N/A : Encore une fois, merci pour tous vos ajouts. Je ne vous retiens pas plus longtemps et vous laisse découvrir ce chapitre.
MERCY
- ISABELLA MARIE SWAN, TU AS INTÉRÊT À TE GROUILLER SI TU NE VEUX PAS QUE JE VIENNE TE CHERCHER PAR LA PEAU DES FESSES !
- Putain… C'est vraiment Alice qui gueule comme ça ou j'hallucine ? marmonna Rosalie en se retournant dans le lit, tirant la couette au dessus de sa tête pour faire rempart aux ultrasons de ma meilleure amie.
- Si seulement, grognais-je en tirant à mon tour la couverture. En effet même si ma cousine avait une fâcheuse tendance à utiliser la couverture pour elle, causant de nombreuses batailles, ma petite bien que confortable maison n'avait pas de chambre d'amis et je n'avais pas d'autre choix que de m'engager dans des batailles de territoire.
J'entendis des pas lourds dans les escaliers et soupirais en songeant qu'Alice avait dû utiliser sa clé pour pénétrer dans ma maison. Qu'est-ce qui n'allait pas chez moi pour que je lui donne, volontairement et spontanément de surcroit, une clé lui permettant de venir me faire chier quand elle le voulait ?
- Rosalie, dis à ta cousine de se lever, tenta Alice d'une voix douce en grattant à la porte. Son ton sous-entendait "et tout ira bien" si on accédait à sa demande, mais impliquait que dans le cas contraire ça allait mal se passer. Je n'avais pas vraiment de doute quant à l'issu de cette histoire, mais je laissais Alice espérer.
Elle gratta d'ailleurs de nouveau à la porte de ma chambre, me rappelant Misty, le chat que j'avais à six ans. Alice, Emmett et moi avions laissé la porte d'entrée ouverte et il s'était échappé. Cette fuite lui avait sans aucun doute sauvé la vie étant donné qu'Emmett avait prévu de le coller à son avion modélisé en tant que pilote. Misty avait dû concocter son plan dès qu'il avait compris qu'Alice ne prêterait pas sa poupée Barbie à son frère.
- Putain, ta gueule la naine !
Alice couina d'indignation aux mots employés par Rosalie et tenta encore une fois d'ouvrir la porte, cognant dessus bien qu'elle ait été fermée à clé la veille par Rosalie - celle-ci étant somnambule et se dirigeant toujours vers le frigo, c'était un impératif.
- C'est quoi ce raffut ? bougonna Charlie en sortant sans doute de sa chambre. Sa voix me parvenait étouffée par les murs, mais il semblait énervé de s'être fait réveillé pendant son jour de congé.
Alice prit une voix contrite avant de répondre le plus doucement possible.
- Je suis vraiment désolée Charlie, mais Bella et Rosalie se sont endormies, et Bella et moi devons aller à la bibliothèque universitaire prendre nos livres. Je suis venue les chercher parce que je ne voulais pas qu'elles soient en retard, seulement elles refusent de m'ouvrir.
Je sentis Rosalie se tourner vers moi et ouvris les yeux pour tomber nez à nez avec elle. Ma cousine me fixait d'un air dégouté, tout son visage d'habitude si lisse et parfait plissé par la contrariété.
- Est-ce que cette connasse vient de mentir à ton père pour nous forcer à nous lever ? chuchota-t-elle en crachant ses mots comme du venin.
- Et ce n'est qu'un aperçu de ce dont Alice est capable, marmonnais-je en repoussant la couverture avec mes jambes.
- Qu'est-ce que tu fais ? Il faut résister et se battre, jusqu'à la mort ! Je lui jetais un regard surprit par-dessus mon épaule. Désolée, je joue trop à Call of Duty. Mais pour ma défense World at War est vraiment pas mal et-
- Rose, laisse tomber, ris-je en me levant et en m'étirant. Je me lève parce que Charlie… Je laissais ma phrase en suspend quelques secondes et la porte de ma chambre s'ouvrit sur mon père à genoux dans l'encadrement, venant de crocheter son chemin dans ma vie privée. Alice affichait un sourire triomphant, sachant parfaitement qu'elle avait gagné la partie. Saleté de gobelin. …va faire ça.
Charlie s'éloigna pendant qu'Alice lui chantait ses louanges. Puis une fois qu'il fut hors de vue, elle s'élança dans ma chambre et sauta sur le lit, duquel je m'étais sagement éloigné.
- Et qu'Alice va faire ça, poursuivis-je tandis qu'Alice sautait sur une Rosalie très énervée.
- T'AS INTÉRÊT À ARRÊTER TOUT DE SUITE MASEN, SINON JE T'ENFONCE MES LOUBOUTINS SI PRONFONDÉMENT DANS LA GORGE QU'ILS IRONT JUSQU'À TON VAGIN ET TU N'AURAS PLUS JAMAIS D'ORGASME !
La mise en garde de Rose fonctionna puisqu'Alice se retira soudainement du lit et sautilla autour de moi à la place, occupée à gérer mon fou rire suite à la déclaration de ma cousine. Seulement un coup d'oeil au réveil me fit bougonner à nouveau.
- Fais pas cette tête, c'est le jour des matchs aujourd'hui ! me rappela Alice en frappant dans ses mains.
- C'est vrai ! souris-je faussement en frappant à mon tour dans mes mains et en sautillant avec elle dans un enthousiasme feint. Je m'arrêtais brusquement, la laissant en plan. Je m'en fou. Il est huit heures Alice. HUIT HEURES !
- C'EST PAS BIENTÔT FINI TOUT CE BOUCAN BORDEL ?! pesta Charlie.
- Désolées Charlie ! répondîmes-nous immédiatement. J'entendis mon père marmonner quelques instants et il finit par ne plus faire de bruit, déjà rendormi comme l'ours qu'il était.
- Bon, et si on allait prendre le petit déjeuner ? demandais-je aux filles en parlant moins fort cette fois. Après tout Charlie travaillait tous les jours et le vendredi était son seul jour de repos avec un dimanche sur deux, alors je voulais lui laisser l'opportunité de se reposer convenablement.
- Tu as déjà mangé ? demandais-je à Alice en descendant, la regardant sautiller d'une marche à l'autre pour éviter de mettre le pied sur celles qui craquaient bruyamment.
- Nope. J'ai sauté dans mes fringues et je suis venue ici pour vous réveiller.
- Ouais on connait ce passage, fulmina Rosalie en se débattant avec la cafetière, tandis qu'Alice et moi nous affairions à préparer notre verre de chocolat. On fait quoi ensuite ? demanda Rosalie quelques minutes après en entamant sa troisième tasse de café quotidienne.
- C'est pour ça qu'elle a autant de mordant, plaisanta Alice en me donnant un coup de coude désignant le liquide noir. Rosalie roula des yeux et finit sa tasse avant de la mettre à laver. Je devrais m'y mettre, songea ensuite mon amie à voix haute en se mordillant la lèvre – une autre des habitudes que j'avais eu la bonté de lui transmettre.
- Surtout pas !
J'éclatais de rire en me rendant compte que Rosalie et moi avions parlé en même temps. Alice se renfrogna et je répondis à la question de Rosalie à sa place, voulant changer de sujet avant qu'elle y pense vraiment.
- On va chez Alice pour se préparer.
Alice débarrassa ses affaires et Rose alla chercher nos achats de la veille dans ma chambre. Je pris mon sac à main et m'apprêtais à partir quand la voix de Rosalie me stoppa en plein élan.
- Tu y vas en pyjama ?
Je regardais ma tenue rapidement, avisant mon ensemble en coton plutôt simple, avant d'hausser les épaules.
- À quoi bon mettre des fringues que je vais enlever dans quelques minutes ? Puis on sera dans ma voiture, c'est pas comme si quelqu'un allait remarquer qu'on n'est pas habillées en Gucci !
- T'as raison, déclara-t-elle après une courte réflexion.
Alice soupira, décrétant que nous étions mentalement incompétentes pour ne pas songer que l'on pourrait être vues ainsi, et ferma la porte d'entrée pendant que je passais par le garage pour récupérer ma voiture. Rosalie monta côté passager et j'ouvris la porte avec la télécommande cachée dans le rétroviseur avant de reculer doucement grâce à l'écran sur le tableau de bord.
Rosalie siffla d'admiration.
- Ils se sont pas foutu de toi les Masen, dit-elle en passant ses mains sur le cuir des sièges couleur Nappa et les inserts décoratifs en ronce de noyer, puis en jetant un œil à tous les rangements.
- Je sais, répondis-je en souriant sans la regarder pour qu'on ne se plante pas dans un arbre. Ils sont géniaux, tu vas les adorer, ajoutais-je en prenant la route que je connaissais par coeur depuis mon enfance.
Les Masen vivaient dans le même quartier que moi, Fairview - oui, comme dans Desperate Housewives - un quartier d'environ 5,900 habitants. Leur immense maison de deux étages était située au croisement d'Olympia Road et de North Congress Road. Divisée en trois ailes, abritées par de gigantesques arbres, c'était un manoir faisant rougir d'envie les autres demeures des environs.
J'habitais pour ma part une maison plus modeste au coin d'Alabama Road et de South Octagon Road. Il y avait deux étages, un grand salon et une grande cuisine-salle à manger me permettant de cuisiner en toute liberté. Charlie et moi avions chacun notre chambre et notre salle de bain à l'étage, mais aucune chambre d'amis puisque nous avions fait des travaux au rez-de-chaussée, détruisant celle-ci pour agrandir le petit garage une place en un capable d'abriter deux voitures. Malgré mes réticences vu le prix des travaux, Charlie avait insisté en décrétant que c'était plus sûr pour y mettre ma voiture. À l'époque je m'étais moquée de lui en lui disant que personne n'aurait jamais eu l'idée de voler une vieille Chevrolet à plateau, mais maintenant que j'avais une Mercedes je n'osais plus en parler sans rougir. Charlie devait être voyant sous ses airs de flic absent.
Nous passâmes devant notre église, l'Église Méthodiste de Fairview, et je saluais le Pasteur Newton en arrivant à sa hauteur.
J'assistais quand je le pouvais – ou quand j'en avais envie, plus franchement – aux sermons du Pasteur Newton avec Charlie. Ils étaient amis depuis des années et même si nous n'étions pas obligés de venir à la messe dominicale, puisque nous les Méthodistes ne croyions pas vraiment à la prière en groupe, nous y allions pour faire des rencontres ou pour passer le temps. Le travail de mon père étant assez prenant, j'y allais le plus souvent avec les Masen. C'était là-bas, et grâce au Pasteur Newton, que mes parents avaient connus Carlisle et Esmée plus de vingt années auparavant.
- Je serais présente demain pour assister à la messe de rentrée, l'informais-je quand il prit des nouvelles. Charlie travaille mais je viendrais avec les Masen. Je désignais ensuite Rose de la tête. Laissez-moi vous présenter ma cousine Rosalie, elle est en visite chez nous pour quelques jours.
- Enchanté, sourit le Pasteur en s'inclinant pour mieux la voir de ma fenêtre.
- De même, répondit Rose poliment et en souriant, ce qui m'étonna car elle se montrait d'ordinaire tout à fait odieuse avec les hommes d'Église.
Je repris la route sans y accorder plus d'attention et m'amusais sur le fait qu'Alice avait continué sans s'arrêter, le Pasteur devant encore être dans l'église quand elle était passé devant. Autrement, elle aurait été la première à s'arrêter. Elle adorait le Pasteur Newton et assistait à tous ses sermons avec un grand sérieux.
Alice était très croyante - Emmett beaucoup moins - et tenait sa pieuté de son père. Le père de Carlisle était en effet Pasteur et avait tout enseigné à son fils. Bien que Carlisle soit un enthousiaste homme de foi, il était avant tout un esprit libre qui ne forçait personne à suivre ses opinions. Esmée était athée à cent-dix pour-cent, mais prenait pourtant plaisir à participer à la vie paroissiale pour soutenir les croyances de son mari. Elle se rendait ainsi à l'Église tous les dimanches en sa compagnie. Emmett, lui… avait ses propres croyances.
- Il a l'air sympa, déclara Rosalie tandis que nous nous garions devant la demeure. La Jeep d'Emmett n'était pas visible mais la Mercedes de Carlisle, si. Je pourrais venir avec toi dimanche ? me demanda-t-elle brusquement en descendant de la voiture.
- Euh… oui, bien sûr, répondis-je prise par surprise puisque Rosalie ne s'était jamais intéressée à la religion, persuadée que toutes ces choses étaient "stupides et faites pour des moutons sans opinion". Je savais que seule tante Marylin pratiquait réellement tandis qu'oncle Josh, bien que tolérant, jugeait la prière comme une perte de temps lui préférant l'action. Je ne pouvais qu'acquiescer à son raisonnement mais prier ne faisait jamais de mal à personne. Croire en quelque chose de plus grand permettait de s'accrocher quand on n'avait plus d'espoir, j'en savais quelque chose…
Alice trépignait sur le porche, les bras croisés et tapant du pied.
- Vous étiez où ?
Alice Masen et sa légendaire impatience.
- Le Pasteur Newton était dehors alors je l'ai salué, expliquais-je en me dirigeant vers le perron. À l'entente du nom de son idole, mon amie se détendit. Dire Pasteur Newton à Alice, c'était comme de dire Kellan Lutz à Rosalie. Crise d'hystérie garantie.
Je grimpais les quelques marches et suivit Alice à l'intérieur, Rosalie sur les talons.
Ma cousine était déjà venue une fois chez Alice lors d'un de ses rares passages à Camden - quand je m'étais cassé la jambe et avais été incapable de me déplacer pour la voir - mais n'avait jamais rencontré toute la famille puisqu'ils étaient en déplacement à Chicago pour un match d'Emmett. Alice étant la meilleure amie qu'on puisse avoir, elle était resté jouer l'infirmière à mes côtés et nous avions squatté chez elle pour ne pas gêner Charlie avec mes geignements.
À la façon dont Rosalie entortillait une de ses mèches autour de son index, je devinais qu'elle était nerveuse et lui donnais un coup de coude complice.
- T'as aucune raison d'être nerveuse, lui chuchotais-je pendant qu'Alice allait dire bonjour à ses parents dans le salon et que nous restions dans le vestibule.
- Je sais mais… ils sont importants pour toi, ils font parti de ta vie et je ne veux pas qu'ils… enfin, je voudrais qu'ils m'apprécient, tu vois ?
J'allais répondre quand la voix d'Esmée m'interrompit.
- Bella, mais pourquoi restes-tu dans l'entrée ? me demanda-t-elle en s'approchant, me serrant dans ses bras avant de croiser le regard de Rose. Bonjour Rosalie ! Je suis ravie de finalement te rencontrer ! pépia-t-elle en allant l'embrasser à son tour.
Rosalie entoura maladroitement ses bras autour de la fine taille d'Esmée, surprise de son accueil chaleureux.
- Euh… bonjour Mme Masen. Je suis ravie moi aussi de-
- Appelle-moi Esmée, ma chérie ! J'ai l'impression de déjà te connaître, continua-t-elle en la coupant, amusée par son air confus. Chérie, tu connais Alice, elle n'a pas arrêté de me parler de toi ! Tu es aussi jolie que sur les photos.
Rosalie éclata de rire.
- Merci Mme… Merci Esmée.
- Viens, je vais te présenter Carlisle.
Esmée parti dans le salon et nous la suivîmes en riant. Inutile de se demander de qui Alice tenait son exubérance.
- Chéri, voici Rosalie Hale, la cousine de Bella – la jeune fille dont Alice ne cesse de chanter les louanges. Rosalie, voici Carlisle.
Carlisle se leva du canapé après avoir posé son livre et tendit la main vers Rose, plus conventionnel dans sa manière de la saluer. Heureusement qu'Alice était un mélange d'Esmée et de Carlisle, sinon elle n'aurait jamais su se tenir en société et sauterait sur les gens pour les saluer. La Alice bourrée était d'ailleurs très ressemblante au portrait que je venais de dépeindre, et nous avions eu pas mal d'ennuis sous influence de l'alcool…
- Enchanté Rosalie, salua Carlisle en me faisant ravaler le sourire naissant sur mes lèvres dû à un souvenir d'une nuit en prison avec ma meilleure amie.
- De même Mr Masen.
- Appelle-moi Carlisle, cher, sourit-il en découvrant toutes ses dents et une petite fossette au menton. Carlisle était anglais et son accent était à croquer. Rosalie rougit d'ailleurs et j'éclatais de rire.
- Ne t'inquiètes pas Rose, Carlisle fait toujours son petit effet. J'ai été amoureuse de lui jusqu'à mes douze ans, au moins ! ris-je en me dirigeant vers la cuisine, où Alice faisait déjà des provisions de gâteaux. Je me mis à la recherche du coca et n'en trouvant pas, l'indiquait à Esmée avec une mine affolée. Le coca était sacré.
- Oh, je vais immédiatement appeler Emmett, s'exclama Esmée avec une mine concernée, compatissante dans notre malheur. Il est parti à Pathmark, rajouta-t-elle avec un sourire en coin en regardant Alice tout en s'emparant du téléphone. Mon amie brandit son poing en l'air en chuchotant "yes" heureuse d'échapper à la corvée des courses qui lui revenait d'habitude. Une fois en ligne elle lui fit part de notre demande.
- Light ! cria Alice en empilant les gâteaux dans ses bras, m'utilisant comme plateau.
- Light, rajouta donc sa mère en roulant des yeux avec amusement.
- Arrête tes conneries, soupirais-je en m'emparant de paquets de gâteaux avant qu'Alice ne les fasse tous tomber. Rosalie, au secours ! l'appelais-je en riant quand la pile atteignit mon nez, Alice les empilant dans mes bras sans même me regarder. Elle vint nous aider et nous réussîmes à caler une véritable montagne de cochonneries entre nos bras.
- Les filles ! rouspéta Esmée en voyant nos provisions, nous faisant sursauter toutes les trois. Bien entendu, tous les paquets tombèrent et nous fûmes prises d'un fou rire. Esmée leva à nouveau les yeux au ciel tout en souriant. Je savais qu'elle était tellement contente quand nous nous amusions qu'elle nous laissait faire presque toutes les bêtises possibles et imaginables. Parfois elle les faisait même avec nous, comme ce jour où nous avions coincé Carlisle et Emmett dans le jardin pour faire une bataille d'eau. Tenez, finit-elle par dire après que nous nous soyons calmées. J'ai acheté des plateaux pour que vous arrêtiez de mettre des miettes partout. Elle nous tendit trois grands plateaux en argent et nous y empilâmes nos cochonneries.
La sortie de la cuisine se fit en toute prudence car même si je connaissais cette maison comme si c'était la mienne - ce qui d'un certain côté, était le cas - je ne me le pardonnerais jamais si je renversais des chips sur le magnifique canapé en cuir d'Esmée, alors je faisais attention. Vraiment attention.
Au moment où je passais devant Carlisle, il m'arrêta et je vis sa main se faufiler au travers des paquets, cherchant ses bonbons préférés.
- En dessous des Oréos, lui indiquais-je en riant.
Il se saisit du paquet de Schtroumfs et me fit un clin d'œil avant de s'enfoncer de nouveau dans le canapé, ouvrant le sachet d'un air gourmand et satisfait.
- Quoi ? demanda-t-il innocemment à Esmée tandis que je montais les escaliers. Je jetais un œil au couple en m'arrêtant sur une des marches et la trouvais debout devant lui, les mains sur les hanches.
- Il n'est que dix heures à peine, Carlisle !
- Et alors, tu les laisse bien faire elles, non ?
- Mais elles n'ont pas le même métabolisme ! soupira-t-elle en levant les mains au ciel. Carlisle lui fit un regard de chien battu et elle finit par céder en tendant la main pour en avoir un, sous nos rires étouffés.
- Je vois d'où tu tiens ce regard de persuasion, l'apostropha Rosalie, clôturant notre montée des marches.
Alice éclata de rire, et arrivée en haut des escaliers, se tourna vers nous en nous faisant un clin d'œil.
- Ça reste entre nous.
L'immense chambre rose et girly d'Alice prit rapidement des airs de quartier général alors que nous étalions les friandises et allumions la chaine hifi à fond. Je posais mon plateau sur la coiffeuse et m'assis sur le tabouret en face, me regardant dans le miroir au passage.
- J'ai l'air fatiguée. Et si j'essayais de… commençais-je en tirant sur le coin de mes yeux pour tenter d'effacer mes cernes.
- C'est pas que t'as l'air fatiguée, c'est que t'es fatiguée, me corrigea Rosalie en se laissant tomber bras et jambes écartés, comme une étoile de mer, sur l'excessivement grand lit à baldaquin d'Alice. Excessivement grand car Emmett, sa carrure impressionnante, moi et sa soeur, y passions tous facilement, et à vrai dire il restait même de la place pour peut-être deux autres personnes. Mais Alice étant Alice, personne n'avait contesté lorsqu'elle avait demandé un lit aux mensurations extrêmes. En même temps, on s'est levées à huit heures… continuait Rosalie avec un ton moralisateur.
- Oh décoince ton string, on va pas rester là-dessus six cent ans, protesta Alice en levant les yeux au ciel et en se plaçant derrière moi tandis que j'étouffais un rire. Elle releva mes cheveux en chignon d'un air expert - et vu toutes les années à jouer Barbie Bella, elle l'était définitivement. On va commencer par toi, puisque tu as l'air si fatiguée. Ta transformation prendra plus longtemps que la nôtre, autant s'y mettre, fit-elle avec un sourire mauvais.
- Tu sais, j'ai pas l'air si fatiguée que ça en fait… tentais-je en gigotant.
Mais Alice posa ses deux petites mains sur mes épaules et m'immobilisa. Cette petite femme avait beaucoup de force et je me tins tranquille. J'entendis distraitement la porte d'entrée claquer et vis le reflet de Rosalie dans le miroir, qui se redressait sur le lit.
- Tu déconnes ? On dirait que tu sors de Call of Duty. Et je te parle des soldats explosés par les obus, pas du Marine menant la mission.
J'ouvris la bouche pour protester mais fus interrompu par une voix grave.
- Qui joue à Call of Duty ? demanda Emmett avec un grand sourire. Il semblait carrément excité par la perspective de jouer aux jeux vidéo avec l'une d'entre nous. Les seuls auxquels je voulais bien toucher étaient des jeux de voitures, quant à Alice, eh bien… c'était Alice. Si ça ne concernait pas les fringues ou les poneys, ce n'était pas la peine d'y penser.
- Rosalie, répondit Alice sans se retourner et en continuant de chercher sa crème de jour dans le bordel étalé sur la coiffeuse. Puis elle sembla se rappeler que Rose et Emmett ne se connaissaient pas et se figea, la main en l'air. Elle se tourna vivement et s'approcha d'Emmett, faisant rempart entre lui et ma cousine. Emmett, voici Rosalie, la cousine casée de Bella. Rose, voici Emmett, mon frère.
Rosalie tressaillit à la présentation qu'Alice avait faite d'elle, mais eut la gentillesse de ne pas réagir et sourit à Emmett en lui tendant la main, puis une fois les présentations effectuées elle croisa les bras et se mit à dévisager Alice, attendant qu'elle se décide à parler. Emmett ne sembla pas se rendre compte de la tension et enchaîna.
- Voilà le coca les miss. Il brandit la bouteille dans sa main gauche et Alice la prit rapidement.
- Merci. Maintenant tu peux y aller.
- OK, merci de l'accueil ! grogna son frère tandis que sa sœur remuait des mains pour le faire déguerpir.
- Emmett, Alice s'apprête à me torturer, alors à moins que tu-
- Message reçu 5 sur 5 Bells, je me casse !
Et il sortit de la chambre, affolé. La dernière fois qu'Alice avait joué à Barbie Bella et qu'Emmett s'était trouvé dans les parages, il s'était endormi et elle en avait profité pour lui faire une beauté: soit une exfoliation et une épilation. Sa peau était restée toute rouge pendant une semaine, et ses sourcils, qu'Alice avait fait aussi fins que pour elle, avaient mis plus de deux mois avant de retrouver leur normalité.
- Tu m'expliques ce qui vient de se passer ? grogna Rose une fois le terrain dégagé.
Alice mit un certain temps avant de répondre, choisissant ses mots soigneusement en triturant le bas de son t-shirt, chose étonnante puisqu'Alice était rarement nerveuse à ce point.
- Écoute Rose, tu sais que je t'adore, tu es ma meilleure amie aussi mais… Elle toussota avant de poursuivre. Eh bien je sais ce que tu vis avec Riley et connaissant mon frère, et te connaissant toi… je ne voudrais pas qu'il se passe quelque chose entre vous alors que ta vie amoureuse est si compliquée…
- Je comprends… chuchota-t-elle en se laissant tomber lourdement sur le lit, semblant prendre dix ans d'un coup. Riley et moi c'est fini. Définitivement, rajouta-t-elle en voyant le regard sceptique qu'Alice et moi échangeâmes.
S'il y avait une chose qui faisait perdre la tête aux filles, aussi intelligentes soient-elles, c'était bien les garçons. Malgré ses diplômes, Rosalie n'avait pas échappé à la règle et était tombé sous le charme du très peu recommandable Riley Biers quand ils étaient au lycée. Ils avaient rompus et s'étaient plusieurs fois remis ensemble en l'espace de quelques années, et à l'heure actuelle malgré ce que nous disait Rosalie, rien n'était sûr quant à leur statut. Riley était un sujet sensible car même si ma cousine était la femme la plus forte que je connaisse, elle était incapable de lui résister malgré tout ce qu'il lui avait fait subir.
- Qu'est-ce qui s'est passé ? demandais-je prudemment en me tournant vers elle, en ayant assez de la regarder par l'intermédiaire du miroir de la coiffeuse, me préparant à une nouvelle aventure du couple.
- Il y a quelques mois, j'ai découvert que quelqu'un piquait dans la caisse du garage, nous annonça-t-elle lentement en regardant le sol, nous faisant toutes les deux écarquiller les yeux sous le choc. Le garage de Rosalie était tout pour elle: elle y avait tellement mis de sa vie, tellement de temps, et les gens le savaient. Comment pouvait-on lui faire ça? Surtout que malgré son apparence quelque peu rugueuse, Rosalie était une personne généreuse et adorable. Alors j'ai installé des caméras sans le dire à personne. Et j'ai découvert de qui il s'agissait il y a deux semaines, mais c'était trop tard. Le garage… Le garage a fait faillite.
Alice et moi nous levâmes comme une seule personne pour la serrer dans nos bras. Elle était au bord des larmes, sa respiration saccadée montrant à quel point elle était submergée par ses émotions.
- J'ai dû le fermer, et je… je… je n'ai plus rien, renifla-t-elle en fermant les yeux pour tenter en vain d'empêcher ses larmes de couler. J'ai juste eu de quoi rembourser les crédits et emprunts que j'avais fait… il ne me reste absolument plus rien.
- Qui c'était Rose ? demandais-je doucement, même si je me doutais malheureusement de la réponse pour qu'elle se mette dans un état pareil, tout en caressant ses joues pour effacer ses pleurs. Elle se mit à gémir douloureusement et cacha sa tête dans mon cou avant de répondre à voix basse.
- Riley.
- Oh ma chérie, soupira Alice en la serrant plus fermement. Je caressais son dos pour tenter de l'apaiser, mais je savais qu'il fallait que ça sorte, qu'elle se laisse aller pour être mieux après. Tu as essayé de parler avec Josh et Marylin ? reprit Alice après quelques minutes de silence, ponctuées par les sanglots de notre amie.
- Ils n'ont rien voulu savoir. Ils sont géniaux, mais ils n'ont jamais voulu que j'ouvre ce garage. J'ai dû tout faire moi-même et… ils m'avaient prévenu que si je… si j'avais un problème ils ne m'aideraient pas, malgré tout l'amour qu'ils ressentent pour moi… ils pensaient que j'allais gâcher ma vie et… je commence à croire qu'ils avaient raison.
- Mais non Rose, ce n'est pas vrai ! réagis-je en m'éloignant d'elle et en la prenant par les épaules. Regarde tout ce que tu as réussi à faire par toi-même ! Tu as fondé ta propre entreprise, et elle marchait. Ce n'est pas ta faute si un connard t'as fait couler !
- Si ! Je ne peux m'en prendre qu'à moi-même sur ce coup-là. Tout le monde m'avait prévenu à son sujet, vous m'aviez prévenu, et je n'ai rien écouté.
- Tu as vraiment rompu avec lui alors ? s'enquit doucement Alice.
- Oui. Je suis partie sans dire à personne où j'allais, sans laisser de mot à la maison. Rosalie et Riley vivaient ensemble dans un appartement peu éloigné du garage et je me sentis davantage mal pour elle puisqu'elle adorait cet endroit. J'ai pris tout ce que j'ai pu rassembler en peu de temps et je suis partie. Je ne pouvais pas rester à San Francisco, chuchota-t-elle en essuyant ses larmes.
- Il a essayé de te contacter ? demandais-je en redoutant la réponse. Plusieurs fois, Rosalie l'avait quitté et était finalement retournée vers lui après quelques belles paroles.
- Plusieurs fois. Mais la seule fois où j'ai répondu je lui ai dit… je lui ai dit: "Je ne sais pas ce que c'est exactement mais tu m'as à la bonne, comme tu l'avais prévu. Je ne sais pas ce que tu me fais mais tu le fais bien. Alors je te demande, pitié, pourquoi ne me libères-tu pas ?" Pourquoi ne me libères-tu pas ? répéta-t-elle plusieurs fois avant de fondre en larmes de nouveau. Nous la réconfortâmes longtemps avant que les larmes se tarissent complètement. Je n'ai plus nulle part où aller…
- Mais si. Regarde, tu es là, la réconforta Alice en lui frottant le dos à nouveau.
- C'est vrai. Et tu peux rester ici autant de temps que tu le voudras.
- C'est gentil Bella, mais je ne veux pas abuser de toi, dit-elle en secouant la tête. On ne peut pas rester toutes les deux dans ta chambre, l'une va finir par taper sur l'autre et Dieu sait si ça finira mal.
J'éclatais de rire à sa tentative d'humour avant de répondre en secouant la tête à mon tour.
- On n'aura juste à cohabiter jusqu'à demain, contrais-je. La rentrée est lundi et je vis sur le campus, je ne rentre que le weekend à la maison et encore. Tu peux rester chez Charlie, il sera ravi d'avoir de la compagnie… tu lui as manqué.
- Merci Bella. Merci, merci, merci, souffla alors Rosalie en me sautant dans les bras.
- De rien Rose. Tu es ma famille, et je t'aime.
- Moi aussi je t'aime. Enfin je dis ça, je dis rien, fit Alice.
Rosalie et moi éclatâmes de rire avant d'ouvrir les bras pour laisser Alice se glisser entre nous pour un câlin à trois. Quelqu'un frappa à la porte à ce moment, et elle s'ouvrit doucement peu de temps après.
- Le terrain est sûr ? s'enquit Emmett en passant la tête dans la pièce, ayant sûrement entendu les pleurs de ma cousine. Le déjeuner est prêt, vous venez ?
Je jetais un regard étonné au réveil d'Alice, surprise que le temps soit passé aussi vite alors que nous n'avions même pas entamé nos provisions tellement nous avions été prises par notre discussion.
Alice hocha la tête et le suivit immédiatement alors que je me tournais vers Rose en lui tendant la main.
- Tu viens ?
Elle mit quelques instants avant de s'en emparer, mais finit par l'agripper fermement, et nous descendîmes rejoindre les Masen.
C'était une nouvelle vie qui commençait pour Rosalie, et j'allais être présente pour l'aider à oublier l'ancienne.
