Je suis désolée, je ne fais rien dans l'ordre. Nous revoilà avant le départ de la troupe pour la ville.
Newt et Minho étaient tous les deux en train de se rhabiller. Aujourd'hui était le grand jour, Minho, Thomas, Brenda et Jorge allaient entrer dans la ville tandis que Newt resterait en plan dans le Berg. Il savait bien qu'il ne pouvait pas les suivre, pas avec cette foutue maladie qui lui rongeait littéralement le cerveau et qu'il répandrait là-bas, mais l'idée de se retrouver enfermé ici seul avec lui-même pendant plusieurs jours était insoutenable. Ne pas y penser, faire comme si de rien n'était, voilà le secret. Minho avait son plis caractéristique sur le front, il se faisait du mouron. Newt referma les derniers boutons de sa chemise avant de s'attaquer à celle de Minho qui lui envoya un petit sourire. Ses yeux étaient brillants, et Newt détourna le regard, il ne voulait pas voir ses larmes. Il fit comme s'il n'avait rien vu. Comme si de rien n'était. Il s'écarta et recula d'un pas.
Il serra les dents. C'était tellement injuste. De tous les Gladers, il fallait évidemment qu'il fasse partie de la petite portion malade. Ses mains se fermèrent en poings, la rage montait en lui. Combien étaient morts ? Certainement des Munies. Ces nuls n'avaient pas su défendre leur vie. Et lui était arrivé jusque-là, pour crever comme un chien. Il ne s'en sortirait jamais. Si au moins ils pouvaient se battre comme ses amis, si seulement il avait ne serait-ce qu'une once d'espoir, une échappatoire. Mais non. Lui n'en avait aucune. Un Crank, rien de plus. Il se retourna vers Minho, en colère. Soudainement, c'est comme s'il était responsable de tout ça lui aussi. Après tout, c'était un Munie. Il devait bien se foutre de sa tronche, il rigolerait bien, avec Thomas et les autres quand il sera devenu complétement fou, que sa peau pourrira comme son cerveau avant elle, qu'il hurlera à s'en déchirer la gorge, pour mourir comme un animal enragé et répugnant. Minho redressa la tête une fois sa ceinture bouclée pour se retrouver fusillé du regard par Newt. Il eut un mouvement de recul. Ses yeux étaient si noirs, si accusateurs. « Newt, tout va bien ? ». Le blond ne lui répondit rien. Il mordait fort sa lèvre inférieur, si fort qu'une perle de sang apparue contre ses dents blanches. « Newt, arrête, qu'est-ce qu'il y a ? ». Minho s'approcha d'un pas, hésitant. Finalement il posa la main sur son bras, doucement pour ne pas l'effrayer et aussi pour éviter qu'il ne se défende en réponse. Il le caressa lentement, essayant de le décontracter. Newt semblait déjà se calmer, les yeux moins sombres. « Hey, tu te sens mieux, blondinet ? » demanda Minho d'une petite voix. Newt ferma les yeux et desserra les poings. WICKED ne leur fouterait jamais la paix. Il le savait bien, ce n'était pas parce que Thomas et Minho étaient immunisés qu'ils vivraient éternellement et auraient leur « happy ever after ». Il rouvrit les yeux, honteux. Un Crank, voilà tout. Ses accès de rage étaient de plus en plus fréquents. Il respira profondément, et croisa le regard de Minho. « Tu es de retour on dirait ? A quoi tu pensais ? ». « Rien » répondit Newt, « rien que tu veuilles savoir, je t'assure ». Il baissa la tête et quitta la pièce, y laissant un Minho perdu et désespéré. Il ne comprenait plus Newt. C'est comme s'il ne comptait plus pour lui. En même temps, il avait conscience de la maladie qui l'affectait de plus en plus. C'était tellement dur à voir. Il étudiait Newt constamment, à la recherche du moindre petit indice lui prouvant l'évolution de la maladie, espérant n'en remarquer aucun. Mais il ne fallait pas se voiler la face. Newt était de moins en moins lui-même. Il s'énervait sans cesse et pour rien. Il n'était plus le jeune homme calme et posé. Minho secoua la tête. En réalité, si, Newt était toujours ce garçon-là. La seule différence c'est qu'il était en train de mourir et que le virus prenait le pas sur son esprit. Le pire dans l'histoire c'est qu'il n'y avait rien à faire. Et si WICKED était vraiment sur le point de trouver un antidote ? Ok, ces types étaient des bâtards, mais Minho serait prêt à tout pour sauver son pote.
« Hey Newt, tout va bien ? » le salua Thomas lorsque Newt referma la porte derrière lui.
« Tout roule », mentit-il avec un sourire, « et toi ? Prêt pour le grand voyage ? »
« On essaie de penser à tout… » marmonna Thomas, la tête ailleurs. Puis il se redressa : « Minho est encore dans la chambre ? Il faudrait qu'ils nous rejoignent maintenant, on ne va plus tarder ». Sur ces mots, il tourna le dos à Newt et s'en alla finir ses préparatifs.
Des fois, Newt avait la nette impression de ne plus exister. T'inquiète, mon pote, bientôt ce sera la stricte réalité ! Il soupira, puis rouvrit la porte. Minho était assis sur le lit, le visage dans les mains. Newt se racla la gorge pour attirer son attention. Le brun releva la tête brusquement : « Ah, tu es là » souffla-t-il, les yeux rougis. Newt détourna le regard, prêt à repartir : « Thomas et les autres t'attendent. Dépêche toi ». Sa gorge était noué, sa voix étranglée. Avec un peu de chance Minho n'avait rien remarqué. Peine perdue, Minho le rattrapa par le bras avant qu'il ne passe le seuil.
« Attend, il faut qu'on parle… »
« Parler de quoi ? » l'interrompit Newt. « Il n'y a plus rien à dire je crois ».
« Eh, ne compte pas sur moi pour partir sur une conversation pareille. Qui sait ce qui pourrait nous arriver là-bas ? On pourrait y rester. » Minho n'en pensait pas un mot. Ce qui l'inquiétait c'était plutôt qu'en revenant Newt ne serait plus au Berg ou du moins pas dans le même état. Bien sûr, il ne dirait jamais ça à Newt, bien qu'il ne doutait pas que son partenaire comprenait le fond de sa pensée.
Newt eut le tact de ne pas relever. Lui non plus ne voulait pas d'une dispute avec Minho. Même si sa tête lui disait autre chose. Il fit face à Minho et le pris dans ses bras.
« Je sais » murmura-t-il.
« Je t'aime trop pour gâcher ça » chuchota Minho dans son cou.
La remarque énerva Newt. Il se contint. Mais Minho le soulait avec ses déclarations d'amour à tout va. Qu'est-ce qu'il avait besoin d'être niais comme ça ? Et Newt réalisa ce qu'il était en train de penser. Je deviens dingue ! Il parvint à détendre ses muscles, détente qui ne se propagea pas à son humeur. Minho s'écarta, l'air déçu.
« Bon, je vais y aller » reprit-il, laissant un temps d'attente. Peut-être Newt le retiendrait-il pour lui dire un truc. Du genre lui dire que lui aussi l'aime ou quelque chose comme ça. Il ne se souvenait pas de la dernière fois que Newt le lui avait dit. Peut-être ne l'avait-il jamais fait. Mais Newt resta muet, et Minho s'en alla.
