Bonjour ou bonsoir, selon l'heure à laquelle vous lirez ce chapitre.
Merci à tous pour vos reviews, vous n'imaginez pas ce que ça signifie pour moi. Je vous aime très fort et je vous souhaite une vie de conte de fée avec un happy end bien cliché et tout le tralala !

Maintenant, à propos de ce chapitre.
Je crains de ne pas avoir été très claire dans mes explications la dernière fois, et je m'en excuse platement. Je vais essayer de faire mieux cette fois-ci :
Cette fiction se découpera en trois Parties. La Partie 1, qui se déroulera en 2001 et a commencé avec le chapitre précédent. La Partie 2, plus courte, qui ne relatera que certains événements qui ont lieu entre 2001 et 2011. Et enfin la Partie 3, dont vous avez eu le début avec le Prologue.
Ce chapitre commence donc là où le précédent s'est achevé, toujours en 2001.

Quelques détails supplémentaires :
- Le point de vue de Regina apparaît à deux reprises dans ce chapitre, et continuera d'apparaître régulièrement par la suite. J'aime alterner les points de vue, et j'espère que vous aimerez aussi.
- J'ai parlé de prendre des libertés avec certains personnages et vous en aurez un exemple dans ce chapitre.
- Mon amour sincère et incompréhensible pour Zelena risque d'être légèrement visible. Il faudra me pardonner si vous, vous ne l'aimez pas.
C'est tout pour le moment, je continuerai mon blabla inutile au prochain chapitre.

Bonne lecture, et on se retrouve en bas !

Disclaimer : Les personnages et l'univers de la série appartiennent à Edward Kitsis et Adam Horowitz. Prions pour qu'ils soient touchés par l'illumination Swan Queen eux aussi.


Love, it's gonna find you
Oh, love is not gonna leave you
Laying alone forever
Clear as a teardrop
You see the past
You know what you've known
But there's no looking back
It's gonna find you – Bombs Over Nowhere


Chapitre 2 : Secrets

11 juillet 2001

- Alors, envie de te mêler un peu aux autres ?

Regina retint un sursaut de surprise, ne s'étant pas attendue à ce qu'une voix s'élève soudain juste dans son dos. Elle se tourna, affrontant le regard interrogateur de sa sœur aînée, qui lui faisait apparemment l'immense honneur de s'intéresser à sa vie.

- Pas vraiment, répondit-elle prudemment. Je suppose que toi non plus ?

Zelena jeta un coup d'œil au groupe qui se pressait autour de la table de ping-pong, et dont la plupart des membres étaient visiblement ivres. Un rictus moqueur étira ses lèvres.

- Pas vraiment, non, reconnut-elle. Mais l'opportunité s'est présentée, alors…

- Alors tu as pensé que venir ici valait mieux que de passer une énième soirée à la maison à écouter les sermons de Maman.

- Tout à fait. Je suppose que tes raisons sont les mêmes ?

Regina poussa un discret soupir de découragement.

- Non, rétorqua-t-elle. Les soirées à la maison m'enchantent au moins autant que toi, mais tu sais très bien que je ne suis pas du genre à sauter sur la première occasion d'y échapper. Et tu sais aussi très bien pourquoi je suis ici ce soir. Si tu préfères faire comme si ça n'avait aucune importance, vas-y, mais dans ce cas inutile de m'adresser la parole.

- Du calme, soeurette ! s'exclama Zelena, prenant un air exaspéré. Je te croyais seulement au-dessus de toutes ces stupides histoires d'amour et de ruptures. Je préfère penser que tu as brusquement eu envie de faire la fête, sans qu'une raison particulière impliquant ton petit-ami ne vienne tout gâcher.

- J'avais seulement besoin de prendre l'air, d'accord ? Alors, oui, c'est en partie parce que je veux oublier Daniel, ne serait-ce que le temps d'une soirée, mais je ne suis pas aussi désespérée que tu sembles le croire. Il est parti, tant mieux pour lui.

- Tu as la bonne réaction, crois-moi. Et puis ne t'en fais pas, tu trouveras bien un autre moyen de rendre Maman folle de rage.

Regina fit face à son aînée, tournant le dos au groupe, un éclat de colère dans les yeux.

- Tu peux me dire pourquoi tout le monde est persuadé que c'est la raison pour laquelle je fréquentais Daniel ? S'énerva-t-elle.

- Mais parce que c'est le cas, voyons !

- C'est faux. C'est complètement faux.

Zelena s'esclaffa bruyamment, ouvertement moqueuse.

- On dirait que tu n'en as même pas conscience toi-même, s'amusa-t-elle. Mais ça n'a aucune importance, puisqu'il est parti… Tu sais quoi, soeurette ? Je pense que tu devrais en profiter pour le remplacer par quelqu'un qui te correspond mieux ! Regarde autour de toi, tu n'as que l'embarras du choix.

- Non, merci. Je ne suis pas venue pour flirter, seulement pour me changer les idées.

- Mais flirter est une excellente façon de se changer les idées.

Regina jeta un coup d'œil à la tenue de sa sœur.

- Si j'en crois ce décolleté plongeant, c'était ton véritable but en venant ici, devina-t-elle. Au passage, cette robe est à moi.

- Les sœurs partagent leurs vêtements, tout le monde sait ça. Et puis, elle me va beaucoup mieux qu'à toi.

Zelena s'éloigna en direction du bar, sans remarquer que sa cadette s'était raidie à ses dernières paroles. Restée seule, la brune soupira, laissant entrevoir une partie de l'accablement qu'elle ressentait. Puis elle reprit son masque d'indifférence, ayant aperçu son amie Kathryn qui avançait vers elle, un sourire de soulagement sur le visage.

- Ils m'épuisent ! se plaignit-elle, en désignant le reste du groupe.

- Je veux bien te croire, répondit Regina, compatissante.

- Je te cherchais tout à l'heure, mais on m'a dit que tu étais au téléphone. Tu parlais avec Daniel ?

Kathryn grimaça, paraissant soudain réaliser qu'elle avait abordé un sujet sensible.

- Enfin, tu n'es pas obligée de me le dire si tu ne veux pas, s'empressa-t-elle d'ajouter. Vraiment, on peut discuter de n'importe quoi d'autre.

- Ce n'était pas Daniel, je n'ai aucun moyen de le joindre. Mais tu as raison, parlons d'autre chose.

Regina jeta un coup d'œil à l'opposé de la salle, s'assurant que sa sœur n'avait pas l'intention de revenir la voir. Elle fronça les sourcils en la découvrant appuyée contre le bar, plongée dans une conversation visiblement passionnante avec une jeune femme blonde qu'elle n'avait jamais vue auparavant.

- Qui est-ce ? demanda-t-elle à Kathryn, en désignant la nouvelle.

- Aucune idée, c'est la première fois que je la vois. Je crois qu'elle est venue avec Lily…

- Lily ?

- La fille avec le tee-shirt vert. Celle qui discute avec Graham.

Regina jeta un coup d'œil désintéressé à la dénommée Lily, puis elle reporta son attention sur la blonde, piquée par la curiosité. Elle la détailla rapidement, remarquant la robe rayée noire et blanche, les cheveux noués en queue-de-cheval, les lunettes noires, le sourire un peu forcé... Soudain, la nouvelle tourna la tête dans sa direction, d'un geste assuré qui laissait penser que ce n'était pas involontaire, qu'elle cherchait une personne en particulier. Ses yeux vinrent se river à ceux de Regina, qui fut surprise de la voir se détourner vivement, comme brûlée par son regard.

- Et elle, tu as son nom ? S'enquit-elle.

- Non, répondit Kathryn. On devrait peut-être aller se présenter. Il se pourrait que cette fille reste avec nous un moment, elle a l'air de bien s'entendre avec Ruby et Ashley, et maintenant Zelena…

- Je t'en prie, Zelena fait toujours son numéro de charme sur les nouveaux, ça ne veut rien dire du tout.

Regina se pinça les lèvres, s'inquiétant du comportement de sa sœur, qui s'était penchée sur la blonde en arborant un air séducteur. A quoi jouait-elle, au juste ? Voulait-elle que tout le monde découvre son secret, jusqu'à présent si bien gardé ? Elle n'allait tout de même pas prendre un risque pareil pour les beaux yeux d'une femme rencontrée cinq minutes plus tôt ? A croire qu'elle n'avait aucune conscience des enjeux…

- On va aller se présenter, décida soudain Regina. C'était une bonne idée.

Elle traversa la salle sans même vérifier que Kathryn la suivait, ne s'arrêtant que le temps de saluer Tink – l'une des seules personnes du groupe qu'elle considérait vraiment comme une amie – avant de poursuivre son chemin jusqu'au bar. Là, elle fut abordée par une Ruby d'humeur provocatrice, qui lui lança joyeusement :

- Regina ! On ne t'avait pas vue depuis un moment !

- J'étais occupée, répondit la concernée, pinçant de nouveau les lèvres. Tu as des mèches rouges, maintenant ? C'est plutôt... Original.

Le ton était très clairement insultant. Ashley se redressa, prête à défendre son amie, mais celle-ci l'arrêta d'un geste, secouant la tête pour lui faire comprendre que ça ne l'atteignait pas. N'étant pas venue pour se disputer, Regina se détourna et prit sa sœur par le bras pour attirer son attention. Zelena était en train de parler – des détails de son admission à la Northeastern University – et elle soupira bruyamment, visiblement agacée de devoir interrompre cette conversation.

- Un problème, soeurette ? s'enquit-elle, apparemment lasse.

Sans attendre de réponse, elle se tourna vers son interlocutrice et lui sourit, tout en désignant sa cadette d'un signe de la tête.

- Ma sœur, Regina, la présenta-t-elle. Regina, voici Emma Swan.

La brune prit sur elle pour maîtriser la colère qui l'envahissait et adressa un sourire aussi chaleureux que possible à la dénommée Emma, qui la regardait avec une attention qui lui parut un peu trop marquée. Une sensation fugace la traversa, disparaissant avant qu'elle ne puisse l'identifier.

- Enchantée, murmura timidement Emma.

Kathryn s'approcha pour se présenter à son tour mais elle fut interrompue par Killian, qui avançait en direction du bar en tenant Lily par les épaules. Cette dernière était très pâle et ne semblait pas au meilleur de sa forme. Après avoir aidé la jeune femme à s'asseoir sur un tabouret, Killian se tourna vers Emma pour expliquer :

- Ton amie se sent mal. Je crois qu'elle a trop bu.

- Elle devrait peut-être aller prendre l'air, suggéra Ruby. Ou s'allonger.

- Ou se passer de l'eau sur le visage, renchérit Kathryn.

Regina tenta de s'éloigner, tirant sa sœur par la manche de sa robe, mais Zelena refusa de bouger. Elle lui adressa même un regard lourd de reproches, comme si elle devrait avoir honte de ne pas se soucier de cette fille qu'elles ne reverraient probablement jamais.

- J'ai froid, se plaignit Lily.

Emma réagit aussitôt, partant fouiller dans les affaires près de l'entrée. Elle revint quelques minutes plus tard, une veste en cuir posée sur le bras, une sacoche appuyée sur l'épaule et un téléphone portable serré dans la main. Son visage affichait un air à la fois soucieux et agacé.

- Je la ramène, annonça-t-elle.

- Vous partez déjà ? s'étonna Ruby, visiblement attristée par cette nouvelle.

- Oui, je suis désolée, je crois qu'il vaut mieux que Lily rentre chez elle…

Celle-ci acquiesça vivement et se leva, enfilant la veste noire. Puis elle fit un signe de la main à Killian, qui lui répondit d'un sourire poli avant de se tourner vers la blonde.

- J'organise une soirée chez moi samedi, annonça-t-il. Vous pourriez venir, toutes les deux.

- Pourquoi pas ? répondit Emma, après un bref instant d'hésitation.

- Super ! Donne-moi seulement ton numéro et je t'enverrais un message avec l'adresse.

Ruby émit un ricanement moqueur et se pencha sur Ashley pour murmurer :

- Dix dollars qu'elle tombe dans le piège.

- Tenu.

Emma, qui avait parfaitement entendu, adressa un sourire malicieux à Killian, qui comprit aussitôt que la séduire ne serait pas aussi simple qu'il l'avait espéré.

- Lily donnera mon numéro à Ruby quand elle la verra au boulot, rétorqua Emma. Elle n'aura qu'à m'envoyer l'adresse. Maintenant je suis désolée mais je dois vraiment y aller. Mais merci pour l'invitation, c'était sympa de tous vous rencontrer.

- Le plaisir était pour nous, assura Ashley.

- Tout à fait, confirma Zelena.

Regina resta un instant immobile, le regard fixé sur la blonde, qui s'éloignait en laissant Lily s'appuyer sur son épaule. Dès que la porte se fut refermée derrière elles, elle reporta son attention sur Killian, qui s'était tourné vers Ruby en prenant un air suppliant. Cette dernière éclata de rire.

- Alors là, tu rêves. T'auras pas son numéro comme ça.

- Vingt dollars qu'elle le lui donnera jamais ! paria Ashley.

- Et à moi, tu voudras bien me le donner ? réclama Zelena, ses lèvres s'étirant en un sourire provocateur.

Ne supportant plus le comportement de son aînée, Regina resserra sa prise sur son bras et la força à la suivre en direction de la sortie, ignorant les regards curieux du reste du groupe.

- Je crois qu'il est temps que nous ayons une petite conversation, soeurette.

OoO

Emma appuya sur l'accélérateur, le regard fixé sur la route qui s'étendait devant elle. Elle n'avait pas prononcé un mot depuis qu'elle avait quitté le Jolly Roger une dizaine de minutes auparavant, se contentant de conduire tout en s'efforçant de ne pas laisser sa colère éclater. La soirée avait pourtant bien commencée, en grande partie grâce à Ruby, qui avait fait tout son possible pour la mettre à l'aise, entre ses nombreux commentaires sur le groupe et ses délicieux cocktails. Ashley avait également fait preuve de beaucoup de gentillesse, tout comme Zelena d'ailleurs, même si Emma ne savait pas vraiment quoi penser de leur brève conversation. Et puis il y avait eu Killian, dont le comportement avait été à la fois flatteur et agaçant. Mais ce qu'elle retenait surtout de cette soirée avait été cette sensation inattendue qu'elle avait éprouvée, cette sensation d'être à sa place, auprès de ces personnes qu'elle ne connaissait pourtant pas. Alors qu'elle commençait tout juste à se sentir un peu plus sereine, Emma se remémora soudain l'instant où elle avait aperçu Regina, où elle l'avait reconnue, et un sentiment de regret se ménagea un chemin jusqu'à son cœur.

Elle s'en voulait de ne pas avoir osé aller lui parler, même si elle ne s'expliquait pas pourquoi cela lui paraissait si important. Au moment où elle avait pris la décision de la rejoindre pour engager la conversation, elle avait hésité, se demandant par quoi commencer. Elle avait rapidement exclu la possibilité d'évoquer leur première « rencontre » au Common, craignant que Regina ne soit gênée d'apprendre qu'elle avait été vue dans un moment de vulnérabilité. Emma n'aurait pas voulu le savoir si elle avait été à sa place, et cela l'avait poussée à chercher une façon différente de l'aborder. Alors qu'elle réfléchissait, se demandant au passage si cette obsession soudaine pour une femme qu'elle ne connaissait pas du tout n'était pas un peu étrange, une main s'était posée sur son épaule, la faisant sursauter. C'était à cet instant que Zelena, dont Emma ne savait que ce qu'elle avait entendu de Ruby et d'Ashley – et qui n'était, avouons-le, pas très positif – s'était aimablement présentée et avait aussitôt amené la conversation sur le sujet des études, vantant les mérites de l'université qu'elle fréquentait. Regina était arrivée sur ces entrefaites, inconsciente du trouble qu'elle suscitait en surgissant ainsi, Emma craignant qu'elle ne l'ait vue la regarder et ne se soit déplacée pour cette raison.

Mais, à son grand soulagement – bien qu'accompagné d'une pointe de déception inexplicable – Regina ne lui avait pas accordé la moindre attention, étant trop occupée à provoquer Ruby, qui l'avait abordée dans ce qui semblait être ce but mais avait ensuite eu l'intelligence de ne pas répliquer. Finalement, Zelena avait présenté sa sœur à Emma, qui avait été ravie par la perspective de pouvoir enfin lui parler, mais Lily avait tout gâché, comme d'habitude…

Emma soupira à cette pensée. Puis elle resserra sa prise sur le volant et jeta un bref coup d'œil en direction de sa meilleure amie, qui dormait profondément sur le siège passager. Bien sûr, ce n'était pas de sa faute si elle s'était sentie mal, et elle n'était probablement pas la seule à avoir abusé des délicieux cocktails de Ruby, mais ce n'était pas ce qu'Emma lui reprochait vraiment... Ne supportant plus de ressasser sa colère sans pouvoir la laisser éclater, elle accéléra à nouveau, pressée d'arriver à destination. Une dizaine de minutes plus tard, elle se gara à quelques mètres de la maison de Lily et entreprit de réveiller celle-ci en la secouant sans ménagement.

- Qu'est-ce qu'il y a ? marmonna Lily, émergeant du sommeil avec difficulté. On est arrivées ?

- Oui, et j'aime autant te prévenir : tes parents vont te faire la peau.

- Comment tu le sais ?

Emma s'appuya contre son siège en expirant lentement, s'efforçant de conserver son calme.

- Ils s'inquiétaient parce que tu étais partie sans prévenir, expliqua-t-elle. Ils ont pensé que tu avais peut-être encore fait une fugue et ont préféré téléphoner à Ingrid pour savoir si tu n'étais pas avec moi, mais elle ne le savait pas, puisque je ne lui ai pas parlé de notre petite sortie de ce soir.

- Elle a pas essayé de t'appeler ?

- Si, mais mon téléphone était dans ma sacoche à l'entrée, et avec le bruit qu'il y avait, je ne l'ai pas entendu sonner. J'ai vu les appels manqués et écouté les messages vocaux d'Ingrid au moment où je suis allée chercher ma veste... Franchement, Lily, tu n'aurais pas pu prévenir tes parents ?

- Et toi, t'aurais pas pu prévenir ta mère ?

Sentant sa colère prendre de l'ampleur, Emma ouvrit sa portière d'un mouvement brusque et sortit en la claquant derrière elle. Elle avait commencé à s'éloigner le long de la rue lorsqu'elle entendit son amie l'appeler.

- Attends ! Où est-ce que tu vas ?

- Je rentre chez moi, répliqua-t-elle sèchement.

Elle s'arrêta néanmoins, sachant que la conversation n'était pas terminée.

- Tu m'en veux, constata Lily. J'ai oublié de prévenir mes parents, ça arrive, non ? Je crois que je suis suffisamment grande pour pouvoir décider toute seule d'où je vais et de ce que je fais. J'ai pas besoin de leur accord.

- Je sais que vous avez une relation compliquée, mais… Écoute, Lily, c'est pas seulement ça. Tu m'as demandé de venir avec toi à cette soirée et finalement je ne t'ai pas vu plus de cinq minutes, tu m'as complètement laissée tomber... Parfois, j'ai vraiment l'impression de ne jamais pouvoir compter sur toi.

Emma ne put réprimer un soupir de découragement en captant le regard soudain triste de sa meilleure amie, qui parvenait toujours à tourner la situation à son avantage en la culpabilisant. Elle se surprit à se demander si des filles comme Ruby et Ashley se seraient comportées d'une façon semblable dans la même situation, puis elle chassa cette pensée inutile, se concentrant sur l'instant présent. Elle secoua lentement la tête, la colère laissant brusquement place à la fatigue.

- Je dois rentrer, reprit-elle plus doucement. Ma mère m'attend.

- Je vais y aller aussi, répondit Lily.

Elle fit un vague signe de tête en direction de la maison de ses parents.

- C'était quand même cool, ce soir, non ? demanda-t-elle avec espoir.

- Oui, ça l'était. A plus tard, Lily.

Emma fit volte-face sans attendre de réponse, traversant la rue et suivant un chemin qu'elle connaissait par cœur, l'ayant emprunté bien souvent. Elle marcha sans se presser jusqu'à la station de métro la plus proche, réfléchissant à ce qu'elle allait dire à sa mère tout au long du trajet. Elle n'éprouvait aucune hâte à l'idée d'atteindre sa destination, ignorant ce qui l'attendait chez elle mais sachant d'avance que ce ne serait pas agréable. Et, bien trop tôt à son goût, elle fut devant l'immeuble. Chacun des pas qui la rapprochaient de l'inévitable confrontation la faisait douter un peu plus des raisons qu'elle pouvait donner pour s'expliquer, étant consciente tout au fond d'elle qu'elle avait eu tort de partir sans prévenir. Lorsqu'elle fit finalement face à sa mère, qui l'attendait dans la cuisine de leur petit appartement, la culpabilité effaça de son esprit toutes les excuses qu'elle avait pu se trouver en chemin.

- Je suis désolée, s'excusa-t-elle, avant qu'Ingrid n'ait pu dire quoi que ce soit. J'aurais dû laisser un mot, ou t'appeler.

- Oui, tu aurais dû. Viens t'asseoir, s'il te plaît.

Emma obéit, se laissant tomber sur sa chaise. La pièce était éclairée par une lampe qui diffusait une lueur chaleureuse tout autour d'elle, donnant à la scène un aspect calme que venait contredire la tension ambiante.

- J'ai failli appeler la police, annonça Ingrid. Les parents de Lily étaient tellement inquiets qu'ils m'ont fait douter de la possibilité que vous ayez fait une fugue ensemble. Ça n'aurait pas été la première fois, et je le sais, mais j'ose espérer que tu m'en parlerais si tu avais un problème suffisamment important pour justifier ce genre de comportement.

- Ce n'était pas une fugue, seulement une soirée avec les amis d'une fille qui travaille avec Lily. Je te jure que j'ai toujours eu l'intention de revenir.

- Alors pourquoi tu n'en as informé personne ? Quand les parents de Lily ont appelés, j'étais à l'hôpital, et j'ai insisté pour partir à ta recherche ! C'est Elsa qui m'a convaincue de t'attendre ici et de te téléphoner jusqu'à ce que tu répondes. J'étais totalement paniquée !

- Il ne pouvait rien m'arriver, tenta de la rassurer Emma, d'un ton qu'elle s'efforça en vain de rendre convaincant.

Ingrid mit un long moment à répondre. Elle resta un instant immobile, paraissant réfléchir, puis elle se laissa peser contre le dossier de sa chaise, soupirant et fermant les yeux.

- Il peut toujours t'arriver quelque chose, rétorqua-t-elle doucement. Je sais que tu es une fille raisonnable, que tu peux prendre soin de toi-même et que tu es suffisamment grande pour que je cesse de te materner… Mais le monde est plein de dangers qu'on a tendance à oublier. Les accidents arrivent, c'est inévitable…

- On ne peut rien contre ça. Alors qu'est-ce que tu comptes faire ? M'empêcher de sortir ?

Ingrid rouvrit les yeux, les posant sur la jeune femme qui lui faisait face.

- Tu es ma fille depuis seulement quelques mois, murmura-t-elle. Mais je t'aime comme si tu avais toujours été mon enfant. Et j'ai confiance en toi. Et je sais que, même si la vie est dangereuse, je ne pourrais pas t'empêcher de vivre la tienne, et je n'ai pas l'intention de t'en empêcher, ce dont je suis sûre que tu as conscience. Alors pourquoi tu n'as rien dit ? Je t'aurais laissée sortir, t'amuser. Tu le sais.

- J'ai pensé que… Que ce que tu ne savais pas ne pourrait pas t'inquiéter, balbutia Emma.

Ce n'était qu'une partie de la vérité, mais les mots qui la hantaient ne pouvaient pas être exprimés. Tout comme elle, ils n'avaient pas leur place ici.

- Bien sûr que je me serais inquiétée, soupira Ingrid. J'aurais pensé aux dangers de la route, à l'alcool, aux drogues que l'on trouve parfois dans les soirées auxquelles participent les gens de ton âge… Mais c'est mon rôle, de m'inquiéter. Ton rôle à toi c'est de l'accepter, parce que je suis ta mère et que c'est dans l'ordre des choses, et que si je m'en fais c'est parce que je tiens à toi. Ton rôle à toi, Emma, c'est de me tenir au courant de ce qu'il se passe dans ta vie, de façon à ce que je ne quitte pas mon travail au beau milieu de la nuit après un appel angoissant sans savoir où tu te trouves ni si tu vas bien…

- Je suis désolée, murmura Emma.

Elle se leva de façon à pouvoir se glisser dans les bras de sa mère, écrasée par le poids de la culpabilité et éprouvant le besoin soudain d'être réconfortée. C'était peut-être ce qu'elle avait recherché, finalement, en agissant de cette façon. Elle avait recherché la confirmation qu'Ingrid se souciait toujours autant d'elle, qu'elle était toujours aimée, que la présence d'Elsa et d'Anna n'avait rien changé…

- Je sais que c'est difficile, en ce moment, admit Ingrid. Mais on va s'en sortir, d'accord ? Toi, moi, et les filles. On va s'en sortir comme une véritable famille.

- C'est ce que je veux aussi.

- Je sais.

Emma se défit doucement de l'étreinte de sa mère, essuyant discrètement une larme qui avait roulé sur sa joue. La fatigue qu'elle avait ressentie un peu plus tôt refit alors surface, et elle l'accueillit avec soulagement.

- Je vais aller me coucher, annonça-t-elle, pressée de mettre fin à la conversation précédente.

- Excellente idée, approuva Ingrid. J'en ferais bien autant, mais je dois retourner à l'hôpital. Je peux compter sur toi pour rester à la maison jusqu'à demain ?

- Oui, Maman.

Ingrid esquissa un sourire, amusée par le ton exaspéré que sa fille avait employé pour lui répondre. Elle la suivit du regard tandis qu'elle s'éloignait dans le couloir, ouvrait la porte de sa chambre et disparaissait à l'intérieur. Avait-elle vraiment fait ce qu'il fallait en décidant de l'adopter ? Elle avait envie de croire que oui…

OoO

- Alors ?

Regina observait calmement son aînée, les mains sur les hanches et les sourcils froncés dans une expression sévère, attendant visiblement des explications et même peut-être des excuses. Peu impressionnée par la façon dont agissait sa cadette, Zelena soupira et se laissa tomber sur son lit, s'appuyant confortablement contre ses oreillers. Les deux sœurs avaient quitté la soirée peu de temps après le départ d'Emma et de son amie, Regina ayant décrété qu'elles avaient suffisamment profité et qu'il était temps de rentrer. A son grand étonnement, Zelena s'était laissée entraîner sans protester, comme si elle avait compris que cette « petite conversation » était inévitable. Son attitude laissait même penser qu'elle n'avait pas la moindre envie de s'y soustraire, étant même allée jusqu'à la provoquer par son comportement inhabituellement osé. Le sourire insolent qu'elle arborait maintenant confirmait d'ailleurs cette hypothèse.

- Alors quoi ? demanda-t-elle nonchalamment.

- Alors qu'est-ce qu'il t'a pris de flirter avec cette fille devant le groupe tout entier ? s'énerva Regina. Si une seule de ces personnes apprenait la vérité à ton sujet, Maman ne tarderait pas à le savoir, et les conséquences seraient désastreuses !

- Tu noircis le tableau, soeurette. Je doute que Maman apprécie l'idée, en effet, mais elle reste ma mère et je pense qu'elle pourra le supporter.

Regina s'assit sur le bord du lit, son expression contrariée disparaissant pour laisser place à un air soucieux. Elle remonta les manches de son chemisier blanc d'un geste machinal, le regard rivé sur la couverture, comme si les réponses qu'elle cherchait avaient pu y être inscrites. Elle peinait à trouver les mots pour exprimer ses inquiétudes.

- J'ai cru que Maman pouvait supporter Daniel, répondit-elle finalement. Et elle lui a trouvé un travail dans un autre État, de façon à ce qu'il ait à choisir entre une opportunité inespérée et son histoire avec moi. Et tu sais comment ça s'est terminé.

- Ça n'a rien à voir.

- Bien sûr que si. Maman rend tout difficile. Elle va faire de ta vie un enfer !

- Plus qu'elle ne le fait déjà, tu veux dire ? marmonna Zelena, amère.

- J'ai bien peur que oui. Mais il faut que tu tiennes le coup, tu n'as plus qu'à terminer tes études et tu seras libre.

- Je sais. Mais je persiste à croire que Maman finirait par m'accepter telle que je suis. Je ne comprends même pas ce qui la rebute tellement dans tout ça, ni même pourquoi elle a seulement le droit d'avoir un avis sur le sujet… Ça pourrait être simple, si tout le monde se mêlait de ses affaires et arrêtait de se préoccuper de ce que les autres font de leurs vies.

Regina eut un sourire compatissant.

- Je suis bien d'accord, répondit-elle. Et j'aimerais vraiment croire que Maman pourrait accepter tes préférences, d'autant qu'elle ne pourra absolument rien y changer. Tu sais, dans le fond, peut-être que ça fonctionnerait… Elle se dirait que ça explique tout ce qu'elle appelle ton « comportement rebelle ».

Zelena s'esclaffa, paraissant trouver l'idée amusante.

- Je la vois tout à fait raisonner comme ça, reconnut-elle. Mais tu n'as peut-être pas tort pour ce qui est d'attendre... Même si j'en ai plus qu'assez de me cacher ! J'aime les femmes, c'est comme ça, où est le problème ? Je voudrais seulement pouvoir vivre ma vie sans que personne n'y trouve à redire...

- Je comprends, mais de là à te jeter sur cette jolie blonde pour lui faire les yeux doux devant tout le groupe…

Regina évita habilement le coussin que son aînée venait de lui lancer à la figure et laissa son sourire s'élargir, exprimant le bonheur simple qu'elle ressentait à cet instant. Ses moments de complicité avec sa sœur étaient rares, et elle en appréciait chaque seconde, en particulier ce soir-là.

- J'ai seulement pensé que Killian ne s'était pas gêné, lui, et qu'il n'y avait aucune raison pour que moi je me gêne, répliqua Zelena, boudeuse.

En aucun cas elle n'allait avouer qu'elle avait agi par jalousie, ayant surpris le regard de convoitise que la blonde posait sur sa petite sœur. Celle-ci n'avait pas besoin de le savoir.

- J'espère que personne n'a remarqué ton petit manège, soupira Regina. Je suis contente qu'on en ait parlé. Merci de m'avoir écoutée.

- Il n'y a pas de quoi me remercier. Ne va surtout pas croire que j'écoute un seul de tes conseils, soeurette !

- Cela me surprendrait, en effet.

Regina prit un air faussement désespéré et se leva pour quitter la chambre, s'arrêtant un instant sur le seuil pour souhaiter une bonne nuit à Zelena, qui lui répondit en la gratifiant d'un clin d'œil moqueur. Une fois seule dans le couloir, la brune resta immobile un instant, perdue dans ses pensées. Sa relation avec son aînée était basée sur la rivalité qui les opposait depuis toujours et sur les disputes qui en résultaient plutôt que sur l'affection, mais elle avait toujours su que cela ne les empêchait pas de se soucier l'une de l'autre. La plupart du temps, Zelena semblait prête à tout pour briller aux yeux de leur mère, qui poussait régulièrement ses filles à se quereller en mettant en avant les qualités de Regina au détriment de celles de sa sœur. Dans ces moments-là, toute trace de l'attachement qu'elles avaient l'une envers l'autre disparaissait, ne laissant que la détermination toujours plus forte d'être la meilleure et la plus aimée.

Cette compétition était totalement injuste et Regina l'avait toujours su, ce qui ne l'avait pas empêchée de jouer le jeu – bien qu'elle en ait ressenti une certaine honte parfois – puisqu'elle était certaine de le gagner. Cora, leur mère, ne cachait rien de sa préférence pour sa fille cadette, dont elle vantait constamment les mérites et avec laquelle elle se montrait excessivement dure, prétendant agir de cette façon pour son bien. Zelena était soumise à la même pression mais n'y trouvait pas les mêmes avantages, ses réussites étant ignorées et ses échecs sévèrement sanctionnés. Ces conditions ne favorisaient pas la bonne entente des deux sœurs, dont la relation s'était de plus en plus détériorée au fil des ans, jusqu'au jour où un secret était venu les réunir. Regina avait découvert ce secret en ouvrant une enveloppe qui était destinée à Zelena, un matin où elle était allée récupérer le courrier dans la boîte aux lettres de la maison. Piquée par la curiosité, et espérant trouver dans cette enveloppe de quoi avoir de nouveau l'ascendant sur sa sœur – celle-ci venait d'être acceptée à la Northeastern University et, une fois n'est pas coutume, avait de ce fait gagné un soupçon de fierté de la part de leur mère – Regina avait lu la lettre, qui s'était avérée être une déclaration d'amour, signée d'un prénom féminin.

Elle avait lutté et argumenté jusqu'à connaître toute la vérité, se sentant concernée même si ce n'était au fond pas vraiment le cas. Zelena – qui avait en vérité très envie de se confier à quelqu'un – avait fini par passer aux aveux, expliquant en quelques mots qu'elle s'était récemment découvert une préférence pour les femmes. Elle avait expliqué que la lettre venait d'une fille qu'elle avait rencontrée à l'université et fréquentée pendant un moment, mais avec laquelle elle s'était disputée lorsqu'elle lui avait fait comprendre qu'elle ne pourrait pas s'afficher publiquement avec elle. Regina avait écouté toute l'histoire avec attention, pour une fois ravie de se retrouver dans le rôle de la confidente. Les deux sœurs s'étaient rapprochées, unies par ce secret, après avoir fait le serment de ne jamais en parler à leur mère, sauf dans des circonstances exceptionnelles. Alors qu'elle avançait le long du couloir plongé dans la pénombre, Regina se demanda si le désir de Zelena de ne plus avoir à se cacher pouvait être une raison suffisante pour tout avouer. Elle ne pouvait s'empêcher de redouter la réaction de leur mère lorsque celle-ci apprendrait la vérité, la connaissant suffisamment bien pour savoir que ses craintes étaient justifiées.

Lasse de s'inquiéter, Regina remit ses réflexions à plus tard et se glissa dans sa chambre avec soulagement. La journée avait été riche en émotion, et elle avait hâte d'abandonner la réalité au profit des rêves. Eux, au moins, ne la décevaient jamais.

OoO

14 juillet 2001

Emma attendait patiemment, appuyée contre le comptoir du Starbucks. Ruby lui avait envoyé un message pour lui proposer de la rejoindre sur son lieu de travail, de façon à ce qu'elles se rendent ensemble à la soirée organisée par Killian. Lily avait été invitée également, mais elle ne terminait qu'à vingt-et une heure trente, heure à laquelle ses parents avaient exigé qu'elle soit rentrée à la maison. Emma était persuadée que son amie n'en ferait qu'à sa tête et viendrait rejoindre le groupe, mais elle avait décidé de ne pas s'en mêler, Lily étant suffisamment grande pour prendre des décisions et en assumer les conséquences sans son aide. Elle-même avait eu de la chance, Ingrid s'étant contentée de lui demander de lui donner l'adresse à laquelle elle se rendait et de rester joignable, deux requêtes raisonnables qui n'avaient pas tiré une protestation à Emma. Elle avait conscience que sa mère prenait sur elle pour faire ce qu'elle avait dit et la laisser vivre sa vie, et elle lui en était profondément reconnaissante.

- Prête ?

Emma sursauta, revenant à la réalité et se tournant en direction de la voix. Elle aperçut aussitôt Ruby, qui venait de la rejoindre et l'interrogeait du regard, un sac à main volumineux suspendu à son bras et un sourire avenant sur le visage.

- Prête, confirma Emma.

Elle se leva et adressa un signe amical à Lily, qui discutait avec le client qu'elle venait de servir. Ne recevant en retour qu'un coup d'œil maussade, elle haussa les épaules et sortit dans la rue, Ruby sur les talons. Cette dernière se mit à parler à tort et à travers tout en l'entraînant en direction de l'endroit où elle s'était garée, racontant sa journée et s'enthousiasmant au sujet de la soirée qui les attendaient. Elle s'interrompit quelques mètres plus loin, le temps de se glisser dans sa voiture, dont la carrosserie était aussi rouge que les mèches qui parsemaient ses cheveux. Emma s'installa côté passager et déposa sa sacoche à ses pieds, ravie de ne pas avoir à faire le trajet avec Lily. En relevant la tête, elle se retrouva face à une figurine en forme de loup qui tournait lentement sur elle-même, suspendue au rétroviseur par un fil transparent. Elle l'observa un instant, fascinée par les reflets rougeoyants qui apparaissaient là où le soleil l'éclairait. Ayant remarqué l'intérêt qu'elle portait à l'objet, Ruby expliqua :

- C'est un porte-bonheur. C'est Peter qui me l'a offert.

- Qui est Peter ? s'enquit Emma, alors que la voiture démarrait.

Elle s'enfonça dans son siège et se concentra sur la conversation, réellement curieuse d'en apprendre davantage au sujet de sa nouvelle amie. Celle-ci eut un sourire et répondit :

- C'est mon ami d'enfance. On est très proches, un peu comme un frère et une sœur. En fait, on était inséparables, alors quand Peter a décidé de partir faire ses études à Boston, j'étais inconsolable… C'est à ce moment-là qu'il m'a offert le loup. Pour que je ne l'oublie pas quand il serait loin.

- Mais… tu es à Boston, toi aussi.

Le sourire de Ruby s'accentua.

- Oui, parce que Peter m'a proposé de venir le rejoindre, expliqua-t-elle. Il était ici depuis tout juste un mois et, même s'il aimait beaucoup Boston, il se sentait très seul. Il ne connaissait personne, après tout…

- Et tes parents ne voyaient pas d'inconvénients à ce que tu rejoignes Peter à Boston ?

- Je vivais avec ma grand-mère. Elle a un sale caractère et elle n'était pas franchement ravie, mais elle a cédé. J'ai aussi prévenu ma mère, mais elle ne se sentait pas vraiment concernée.

Emma se mordit la lèvre, craignant d'avoir abordé un sujet trop délicat. Elle hésita à interroger son amie, avant de décider qu'il était préférable d'attendre de mieux la connaître pour cela. Elle n'insista donc pas et demanda plutôt :

- Où est-ce que tu vivais avant de venir à Boston ?

- A Storybrooke, dans le Maine.

- Je n'en ai jamais entendu parler.

- C'est normal, c'est une petite ville.

Le silence retomba tandis que Ruby se focalisait sur sa conduite, progressant à travers la circulation avec l'aisance que confère l'habitude. La voiture s'engagea bientôt sur Bunker Hill Street, dans le quartier de Charlestown, à quelques mètres de l'immeuble dans lequel habitait Killian.

- Alors ? s'enquit Emma. Quoi de prévu pour ce soir ?

- Oh, rien de spécial. Les soirées chez Killian sont plutôt tranquilles.

Ruby se gara le long d'un immeuble de quatre étages, dans une rue qui finissait par un cul-de-sac. Puis elle retira les chaussures confortables qu'elle portait et tendit la main pour saisir des escarpins à talons hauts qui se trouvaient sur la banquette arrière. Tout en les enfilant, elle jeta un coup d'œil à Emma et lança, la taquinant :

- En parlant de Killian, il va être ravi de te revoir !

- Qu'est-ce qui te fait penser ça ?

- Seulement le fait qu'il ait passé trois jours à me harceler pour avoir ton numéro. Mais je lui ai pas donné, t'en fais pas.

Emma soupira, plus agacée que flattée par l'insistance de Killian. Elle n'était pas intéressée, et n'avait pas du tout la tête à ça pour le moment, mais elle ne s'inquiétait pas outre-mesure. Si ce Killian était bien tel qu'elle l'imaginait, alors il ne faisait aucun doute qu'il l'oublierait rapidement au profit d'une autre fille. Elle se contenta donc de remercier Ruby, puis elle changea de sujet tout en la suivant jusqu'à l'entrée de l'immeuble, puis dans les escaliers qui menaient au premier étage. Une fois arrivée devant la porte du numéro 2, la jeune femme toqua, et, sans attendre de réponse, se glissa à l'intérieur.

- Viens ! lança-t-elle.

Emma obéit et pénétra dans une pièce tout en longueur, qui comprenait une cuisine à l'américaine et un salon étroit, dans lequel deux canapés et une table basse imposante prenaient toute la place disponible. Le sol était en parquet, les murs peints en blanc, le tout donnant une sensation de modernité et de propreté. Killian vint aussitôt accueillir ses invitées, prenant familièrement Emma par les épaules pour l'entraîner vers le salon, où ceux qui étaient déjà arrivés discutaient joyeusement entre eux, une bière à la main. La blonde ne reconnut que Sean et Ashley, occupés à se murmurer des mots doux, et Tink, qui se leva pour la saluer. Les trois autres – deux hommes et une femme – lui étaient inconnus, même si elle les avait probablement croisés au Jolly Roger trois jours plus tôt.

- Je m'appelle Liam, se présenta l'un d'entre eux. Je suis le grand frère de cet imbécile, là-bas.

Il fit un signe de tête en direction de Killian, qui s'était éloigné pour se servir un verre. Emma se présenta à son tour avant de rejoindre Ashley, qui venait de remarquer sa présence et lui adressait de grands signes. Une fois assise sur le canapé, coincée entre une fille qui l'ignorait superbement et Sean – qui lui tournait pratiquement le dos pour parler à Ashley – Emma prit le temps d'observer le groupe, tâchant de se souvenir des confidences de Ruby. Celle-ci choisit ce moment précis pour surgir d'une autre pièce et forcer tout le monde à se décaler de façon à pouvoir s'asseoir à côté d'elle. Là, elle entreprit de lui présenter les personnes qui l'entouraient, prenant un air de conspiratrice pour lui murmurer quelques détails supplémentaires dès que l'occasion se présentait. Soudain, elle se redressa et pointa du doigt un homme qui venait d'entrer dans l'appartement. Cheveux bruns, sourire plein de gentillesse, il était séduisant et attirait bien des regards. Il était accompagné d'un grand gaillard aux épaules larges, vêtu d'un sweat-shirt bleu foncé.

- C'est Peter, expliqua Ruby, en désignant le brun. Et juste derrière lui c'est Frederick, c'est le premier ami qu'il s'est fait à Boston. Ils fréquentaient la même salle de sport, et à force de se croiser, ils ont fini par faire connaissance. Et puis Frederick a invité Peter à une fête au Jolly Roger avec le groupe, et je suis venue avec lui. Voilà, tu sais tout !

Emma sourit, amusée à l'idée que son amie ait été un jour dans la situation dans laquelle elle-même se trouvait présentement. Ruby semblait désormais totalement à sa place avec le groupe, à croire que les choses étaient ainsi depuis toujours.

- Où est Whale ? demanda soudain Ashley.

Elle s'était penchée par-dessus l'épaule de son petit-ami de façon à pouvoir se mêler à la conversation.

- Il ne pourra pas venir, répondit Ruby. L'autre soir, il m'a dit qu'il avait été accepté pour faire un stage au Boston Medical Center tout le reste de l'été. Il aura des soirées de libre, mais on ne va certainement pas beaucoup le voir.

- Tu dois être déçue, supposa Sean.

- Pas plus que ça, je le connais à peine.

- C'est Peter qui va être content, commenta Ashley.

Ruby la fit taire d'un claquement de langue agacé. Emma ouvrait la bouche pour dire quelque chose mais elle oublia soudain de quoi il s'agissait, ayant aperçu une chevelure rousse bouclée qui ne pouvait appartenir qu'à une seule personne à sa connaissance. Zelena était ici, cela signifiait-il que…

A l'instant où Regina passa la porte, magnifique dans une robe rouge qui mettait sa silhouette en valeur, Emma comprit qu'elle avait espéré la voir ici. Plus encore que la volonté de se faire de nouveaux amis, passer le temps ou trouver l'oubli au fond d'un verre, c'était cette femme qui avait motivé sa décision de venir à cette soirée. Cette obsession n'avait aucun sens, et pourtant… Lorsqu'elle regardait Regina, Emma cessait totalement de s'en soucier.

Elle était ici ce soir. Et c'était tout ce qui comptait.


Si vous voulez me frapper, évitez le visage s'il vous plaît.
Promis, je vais arrêter de terminer mes chapitres juste avant le moment où elles vont enfin se parler. Je vous le jure.
Maintenant, mon décor est posé, que ce soit du côté d'Emma comme de celui de Regina, et on va pouvoir passer aux « choses sérieuses ». J'espère donc vous retrouver dans le prochain chapitre.

Si vous avez envie de m'aider à me motiver en me laissant une review, ne vous gênez surtout pas. Ma réserve de chapitres diminue dangereusement, tout comme la confiance que je pourrais potentiellement avoir en mon talent et en moi-même. Ne sous-estimez pas le pouvoir des reviews (si, si, je parle sérieusement).

PS : Courage à ceux qui regarderont la reprise de OUAT dimanche ou lundi, serrez les dents pendant les scènes CS et OQ et profitez du reste !

Sur ce, je vous souhaite un très bon week-end. A vendredi prochain !