Disclaimer : je ne possède bien entendu aucun droit sur les personnages, les lieux et les situations créés par J. K. Rowling.
Chapitre 3
« Legilimens ! »
Le mur de briques s'étendait à perte de vue, mais Snape savait qu'il ferait bientôt place à la surface noirâtre de l'eau d'un lac en fin de journée, à peine agitée par une légère brise. S'avançant sur la berge, le Maître des Potions mit un pied dans l'eau et se vit immédiatement transporté près des rives du lac de Poudlard, à un mètre à peine de sa fille en train de se promener par un bel après-midi d'été. Snape tenta d'accentuer légèrement la pression, mais le décor ne changea pas. Renforçant la puissance de son intrusion, le professeur crut avoir percé le premier leurre mis en place par sa fille quand la scène devint floue et disparut brièvement en volutes de brume bientôt dissoutes par un vent imperceptible. Un instant après, cependant, il se retrouva devant le lac de Poudlard, revenu à la scène initiale.
« Bien », approuva Snape d'un air satisfait après avoir interrompu la séance.
Emilie esquissa un petit sourire satisfait avant de se servir une tasse de thé. Son père avait repris les leçons depuis plusieurs jours, après avoir donné sa parole de ne pas aller trop loin dans l'esprit de sa fille, mais en exigeant qu'elle abaisse son bouclier rapidement pour qu'elle puisse commencer à apprendre à leurrer un intrus. Après plusieurs essais infructueux, où elle découvrit qu'une scène élaborée était plus difficile à maintenir et à remonter rapidement qu'une mise en scène simple et efficace, Emilie avait élaboré un « écran de veille » vaguement inspiré du lac situé à proximité de l'école et choisi une scène parfaitement anodine, prête à être proposée à un intrus. Jusqu'à présent, elle parvenait à empêcher Snape d'aller plus loin, mais elle savait qu'il n'employait qu'une infime partie de la puissance dont il disposait. Cette stratégie pouvait payer dans le cas d'un « sondage » de la part d'un Legilimens espionnant ses pensées, mais serait balayée dans le cas d'une véritable attaque lancée par une personne déterminée à lui extorquer une information. Malgré tout, il s'agissait d'un gros progrès et Snape avait de bonnes raisons d'être satisfait, notant que sa fille semblait avoir assimilé avec une surprenante aisance le concept du compartimentage de l'esprit. Emilie s'était bien gardée de mentionner le livre d'Alessandro, mais sa lecture assidue lui avait permis de renforcer de solides bases théoriques et de confirmer ses hypothèses sur le fonctionnement du Fidelius.
Snape s'approcha du bureau sur lequel avait été posé le plateau contenant les tasses, la théière et une assiette de biscuits. Tout en se servant, le professeur de Potions détailla à sa fille le programme qu'il envisageait de suivre à l'avenir :
« Il faudra que tu crées cinq scènes « anodines » comme celle-ci. Le mieux est de leur donner un « lien » avec ta première scène, de façon à ce que leur apparition puisse paraître naturelle à un Legilimens. Pour l'instant je veux que ce soient des créations, n'emploie pas de souvenir trop précis : tu ne maitrises pas encore le blocage des images. »
Emilie acquiesça et demanda :
« Une scène par jour, est-ce que c'est suffisant ?
-Oui, approuva Snape : elles doivent être aussi bien conçues que ta promenade au bord du lac. Il est inutile de les bâcler pour aller trop vite, le travail serait à recommencer. J'aimerais, quand tu auras fini de dévorer ces malheureux gâteaux bien entendu, après tout, je ne voudrais pas frustrer une pauvre adolescente visiblement affamée, moqua Snape, amusé par la gourmandise de sa fille qui triait discrètement les biscuits pour se réserver ceux au chocolat : j'aimerais, reprit-il, que nous travaillions un peu la magie sans baguette. »
Emilie lui lança un regard qu'elle voulut innocent mais qui ne trompa personne avant de répondre, après avoir avalé une bouchée :
« Est-ce qu'il y a des livres à ce sujet ?
-Oui, il y a toujours quelqu'un pour écrire quelque chose sur n'importe quoi, railla Snape avant d'ajouter : il s'agit avant tout de pratique. As-tu terminé ? interrogea-t-il avec un brin d'impatience.
-Oui, mais nous avons le temps, protesta sa fille.
-Tu pars à Paris dans une semaine et je ne tiens pas à ce que tu expérimentes toute seule de ton côté. Nous ferions donc bien d'accélérer un peu, déclara-t-il un peu sévèrement et avançant vers le milieu de la pièce.
-Est-ce que tu restes à Poudlard ? » demanda subitement Emilie.
Snape se détourna vers sa fille, le visage impassible :
« Non. Snape soupira en fronçant les sourcils et interrompit la jeune fille avant qu'elle n'ait le temps de poser sa prochaine question : je vais pour quelques jours dans une maison qui m'appartient. »
Devant l'air interrogateur d'Emilie, le Maître des Potions décida de développer un peu :
« Il s'agit d'une maison qui a appartenu à mes parents, à Manchester.
-Es-est-ce qu'ils sont toujours vivants ? » demanda soudain Emilie avec nervosité, se posant pour la première fois des questions sur ses grands-parents paternels.
Faites confiance à cette gamine infernale pour toujours poser une question à laquelle il ne souhaitait pas répondre, pensa Snape qui prit une profonde respiration avant de déclarer du bout des lèvres, la tête penchée en avant et le visage en partie dissimulé par deux longues mèches de cheveux noirs :
« Non. Ma mère est morte il y a longtemps, d'une leucémie qu'elle n'a même pas tenté de faire soigner. Mon père, Snape déglutit et poursuivit : mon père est mort en 1980 ou 1981, d'une cirrhose du foie, je suppose », conclut-il d'un ton hargneux et en haussant les épaules.
Face à lui, le visage de sa fille avait une expression difficile à saisir, un mélange de tristesse, d'effroi et… peut-être d'inquiétude, il aurait été incapable de le dire. Bon sang, que s'était-elle imaginé ? Que son Mangemort de père avait deux parents aux petits soins pour lui et qui le dorlotaient pendant ses vacances ? Snape soupira, non, elle était suffisamment fine pour avoir deviné depuis longtemps que sa famille n'était pas un sujet de discussion. Presque malgré lui, le Maître des Potions ajouta une mise en garde :
« Je ne veux pas que tu mettes les pieds dans cette maison ni même à proximité, Emilie. Exerce ta curiosité sur d'autres sujets : ce lieu n'est associé qu'à de la tristesse. »
Le cœur serré, Emilie se demandait ce qui la choquait le plus : la confirmation que son père avait eu une enfance malheureuse ou bien son apparente indifférence à la disparition de ses parents ?
ooooo
Severus Snape savait que pour le reste du monde son visage ne trahissait aucune de ses pensées, ne perdant jamais cette expression sévère et parfois suffisante qu'il arborait comme un masque depuis des années, mais au fond de lui il était horrifié. Prenant une profonde respiration, peut-être plus audible qu'en temps normal, il ouvrit la bouche, enfin assuré que sa voix ne tremblerait pas :
« Il vaudrait mieux faire venir Poppy, Albus.
-Non, mon garçon : nous savons tous deux que ton diagnostic est fiable. Peux-tu arrêter la malédiction ? »
Snape réfléchit, ses yeux presque cachés par ses cheveux sombres retombant en longues mèches souples devant sa figure. Il savait qu'il n'y avait pas de moyen de guérir Dumbledore, pourtant il prit la peine de réviser encore une fois ses connaissances. Il ne pouvait pas arrêter la malédiction, mais il existait un moyen de la freiner, il en était certain. Il secoua la tête et expliqua :
« Il n'existe pas de contre-sortilège pour ce genre de malédiction. Le sort relève entièrement de la Magie noire et est extrêmement ancien. Je sais à quelle famille il appartient et je pourrai trouver un moyen de ralentir le… processus. Il n'y a pas d'antidote, Albus, conclut-il dans un souffle, ses yeux noirs trahissant une petite partie de son désarroi.
-Je devais mourir, tôt ou tard, Severus. Qui sait, peut-être pourrons-nous utiliser ma mort…
-Pourquoi, Albus ? cria soudain le Maître des Potions. Ce n'est pas à vous que je devrais rappeler que ce genre d'artefact ne doit pas être pris à légère ! continua-t-il en désignant l'anneau à la pierre en partie brisée qui l'avait orné. Un enfant de trois ans aurait senti qu'il s'agissait de Magie noire !
-Il devait être détruit, soupira Dumbledore en fixant l'objet du regard.
-Pourquoi ? Pourquoi, Albus ? N'avez-vous donc pas la moindre confiance en moi pour préférer tenter de détruire une telle chose par vos propres moyens plutôt que de me consulter ? Oubliez-vous que j'ai suffisamment versé dans la Magie noire pour en connaître toutes les arcanes ? »
Dumbledore leva les yeux vers l'homme en noir debout en face de lui, et ne chercha pas à dissimuler la tristesse qu'il ressentait en découvrant à quel point il avait blessé l'ancien Mangemort.
« C'est trop tard, Severus, soupira le vieil homme. Tout ce que je te demande c'est de me donner un peu de temps, si toutefois c'est possible. Tom ne doit pas avoir vent de quoi que ce soit pour l'instant. »
Snape s'inclina légèrement, dissimulant de nouveau soigneusement ses expressions. Il s'approcha du bureau sur lequel était posé l'anneau et examina d'abord attentivement l'objet, sans rien toucher. Au plus profond de lui-même il sentait déjà la trace caractéristique de la Magie noire. Pour qu'elle soit détectable, à cette distance et après l'anéantissement du sortilège, la malédiction devait avoir été particulièrement violente. Snape déglutit, effrayé de la puissance qu'avait dû posséder le sorcier qui avait piégé l'objet.
L'homme se pencha légèrement et fronça les sourcils, intrigué. Il y avait deux choses différentes. A force d'étudier et de manier la Magie noire, le Maître des Potions y avait développé une sensibilité exacerbée et était capable d'identifier un sortilège plus rapidement que d'autres et avec une rare précision. Sans analyser quoi que ce soit, Severus Snape était persuadé que l'anneau n'avait pas abrité qu'une malédiction, mais autre chose encore. Quoi, il l'ignorait, mais cela relevait sans nul doute de la Magie noire. Sortant sa baguette de la poche de sa veste, Snape déclama une série d'incantations d'une voix étonnamment mélodieuse et avec l'articulation précise qui le caractérisait. L'air parut se refroidir : sachant déjà à quoi il avait affaire, l'homme avait choisi d'employer la Magie noire plutôt que de tâtonner. Dumbledore s'était rapproché doucement, veillant à ne pas déranger le professeur qui paraissait perdu dans ses pensées mais dont l'éclat des pupilles sombres trahissait la concentration. Des filaments lumineux pourpres enserraient l'anneau, matérialisant les résidus de la terrible malédiction qui avait frappé Dumbledore. Snape continua, testant méthodiquement les traces afin d'avoir une meilleure idée de la malédiction initiale pour trouver un traitement. S'il avait identifié avec certitude le type de sortilège utilisé, il restait intrigué par l'autre trace qu'il avait ressentie. Il ne s'agissait pas d'un sortilège car sa présence aurait été révélée en même temps que la malédiction.
Saisissant une plume sur le bureau du directeur, Snape tourna légèrement l'anneau. La pierre paraissait comporter un creux. Avait-il été créé lorsque Dumbledore avait brisé l'anneau ? Des lignes gravées semblaient dessiner un symbole qu'il n'avait jamais vu.
« Penses-tu pouvoir trouver le moyen de… freiner les choses ? interrogea brusquement Dumbledore, brisant la concentration du Maître de Potions qui tourna la tête en lui lançant un regard furieux, avant de se pencher encore plus près de l'anneau.
-Seve… »
Snape leva la main gauche et lança encore une série d'incantations, mais rien n'apparut. Après s'être redressé lentement, il fixa de ses yeux perçants le vieil homme à la main noircie :
« Albus, qu'est-ce que c'est que cette… chose ? le ton du Maître de Potions était emprunt d'un profond dégoût.
-Un objet important aux yeux de Tom et que je viens de détruire », repondit Dumbledore d'un ton sans appel.
Severus Snape fixa son interlocuteur sans broncher, conscient qu'une fois encore le chef de l'Ordre du Phœnix choisissait de le laisser délibérément dans l'ignorance. Les yeux bleus de Dumbledore n'avaient plus aucune trace de leur chaleur coutumière mais paraissaient au contraire aussi froids que deux morceaux de glace. Snape s'inclina, sa bouche esquissant une moue amère :
« Très bien, Directeur. Je vais devoir m'absenter quelques heures afin de réunir quelques ouvrages qui pourront m'aider.
-Merci, Severus ».
L'homme en noir quitta le bureau de sa démarche silencieuse et se dirigea à longues enjambées vers les portes monumentales du château.
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La pièce était poussiéreuse, tout juste éclairée par les timides rayons de soleil qui arrivaient à filtrer à travers les carreaux et les rideaux sales. La simple perspective de revenir, ne serait-ce que quelques minutes dans l'Impasse du Tisseur suffisait à gâcher la journée du Maître des Potions. Rien n'avait vraiment changé : le voisinage était toujours misérable, mais la décrépitude du quartier paraissait s'accélérer.
La maison elle-même était figée, telle qu'elle l'était lorsque Snape en avait pris possession, découvrant plusieurs mois après les faits que Tobias Snape avait enfin débarrassé la terre de sa présence. L'espion avait immédiatement renforcé la construction grâce à une batterie de sortilèges plus ou moins avouables destinés à stabiliser l'édifice et empêcher sa dégradation. Il y avait ajouté un certain nombre de sorts et malédictions, cette fois-ci directement piochés dans les manuels les plus obscurs de la Magie noire afin de s'assurer que personne, Aurors ou Mangemorts, ne pourrait jamais y entrer sans son consentement. Sa sécurité assurée, Snape avait transféré dans la petite maison de briques tous les livres de Magie noire qu'il possédait et qu'il avait jusqu'alors accumulés dans deux coffres dissimulés dans une petite cave des apothicaires Slug et Worms. L'ensemble couvrait maintenant une bonne partie des murs du salon, cachant en partie le vieux papier peint grisâtre dont les motifs n'étaient plus guère discernables. Le tapis râpé avait perdu sa couleur, se fondant dans les tons marron qui caractérisaient ce qui avait été dans son enfance un petit salon modeste, où se tenait habituellement son père abruti par l'alcool.
Snape se dirigea immédiatement vers le mur séparant le salon de la cuisine, attrapant trois volumes dont la reliure ne portait aucun titre. L'un, assez mince et à la couverture souple, était un simple recueil de malédictions puissantes dont le principal effet était de précipiter le déclin de la personne qui en était frappée. Un fort volume à la couverture de bois couverte de gros parchemin contenait un long traité théorique et un troisième ouvrage, plus récent mais abondamment feuilleté, rassemblait une série de recettes de potions génériques destinées à contrer des sortilèges de Magie noire. Il ne trouverait pas là-dedans de recette miracle, mais il lui faudrait partir de bases déjà connues afin de trouver un traitement.
Réamorçant les sortilèges de protection sur la maison, Snape se dirigea vers la porte donnant sur le jardin misérable envahi par les mauvaises herbes et apparut devant les grilles de Poudlard.
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Note de l'auteur : j'en profite pour répondre à Eudore et Guest. Merci Eudore, j'espère que la seconde partie te plaira autant que la première ! Guest : ah, mais un peu de patience, la tour des elfes se révèlera bientôt, promis ! Et puis il faut bien qu'Alessandro en profite un peu. Sinon, le Snape est rancunier et renfrogné de nature -)
