La maison d'un homme est son château.
- Edward Coke


« 1er Septembre 1998 - 18h55»

Une vive agitation régnait dans le Poudlard Express qui allait bientôt arriver à destination. Pourtant, dans les wagons les plus reculés se trouvaient deux étudiants endormis, mais pas pour longtemps : en effet, Drago Malefoy qui avait précédemment la tête posée contre la vitre se réveilla dans un sursaut. Il remercia son horloge interne qui lui faisait rarement défaut lorsqu'il vit l'heure sur sa montre et qu'il comprit qu'il allait être en retard pour son devoir de Préfet -pas qu'il s'en souciât outre mesure, mais il ne voulait pas se faire remarquer par son absence dès le premier jour.

Il se leva d'un bond, épousseta sa robe et c'est à ce moment-là qu'il tomba sur la silhouette d'Hermione qu'il avait oubliée et réveillée malgré lui. Elle lui jeta un regard un peu vague dû à sa sieste et ne capta pas de suite à qui elle avait à faire. Elle s'étira de tout son long, frotta ses yeux tandis que Drago disparaissait derrière la porte.

C'est au moment où elle eut fini sa séance d'étirement qu'elle bloqua net : avait-elle rêvé où Drago Malefoy était dans son compartiment pendant qu'elle dormait ? Elle bondit sur ses pieds, ouvrit avec rapidité la porte et regarda dans le couloir et eut un frisson d'horreur lorsqu'elle vit effectivement la chevelure blonde de Drago plus loin.

Que lui avait-il fait ? Etait-elle défigurée, avait-elle perdu ses affaires ? Elle observa avec minutie son reflet dans la porte, mais force était de constater qu'elle ne voyait rien d'anormal. Hermione descendit alors sa malle des filets, fit un rapide inventaire de ce qu'elle contenait, mais ne voyait toujours rien d'alarmant. C'est en se relevant qu'elle vit les élèves sur le quai de la gare de Pré-au-Lard, la Gryffondor comprit donc qu'elle était en retard pour sortir du train. Elle s'empara de ses affaires puis sortit par l'une des portes du wagon dans lequel elle était.

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De son côté, Drago s'était dirigé vers le compartiment des préfets afin de récupérer ses affaires. Il croisa Ginny qui sortait du train et s'empressa de la suivre pour être là afin d'accueillir les premières années.
Il posa sa malle là où les bagagistes devaient venir les prendre, et d'un pas de ce qu'il y avait dès plus Malefoyen, il s'en alla vers la foule de nouveaux qui étaient tous très excités.

Drago ne put que contempler cette magnifique nuit de septembre, particulièrement fraîche, sans manquer d'apprécier le vent frai qui s'infiltrait sous sa cape de voyage. Le ciel était dégagé et offrait une vue magnifique sur la voûte nocturne. La lune était à peine visible en cette soirée, juste un fin croissant lumineux, signe de renouveau disait-on.

Le Serpentard n'eut pas le plaisir d'entendre le murmure des feuilles des arbres et buissons puisque la conversation des élèves et adultes était presque assourdissante. Les jeunes sorciers de onze ans étaient impatients de rejoindre Hagrid et Ginny leur fit le plaisir d'ouvrir la marche pour le rejoindre. Drago surveillait de derrière la petite troupe et ne manquait pas de menacer les petits qui étaient trop turbulents. Il avait un petit plaisir à voir la terreur dans leurs yeux, puis le respect. Il ne voulait plus en abuser, mais il fallait avouer qu'il avait toujours eu une certaine attirance pour le pouvoir.

Curieusement, il se prit à apprécier le regard émerveillé de certains des futurs élèves lorsqu'il prononça un lumos bien qu'il se doutât que ce fussent des nés-moldus ou des sang-mêlés élevés à la moldu. L'espace d'un instant, il s'imagina professeur à Poudlard, apprenant à des centaines d'élèves diverses choses et voir dans leurs yeux l'émerveillement qu'il venait de voir là. Mais cette vision s'éclipsa bien vite : il n'était pas sûr de vouloir supporter des morveux dans leur genre tout le reste de sa vie -celle ci était déjà assez misérable comme ça.

Leur promenade se fit dans un sol encore humide des pluies qu'avait connu la région quelques heures avant l'arrivée du train, mais cela ne décourageait personne de voir leurs chaussures souillées par la boue. Ils arrivèrent bien vite près du lac noir d'où l'on pouvait entendre divers bruits étranges. L'eau était mouvementée et les barques se rentraient dedans. Malgré cela, Hagrid les accueilli d'un grand sourire chaleureux.

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Au même instant Hermione venait de descendre du train et recherchait, en vain, Ginny. Elle marcha dans la foule, resserrant sa cape autour d'elle pour contrer le froid mordant. Elle essaya alors de repérer Harry puis consentit enfin à rechercher la chevelure rousse reconnaissable entre milles de Ron, mais sa recherche se solda par un échec.

La Rouge et Or decida alors de ne pas perdre plus de temps et commença à se rendre vers les diligences dont la grande majorité était déjà partie. Il n'en restait qu'une de vide, elle monta alors à l'intérieur de celle-ci, non sans un regard froid dirigé vers le Sombral -pourtant innocent- qui tirait la calèche.

Assise, Hermione relâcha ses muscles qu'elle avait crispés inconsciemment depuis sa sortie du train, et souffla un bon coup. C'est à ce moment-là qu'elle entendit quelqu'un monter. La brune ouvrit ses yeux dans le but de découvrir le nouveau venu et adressa un sourire franc à Luna Lovegood. Peut-être que cette fille pourrait être un bon réconfort, elle qui était toujours objective. Mais Hermione ne put se complaire dans ses idées lorsqu'elle vit que Luna n'était pas seule à monter : Blaise Zabini et Pansy Parkinson entraient à leur tour.

« – Blaise, quel choix judicieux, soupira Pansy.»

Elle n'en dit pas plus, mais son regard porté sur la gryffondor ainsi que la serdaigle en disait assez long. Cependant, cette petite pique était plutôt pour la forme, comme pour entretenir une rivalité déjà existante et qui les réconfortait, sans vraiment avoir de fond. De même, Hermione lui répondit par ce même genre de pique.

« – Si tu n'es pas contente, tu n'as qu'à partir à Poudlard à pied, ça ferait des vacances à tout le monde. »

Blaise regarda Pansy tout en acquiesçant vivement, puis lâcha un petit rire lorsque cette dernière lui répondit d'un regard tueur.

« – Les filles, vous n'allez pas ... commença-t-il rapidement coupé par les deux filles concernées dans un ensemble parfait.

– Oh ta gueule, Blaise ! cria donc Pansy tandis qu'Hermione pencha plutôt pour le patronyme du métis. »

Cette petite phrase fit sourire Luna et fit ricaner Blaise. Lorsqu'à nouveau les gestes de Pansy et de Hermione concordèrent lorsqu'elles foudroyèrent le métis du regard, celui-ci ne répondit que par ricanement encore plus accentué. De leur côté, les filles ne s'adressèrent plus la parole du voyage.

Drago et Ginny venaient d'accompagner le dernier groupe d'élèves à la dernière barque lorsqu'ils se décidèrent à retourner vers la piste des diligences. Il n'y avait désormais plus personne, mais leur transport attitré ne tarderait pas à arriver. Pendant ce temps, Ginny jetait de nombreux coups d'oeil au château qu'elle pouvait voir au-delà du lac et qui semblait si chaleureux et accueillant.

Le froid devenait de plus en plus pesant, l'atmosphère mystérieuse dans laquelle baignait Poudlard tout le long de l'année semblait plus accentuée à ce moment-là, et les divers hiboux qui peuplaient les alentours étaient à la chasse, rajoutant du bruitage peu rassurant.

Après quelques minutes, un bruit de roue se fit entendre, ils tournèrent la tête et virent une diligence tirée par un sombral plutôt imposant.

Cet animal aussi majestueux fut-il jetait toujours un froid sur chaque élève qui les voyait pour la première fois. La guerre était encore bien trop présente dans les mémoires, et les sombrals semblaient n'être qu'un rappel macabre des morts qu'il y eut durant la Grande Guerre.

Les deux préfets montèrent à l'intérieur de la diligence et le trajet se fit dans un silence agréable, sans tension, bercé par le bruit des sabots et des roues.

Comme à leur habitude, les voitures s'étaient arrêtées en face du château. Un attroupement d'élèves attendait impatiemment et enfin les portes s'ouvrirent. Les années passaient, mais l'émerveillement ne tarissait pas. La plupart des élèves étaient heureux de se retrouver dans leur deuxième maison, d'arpenter les différents couloirs et vivre à cent pour-cent de magie -ce mode de vie-là n'étant pas accessible à bon nombre d'élèves.

Dès sa sortie de la diligence, Hermione était restée avec Luna. Arrivée dans le Hall, elle balaya la pièce des yeux dans l'espoir de trouver Harry -et Ron par la même occasion. Elle les repéra bien vite, mais constata qu'ils étaient en compagnie des soeurs Patil. Hermione eut un pincement au coeur et allait détourner les yeux lorsqu'elle capta le regard de Harry. Il lui fit un grand sourire et alors qu'il s'apprêtait à la rejoindre, il fut emporté par le flux d'élèves qui entrait dans la Grande Salle.

Hermione essaya de ne pas le lâcher du regard et après avoir dit au revoir à Luna, elle couru vers Harry qui s'était déjà assis. Elle lui sourit, mais ce sourire se fana lorsqu'elle vit Ron s'asseoir en face d'eux à ses côté Parvati, la soeur jumelle de Padma. Ce n'était peut-être pas Padma en elle-même, mais elle se ressemblait comme deux gouttes d'eau, il était dur de s'imaginer autre chose. Harry prit bien soin de changer les idées d'Hermione et cette dernière lui remerciait du plus profond de son coeur.

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Les élèves étaient déjà tous installés lorsque Drago et Ginny passèrent les portes du château. Les deux préfets virent un homme qu'ils ne connaissaient pas, les attendre devant l'escalier du Hall. Cet homme était un peu enveloppé, portait une barbe grise qui contrastait avec ses cheveux noir de jais. Il attendit que les deux soient assez près de lui pour entamer la discussion.

« – Vous devez être les Préfets. Je suis le nouveau profsseur de métamorphose, Monsieur Taglia. »

Il avait parlé comme l'on parlait à quelqu'un qui nous ennuie, d'une voix trainante voir impatiente. Ne voyant aucune réaction de la part des dits Préfets, il continua.

« – Bon d'accooord... il inspira comme pour se donner du courage pour continuer la conversation, le Professeur McGonagall m'a chargé de venir chercher les premières années, pour remplacer le Professeur Flitwick qui, au vu de sa taille, n'aurait pas pu aller bien vite. Je ne connais pas encore bien le château, si vous pouvez me conduire à la salle où se trouvent les premières années, cela me ferait énormément plaisir. »

Il insista sur le « énormément » mais paradoxalement, sa voix n'avait aucune trace de contentement ou de satisfaction. Drago leva un sourcil et murmura « que des incompétents » tandis que Ginny lui donnait un coup de coude dans les côtes. Ils se fusillèrent des yeux puis Drago parla.

« – Et bien, vous n'avez qu'à nous suivre, nous vous mènerons à cette salle tant convoitée, mais vous retardez considérablement le dîner ...

– Excusez-le Professeur, il est un peu de mau-
– Oh mais ne vous inquiétez pas pour cela, ce n'est rien, je le comprends, moi-même je m'en veux, j'ai une faim de loup, fit-il avec un sourire glaçant.»

Ginny frissonna en voyant ce sourire, mais se reprit bien vite en se dirigeant, suivi du Professeur et de Drago, vers la salle où les premières années arrivaient, se rencontraient et découvraient entre autres quelques fantômes.
La présentation de la soirée aux nouveaux élèves fut brève, avec tout autant d'entrain que le Professeur avait mis plus tôt en parlant aux préfets -c'est-à-dire pas beaucoup. Ginny avait insisté pour qu'ils attendent le Professeur Taglia et les élèves afin d'être sûr qu'ils ne se perdent pas et le travail enfin terminé, c'est devant une Grande Salle plus ou moins impatiente que le groupe arriva.

Drago survola la foule d'élèves assis à la table des Serpentard dans l'espoir de voir ses deux amis et ses yeux s'arrêtèrent sur le métis facilement reconnaissable de par son allure imposante. À ses côtés, se trouvaient une place vide et Pansy juste après. Il leur fit un sourire discret et alla vers eux sans se retourner pour s'assurer que tout allait bien avec le groupe de nouveaux, laissant le travail à Ginny.

«19h30»

À peine eut-il mis ses fesses sur le banc que Blaise l'attaqua.

« – Drago, tu as raté, Pansy s'est fait une nouvelle amie

– Arrête de ressasser cette histoire, Blaise, souffla Pansy d'un air exaspéré. Blaise ignora superbement la remarque de son amie et continua, très content de trouver nouveau public à son histoire.

– Elle a trouvé cette dite amie dans la personne de ... Granger !

– Encore elle ? demanda Drago, plus pour lui-même que pour ses amis, il en avait un peu assez d'avoir encore à faire à la Gryffondor.

– Il s'est passé quelque chose pour que tu dises ça ? demanda Blaise dans un haussement de sourcil.

– Je n'ai pas besoin d'avoir eu une interaction avec elle pour être lassé qu'on en parle, Blaise pas dupe pour un sou lui offrit un regarde très appuyé pour qu'il délivre la vérité, ce qui ne tarda pas à arriver, mais si vous voulez vraiment savoir, j'ai découvert plus tôt que Weasley avait rompu avec elle.»

Blaise se pencha discrètement sur le côté et pu avoir un aperçu global du petit groupe de Gryffondor. Il vit Ron parler activement avec une des filles Patil.

« – Parvati Patil ? questionna Blaise.

– Peut-être, je ne connais pas l'identité de l'heureuse élue, fit Drago en mimant des guillemets lorsqu'il prononça le mot "heureuse".»

Pansy rit doucement, contente, d'une part, que la discussion se soit détournée d'elle et amusée, d'autre part, par le petit geste de Drago. Celui-ci, sans vraiment s'en apercevoir, se mit à observer la Gryffondor qu'il avait aperçue plus tôt dans un état proche de la folie furieuse.

Elle semblait plus calme, mais cela se voyait qu'elle mettait un point d'honneur à ne pas regarder en face d'elle. Hermione gardait un visage un peu fermé, mais continuait de rire légèrement aux blagues de Harry -le coeur n'y était sans doute pas, mais Drago ne pouvait pas vraiment le savoir juste en la regardant.

Ses cheveux étaient toujours très broussailleux, cela accentuait l'aura de colère et de rancune qui l'entourait. Hermione jouait dans la nourriture qui venait d'apparaître devant elle sans en toucher une miette.

Drago tourna la tête lorsqu'il vit Ginny se lever pour aller la voir, il continua alors à parler à Blaise et Pansy de tout et de rien.

Avant de leur dire au revoir et de se rendre dans la salle des Préfets, Drago prévint ses deux amis.

« – Au fait, Flitwick a laissé entendre que vous pouvez entrer dans mes appartements. L'atmosphère, même à Serpentard, est trop tendue pour moi et ma propre santé : si jamais ça l'est pour vous, n'hésitez pas à venir dormir avec moi !

– Serait-ce une proposition pour un rencard, petit coquin ? demanda Blaise un sourire mutin aux lèvres.

– C'est tout comme, mon coeur, déclara Drago enjoué avant de rire de bon coeur. Bon sérieusement si vous êtes intéressés, le mot de passe est titillandus. N'hésitez pas à venir, je sais qu'en me parlant, vous vous mettez déjà Gregory à dos et beaucoup d'autres Serpentard.

– Merci Drago, pour ma part Daphné et Tracey sont toujours gentilles et Millicent est sympa. Si jamais j'en éprouve le besoin, je viendrai !

– De même, merci Drago ! conclut Blaise.»

Drago se dirigea enfin vers sa salle commune, la tête haute, mais sentant le terrible regard des autres sur sa personne. Un comble pour sa famille d'être ainsi rabaissée. Le blond se demandait si pour lui Poudlard était aussi rassurant que cela ?

Bien sûr, il avait eu le Seigneur des Ténèbres en personne logeant chez lui, on avait connu mieux comme maison chaleureuse, mais est-ce que la somme de tous ces regards et mauvaises ondes que lui envoyait une grande majorité des élèves faisaient de Poudlard un endroit chaleureux pour lui ?

Cela faisait-il de Poudlard un recueil, une seconde maison pour les élèves dans son cas ?

Il rit jaune en pensant que la plupart des étudiants de Poudlard se trouvaient à leur place ici, lui ne l'était définitivement pas. Plus maintenant.

«19h40»


EDIT 21/08/17 : 2200 mots à 2700 mots !