Les jours suivant son expérience d'attraction furent parmi les plus heureux d'Arthur. Alfred était un délice, trouvant peu d'excuses pour le toucher, l'admirant de loin, en lui donnant sa veste quand il faisait froid et regardant les étoiles avec lui le soir. C'était tout ce dont il avait toujours rêvé...
Alors, pourquoi se sentait-il aussi coupable ?
Magirêve, bien sûr, ne l'aidait pas vraiment. Il semblait qu'à chaque instant où il était avec Alfred, Magirêve était là à les regarder et à le juger. Enfin, elle décida de se retirer dans sa pokeball, en ayant eu assez de ces absurdités et ne voulant pas y prendre part.
Mais Arthur était amoureux d'Alfred depuis des années, est-ce que c'était vraiment mal de vouloir en profiter un peu ?
Une voix dans sa tête lui dit que, effectivement, c'était mal étant donné que les sentiments d'Alfred n'étaient pas réels.
Arthur choisit d'ignorer cette voix.
'' Hey, Artie. '' déclara Alfred, le tirant de ses pensées. '' à quoi tu penses ? On aurait dit que tu étais ailleurs. ''
'' Rien '' il mentit. '' C'est juste que... je me demandais quand est-ce qu'on arriverai dans la prochaine ville. ''
Alfred sortit son PokeNav et appuya sur quelques boutons. '' On dirait qu'on y sera dans une heure ou deux. '' expliqua t-il. '' Nous devrions y être pour le déjeuner ! ''
Soudain, Alfred se racla la gorge, se frottant le cou avec anxiété. '' Heu, hé... ''
Arthur cligna des yeux. Ça c'était nouveau. '' Oui ? ''
'' E-Est-ce que tu voudrais... '' commença t-il maladroitement. '' faire quelque chose, comme, prendre le déjeuner avec moi quand nous serons en ville ? ''
Arthur leva un sourcil. '' Je suppose que nous déjeunerons quand nous arriverons en ville de toute façon, bien sûr. ''
Alfred toussa. '' C-Ce n'est, euh, pas vraiment ce que je voulais dire. Euh, je pensais plutôt- Um, tu sais quoi ? Ne t'inquiètes pas pour ça. C'était stupide de ma part de penser que- ''
'' Alfred. '' l'interrompit-il, arrêtant son monologue décousu. '' Qu'est-ce que tu essayes de me dire ? ''
Alfred ouvrit la bouche pour parler, mais la referma à nouveau presque immédiatement. Presque timidement, il détourna son regard d'Arthur, se concentrant sur quelque chose d'invisible dans le lointain, une petite rougeur apparaissant sur ses joues. '' Je pensais qu'on pourrait sortir, comme, aller à un rendez-vous. '' murmura t-il, à peine plus fort qu'un chuchotement.
'' Q-Quoi ? '' bégaya Arthur, les yeux écarquillés. '' Alfred, je- ''
'' Non, non, je comprends tout à fait. Pas de soucis, c'était stupide de ma part de demander. ''
Arthur commença à discuter, expliquant que rien d'autre au monde ne lui ferait plus plaisir que d'aller à un rendez-vous avec Alfred, mais quelque chose ne laissait pas ces mots sortir de sa gorge.
C'était à nouveau cette voix qui lui faisait la morale, putain.
'' Alfred. '' réussit-il finalement à dire. '' J'adorerai ça, crois moi, mais- ''
Il fut interrompu par un bruissement dans les buissons à leur droite. Alfred se plaça instinctivement devant Arthur pour le protéger, et tendit la main vers les pokeballs à sa ceinture. '' Chut, il y a quelque chose là-bas. '' murmura t-il.
Arthur hocha la tête, tendant lui aussi la main vers les pokeballs à sa ceinture.
Le bruissement continua pendant quelques secondes, quand enfin, un pokemon émergea du feuillage. Alfred sortit son pokedex, le pointant sur la créature tandis que Gueriaigle volait autour de lui d'air impatient.
'' Rafflesia. '' rapporta t-il. '' pokemon fleur. Rafflesia a les plus grandes pétales du monde. Quand il marche, il disperse un pollen extrêmement toxique. ''
'' pollen toxique ? '' demanda Arthur, pensant le pokemon assez inoffensif d'après sa belle apparence.
'' Soit prudent. '' l'avertit Alfred. Rafflesia hérissa ses pétales, laissant échapper un petit cri d'avertissement à son nouvel adversaire. '' Rafflesia est beaucoup plus menaçant qu'il n'y paraît. ''
Arthur hocha la tête, reculant lentement, pour laisser le champ libre à Alfred.
Confiant quand il jugea qu'Arthur était hors de danger, Alfred et Gueriaigle se mirent en position de combat.
Gueriaigle étendit ses ailes, faisant des battements menaçants. Le Rafflesia ébouriffa ses pétales, se tournant vers le pokemon oiseau... et tourna immédiatement pour faire face à Arthur, qui comprit tout de suite le danger.
'' flesia ! '' cria t-il, tirant un nuage de spore droit vers lui.
Arthur, prit au dépourvu par cette attaque, resta figé, regardant le nuage de poudre toxique voler de plus en plus près de lui. Se protégeant comme il pouvait, il retint son souffle et espéra que ça se passe pour le mieux.
'' ARTHUR ! ''
Arthur glapit tandis qu'il fut violemment poussé au sol, dérapant durement contre le gravier. Grimaçant de douleur, il leva les yeux pour essayer de trouver la source de ce coup, juste à temps pour voir Alfred, debout, à l'endroit où lui-même se trouvait quelques instants plus tôt, se faire frapper de plein fouet par l'attaque de spore de Rafflesia.
'' Alfred ! '' cria t-il.
Satisfait que toute menace soit éliminée, le Rafflesia disparu dans la forêt, donc Arthur se précipita immédiatement aux côtés d'Alfred, où Gueriaigle fouinait déjà anxieusement autour de la forme de son dresseur.
'' Alfred... '' murmura t-il, secouant délicatement son épaule.
Il grimaça et ses yeux bleus s'entrouvrirent. '' Arthur... '' il haletait à travers la douleur. '' T-Tu n'as rien ? ''
'' Bien sûr que je vais bien, you git. '' déclara Arthur dans un soupir. '' A quoi tu pensais ? Pourquoi diable est-ce que tu m'as poussé hors de la trajectoire de cette attaque ? ''
'' Je ne pouvais pas te laisser être blessé. '' dit-il, inspirant brusquement, un sourire se faufila sur son visage. '' Je t'aime. ''
Arthur haletait. C'était une chose de savoir ce que ressentait Alfred, mais de l'entendre réellement dire ces mots... il ne put empêcher une rougeur de fleurir sur ses joues. '' Oh Alfred... Ne me dis pas ça... ''
Alfred ouvrit la bouche, probablement pour protester, mais Arthur le fit taire en posant un doigt sur ses lèvres.
'' Repose toi. Je vais aller chercher de l'aide. '' il soupira. '' Je suis tellement désolé de ce qui est arrivé... c'est de ma faute... mais je vais tout arranger, je te le promet. '' Il se tourna vers Gueriaigle. '' Veille sur lui quand je serais parti, je serais rapide. ''
'' Arthur. '' croassa Alfred.
'' Ne parle pas. '' le réprimanda Arthur, mais Alfred continua de toute façon.
'' S-Sois prudent. ''
'' Bien sûr. '' Il se mordit la lèvre, puis se pencha et déposa un doux baiser sur le front de l'autre dresseur. Il savait qu'il ne devrait probablement pas le faire, mais c'était sans doute sa dernière chance de pouvoir être affectueux envers lui. Il devait mettre fin à tout ça. '' Tu vas me manquer. ''
Et en réalité, ça voulait dire bien plus que ça.
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Bien que la prochaine ville se trouvait à une heure à pied, Arthur, aidé de son Galopinchemin, raccourcit considérablement le temps du trajet.
Son esprit ne put se calmer pendant le chemin, rempli de pensées au sujet de la guérison d'Alfred, et à la façon de mettre fin à cette absurdité une fois pour toute. Son cœur se serra, quand il se rendit compte que, par sa faute, Alfred avait été touché par deux attaques de pokemons différents en l'espace d'une semaine.
Quel genre d'ami était-il ?
Comment avait-il pu être aussi stupide ? Bien sûr, tout ça allait se savoir, et qu'est-ce qu'Alfred penserai de lui après ça ? Il soupira, se promettant que faire ce qu'il fallait pour Alfred, pour les spores toxiques, la manipulation émotionnelle et tout ça. C'était le moins qu'il puisse faire.
Il espérait seulement qu'Alfred ait encore envie de rester avec lui, après tout ce qu'il lui avait dit et fait.
Quand il arriva au centre pokemon, il informa Joy, l'infirmière présente des détails et avec un couple de Leveinards, ils se rendirent là où se trouvait Alfred et le chargèrent dans l'ambulance du centre. Son état était encore pire que quand il l'avait laissé, et son cœur se serra douloureusement au sourire sincère que lui fit Alfred avant de tomber dans un sommeil agité. Joy lui assura que les accidents avec les spores étaient en fait assez courants, surtout à cause du nombre élevé de Rafflesia dans la région. Mais ça ne soulagea pas vraiment sa conscience de son inquiétude et de sa culpabilité.
Il s'assit avec Gueriaigle dans la salle d'attente, cherchant du réconfort en caressant du bout des doigts les plumes du dos du pokemon oiseau, espérant aussi pouvoir, lui aussi, réconforter un peu la créature. Après un certain temps, la porte de la chambre s'ouvrit, et l'infirmière Joy en sortit, leur donnant un sourire doux et réconfortant.
'' Il ira bien. '' dit-elle avec un clin d'œil. '' Je lui ai donné quelques médicaments, donc il a juste besoin de se reposer un peu, le temps que les spores quittent son système. ''
Arthur soupira de soulagement.
Joy rit et s'assit à côté de lui sur une des chaises de plastique. '' Je peux dire que vous avez l'air d'être des amis très proches, il n'arrête pas de demander à te voir. ''
Bien sûr qu'il le fait. Pensa Arthur misérablement. Peut être que Joy pourrait trouver un moyen de mettre fin à l'effet de l'attaque d'attraction et faire revenir Alfred à la normale. Avec un souffle fragile, il se tourna vers l'infirmière, sentant ses joues lui brûler. Oh mon dieu... c'était tellement embarrassant... '' Joy ? ''
'' Oui, Arthur ? '' demanda t-elle, légèrement surprise par le ton sérieux d'Arthur après cette bonne nouvelle.
'' Je... Eh bien, vous voyez... '' juste dit le, se gronda t-il. '' Qu'est ce qui se passerait si les spores paralysants n'était pas la seule attaque qu'Alfred ait subi récemment ? ''
Joy cligna des yeux. '' Oh ? ''
Il acquiesça. '' L-L'autre soir... il se peut qu'un de mes pokemon l'ait frappé avec une attaque. '' marmonna t-il. '' Une attaque... d'a-attraction. ''
A sa grande surprise, Joy commença à rire. '' Oh, pas de soucis alors. Les attaques mentales comme attraction, amnésie ou charme n'ont aucuns effets sur les humains. ''
Quoi.
'' Quoi ? ''
Joy sourit. '' Toutes modifications de sa personnalité après l'attaque étaient complètement fortuites. ''
Oh.
Oh.
Le visage d'Arthur vira au rouge vif suite à cette soudaine prise de conscience. Ça signifiait qu'Alfred... toutes ces choses...
La veste, les œufs, le rendez-vous, le quasi-baiser, l'observation des étoiles, le sauver des spores toxiques, le-
Alfred lui avait dit qu'il l'aimait.
Joy s'excusa et laissa Arthur et Gueriaigle seuls comme Arthur réfléchissait au fait qu'Alfred n'avait en réalité par été affecté par l'attaque du tout.
'' Il m'aime ? '' murmura t-il. Ses yeux tombèrent sur la porte dont Joy était sortie quelques minutes plus tôt et il sentit son cœur faire un bond. Il secoua la tête, se rappelant qu'Alfred avait été très grièvement blessé, donc il se dit qu'il était tout à fait possible que qu'il ait déliré et que-
Mais ça n'expliquait pas tout ce qui était arrivé au cours des derniers jours, pas vrai ?
Il se mordit la lèvre et se leva de sa chaise avec toute la confiance qu'il put rassembler et se dirigea vers la porte, il l'ouvrit, Gueriaigle sur les talons.
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Alfred se sentait pas très bien, comme s'il avait été écrasé par un camion.
Il avait entendu des histoires assez effrayantes sur la paralysie et les spores, avant, il pensait qu'elles étaient carrément exagérées mais maintenant, il pensait juste qu'elles étaient assez exagérées.
Il toussa, une sensation de brûlure dans la gorge. Ugh, c'était douloureux.
Il espérait que Joy était partie chercher Arthur comme il le lui avait demandé. Il était à peu près sûr que voir son visage adorable et grincheux le ferai se sentir un peu mieux sinon plus. Peut être que s'il surjouai la douleur, il ne lui crierai peut être pas dessus en le traitant d'idiot pour s'être pris cette attaque à sa place.
Alfred sourit un peu en pensant à son compagnon. Mec, il savait pas ce qui était arrivé à Artie ces derniers temps, mais il ne s'en plaignait certainement pas. C'était un peu comme si Arthur avait soudainement commencé à se blottir contre lui pendant la nuit ou quelque chose. Comme si, tout à coup, il n'avait pas remarqué son flirt ludique, quand il faisait en sorte de le garder au chaud quand il faisait froid et qu'il n'agissait pas comme si on venait de piquer son orgueil , il ne bougeait pas loin de lui quand leurs mains se frôlaient pendant qu'ils marchaient, il l'avait même laissé lui préparé le petit déjeuner, pour une fois !
C'était une sorte de bénédiction, en fait.
Il espérait juste qu'il ne l'avait pas trop brusqué avec cette histoire de rendez-vous. Ou avec le « je t'aime ».
En fait, il l'avait définitivement trop brusqué avec le « je t'aime ». Il blâmait son cerveau déréglé par ces spores pourris.
Mais bon ! Arthur lui retournait, enfin, ses sentiments ! Il ne pouvait pas attendre de le voir pour lui en parler.
'' ALFRED F. JONES. ''
'' Arthur ? '' toussa t-il, un peu surpris, et un peu parce que sa gorge lui faisait encore mal.
L'autre dresseur marcha jusqu'à son chevet, et si Alfred ne le savait pas, il aurait pensé que c'était Arthur qui avait été attaqué à la façon dont il avait l'air hagard. Ses cheveux blonds normalement en désordre étaient encore plus désordonnés que d'habitude, ses vêtements et sa peau étaient tâchés de terre, et ses beaux yeux verts étaient rouges, gonflés et ( comme prévu ) le fusillait sur place.
'' Est-ce que tu m'aimes ? '' demanda t-il durement.
Alfred déglutit. '' Euh, oui ? '' lâcha t-il dans la panique. Eh bien, il pouvait encore blâmer le plan de son cerveau à cause de ces spores pourris.
L'éblouissement d'Arthur s'intensifia. '' Depuis combien de temps ? ''
Alfred se figea. '' Mec, pas cool, je suis toujours en convalescence ici, et- ''
'' Réponds moi. ''
'' Cinq ans, trois mois, dix jours. ''
Cela sembla calmer le feu d'Arthur, celui-ci baissa la tête, le visage rougissant sous toute la saleté. Alfred aurait voulu pouvoir l'essuyer pour mieux voir.
'' T-Tu en es sûr ? '' demanda t-il à voix basse, regardant intensément le sol.
'' Sacrement sûr, oui. '' répondit simplement Alfred. Si Arthur voulait mettre carte sur table, alors qu'il en soit ainsi. '' Je sais que tu ne m'as pas aimé pendant très longtemps, mais Arthur, je- ''
Arthur se moqua amèrement.
'' Quoi ? '' demanda Alfred, surpris.
'' cinq ans, onze mois, vingt-neuf jours. '' il secoua la tête en signe d'incrédulité, ses yeux verts à demi fermés. '' Je suis amoureux de toi depuis cinq ans, onze mois et vingt-neuf jours. ''
'' Oh. ''
'' Oui. ''
'' Vraiment ? ''
'' Oui. ''
Alfred toussa, ajoutant à cette atmosphère inconfortable. '' Alors, euh, qu'est-ce qui a changé récemment ? ''
Pour une raison quelconque, Arthur commença à rougir encore plus. '' C'est une longue histoire. ''
Alfred sourit bêtement. '' Nous avons le temps. '' rit-il, tapotant à côté de lui sur le lit.
Arthur leva les yeux mais s'assit quand même à ses côtés. Alfred entrelaça leurs doigts. Il sourit chaleureusement à cette vue.
'' Eh bien, tout à commencé quand j'ai n'avais pas compris que les attaques mentales des pokemons n'agissaient pas sur les humains. ''
Et il n'avait jamais été aussi heureux de sa vie de raconter quelque chose d'aussi embarrassant.
