Auteur : Je n'ai plus besoin de me présenter j'espère.

Note : Bonjour Bonjour ! voici presque un an que je n'ai rien updater. Pas que je ne vous aime pas mais j'avoue être un peu prise par mes études et d'autres projets, malheureusement je n'ai plus beaucoup de temps à accorder à la fanfiction. J'en suis la première désolée, parce que j'adore ça, mais c'est vrais, que ça ne permet pas de composer soi même un univers en entier. . Je me consacre donc à mes propres romans que j'espère vous pourrez lire et peut être fanficer dessus XD J'avoue que ce serait un rêve, mais pour l'instant voyons petit et essayons de finir et de se faire publier ! En tout cas je suis retombée sur ces quelques chapitres qui moisissaient dans un coin de mon ordinateur ! J'espère qu'ils vous plairont et que je pourrais poster de temps à autres ! Sachez également que je compte avancer un peu certaines autres fanfictions laissées en plan depuis bien trop longtemps. Enfin voilà je m'excuse aussi auprés de ceux et de celles aux quels je n'ai pas répondu. Voilà je m'excuse platement et j'espère quand même que vous continuerez de suivre mon travail et que vous excuserez mes absences prolongées.

Je vous embrasse et vous souhaite une bonne lecture.

Chapitre 3

Il était deux heures du matin quand je quittais le Love Hotel . Le ciel nocturne était parsemé de nuages bas et filandreux qui s'agrippaient aux lampadaires comme des lambeaux de voile déchiré, créant des halos de lumière diffus et tamisé presque irréel. De temps à autres les nappes de brumes s'étiraient et laissaient entrapercevoir un mince quartier de lune suspendu en l'air comme une décoration de mauvais gout. L'air était bas et presque tangible comme si la mer était subitement rentré dans la ville, mais d'une façon si insidieuse qu'elle en demeurerait invisible. Je marchais lentement. Le bruit de mes pas se répercutait bizarrement dans la cité silencieuse. C'était comme si elle s'était recroquevillée sur elle-même comme un animal blessé lové contre un rocher encore tiède après une chaude journée d'été.

Au loin je percevais le bruit du moteur d'une voiture, mais ce son me paraissait lointain et incongrue, comme une pièce rapportée d'un monde de science fiction. Je continuai de marcher. Je n'avais rien d'autre à faire. Marcher pour rentrer chez moi et me coucher. Dormir jusqu'au lendemain matin et effacer cette journée à tout jamais, l'enfermer dans le passé pour ne plus jamais avoir à s'en souvenir. Le temps passa. Rapidement d'abord, puis plus lentement, enfin il se stoppa tout à fait avant de reprendre sa course, quand il en fut à cette étape de son développement j'étais devant chez moi.

J'abaissai doucement la poignet pour ne pas faire de bruit. Je fis quelques pas dans l'entrée, enlevai mes chaussures et me glissai dans le salon à pas furtif comme un chat d'appartement habitué à se mouvoir silencieusement. Le salon était désert et plongé dans le noir. Il n'y avait nulle part signe de vie. Je retins mon souffle. C'était une sensation étrange. Quelque chose d'indéfinissable et d'insaisissable me chuchotait cruellement à l'oreille que je n'étais pas ici chez moi.

Un mal aise désagréable naquit alors en moi. Je sentais comme une boule au fond de mon estomac et ça me donnait envie de vomir. Dire que je ne suis pas quelqu'un de sociable est un doux euphémisme. Misanthrope serait presque plus approprié. Je poussai un bref soupir et poussai lentement la porte de la chambre. J'avais presque peur de ce que je pourrais y découvrir. Mais la pièce était méticuleusement rangée, comme d'habitude. La seule chose qui avait changé était la silhouette recroquevillée de Lavi couché sur le futon sous la fenêtre. Je ne pouvais pas le voir véritablement, je ne percevais que la forme indistincte de son corps en ombre chinoise. Ainsi il ressemblait à un animal tapis dans l'ombre prêt à bondir à tout instant. Je m'assis sur mon futon et me déshabillai avant d'aller me brosser les dents. Quand je revins il n'avait pas bougé. Son torse continuait de se soulever lentement au rythme de sa respiration basse et posée.

« - Elle était canon au moins ? Demanda t il sans me regarder. Sa voix à peine plus élevée qu'un murmure m'était pourtant parvenu aussi dur et froide que la lame d'un couteau fraichement affuté.

Je ne répondis pas et me couchais. Oui, il valait mieux que j'oublie cette journée à tout jamais. Je m'endormis rapidement et sombré dans un profond sommeil.

Dans mon rêve je tombais dans un puits. Qu'est ce qu'un puits faisait dans mon rêve je n'en avais pas la moindre idée, toujours était il que je sombrais dedans corps et bien. Durant ma chute je pouvais voir le cercle parfait de l'ouverture devenir de plus en plus étroit. Je n'en finissais plus de tomber, si bien qu'à la fin, je me demandais si ce puits avait bel et bien un fond. Ou si ce n'était pas plutôt une vaste farce fomentée par un moi secret dont j'ignorais jusqu'à l'existence même. Je n'étais toujours pas arrivé en bas quand je me réveillais.

Quand j'ouvris les yeux Lavi dormait encore pelotonné dans son drap. Dans le silence du matin j'entendais clairement le son de sa respiration lente et posée. Je me levai sur la pointe des pieds et me fit un thé que je dégustai assis devant la table du salon face à la fenêtre. Les nuages de la veille ne s'étaient pas dissipés et s'était une aube grise et sinistre qui se dessinait devant moi. Je restais songeur un long moment, plongé dans mes pensées je n'entendis pas Lavi entrer derrière moi. Je ne remarquai sa présence que lorsqu'il enclencha la machine a café. Le silence qui m'enveloppait sembla se déchirer et se déliter en lambeaux incertains avant de s'évaporer ne laissant dans l'air qu'une trace fugace et insaisissable. Je poussais un soupir en lui adressant un bonjour atone. Il ne me répondit pas et s'assit devant moi en silence. Sa tasse de café fumante posée devant lui il me regardait droit dans les yeux.

« - Kanda, faut vraiment qu'on parle.

« - Splendide.

Il ne fit pas attention à mon intervention et continua de parler comme si je ne l'avais jamais interrompu. C'était plus comme si il parlait à interlocuteur fictif pour lequel il répetait un discours de la plus haute importance, et en conséquence il était parfaitement ridicule.

« - Je sais qu'on t'a imposé ma présence, mais rien ne t'empêche d'être un minimum aimable. Sincèrement, je me faisais une joie de te revoir après tant de temps. Et je me rends bien compte que mon sentiment n'est pas vraiment partagé. Mais j'aimerais que tu fasse un effort..

Je poussais un long soupir.

« - Si pour toi faire un effort, c'est aller se balader au bord de la mer comme deux abrutis ce n'est même pas la peine d'y penser. Je suis ici chez moi, je fais ce que je veux, et ce que je veux c'est surtout ne pas te voir.

Il pinça les lèvres signe que ça l'agacé. Il faisait toujours ça quand quelque chose n'allait pas dans son sens, ce qui arrivait assez rarement.

« - Kanda, es tu sûr d'être un être humain normalement constitué ?

« - Qu'est ce que ça changerais ?

« - Je sais pas mais…

« - Lache moi la grappe, reste ici fais ce que tu veux mais n'empiète pas sur mon espace vitale. Si ce n'est pas trop demander à ton cerveau de borgne attardé ?

L'interrompis-je en me levant un peu trop brusquement. Il ne répondit pas, mais je le vis trembler de colère, à cet instant précis la seule chose à laquelle il devait penser c'était son poing dans ma figure. Mais il n'en fit rien, il resta immobile devant sa tasse de café.

Ainsi commença une très longue semaine. Une semaine morne et insipide. Chaque jour ressemblait au précédent, sans changement notable, ce qui rendait l'atmosphère de mon appartement encore plus invivable. Lavi et moi ne nous adressions pratiquement plus la parole à part si cela était vraiment nécessaire. Nous ne faisions que nous croiser, nous ignorant autant que c'était possible. Nous déjeunions le matin en silence puis je partais m'entrainer, j'allais travailler jusqu'à cinq heure. Lorsque je rentrais il était soit : le nez dans un livre qu'il avait commencé le matin lorsque j'étais parti et qu'il n'avait pas quitté de la journée, soit au téléphone avec ses « amis » me faisant comprendre par la même occasion à quel point je vivais reclus, soit encore avachis devant la télé. Nos regards ne se croisaient pas dans la mesure du possible, et tout contact physique avait était bannis. Nous évoluions tout deux dans deux bulles bien séparées, dans deux mondes qui n'avaient rien avoir l'un avec l'autre. Et, étrangement, plus cette situation durait plus j'étais sur les nerfs, irritable, comme si j'étais malade. Malade d'un parasite à forme humaine qui ne se décidait pas à partir. Jamais des jours ne furent plus pénibles que ceux qui s'écoulèrent durant cette première semaine de colocation, j'en venais même à compter les jours qui me séparaient de son départ…

Néanmoins, un soir alors que nous dinions dans un silence parfait, presque religieux il brisa la glace et par là même l'accord tacite que nous avions signé en cette sombre matinée.

« - Il y a un feu d'artifice ce soir. »

Je ne répondis pas.

« - Tu compte y aller avec des amis ?

Je lui lançais un regard aigu.

« - Ah oui, c'est vrais, ironisa-t-il, Kanda n'a pas d'amis.

« - Je t'emmerde.

« - Cool. Je pensais que Lenalee et Allen t'auraient invité, mais visiblement eux aussi ont d'autres chats à fouetter…

« - Abrége.

« - Bref, si l'envie te prends d'être sociable, je pourrais venir te chercher à ton travail et on pourrait monter sur la colline pour le voir ensemble avec les enfants de l'orphelinat.

Je restais silencieux un instant. Il ne semblait pas plaisanter, mais l'idée de même de devoir faire un effort pour ne pas traumatiser des enfants déjà bien marqué par la vie, me mettait les nerfs en pelote. Comme je ne répondais pas il poussa un long soupir et jeta ses couverts violemment dans l'évier.

« - J'ai compris ! Monsieur a un cœur de pierre ! Très bien, je resterais ici, et je ferais en sorte de te pourrir ta soirée !

Je fronçais les sourcils agacés.

« - Rien ne t'empêche d'y aller que je sache ! Tu n'es pas obliger de me traîner comme un boulet !

« - Non, tu as raison, mais si tu savais faire fonctionner le quart de connexion synaptique qui te sers de cerveau tu aurais compris que je suis vexé et que je n'ai plus du tout envie !

Sur ce il alla s'enfermer dans la chambre en claquant soigneusement la porte. Je poussais un soupir excédé et m'en allais à mon tour. Il m'énervait ! Dieu qu'il m'agacé. En décédant vers l'arrêt de tram la seule image que j'avais en tête était son corps disloqué répandu au quatre coin de l'appartement dans une copieuse marre de sang.

Je servis les clients avec une tête d'enterrement, pire, je les ignorais presque, répondant froidement à leur commande sans le moindre effort d'amabilité. Finalement c'est Reever, le gérant qui me posa amicalement sa main sur l'épaule.

« - Kanda… Je crois qu'il vaudrait mieux que tu rentre, avec cette tête tu vas faire fuir la clientèle.

« - Tch.

« - Hum… Je suppose que tu avais prévus des choses pour ce soir, c'est le premier feu de la saison.

« - Absolument pas ! Je…

Il ne me laissa pas finir ma phrase et c'est atterré que je l'entendis finir sa phrase.

« - Je te laisse pour ce soir, comme ça tu pourras aller batifoler avec ta petite amie.

« - Pardon !

« - Ne soit pas timide voyons, tous les garçons de ton âge sont comme ça. Mah, tu ferais mieux de filer avant que la damoiselle s'embarque avec un autre.

Il me sourit et s'éloigna. Je le regardais partir, trop choqué pour faire un scandale et tenter de le trancher en deux. Je gagnais rageusement les vestiaires et claquai la porte de mon casier avant de m'en aller à grandes enjambées en fulminant.

Lorsque je rentrais, l'appartement été plongé dans la pénombre. Lavi était invisible. Je pensais qu'il m'accueillerait avec quelques amis, histoire de m'énerver encore plus et de finir de briser ma capacité à rester calme, déjà limitée. Je me déchaussai et jetai mon sac sur le canapé c'est à ce moment que je l'aperçu. Il était effectivement là, sur le balcon, accoudé à la rambarde, son œil unique rivé vers la mer lointaine et scintillante. Je poussais un soupir, de toutes façons cette soirée était déjà pourrie. Je sorti deux bières du frigo et lui en tendis une en silence. Il me regarda surpris.

« - Pas la peine de faire cette tête j'ai pas changé d'avis.

Grognais-je en tirant une chaise longue.

« - Qu'est ce que…

Je lui lançai un regard désabusé.

« - Tu voulais voir le feu d'artifice non ?

« - Oui mais…

« - On le voit très bien d'ici.

Il resta muet un moment avant de prendre place à son tour sur une chaise longue, comble de la chance j'en avais deux. Cadeau de Komui certainement. Nous restâmes silencieux un moment, je bus une gorgé de bière alors qu'il allumait une cigarette. Loin devant nous, s'étendant jusqu'à l'horizon la mer reflétaient les lumières de la ville en effervescence dont le bruissement sourd montait jusqu'à nous. C'était un paysage paisible, digne d'un jardin zen. J'ai toujours affectionné la méditation, d'une part parce que je ne suis absolument pas quelqu'un de zen, j'ai tendance à m'emporter pour un rien, et agir avant de réfléchir, et d'autre part car la philosophie de vie dépouillée du zen me convenait parfaitement. La méditation me permettait de vivre en harmonie avec moi-même, dans le calme et la sérénité, temporairement du moins. Cela m'évitait de douter, de me poser trop de questions auxquelles je n'avais pas de réponses de toutes manières.

Après un instant, il écrasa sa cigarette dans la canette qu'il venait de vider et se leva. Je le regardais faire.

« - Je vais prendre d'autre bière, je suis pas encore assez soul pour taper la discut'

Je haussais les épaules. Il pouvait bien faire ce qu'il voulait ce n'était pas comme si j'en avais quelque chose à faire. Il revint deux minutes plus tard, avec dans les bras, toutes les bières qu'il avait pu trouver, visiblement il en avait racheté, je ne me souvenais pas avoir autant d'alcool chez moi…

Il ouvrit deux boites et m'en tendis une que j'acceptais volontiers. Nous bûmes, toujours en silence. Lui d'ordinaire aussi bruyant qu'un jeune chiot était aussi muet que si on lui avait cousu la bouche. Il était lui-même, et c'était perturbant. Depuis une semaine, il n'avait pas remis son masque. C'était comme si il l'avait abandonné dans un coin, inutile et abscond. Je le dévisageai un moment. Nos regards se croisèrent.

« - J'ai quelque chose sur la figure ?

« - A part ta face d'abrutis rien de particulier.

« - Je te demande pardon ! ?

Je poussais un soupir, et pris une autre bière, il avait raison, je n'étais pas non plus assez éméché pour parler.

« - Depuis combien de temps ? Demandai-je.

« - Depuis combien de temps quoi ?

« - Tu n'as pas enlevé ton masque ?

Ma question sonnait presque comme une accusation. Il resta muet, le regard dans le vide, un sourire naissant flottant au coin de ses lèvres.

« - Pourquoi, est ce que tu es toujours le seul à le remarquer ?

Je me renfrognai et avalai une autre gorgé. La bière était mauvaise. Elle était tiède et avait ce gout typique des bières chinoises, pale copies des bières occidentales. Il but à son tour. Mes yeux s'étaient habitués à la pénombre et je pouvais voir chaque détail du parc qui entourait l'immeuble. Une douce brise marine fit bruisser les feuilles des Jinko dont les larges troncs centenaires se dessinaient en ombres chinoises. Il poussa un petit soupir et croisa les jambes en allumant une autre cigarette. Je lui en demandais une qu'il me tendit légèrement surpris.

« - Ca m'arrive, quand je suis énervé. Grinçais je.

Il éclata de rire.

« - Ca doit arriver souvent alors !

« - Seulement quand tu es là.

« - Sympathique.

« - Tu t'attendais à quoi en venant ici.

« - Je suppose… Que c'était le mieux pour baisser le masque et fermer le rideau.

Je restais silencieux, pour une fois je le laissais parler.

« - Tu as toujours su que je faisais semblant… Tu as tout de suite remarqué. Ca m'agaçait beaucoup au début… Et puis au final… C'était reposant, faire semblant demande beaucoup d'énergie. Même si je sais que je t'énerve.

« - Tu m'exaspère. Précisai-je.

Il haussa les épaules. Il y eut encore une pause. J'allumais ma propre cigarette et regardai un instant la fumée s'élever dans les airs en volutes complexes pareilles à de la dentelle.

« - Je suis étonné que tu n'es brisé le cœur de personne encore. Finis je par dire en éteignant ma cigarette et entamant ma quatrième bière, lui en était déjà à cinq.

« - Ah. Ca. Bof… Si les occasions ne se présentent pas je ne le fais pas de moi-même.

« - C'est la meilleur de tout le millénaire ça. Grommelai-je

« - Contrairement à ce que tu pourrais penser Yû-chan, je suis peut être un poil pervers, mais plus opportuniste que coureur de jupon.

Je lui lançai un regard noir en entendant mon prénom. Il eut un sourire amusé. Je m'enfonçai plus encore dans mon siège les yeux fixés sur l'horizon.

« - J'aime coucher avec des femmes, poursuivi-t-il, j'aime les séduire aussi, mais franchement, si ce n'est visiblement pas possible je n'insiste pas… c'est mon côté pragmatique.

« - Tu ne prends pas le risque de perdre ton énergie inutilement.

« - C'est ça.

« - Tu préfère la garder pour faire semblant.

« - C'est… Là tu vas fort !

Je haussai les épaules et reposai ma canette vide. Je me sentais, lourd, las, comme si une centaine d'année d'existence m'était soudainement tombé dessus.

« - Et toi ?

« - Moi ? Demandais-je surpris.

« - Oui. Tu couche bien avec des inconnues.

« - Comment tu… Je me tus, en le regardant droit dans les yeux cherchant une faille. Nous nous faisions presque face, il agitait paresseusement le fond de sa canette en me fixant d'un air visiblement intrigué. Je poussai un soupir en sentant les vapeurs de l'alcool commencer à m'envahir progressivement, c'était comme une sorte de brume tiède aux longs tentacules rampants qui se glissait sous ma peau.

« - Tu ne coucherais jamais avec des filles que tu connaitrais… Venant de toi ce serait presque… vulgaire. Reprit-il.

« - Vulgaire ?

« - Hum… Un peu comme si tu profitais d'elles, parce que tu ne les aimerais pas vraiment, les inconnues c'est plus simple, une heure ou deux, pas de conséquences, le plan parfait.

« - A t'entendre je serais une sorte de pervers, mais je ne suis pas comme toi.

Il eut un rire amusé, c'était la première fois que je l'entendais rire. Un vrais rire, pas une mimique approchante dont il était coutumier.

« - Non, tu es trop candide pour être un pervers.

Je faillis m'étrangler dans ma canette mais je préférai ne pas soulever. Je restai silencieux un moment.

« - Je ne propose jamais. Je me contente de dire oui… Dis-je en détachant chaque syllabe, comme si j'avais moi-même du mal à avouer ce simple fait.

« - Tu dis oui à n'importe qui ? S'étonna-t-il.

« - Presque… Si je ne la connais pas… Je suis un homme. C'est tout.

Il resta bouche bée.

« - Alors tu es ce genre de personne… Tu n'éprouve aucun plaisir ?

« - Tu me prends pour un idiot ou pour un gamin ?! M'énervai-je.

« - Un peu des deux je suppose… murmura-t-il.

Je lui lançai un regard noir.

« - Dire qu'on a aucune pulsion sexuelle c'est comme dire que les poules ont des dents. C'est stupide.

« - Quelle sens de la rhétorique. Et si je te demandais de coucher avec moi tu dirais oui ?

Je me retournai vivement et le sondai du regard. Il n'y avait aucune trace de plaisanterie sur son visage. Il était lisse, parfaitement impassible.

« - Pardon ? Répondis je d'une voix blanche. L'information avait du mal à atteindre le « le quart de connexion synaptique qui me servait de cerveau » comme il l'avait si bien dit…

« - Je dis ça… Si on va dans ton sens, si je te demande de coucher avec moi, tu devrais dire oui.

« - Merci, ça j'avais compris !

« - Tu voudrais coucher avec moi ?

Je haussais les épaules.

« - En générale je dis oui… Mais… Tu… Es… Gay ?

Ce fut à son tour de me regarder sans comprendre.

« - Tu veux dire qu'aucun homme ne t'a jamais…

« - Non mais ! Je sais que j'ai des cheveux longs c'est pas pour autant que je ressemble à une meuf ! M'emportai-je.

« - C'est bon, calme toi… Non, je ne suis pas Gay, si c'est ce qui t'inquiète. Je me demandais juste ce que ça pouvait faire…

« - De me poser une question aussi conne ?!

« - Mais non, crétin, faire l'amour avec un mec ! On en parle souvent, on dit des bêtises, mais on ne veut surtout pas essayer. Même si c'est intrigant, je dis pas que les mecs m'excitent. Je dis juste que ça doit pas changer grand-chose à l'affaire. Un humain reste un humain, de la chaire de la chaire, du sexe du sexe.

« - En clair ?

Il ne me répondis pas tout de suite, il termina sa boite.

« - Kanda, si je te demande ça, c'est plus comme une faveur... Juste pour voir, pour essayer…

« - Pourquoi moi tout particulièrement, les rues grouillent de gosses qui vendent leur culs tu sais…

« - Merci pour toute cette délicatesse, c'est tout à fait toi… grinça-t-il. Bah, toi ou quelqu'un d'autre… Au moins je suis sûr que toi tu me demanderas jamais de compte.

Je restais pensif. Il n'avait pas tout à fait tort… Et puis comme il l'avait si bien dit, qu'est ce que ça pouvait bien changer, après tout… tout le reste n'était que des aprioris et des préjugés.

« - Au pire on mettra ça sur le dos de l'alcool. Dit il amusé en montrant les cadavres de canettes vides qui s'entassaient entre nous.

« - Merci, mais je n'ai pas encore assez bu pour ne plus savoir ce que je fais. Répondis-je froidement.

« - Alors ?

Je poussais un long soupir et m'étirai en me grattant l'arrière de la tête.

« - Pourquoi pas… au pire je te tranche en deux et je mets les morceaux au congélos…

Je me levai et fit quelques pas vers l'intérieur avant de me retourner dans sa direction.

« - Tu préfère peut être que je change d'avis ? Demandais-je les mains sur les hanches, les sourcils fronçaient. Son expression passa de la surprise à l'amusement en un quart de seconde et en quelques pas il fut en face de moi. Sa main se glissa sur ma hanche et je sentis un frisson glacé me parcourir de part en part. n'étais je pas en train de faire la plus grosse erreur de toute ma vie ?

A suivre