POV Bella

Je ne sais pas ce qui m'a poussé à sauter après elle dans le vide. Un vide que mon corps reconnaissait après plus d'un siècle. Mais cette jeune fille, m'émouvait. Je voulais qu'elle vive, comme moi j'avais vécu. En paix, entourée de l'amour de mon époux et de ma famille.

Je nageais profondément, et enfin j'aperçus le corps d'Amaryllis.

Un corps entouré par un halo rouge.

Du sang. Je m'empressai auprès d'elle et rencontrait enfin son regard. Un regard vide. Un regard mort…


Suite du POV de Bella

Un regard mort… dans un corps en agonie. Voila ce qui restait de cette jeune fille aux cheveux ailes de corbeau et aux yeux ardoise.

Je plantais mes yeux dans l'argenté de ses yeux, un argenté de plus en plus terne. Je sentais que son âme se déconnectait de son corps et mon esprit ne cessait de se répéter la pensée suivante :

*Sauve-la ! Donne-lui la seconde chance dont tu as pu jouir toi-même !*

Au plus profond de moi-même, je me voyais en elle, jeune fille de 18 ans que l'amour de sa vie avait quitté !

*Je… je dois l'aider*

Doucement le sang se mélangeant à l'eau saline entrait dans ma gorge y allumant un feu brûlant. La faim du sang se faisait pressante, mais ma foi en mes convictions enchainait le monstre en moi.

Je pouvais la transformer et lui donner une seconde vie, une vie où elle pourrait retrouver l'homme qu'elle aimait. Je me penchais doucement vers sa jugulaire et au moment même où j'y plantai les dents, son cœur cessa de battre. Aussitôt le venin commença son effet. Ses yeux qui s'étaient auparavant fermés, s'ouvrirent et se dotèrent d'un éclat torturé. Je la voyais ouvrir sa bouche pour crier mais l'eau s'y engouffra et son cri se perdit dans un tourbillon de bulles remontant vers la surface. Je la pris dans mes bras et nagea en direction de l'air libre.

Depuis l'instant où j'avais décidé de la transformer, mes gestes se firent nerveux.

De retour sur la falaise, je sentis les yeux d'Edward peser sur mon dos, Alice restait statique, le regard quelque peu perdu dans le vide. Elle se tourna vers moi :

- La transformation se fera,… Je… sais pourquoi tu as fais ça… quoiqu'il arrive… ne le regrette jamais…

- Bella, l'interrompit Edward, nous devrions la ramener à la maison et prévenir le reste de la famille…

- Oui, répondis-je, est ce que tu arrives à entendre ses pensées?

- Oui, je sais qu'elle souffre, le venin a eu le temps de commencer son œuvre avant qu'elle ne meure…

- Retournez à la villa, je vais prévenir les autres à la Push, déclara Alice.

Pendant que sa sœur parlait, Edward s'avançait vers moi, il plongea l'ambre de ses yeux dans les miens et me caressa doucement la joue puis il baissa sa main vers Amaryllis pour la récupérer de mes bras et la porter. Nous courûmes, mon mari me dépassant et moi restant à l'arrière pour méditer sur la décision que je venais de prendre.

Quand je franchis la porte, tous les Cullen, Black, Hale, Clearwater s'empressaient autour de l'« humaine ». Carlisle veillait à ce que tout ce passe bien, Jasper essayait tant bien que mal de calmer la douleur et la tension régnant autour et Alice restait quant à elle assise fixant du regard la jeune fille en pleine transformation.

Rosalie et Renesmée s'approchèrent de moi et posèrent leur tête sur chacune de mes épaules. Je restais là statique, parfaite statue pour les yeux d'un humain si ce n'est mes cheveux gorgés d'eau.

Je voyais son visage déformé par la douleur, la plaie ouverte suintant de sang et son corps tressauter sous sa respiration saccadée. Les battements de son cœur se faisaient lents pour repartir plus rapides. Rosalie lui avait enlevé ses vêtements et elle était vêtue maintenant d'une robe blanche appartenant à Alice.

Cette jeune fille représentait pour les Cullen et les Hale beaucoup de choses :

Un nouveau-né à maitriser pour Jasper ;

Une autre amie à conquérir pour Alice ;

Un reflet de la Bella humaine pour moi ;

Un passé douloureux pour Edward ;

Une jeune fille qui perdait son humanité pour Rosalie ;

Un autre vampire à taquiner pour Emmet ;

Un retour vers le souvenir de son propre suicide pour Esmée ;

Une âme damnée de plus pour Carlisle.

Je détournais mon regard d'elle et fixait Renesmée, elle posa doucement sa main sur ma joue et plusieurs images défilèrent : Moi le visage crispé par la douleur en train de lui sourire après l'accouchement. Elle plongea son regard dans le mien et murmura :

- C'est ma sœur maman, à elle aussi tu as donné la vie, tu as maintenant une autre fille.

Edward se tourna vers moi et ses yeux s'emplirent de douceur. Puis il retourna au chevet d'Amaryllis.

*A toi de jouer Amaryllis, survis et essaie de ne pas trop m'en vouloir !*


Edward POV

Je vivais en plein cauchemar. Je ne comprenais pas Bella et pourtant je la sentais chamboulée par cette jeune fille qui semblait vivre cette douleur autrement vécue. Elle se trouvait maintenant étendue sur le lit, de temps en temps un halètement sortait de sa bouche entrouverte. Malgré la douleur de la transformation les mêmes pensées précédant son saut dans le vide s'agitaient et occupaient son esprit :

*Ce sera comme si je n'avais jamais existé… disparaitre… devenir un lointain souvenir qui s'effacera avec le temps…*

Ses pensées me torturaient, me ramenant à l'époque où c'était Bella qui nourrissait de tels désirs. Mourir, je comprenais ce vœu, cet appel. Ne l'avais-je pas souhaité tant de fois avant ma rencontre avec la raison de mon éternité ?

Mais disparaitre ? C'est un vœu tellement cruel, son chagrin, l'abandon qu'elle avait vécu la poussait à vouloir oublier son existence, sa vie sur terre. Elle voulait effacer le moindre souvenir renvoyant à elle. Je la revoyais avec Andrei, leurs yeux brillants d'amour, leurs gestes tendres, l'espoir et la joie de vivre imprégnant le moindre de leurs mouvements. Puis je revoyais le jeune homme, le visage froid, la repousser. Son visage à elle contracté par les paroles de son amour et palissant à vue d'œil.

Ma main et celle de mon père frôlaient de temps en temps son bras. L'air avait beau être saturé par l'odeur du sang, nous étions tous pris par l'étrangeté de cette soirée qui devait avant tout être empreinte d'une certaine nostalgie.

Et nous voilà rassemblés tous autour de la forme allongée. Des heures s'étaient écoulées, pourtant nous restions là, immobiles. La transformation se faisait petit à petit et la métamorphose physique était de plus en plus apparente. La jeune fille autrefois de taille moyenne avait perdu encore un plus de cm la rendant aussi petite qu'Alice. Sa peau autrefois laiteuse prenait une teinte craie et ses cheveux noirs comme l'encre se teintait d'une couleur étonnante. Sa chevelure se colorait d'une couleur aussi argentée que l'avaient été naguère ses yeux. Ses yeux qui dans… je levais mon regard vers l'horloge… cinq heures seraient rouges, comme le sang…comme les flammes de l'enfer...


Esmée POV

Je me sentais mal à l'aise. Le goût amer du venin baignait dans ma bouche.

Je posais mes yeux partout sauf sur la forme étendue. Je savais que, plus tard, je l'aimerai comme j'avais aimé chacun de mes enfants. Seulement la façon dont elle s'était jetée dans le vide, la manière qu'elle avait choisie pour mettre fin à sa vie me transportait longtemps en arrière. Vers cette autre vie que j'avais vécue, où j'avais aimé, atrocement souffert. Une souffrance telle qu'elle m'avait poussée au suicide.

Désespoir, souffrance, nostalgie mais surtout le visage de cet enfant, de mon enfant tant chéri et qui m'avait quitté trop tôt. Après deux jours de transformation et demi, je portais enfin mon regard sur Amaryllis et posais ma main sur son front désormais glaciale. Une fraicheur qui contrastait avec le feu qui la dévorait de l'intérieur.


Amaryllis POV

Je… je sentais une douleur, une douleur atroce. Comme celle que TU as du vivre. Un feu me brulait et mon corps s'embrasait comme projeté dans un foyer rougeoyant.

Je ne comprenais pas !

Je mourrais et pourtant cette sensation, cette torture était bien trop présente dans mon cœur et mon corps comme si de la lave avait élue domicile dans mes veines. Un volcan en pleine éruption. Je me sentais projetée en plein enfer…peut-être y étais-je ! N'avais-je pas commis l'irréparable ? Le suicide n'était-il pas péché ? Dieu existe donc ! C'est mon père qui aurait été content de le savoir, lui si croyant, enfin plus tellement depuis SON départ… Je voulais seulement mourir et disparaitre…

'Ce sera comme si je n'avais jamais existé'

L'écho de ses paroles se faisait de plus en plus loin, tes traits de plus en plus flous. J'espère que l'enfer me fera souffrir assez pour m'aider à oublier. A t'oublier. La douleur physique est beaucoup plus supportable que la douleur morale.

Oublier mon propre nom, ma propre vie, mon propre passé, les traits de mon propre visage, TES traits, ma douleur et TES paroles… Ma propre existence tout simplement. Je voulais effacer l'essence même de ce que j'étais. Je savais qu'on ne me pleurerait pas. Je ne comptais plus pour personne. Surtout pour toi. Tu ne m'as jamais aimé. Tout ma vie a été une vulgaire comédie, un lourd mensonge et moi j'avais été coupable et victime.

Maintenant tout est fini. Quelque part au fond de moi, je tirais une satisfaction de cette douleur qui m'habitait. Je la méritais. Au même titre que tes paroles…

Tout à coup, je sentis la douleur refluer de plus belle, se dirigeant inéluctablement vers mon cœur battant la chamade… Battant ? Pourquoi ? La mort ne lui impose-t-elle pas l'ultime silence?

Un battement, puis un autre, je sentais que le suivant serait le dernier. Je me sentis glisser vers le néant puis une voix se fit entendre au plus profond de mon être :

*Amaryllis n'est plus !*


POV extérieur

La villa Cullen était plongée dans un silence depuis trois jours. Un silence entrecoupé par des hurlements empreints de douleur et de souffrance. Un, deux, trois battements se firent entendre puis le bruit d'un rapide mouvement se fit entendre.

Si quelqu'un regardait par la fenêtre, il verrait un bien étrange tableau.

Un groupe de personnes dont la beauté surpassait la normale se tenait là.

Il verrait aussi une très frêle jeune fille sauter gracieusement du lit vers un recoin de la pièce. Le corps raidi dans une position féline. Il entendrait un grondement féroce sortir de sa bouche et admirerait l'argenté de sa chevelure, le rose de ses lèvres, le marbre de sa peau. Et quand il rencontrerait ses yeux rouges, rouges comme le sang, il serait hypnotisé par leur magnétisme et leur profondeur...

Il verrait aussi les hommes de l'assemblée se mettre devant les femmes et se pencher dans la même position que la jeune fille.

Oui, il verrait bien des choses surprenantes et chose plus étonnante, il entendrait la fille aux cheveux argentés demander, d'une voix cristalline :

- Qui êtes-vous ?

- Tu ne te rappelles pas de moi, nous nous sommes rencontrées sur la falaise, lui répond une jeune femme aux longs cheveux bruns et aux yeux étonnement dorés.

- Falaise ? Quelle falaise ?

- Amaryllis, tu dois te poser diverses questions, nous allons essayer d'y répondre...

- Amaryllis ? Toutes mes questions, dites-vous ?

- Oui, toutes !

- Alors peut-être pourriez-vous répondre à celle-là…

- Oui, vas-y !

- Qui suis-je ?


Voila un nouveau chapitre, j'espère qu'il vous a plu ?

Qu'en pensez-vous ? J'aimerai que vous me fassiez part de vos remarques et de vos suppositions quant à la suite de ma fiction !

Gros bisous

Et merci pour ceux qui m'ont laissé des reviews ! ^^

Dolorena