Salut! J'ai finalement décidé d'écrire le point de vue de Remus de cette même scène. J'espère que vous l'apprécierez aussi. Je l'ai terminé il y a pas cinq minutes et je ne me suis pas vraiment relue, parce que je déteste ça, alors il se peut qu'il rest quelques coquilles. Si c'est le cas, désolée...

Enfin, bonne lecture!


Le secret de Remus Lupin

Point de vue de Remus

C'était une soirée d'automne typique, le vent soufflant dehors, faisant virevolter les feuilles mortes au-dehors, sous un ciel sans nuage. C'était le 17 novembre, lors de ma seconde année au collège. Et moi, j'attendais la lune, la peur au ventre, comme à chaque mois depuis tant d'années. Depuis tellement longtemps que je n'étais pas sûr de me rappeler de ce que c'était avant, de ce que c'était d'être normal. Et comme à chaque mois depuis mon entrée au collège, j'avais une pensée pour mes amis, qui n'étaient au courant de rien, à qui je mentais. Je tremblais à la simple idée qu'ils puissent un jour découvrir mon terrible secret. Ils ne devaient jamais savoir. Et pourtant, je savais que ce n'était qu'une question de temps. Sirius et James étaient parmis les élèves les plus brillants de la promotion. Ils finiraient par comprendre, c'était inévitable. Ils avaient déjà des soupçons. Je pouvais bien voir qu'ils ne croyaient pas mes mensonges. Et quand ils comprendraient… Quand ils comprendraient, tout serait fini. Qui pourrait apprécier un monstre tel que moi? Comment pourraient-ils faire confiance à un monstre tel que moi, alors que je leur prouvais déjà que je n'étais qu'un menteur? Cette amitié était vouée à l'échec. Elle était basée sur le mensonge, ça ne pouvait pas durer. Et ils méritaient tellement mieux que moi. Mais penser à ce moment inéluctable où ils comprendraient… Je ne le supporterais pas. Ils auraient bien raison de me rejeter et je ne pourrais décemment pas leur en vouloir, mais… Tout ça me faisait peur. S'ils me rejetaient, j'aurais la preuve qu'il me fallait pour me prouver définitivement que ma vie n'en valait pas la peine, et que je ferais mieux d'abandonner. Peut-être y avait-il une chance qu'ils m'acceptent? C'était le seul espoir qui me permettait encore de m'accrocher, d'essayer de vivre comme tous les autres, la seule chose qui me laissait croire que peut-être je pouvais moi aussi avoir une vie normale.

Puis, la lune fit son apparition, coupant mes réflexions, la douleur et les instincts meurtriers prenant le dessus. Et la nuit se ferait un plaisir de me rappeler à quel point j'étais monstrueux et dangereux, et à quel point mes espoirs étaient vains. Qui pourrait aimer un monstre à ce point assoiffé de sang, qu'à défaut de victimes accessibles, il s'attaquait lui-même?

Le réveil fut pénible, comme toujours. J'étais épuisé, et c'est dans le brouillard le plus complet que j'atterris finalement à l'infirmerie. Et je dormis toute la journée. Je détestais les lendemains de pleine lune. J'étais contraint de manquer les cours, je prenais du retard et j'attirais l'attention sur moi. C'était les moments où je craignais le plus que la vérité ne soit dévoilée. Et c'était aussi les moments où je me sentais le plus coupable de cacher mon secret à tous ces innocents qui ne soupçonnaient même pas à quel point j'étais dangereux, les moments où je me sentais incapable de faire face à un éventuel rejet. Souvent, j'avais des flashs de ma nuit, et j'étais plus convaincu que jamais d'être un véritable monstre.

Lorsque je me réveillai, en fin d'après-midi, je dus argumenter un bon moment avant que Mme Pomfresh me laisse sortir. J'étais conscient de ne pas avoir eu mon content de sommeil, mais rester à l'infirmerie plus longtemps me répugnait. Moins longtemps je disparaissais, mieux c'était, selon moi. Je voulais être le plus subtil possible quand à mes absences mensuelles, quitte à être un peu fatigué. Bon, peut-être plus que juste un peu. Je n'avais qu'une envie, c'était de retrouver mon lit. Mais je décidai tout de même de faire une apparition dans la grande salle pour le repas. C'est en m'y rendant que je tombai sur Sirius. Il avait l'air un peu étrange, comme stressé ou tendu. Il semblait sur le point de parler quand James arriva en nous lançant un « Tien! Vous êtes là vous deux! Vous venez manger? ». Il était un peu trop enthousiasme pour être naturel. Sirius eut un sourire forcé en nous suivant vers la grande salle où James m'entraînait déjà.

Le repas fut bizarre. Sirius était étrangement silencieux, ce qui n'était vraiment pas dans ses habitudes. Il semblait plongé dans ses pensées, de sombres pensées, et me jetait de drôles de regards, de temps en temps. Il me rendait nerveux. Avait-il compris? Alors pourquoi diable était-il en train de manger à la même table que moi, le loup-garou, sans poser de questions, ni hurler de terreur, sans même me lancer des regards de dégoût, ou au moins de mépris? Il semblait plutôt pris au cœur d'un problème. Se demandait-il s'il devait m'abandonner ou non ou hésitait-il entre crier au loup ou garder le secret? Ou peut-être que c'était complètement autre chose et que mon secret n'avait rien à voir? Le comportement de James était tout aussi déconcertant. Il montrait un enthousiasme artificiel, mais au fond, il semblait tendu, lui aussi, mais tentait manifestement de faire comme si de rien n'était. Lui, c'était à Sirius qu'il lançait des regards bizarres. Et Sirius semblait ne même pas le remarquer. Ils semblaient tout deux en quelque sorte impatients, et j'avais l'impression que bientôt, la situation allait exploser. Était-il possible qu'ils se soient disputés? Ça expliquerait peut-être l'attitude prudente de James. Mais pas celle de Sirius. Non, ils étaient juste bizarres. J'échangeai un regard d'incompréhension avec Peter. Il semblait aussi perdu que moi. Apparemment, c'était une histoire en James et Sirius, et Peter n'avait aucune idée de ce qui se tramait. Quand à moi, mon cerveau était trop épuisé pour se poser plus de questions, et je décidai de laisser aller.

Le reste de la soirée fut tout aussi étrange. James ne me quitta pas d'une semelle, ce qui me rendait encore plus confus. Je ne comprenais pas la raison d'un tel comportement. Surtout que sa conversation paraissait forcée et sa présence semblait délibérée. Sirius non plus n'était jamais trop loin, mais il semblait plutôt guetter quelque chose. Il avait plus l'air de m'espionner qu'autre chose. Et James n'arrêtait pas de le surveiller. Bizarre…

Finalement, lassé de leurs attitudes incompréhensibles, je décidai d'aller me coucher. S'ils continuaient comme ça encore longtemps, ils allaient finir par me donner la migraine. Je laissai donc James avec son capitaine de Quidditch, espérant qu'il juge une conversation sur son sujet préféré plus intéressante que de venir me border. Avec son comportement de la soirée, je m'attendais à tout. Heureusement, ce fut le cas. Seul dans mon dortoir, je ne mis pas plus de cinq minutes à m'endormir. Je ne voulais pas avoir à me questionner à nouveau avant d'avoir le cerveau en état de le faire.

- Mais qu'est-ce que tu foutais?

La voix de James résonna dans l'obscurité. J'étais dans le brouillard. Je ne le voyais pas. Il portait sa cape d'invisibilité peut-être? Oui, c'était sûrement ça!

- Pourquoi voulais-tu faire ça, Sirius?

Sirius? Sirius était là, aussi? Qu'est-ce qu'il avait encore fait? Une mauvaise farce, sûrement. Comme voler le fameux vif d'or de James? Oui, sûrement…

-Je… je…

C'était la voix de Sirius, il paraissait effrayé. Quel rêve étrange… Mais en ouvrant les yeux, je réalisai que ce n'était pas un rêve. Mais qu'est-ce qu'il se passait? Jamais je n'avais vu James dans un état pareil. Le regard qu'il jetait à Sirius me glaça le sang. Du mépris, de la colère, de la déception… Mais qu'est-ce qu'il se passait? Si James et Sirius se disputaient, alors cela voulait-il dire que le monde avait cessé de tourner? Ça ne pouvait pas être réel, n'est-ce pas? Et Sirius qui semblait paniqué… Tout ça ne leur ressemblait pas, et ça me faisait peur.

Puis le regard de Sirius croisa le mien et quelque chose changea au fond de ses yeux. Quand il se retourna vers James, il sembla tout autant en colère que lui. James et Sirius étaient comme des frères! Ils ne pouvaient pas s'entredéchirer comme ça! Le monde devait s'être mis à tourner à l'envers. C'était la seule explication logique.

- Il fallait que je vérifie! cria Sirius à la tête de James, Ça me paraissait dément, mais tout collait. Il fallait que je sois sûr que ce n'était pas le cas.

Un horrible pressentiment me noua les entrailles. Avant même que je n'aie eu le temps d'analyser les paroles de Sirius et leurs différents sens possibles, quelque part au fond de moi, j'avais déjà compris, sans oser me l'avouer. Mon esprit semblait paralysé. Je sentais la panique monter en moi.

- Mais n'as-tu pas envisagé ce qui se passerait si tu avais raison? N'es-tu pas conscient de l'effet qu'a l'argent sur les loups-garous? Pauvre con! Mais qu'est-ce que tu cherchais à faire, abruti? Lui faire du mal?

Suite à ces mots, un silence monstrueux emplit la pièce. Je pouvais entendre la voix de James résonner dans ma tête, prononçant le mot qui avait détruit ma vie. Loup-garou. Ils savaient. Rien d'autre ne pouvait pénétrer mon esprit que cette constatation horrifiante. Ils savaient, et plus rien ne serait jamais comme avant. Je sentis la nausée me prendre. Ils allaient me rejeter, c'était sûr. Allaient-ils avoir peur de moi? Ou allaient-ils me mépriser? Me détester pour avoir trahi leur confiance? Peut-être tout à la fois… Allaient-ils exiger mon renvoie? Le dévoiler à tout le monde? Ils savaient. Ils ne pourraient sûrement pas garder ça pour eux. Et même s'ils décidaient de garder le secret, jamais ils n'accepteraient de continuer à partager le même dortoir que moi. Ils allaient m'éviter, dorénavant. Ils ne voudraient plus me parler. Ils se tiendraient loin, ne voudraient plus m'approcher. C'était la fin. La fin de notre amitié. La fin de la confiance et la complicité qui nous liait. Et la fin de mes espoirs en la vie.

Je savais qu'ils seraient dans leur droit de me haïr. Je leur avais menti durant tellement longtemps. J'avais trahi leur confiance. Et j'étais une monstruosité de la nature. Je ne pouvais pas les blâmer de prendre peur. Et pourtant, à cet instant, je compris que je ne leur pardonnerais jamais ce rejet. Que jamais je ne pourrais à nouveau accorder ma confiance à qui que ce soit, et que j'en voulais déjà à la terre entière du traitement que je recevais depuis la tendre enfance. Je n'avais jamais choisi ce que j'étais devenu. Je n'avais jamais rien fait pour mériter cela. Alors pourquoi devais-je endurer tout cela?

Et par dessus tout cela, je me sentais vide. C'était fini. Perdre cette amitié à laquelle je m'étais trop attaché me faisait souffrir. Je savais que ce serait éphémère, que je devais me préparer. Je croyais être prêt. Mais jamais je n'aurais pu imaginer que ça ferait aussi mal. Et le silence se prolongeait. De plus en plus lourd et de plus en plus insupportable. Puis, je ne tins plus. Je n'en pouvais plus d'attendre qu'ils m'annoncent que tout était fini. Je le savais déjà, je ne voulais pas l'entendre, et j'étais bien incapable de supporter leurs regards, à cet instant. J'étais incapable de les regarder, ou même de supporter leur présence. Alors je me levai pour quitter cet endroit. Pour les empêcher de me dire ces mots qui me briseraient définitivement.

Mais James m'arrêta. Il me retint par l'épaule, et je fus incapable d'aller plus loin. J'étais incapable de bouger. Je ne pouvais que rester là et attendre. Attendre qu'ils m'aient dit ce qu'ils avaient à dire, ce que je ne voulais pas entendre. Puis le visage de Sirius apparut dans mon champ de vision. Son expression me déconcerta. Je n'y trouvai rien de ce à quoi je m'attendais. Pas de haine, pas de mépris et encore moins de dégoût. Seulement un air solennel et sérieux.

- Eh! Remus! On est amis. Ne crois pas que ça va changer quoi que ce soit, tes histoires de hurlement à la lune. Chacun ses défauts, non? Moi je ronfle et je laisse traîner mes chaussettes sales au pied de ton lit, c'est pas vraiment mieux…

Je restai figé à ces paroles. Je devais prendre mes rêves pour la réalité. Avait-il vraiment dit qu'on pouvait rester amis malgré tout? Était-ce vraiment ce qu'il avait dit? Je devais avoir mal compris. Puis il éclata de rire. Pas d'un rire moqueur ou cruel. Simplement son rire franc, qui sonnait comme un aboiement. Étais-je tombé dans la quatrième dimension, ou étais-je déjà rendu dans la cinquième?

Puis ce fut autour de James de s'adresser à moi avec son grand sourire, tout colère miraculeusement évaporée :

- J'appuie Sirius. Franchement, poursuivit-il, si tu croyais te débarrasser de nous si facilement, tu t'es trompé. Tu n'as pas fini de nous endurer. À moi bien sûr que les chaussettes sales de Sirius te dérangent…

Et alors que je comprenais le sens de leurs paroles, pleines de leur humour douteux, surtout au vu de la situation, je sentis le soulagement me submerger. Toute cette angoisse qui me serrait le cœur, cette peur horrible qui me retournait les entrailles, toutes ces sensations s'évaporèrent. Le soulagement, la joie, l'espoir qui déferlèrent en moi comme une vague furent si puissant que j'en eus le vertige et que je me sentis perdre pied. J'avais l'impression de m'enfoncer dans un rêve. Et sans comprendre exactement comment, je me retrouvai assis sur mon lit, entre Sirius et James. Ils voulaient bien de moi. Ils n'allaient pas me rejeter. Et puis je réalisai alors que mes yeux étaient plein d'eau. Je les essuyai frénétiquement.

- Je… excusez-moi, balbutiai-je.

Je ne leur avais pas fait confiance. Je leur avais menti et ils ne m'en voulaient pas. Je ne les méritais pas. Je ne savais pas trop quoi leur dire, mon cerveau était embrumé par toutes ces émotions. J'avais un peu l'impression d'être déconnecté de la réalité, comme si ma tête s'était mise hors fonction.

- Je sais que… que j'aurais dû vous en parler mais, j'avais tellement peur… tentai-je d'expliquer, Je veux dire… depuis que je suis tout petit, les gens ont peur de moi et me méprisent, alors je pensais que si vous compreniez vous… comme tous les autres, vous…

Je n'étais pas sûr d'être très cohérent. Je ne savais pas où je voulais en venir non plus. En fait, je ne savais même pas ce que j'étais en train de dire.

- Ça va, me coupa James, On comprend très bien tout ça. Mais sache qu'à l'avenir, tu peux avoir confiance en nous.

Et je sentais au loin, dans le brouillard de mon cerveau, la reconnaissance et la culpabilité se disputer la place.

- On ne te laissera pas tomber, ajouta Sirius en me faisant une accolade.

Ma gratitude était bien au-delà des mots. Je pouvais retrouver confiance en la vie, tant et aussi longtemps que notre amitié durerait. Mais quand je sentis l'épuisement prendre le dessus, je m'efforçai de mettre en mots mes sentiments. En un seul mot, en fait : « Merci.»

Je leur serais à jamais reconnaissant. Ils ne réalisaient sûrement pas à quel point ils me sauvaient la vie.


Et voilà! Je suis consciente que ce chapitre s'est sûrement fait attendre. J'espère que vous l'avez aimé! (Et n'hésitez pas à me dire, si vous avez apprécié) Par contre, je ne crois pas que je vais ajouter le point de vue de Peter. J'avais dit que je le ferais peut-être, mais je ne suis vraiment pas inspirée sur ce coup-là. De toute façon, il est pas très présent.

Merci de m'avoir lue, en particulier aux quelques personnes qui m'ont laissé des commentaires, mais aussi à toutes les autres qui n'en ont pas laissé.

Noir d'Encre