lit.

J'attrapais le bras de ma camarade pour la rapprocher de moi et lançait un regard froid au binoclard. Le petit gros nous regardait tour à tour avec sa tête d'enfant, se demandant ce qui allait se passer à présent. Lupin se racla la gorge et suggéra qu'il était peut-être temps d'aller dîner et Potter acquiesça avec regret.

- FitzGerald ne sera pas toujours là pour te protéger Johnson, susurra Potter. On se reverra.

- Dégage Potter putain ! Crachai-je. Je t'enlève 10 points pour avoir menacé une élève qui ne t'a absolument rien fait.

- Tu n'as pas le droit de faire ça ! Cria-t-il en attirant l'attention de l'infirmière qui lui lança un regard énervé en lui désignant la porte du doigt.

- J'ai tous les droits Corny chéri, susurrai-je sur le même ton qui avait employé avec Anna. N'est-ce pas Lupin ?

Celui-ci passa nerveusement la main dans ses cheveux bruns et fit une grimace.

- Elle peut effectivement t'enlever des points pour ça James.

Il protesta avec de grands gestes et de grands cris contre cette horrible injustice jusqu'à ce que l'infirmière les vire enfin en les menaçant de sa baguette. Bon débarras ! Je poussai un soupir et ignorai superbement Black en me tournant vers Anna qui avait l'air horriblement triste. Ses yeux étaient brillants de larmes contenues et je tapotais le lit pour qu'elle s'y assoie. Elle n'osait pas relever le regard vers moi dans une attitude totalement soumise. Comment est-ce qu'elle faisait pour avoir aussi peu d'amour propre franchement ? S'écraser devant cet idiot !

- Quand est ce que tu vas te décider à ne plus te laisser marcher sur les pieds ? Demandai-je un peu plus durement que je l'aurai voulu.

Sa tête rentra encore un peu plus dans ses épaules tandis que je voyais une larme couler sur sa joue. Je détestais voir les gens pleurer. Pas parce que ça me faisait de la peine non, non, mais parce que ça me foutait très mal à l'aise. Je ne savais jamais quoi faire dans ces cas-là ! Comme je l'avais déjà vu faire par d'autres personnes, je lui tapotais gentiment le dos en grimaçant.

- Aller arrête de pleurer, dis-je de la voix la plus douce que j'avais. Il ne mérite pas que tu lui accordes autant d'importance.

En levant la tête je croisais le regard de Black qui pour une fois n'avait pas l'air dégoûté en voyant deux serpentards près de lui. Vas-y Black ! Sens-toi bien coupable de ta connerie ! Anna se calma petit à petit et me regarda avec les yeux rougis. Je lui tendis un mouchoir qui traînait sur la table de nuit et la laissait s'essuyer en regardant ailleurs. J'étais affreusement gênée d'un tel étalage de sentiments et ne savais vraiment pas comment réagir. Elle renifla un coup et s'approcha doucement de moi pour me faire un bisou humide sur une partie de mon front qui n'était pas couverte de pâte. Je la regardais d'un air dégoûté, mais elle n'eut pas l'air de le remarquer. Elle me souriait gentiment et je n'osais pas l'envoyer chier de peur qu'elle ne se remette à pleurer. Il était temps que nous ayons une conversation au sujet des maraudeurs et la présence de Black était un plus non négligeable. Peut-être qu'il comprendrait quel genre de fille était Anna et qu'elle ne méritait certainement pas d'être traitée comme une moins que rien.

- Tu vas avoir 17 ans bientôt non ? Demandai-je.

Elle acquiesça d'un hochement de tête.

- Je crois qu'il est temps que tu grandisses, ma petite ! Tu ne peux pas te laisser faire comme ça plus longtemps ! Je ne vais pas te ramasser à la petite cuillère cette année encore, alors il est temps que tu apprennes à te débrouiller toute seule !

Ses yeux se remirent à briller et je lui agrippai l'épaule peut-être de manière un peu forte, mais c'était tout ce dont jetais capable.

- Ne pleure pas, je t'en prie. Je te dis ça pour ton bien par pour te faire du mal. Tu es une fille et une enfant de moldu, il faut que tu sois encore plus forte que n'importe lequel d'entre nous, tu comprends ?

- Je ne suis pas comme toi, murmura-t-elle d'une toute petite voix.

- Hé bien personne n'est obligé de le savoir ! Tu sais très bien qu'il n'y a que le paraître qui compte ici, il suffit que tu aies l'air d'être forte pour que les autres te laissent tranquilles !

- Conneries ! S'écria Black.

Je me tournai méchamment vers lui de quoi il se mêlait cet abruti ?

- Ferme-la Black, on ne te demande pas ton avis ! Rétorquai-je.

- Ne me parle pas comme ça, sale petite fille à papa !

- Mon père est mort imbécile ! Rectifiai-je.

Je m'attendais à ce qu'il rigole ou qu'il réplique à nouveau une idiotie – c'est ce que j'aurai fait à sa place –, mais il ne dit rien. Je me tournais vers lui, il avait l'air d'un parfait crétin avec sa bouche à moitié ouverte et son air ahuri. Allons, ce n'était un secret pour personne que mon père était mort depuis quelques années maintenant ! Apparemment Black n'était pas au courant et à voir sa tête, il devait penser que ça me touchait. La vérité c'était que je m'en fichais. Je n'avais même pas la prétention de faire comme si ça me faisait du mal, car ce n'était pas le cas. Je n'avais rien ressenti lorsque Dumbledore était venu me trouver. Je n'avais rien ressenti lors de son enterrement. Je n'avais rien ressenti en me trouvant dans son bureau vide pour la première fois. Ni regret, ni tristesse, ni même une joie malsaine. Juste un grand vide. Anna affichait aussi un air désolé qui ne me plut pas du tout et je repris la parole pour détendre l'atmosphère bien trop lourde à mon goût.

- Allons ne fais pas cette tête d'enterrement Black ! Lançai-je. Ce n'est pas comme si ma vie t'intéressait vraiment.

- Idiote, murmura-t-il.

Anna ne tarda pas à partir pour la grande salle à son tour et je ne reçus plus aucune visite si ce n'est Regulus qui était venu comme promis. Je finis par m'endormir à force de ne rien faire et fus réveillée par des chuchotements. Je me doutais que c'était les maraudeurs et entrouvrit un œil discrètement. Le temps que je m'habitue à l'obscurité, Black avait disparu de son lit et la porte de l'infirmerie se refermait doucement. Je me relevais donc et inspectais les lieux pour vérifier qu'il n'était pas caché quelque part, mais il n'y avait plus aucune trace de Black et ses potes. Je fronçais les sourcils en me demandant comment ils avaient bien pu réussir cet exploit ? Un sortilège de désillusion ou une potion d'invisibilité peut-être...

Dommage, j'avais perdu une occasion de leur faire foirer un coup. Je m'installais un moment la fenêtre et regardait le ciel illuminé par la pleine lune un instant avant d'aller me recoucher.