Russie avait décidé de prendre quelques vacances, qu'il avait réussi à obtenir avec l'accord de son supérieur. Il y était allé seul. Aussi étonnant soit-il, il avait exprimé l'envie de ne pas partir accompagné. Il souhaitait juste... Profiter du soleil et de la plage par lui-même.

Croiser alors Seychelles dans son propre territoire n'avait alors rien d'extraordinaire. Elle avait l'air surprise de le voir ici en revanche. C'est vrai qu'il avait plutôt pris ses précautions en donnant son nom humain que celui officiel.

Quoi qu'il en soit, elle se décida à le prendre en charge pour lui faire redécouvrir les lieux - il y était déjà venu à l'époque soviétique mais le Russe n'avait pas eu le temps d'explorer. Il n'était parvenu dans les îles que pour établir des relations - et la protéger d'éventuels extrémistes voulant renverser le pouvoir. Mais jamais pour trouver un peu de quiétude.

Il reconnut la manière de faire de France lorsqu'elle lui exposa les lieux les plus touristiques, et il se sentit dans l'obligation de la taquiner un peu.

Cela ne loupa pas. Mais, bizarrement, il trouva cela moins satisfaisant qu'avec les autres. Peut-être parce qu'elle était trop mignonne pour ça. Il se dégageait une forme de candeur dans la manière d'être de la jeune femme, et il trouvait ce trait totalement adorable.

- Eh bien, si ça ne te plait pas, je peux essayer de trouver autre chose... Voyons voir... Réfléchit-elle à voix haute.

La jeune femme se mit à faire des petits allers-retours. Ses sandales faisaient drôle de bruit et relevait un peu de poussière.

- Est-ce que tu souhaiterais visiter un parc naturel ?
- Non, répliqua-t-il aussitôt.
- Euh... Le quartier culturel alors ?
- Non.
- Heeeeuuu... Bredouilla-t-elle en perdant progressivement tout ses moyens. Il en profita pour dire:
- Non.

Elle lui lança un regard interloqué, avant de gonfler les joues d'un air mécontent:

- Tu le fais exprès! Et moi qui essayais de te faire plaisir !
- Ufufu, c'était trop tentant. En vérité, j'ai simplement envie d'aller à la plage, finit par avouer l'Eurasien.
- Ah oui! Je peux t'en conseiller quelques-unes pas trop fréquentée, si tu veux? Ne me dit pas « non » juste pour m'embêter, sinon je m'en vais tout de suite!
- … Est-ce que ça serait une menace?

Pour être franc, il ne se sentait pas provoqué. Il était plutôt amusé par la situation. Il dirait même, qu'elle le rendait joueur.
Et il semblerait que ce soit le cas pour elle aussi:

- Je vois qu'on ne peut rien te cacher. Alors, est-ce un oui ou un non?
- Ce n'est pas un vrai choix si on me menace, rétorqua-t-il faussement contrarié.
- Je vais prendre ça alors pour un oui, décréta-t-elle en lui faisant un clin d'œil d'un air entendu.

Elle l'avait attrapé par le bras et il s'était laissé entraîner.

Il passa vraiment un très bon moment avec elle. Le paysage, l'atmosphère particulière des tropique, la chaleur, la mer étaient déjà des éléments qui l'attiraient. Mais elle avait su embellir tout ça. Juste par sa simple présence.

C'est une personne simple. On ne peut pas vraiment parler de Carpe Diem avec elle (contrairement à Grèce) mais plus, d'une humble reconnaissance des aspects positifs que l'on retrouve chaque chose. Cela parait bête, mais Russie l'admire pour cette capacité. Il ne sait pas si c'était à cause de son passé ou de sa manière de penser, mais il a tendance à se laisser submerger par les idées négatives.

Il y a beaucoup d'autres choses qu'il apprécie en elle.
Le fait qu'elle ait toujours quelque chose à dire - même si parfois c'est d'une banalité affligeante, elle parle. Elle lui parle. Il a ainsi toujours une petite idée de ce qu'elle a en tête.
Il aime aussi sa capacité à l'écouter. À le comprendre. En retour, il essaie de la comprendre aussi.

Elle non plus n'a pas eu une vie facile. La nation africaine avait longtemps - non, vit toujours dans une grande solitude. Dans l'isolement. Parfois, ceux qui devraient la considérer comme une égale lui refuse ce titre, quand ils n'oublient pas simplement son existence. Elle avait été la petite chouchoute de deux grandes nations européennes, qui l'avaient par la suite au mieux délaissé, au pire dénigré.

- Moi, je ne t'oublierais jamais Seychelles. Tu seras toujours mon amie.

Ils étaient alors allongés dans le sable quand il lui promit cela. Il faisait nuit; ils étaient seuls avec les étoiles et la mer, qui respirait doucereusement pas si loin d'eux.
Dans la pénombre, Russie la vit tourner son visage vers lui. Une expression affligée, malgré son sourire doux, s'y lisait.

- C'est ce qu'ils m'ont dit aussi, murmura-t-elle tristement.
- Je ne suis pas comme eux, rétorqua-t-il aussitôt.
- Exactement comme ils le prétendaient, continua la jeune femme.

Cette dernière phrase le déstabilisa. Mais elle reprit:

- C'est vrai, ceci-dit, que tu n'es pas comme eux.

Puis elle se tut. La mer, elle, expira longuement.


Sa relation avec Seychelles était curieuse. Normalement, il usait toujours plus ou moins un moyen de pression sur ses amis - parce que c'était ainsi que l'on procédait. Avec elle, il n'en avait mystérieusement pas l'envie. Tout était si fluide entre eux qu'ils n'avaient pas besoin de ça.

Peut-être même trop.

C'était si naturel qu'il avait toujours envie de la voir, d'aller chez elle, de se baigner avec elle dans la houle, de siroter une boisson sucrée (et alcoolisée de préférence) en sa compagnie, de regarder des films ensemble. Il était toujours habité par une douce rêverie quand il pensait à elle, par le désir chaste de tenir sa main, de la serrer contre lui, de ne l'avoir que pour lui et lui tout seul.

Il était encore capable de distinguer ses quelques défauts, mais il trouvait toujours un moyen de les justifier.
Oui, elle était une horrible cuisinière, mais lorsque l'on a été pendant si longtemps sous le gouvernement britannique, l'inverse relevait du miracle. Et puis, cela pouvait toujours se corriger.
Oui, elle avait cette tendance à laisser échapper des informations, mais ce n'était jamais rien de capital. Jamais elle n'avait divulgué une conversation grave, dans laquelle il avait précisé de la garder pour elle.
Oui, elle était parfois un peu trop insouciante et manquait de pugnacité, mais n'était-ce pas là une partie de son charme?

Lorsque la révélation de son attirance pour la Seychelloise le transcenda, la premier chose qu'il pensa fut:

Mais quel con je suis.

Pourquoi fallait-il qu'il désire toujours plus? Pourquoi ne pouvait-il jamais se satisfaire de ce qu'il possédait?
Pourquoi?

Il était déchiré. Une partie voulait progresser dans cette relation, aller plus loin encore. L'autre voulait arrêter cette machine infernale, avant qu'il ne la perde pour toujours. Ça serait trop dur, trop difficile de vivre sans voir son sourire. De ne plus la voir venir vers lui, sans qu'il n'ait à faire quoique ce soit. Vivre en n'entendant plus le claquement si caractéristique de ses petites sandales rouges. Ne plus la voir tout court; ou même pire, la contempler s'éloigner au loin, avec cette expression de mépris, de dégoût, de peur.

Il ne voulait rien de tout ça.

Alors, même s'il eut la sensation de tuer une partie de lui-même, il choisit ce qu'il lui parut être le plus sage.

Ils visitaient un cosmodrome, au Kazakstan. Seychelles ne cessait de le harceler de questions au sujet de l'espace :
Comment est-ce ?
Est-ce que tu as pu t'approcher des étoiles?
C'est vrai que l'on voit la muraille de Chine depuis là-bas?
Quel goût a la fameuse nourriture déshydratée?

Il lui répondait distraitement :
C'est incroyable, et en même temps terrifiant. On se sentait si petit là-haut. Mais être parmi les astres étaient aussi si fantastique!
Non, c'était trop dangereux, il ne les avait observées que de loin.
Non, on ne voyait pas la muraille de Chine, malgré ce que prétendait son propriétaire; en revanche on apercevait les chaînes de montagnes.
C'était plutôt bizarre et honnêtement il préférerait ne pas y penser.

- Seychelles, il faut que l'on parle, lâcha-t-il abruptement.

L'Africaine lui fit face. Elle ne souriait plus. Elle était devenue extrêmement sérieuse.

- Qu'il y a-t-il?
- Il… Il faut qu'on arrête de se voir, formula-t-il à contrecœur.

Ses sourcils se haussèrent. Lui, il préféra détourner les yeux.

- Pourquoi? Qu'est-ce qu'il se passe? J'ai dit quelque chose qu'il ne fallait pas? Ton patron t'as…?
- Non, ce n'est pas ça, ce n'est pas toi, ce n'est pas mon patron, coupa-t-il avant de prendre une inspiration. C'est juste que l'on ne peut plus être amis.
- Mais pourquoi?
- Parce que je crois que je t'aime.

Il avait presque avalé cette phrase tellement il l'avait prononcé vite. Il posa ses yeux mauves sur elle un court instant, juste histoire de lire la surprise sur son visage. Au moins, elle ne paraissait pas en colère ou terrorisée…

Il sentit qu'on lui prenait les mains, et ce simple geste lui creva le cœur. Comment pouvait-elle être aussi insensible? Elle ne voyait donc pas qu'il souffrait atrocement et que ces innocentes marques d'affection piétinaient ses convictions? Qu'elle rendait cela plus insupportable que cela ne l'était déjà?

À bout, le blond allait lui lâcher une remarque cinglante mais lorsqu'il vit son visage - si doux - il se stoppa.

- Eh bien, murmura-t-elle alors que ses joues rosissaient, je ne pense pas qu'on devrait s'arrêter-là. Parce que… Je crois que je t'aime aussi.

Le temps se figea. Tout ce qu'il y avait autour d'eux disparu - comme-ci ces simples mots venaient de les éjecter de l'espace-temps. Le sang lui monta brutalement au visage. Son cœur rata un battement.
Avait-il déjà éprouvé autant de joie? L'émotion était si forte qu'il peinait à respirer. Ses mains tremblaient presque. Etait-ce réel? Avait-il bien entendu ce qu'elle venait de dire ou était-ce un simple rêve?

Il aurait bien dit quelque chose, mais il sentit son cœur lâcher. Au sens propre.
L'organe tomba à terre, provoquant un bruit moite qui, heureusement, n'attira pas l'attention des quelques humains environnants. La jeune femme suivit des yeux la chute du muscle, battant encore, les traits crispés par l'horreur.

Ils fixèrent d'un air vitreux le morceau de chair qui venait de briser toute la magie de cet instant. En sachant ce qui allait suivre, Russie est heureux d'avoir pu parler à temps de ce… Défaut physique avant qu'il ne survienne.

Quoiqu'il en soit, Seychelles fut la première à reprendre ses sens:

- JésusMarieJoseph, jura-t-elle à voix basse, que- qu'est-ce qu'on fait?
- Ne panique pas, je vais juste le remettre à sa place, lui murmura-t-il en se penchant.
- Mais tu es sûr que ça se verra pas? Ça fout du sang partout ! En plus, je suis sûre que c'est super sale par terre! Tu devrais aller le laver discrètement… Au moins passer de l'eau dessus aux toilettes, je sais pas!

San prendre en compte son avis, il replaça son cœur dans sa poitrine. Puis il sortit un mouchoir et épongea le sang. Dans le pire des cas, si ça se voyait encore, on pensera que quelqu'un avait saigné du nez.
Il fronça les sourcils quand il assimila les propositions de la jeune femme. « Laver son cœur ? » Quelles idées bizarres elle pouvait avoir parfois.

Toujours affolée, elle continuait dans ses divagations délirantes:

- O-on devrait quand même aller voir un médecin ou même aller à l'hôpital…!
- Seysey, je n'ai pas besoin de ça, rétorqua-t-il avec un peu d'humeur, ça arrive rarement et bien que c'est souvent handicapant ça n'est pas si grave que ça en à l'air.
- MAIS ON PARLE DE TON CŒUR! Explosa-t-elle.

Les quelques humains autour d'eux se retournèrent, intrigués.

Seychelles eut une expression embarrassée. Elle se pinça les lèvres, comme-ci cela allait l'empêcher de crier de nouveau.

Ils durent donc couper court à leur visite, sous peine que sa compagne devienne complètement hystérique.
Ils se posèrent à leur hôtel. Il la convainquit que ce n'était pas si terrible que cela en avait l'air, de perdre son cœur de temps en temps. Et que, pour être franc, cela faisait un moment que ce n'était pas survenu. La brune soupira longuement, avant d'hocher la tête mollement, pour confirmer son assentiment.

Quand ils furent plus calmes, Russie lui demanda:

- Alors… Où en sommes-nous?

Ils étaient assis l'un à côté de l'autre sur le lit recouvert par une couverture beige. Il n'osait pas trop la coller. L'atmosphère n'y était pas propice. Ils ne se regardaient pas, fixaient le mur recouvert de papier peint démodé.

Seychelles releva ses jambes pour se mettre en tailleur.

- Eh bien, ça dépend. Il faudrait d'abord que tu sois sûr que tu m'aimes, tu ne crois pas? Lança-t-elle alors.
- Qu'est-ce que tu veux dire?
- N'est-ce pas ce que tu as dit? Que tu « croyais » m'aimer?
- Tu l'as dit aussi, rétorqua-t-il, pincé.
- Je ne l'ai dit que parce que tu l'as dit en premier.

Ils se dévisagèrent. Lui arborait une expression agacée, elle très dure. Puis, celui de la jeune femme se fit un peu plus tendre et mélancolique:

- Moi, je t'aime vraiment. Mais j'ai peur que tu utilises cet amour contre moi. J'ai peur que… Tu ne saisisses pas bien ce concept.

Il resta muet. Son expression ne changea pas.

- Si tu m'aimes vraiment, reprit-elle plus fermement, est-ce que tu seras capable d'accepter que je ne sois pas toujours d'accord avec toi? Que j'aurais envie de faire des choses que toi tu ne voudras pas faire? L'inverse est vrai aussi mais… Est-est-ce que tu seras capable d'accepter qu'il faut que l'on fasse des compromis? Que tu ne pourras jamais entièrement me posséder? De me considérer comme une véritable égale et non comme une subordonnée?
- Ça, je le fais déjà, coupa-t-il.
- … Oui… Admit-t-elle.

Ils restèrent silencieux. Ce fut à lui de prendre la parole:

- A vrai dire… Je voudrais pouvoir te dire que je peux me contenter du minimum. Mais… À chaque fois que je me dis ça… Je finis toujours par réclamer plus. Alors… Je préfère ne pas te faire de promesses.

L'homme blond prit une grand inspiration, se détourna d'elle et ferma les yeux :

- C'est peut-être mieux que l'on s'arrête là. Comme ça, personne ne sera blessé.
- Non.

Il se retourna vers elle, choqué.

- Je veux dire… Je veux que l'on se donne une chance, continua-t-elle, si… Si tu es d'accord, bien sûr.

Le Slave entrouvrit les lèvres.

- Tu es sûre de toi?
- Certaine.

Son ton était déterminé, inébranlable.

- J'imagine alors… Que l'on peut essayer… Susurra-t-il avec un léger sourire.

Il eut un nouveau moment de flottement. Puis, doucement, Seychelles se rapprocha de lui. Et lui, il passa, lentement, son bras sur son épaule, l'attirant vers lui..

Ils se blottirent l'un contre l'autre et restèrent de longues minutes dans cette position. Sans rien dire. En silence. Apaisés.

Paisibles.


Les prémices de cette nouvelle relation furent maladroites. C'était un peu comme s'ils réapprenaient à se connaître.

Il apprit qu'elle avait eu une liaison avec Inde qu'elle nommait « sexfriend ». Il ne comprit pas très bien le concept - d'après ce qu'il avait saisi, elle n'était pas amoureuse de lui mais ils avaient tout de même eu des rapports sexuels. Russie avait (et a toujours) du mal à concevoir comment cela était possible, mais bon, soit. Admettons.
Aussi, elle avait eu des aventures avec quelques humains. Jamais avec des femmes ceci-dit. L'occasion ne s'était jamais présentée, lui avait-elle dit en haussant les épaules.

Quant à lui, ses expériences avec le genre féminin commençaient sérieusement à dater. Il aurait pu avoir une occasion avec Vietnam, qui lui avait proposé quelques temps après son entrée dans le communisme. Mais il avait refusé. Il n'était pas intéressé. Avec un peu de recul, il avait eu peur de l'avoir froissée; mais visiblement elle n'en était pas sortie plus traumatisée que ça.

En plus de ça, Russie a peur de précipiter les choses. Il ne faut pas être un génie pour imaginer qu'un couple constitué d'une petite femme et d'un homme si grand et bien bâti (sans vouloir se vanter) peut entraîner des complications. Surtout si ce dernier est une brute.
Pour ces raisons, il préfère que ce soit elle qui le sollicite en premier. Ils y vont doucement, à tâtons.

Ça n'empêche pas toujours les accidents. Leur première fois le témoigne.
Le blond était allongé sur le lit tandis qu'elle le chevauchait. La jeune femme s'était laissé un peu emporter, et lui avait mal calculé la distance avec le dos du mur. Résultat: il s'était pris une belle bosse et ils n'avaient même pas pu conclure.
Aujourd'hui, c'est devenu un sujet de plaisanterie. Il ne compte plus le nombre de fois où l'un d'entre eux y a fait référence et où ils ont fini les quatre fer en l'air, complément hilares.

Mais ils ne font pas souvent l'amour, à vrai dire. Ce n'est pas qu'il déteste ça, mais comme dit précédemment, ce n'est pas ce qui le transcende dans une relation. D'ailleurs Seychelles est sûrement celle qui propose le plus l'idée. Il refuse rarement, mais c'est déjà arrivé.
Si elle lui a assuré que ce n'est pas un problème, il a toujours peur que cela la pousse à aller voir ailleurs. L'Africaine a toujours eu des mœurs un peu plus libres que les siennes. De ce fait, il zieute toujours celle-ci lorsqu'elle va voir son ami indien.

Inde est l'une des rares personnes à connaître véritablement leur statut de couple. En plus de lui, il doit il y avoir France (qu'il a menacé d'égorger si jamais il venait à le répéter) et peut-être Australie ou Chine. Ils sont aussi amis avec son amante, après tout.
S'il n'a jamais surpris l'Asiatique à divaguer des propos déplacés, le Slave avait tout de même tenu à lui dire que, si par malheur, il venait à apprendre que « Seysey » et lui avaient batifolé, des choses terribles allaient se produire. Pas sur le devant de la scène mondiale bien sûr, mais dans les coulisses, il y aura des représailles. Et ça ne serait pas joli.

L'Indien avait eu un petit rire mélodieux, comme si ce qu'il venait de dire était une bagatelle amusante. D'un air posé, il lui affirma:

- Allons Russie, je ne chercherai jamais à faire de la peine à des amis aussi importants que vous deux.

L'intéressé ne sut pas trop si c'était hypocrite ou non. Mais cela lui suffi, pour l'instant. Il murmura un « bien » puis partit.

Ainsi, son idylle avec Seychelles poursuit une route plutôt tranquille. Elle est patiente avec lui. Depuis qu'il lui a confié qu'il souhaite devenir une meilleure personne, elle essaie d'être prévenante. Elle lui dit quand il doit s'arrêter avant que les choses aillent trop loin.
Une fois, il n'en avait qu'à sa tête; la Seychelloise lui avait claqué la porte au nez et était partie ruminer sa colère ailleurs. Il avait dû parcourir toutes les îles de sa maison avant de la retrouver. Cela lui avait pris facilement deux semaines.

- Ne refais plus jamais ça, le prévint-elle, plus jamais ou on arrête tout.
- Je te le promets.
- Montre-moi tes mains et promets-le moi, insista-t-elle pour se prémunir de tricheries éventuelle.
- Je promets de ne plus recommencer, répéta-t-il en lui montrant ses doigts bien écartés les uns des autres.

Et jusqu'à présent, il tient sa parole. Il ne lui a plus jamais reparlé de mariage à compter de ce jour.


Il termine son verre de bière fraiche. Seychelles a simplement pris de l'eau pour sa part. Elle pose à son tour le verre sur la table en bois.

- Alors, qu'est-ce qui t'empêchais de dormir à ce point? Lance-t-elle.
- Est-ce que tu trouves que je suis bizarre à ne pas aimer le sexe?

L'Africaine cligne des yeux, perplexe.

- Pourquoi est-ce que tu penses ça?
- C'est que… Tout le monde a l'air de dire que ce n'est pas… Vraiment normal de ne pas aimer ça. Non?

Elle reste silencieuse, l'invitant à poursuivre.

- Alors je me demandais à quoi cela pouvait être dû. Et après je me suis perdu dans mes pensés…
- … Vanya, je ne crois pas que tu sois plus étrange que les autres, surtout sur ce genre de… Critères.
- Mais est-ce que tu m'aimerais plus si je me sentais plus investi ?
- D'où est-ce que tu sors cette idée? S'exclame son interlocutrice, non, je ne t'aimerai pas plus si tu devenais France!
- Pas à ce point-là, bougonne-t-il, mais… D'un manière plus -
- Chéri, il n'y a pas de manière « normale » pour ce genre de chose. Chacun a ses standards.

Elle prend les deux verres qu'elle met dans le lave-vaisselle avant de revenir. Elle s'assoit sur la chaise à côté de lui et lui saisit les mains.

- De toute façon, nous sommes des nations. A partir de quel moment sommes-nous normaux?
- Bien dit, sourit-il légèrement.

L'Africaine a un rire clair.

Seychelles s'est alors rapproché de lui, afin de s'installer sur ses genoux. Il l'accueillit, l'enlaçant à la taille.

Il s'enfouit dans sa poitrine pendant qu'elle lui caresse les cheveux, apaisé. Son parfum iodé lui chatouille les narines.

- Je t'aime, souffle-t-il.
- Je t'aime aussi, lui répond-t-elle en l'embrassant sur le front.
- Je t'aime tellement que je voudrais te serrer dans les bras jusqu'à ce que l'on explose.

Silence. Seychelles s'est stoppé dans son mouvement. Elle tente, hésitante:

- Euh... Comment dire... Non merci?
- Ufu, c'était une blague. Si on explosait, on ne pourrait plus se faire de câlins. Ça serait trop triste !

Elle pouffe un peu, rassurée.

La brune pose sa tête contre la sienne. Elle lui demande ce qu'ils doivent faire - se recoucher ou rester debout?

- Allons dehors, propose-t-il, j'aimerai regarder les étoiles avec toi avant le début du jour.
- Ok! Je t'attends devant la maison ?
- Va-s'y.

Leurs lèvres se touchent. Puis ils se séparent, un peu à regret.

Il ne sait pas si cette relation durera. Il aimerait pouvoir se dire que oui, qu'ils ont le droit d'espérer. Mais il est un peu trop grand pour croire encore aux fins de contes de fées...
Il subsiste quelque part un petit brin d'espoir dans son cœur. Peut-être que leur amour persistera. Peut-être que jamais ils ne se lasseront l'un de l'autre. Peut-être.

Une chose est certaine cependant. C'est, que maintenant, alors qu'ils contemplent tous les deux le paysage en se tenant la main...

... C'est que les étoiles, aussi belles soient-elles, ne valent pas l'aurore.