For a want of a nail...
Chapitre 2
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Disclaimer : Je ne possède aucun droit sur ce manga, tout appartient à son auteur, Horikoshi. De la même manière, il existe sans doute des fics qui ont été écrites en suivant la même idée, donc je n'ai aucune exclusivité là-dessus non plus.
Notes de l'auteur : En fin de fic !
Warning : Dans les futurs (et lointains) chapitres, il y aura du shonen-ai.
Bonne lecture !
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Midoriya Izuku avait changé d'avis : Tsukauchi Naomasa n'était pas gentil et il était loin d'être son adulte préféré. Et il aurait vraiment, vraiment dû choisir de faire l'entraînement qu'All Might avait sélectionné pour lui. Cet homme est le diable en personne ! Même Kacchan est plus doux que ça !
C'était samedi, le premier jour où ils s'étaient donné rendez-vous pour son entraînement. Tsukauchi avait commencé par le faire courir à travers les sentiers battus, ce qui était vraiment épuisant, puis, sans prévenir, il lui avait envoyé un coup au visage que Midoriya n'avait pu bloquer que de justesse. La force du coup l'avait fait reculer de plusieurs pas, sonné. Cela n'avait pas arrêté pour autant son instructeur, qui avait enchaîné avec un coup de pied au ventre. Il avait réussi à bloquer celui-là et s'était mis en position de défense. Sans qu'il ne s'en rende compte, l'entraînement s'était transformé en course poursuite, avec Tsukauchi comme chat et lui comme souris. Et l'homme était fourbe. Il n'hésitait pas à utiliser le terrain à son avantage et Midoriya avait rapidement décidé que se cacher était plus efficace que courir pour lui échapper. Sauf qu'il était dans une forêt, qu'il laissait des traces au sol, qu'il était incapable de grimper aux arbres et qu'il ne logerait pas dans les buissons. Ce qui faisait que trouver une cachette convenable était plutôt compromis. Encore plus si on prenait en compte le fait que son tortionnaire venait d'apparaître devant lui.
« Alors gamin ? Je croyais que les héros ne fuyaient jamais face au danger ! »
Cela ne veut pas dire qu'il faut encourager les attaques suicides pour autant ! eut envie de crier Midoriya.
À la place il ne dit rien et conserva sa respiration pour faire demi-tour et courir dans la direction opposée. Il fallait qu'il se dépêche et trouve quelque chose. L'homme était bien plus fort que lui, bien plus endurant, aussi. Si la bataille s'éternisait, cela serait à son désavantage. Attaquer de front n'était pas non plus envisageable. Il avait enchaîné les erreurs depuis le début de la chasse. Il fallait qu'il trouve un moyen de tourner cela à son avantage. Tsukauchi avait sans doute une image de lui qu'il s'était créé par rapport à sa performance au début de l'entraînement. Si je peux retourner ça contre lui… Je dois tenter !
Midoriya forma rapidement un plan dans sa tête. En premier lieu, perdre l'ennemi. Il courut jusqu'à retomber sur un endroit où il était déjà passé – cela n'était pas difficile à remarquer, il avait cassé plein de branches sur son passage et ses traces de pas étaient plutôt évidentes. Étape 1 ? Check.
Ensuite, retrouver l'ennemi, sans se faire voir. Midoriya s'arrêta brusquement et calma sa respiration. Puis, pas à pas, posé, mais le plus rapidement possible, il marcha dans chacune des traces qu'il avait faite afin de retourner à l'endroit où il avait vu Tsukauchi pour la dernière fois. Comme il s'y attendait, l'homme n'y était plus. Mais vu qu'il n'avait pas pu se désintégrer dans l'air – quoique, avec toutes ces individualités, on ne savait jamais – il avait dû laisser au moins une trace ou deux. Lorsque Midoriya réussit à trouver une piste après avoir cherché pendant quelques minutes, il se dit qu'il y avait un truc qui cloche, parce que a) ce type avait l'air d'un professionnel, alors qu'il trouve sa trace en moins de dix minutes est vraiment étrange et b) le fait qu'il ait eu dix minutes de libres pour trouver sa trace est encore plus étrange : pendant la course poursuite, c'était à peine s'il ne le croisait pas toutes les trente secondes ! Mais bon, étape 2 ? Check.
Après avoir suivi la piste le plus discrètement possible – c'est-à-dire autant qu'un éléphant dans un magasin de porcelaine – il arriva à l'orée d'une clairière où Tsukauchi se reposait, assis et dos à lui. Si Midoriya ne pensait pas déjà avant qu'il y avait quelque chose qui cloche, cette vue aurait suffi à faire sonner une alarme dans sa tête hurlant 'attention danger !' parce que sérieusement ? L'homme aurait très bien pu coller une cible sur son dos que le résultat aurait été le même. Maintenant la question était Comment le prendre à son propre jeu ?
Pense comme lui.
Une réaction naturelle aurait été de s'approcher par derrière et le cogner à la nuque. Sauf que c'était trop évident, donc il paraît impossible que Tsukauchi pense qu'il s'apprête à agir ainsi. Dans cette situation, c'est également une cible facile pour les attaques à distance. Cela demande déjà plus de réflexion et plus de compétences. Il est déjà plus probable qu'il s'attende à quelque chose comme cela. Sauf que, même s'il ne lui a parlé que durant quelques minutes, Izuku doute qu'il soit le genre de personne à accepter une réflexion aussi simpliste de la part de ses élèves. Si Midoriya voulait le prendre par surprise – et produire un résultat acceptable – il allait devoir former un bien meilleur plan.
À sa disposition ? Des arbres, branches basses et quelques lianes, des pierres de tailles variables et la petite clairière ronde où se trouvait Tsukauchi (diamètre inférieur à cinq mètres.)
Il se mit à récupérer des pierres suffisamment lourdes pour pouvoir servir de projectiles. Il déchira son T-shirt pour obtenir un tissu qu'il pourrait utiliser comme catapulte et le noua à la branche d'un arbre. Il plaça les pierres à l'intérieur, sauf une, et récupéra des lianes de façon à former une longue corde. Il en accrocha un bout à l'extrémité de la même branche et garda l'autre dans la main, puis se déplaça de soixante degrés vers la droite. Tout est en place.
Jugeant que ce moment était aussi bon qu'un autre, Midoriya tira d'un coup sec sur la corde. L'action obligea la branche à se tordre et la catapulte suivi le mouvement. Moins d'une seconde plus tard, il relâcha le tout et les pierres volèrent en direction de son opposant, mais légèrement sur sa droite, et atterrirent sans le toucher. Tsukauchi se leva immédiatement et se dirigea vers l'endroit d'où venaient les projectiles. Midoriya se força à ne pas paniquer lorsqu'il remarqua que Bon sang, il est rapide ! et prépara son dernier projectile. Il attendit que son adversaire repère la catapulte et se tourne vers elle pour l'examiner pour lancer la pierre qui lui restait, visant la nuque à nouveau. Tsukauchi esquiva le lancé au dernier moment, comme s'il réagissait par instinct – ou peut-être s'y attendait-il depuis le début – et fonça sur Midoriya à une vitesse terrifiante. Sans avoir le temps de comprendre ce qui lui arrive, Izuku se retrouva ventre à terre, un poids sur le dos, les bras fixés au sol et la bouche pleine de feuilles. Game over.
« Ton endurance est moyenne au tout plus, tes réflexes ne dépassent pas ceux d'un gamin de dix ans, ta discrétion est nulle, tout comme la force de ton lancé et tu es incapable de couvrir tes traces. » La masse qui s'appuyait sur son dos s'allégea et ses bras furent libérés. Midoriya enregistra à peine l'action, trop occupé à combattre les larmes qui menaçaient de sortir. « Cependant, tu n'as pas foncé tête baissée dans le danger, tu as pris le temps de former un plan d'attaque, d'analyser la situation et de réfléchir à un moyen de la retourner au mieux en ta faveur. » À ces mots, il relâcha entièrement Izuku, qui se retourna sur le dos. Il lui tendit une main pour l'aider à se retourner. « Je peux t'apprendre à améliorer chacun de tes défauts pendant ces dix mois. Cela va être dur, mais j'attends de ta part une implication complète et totale. Je n'accepterais ni 'je ne peux pas', ni 'c'est impossible' ni 'j'ai fait de mon mieux'. Je veux que tu dépasses tes limites continuellement au lieu de te donner seulement à 100% et que tu me répondes 'j'y arriverais' à chaque fois que tu échoues. J'ai été clair ? » Izuku cligna des yeux pour effacer les larmes, afficha un air déterminé sur son visage et hocha la tête. Les traits faciaux de Tsukauchi s'adoucirent et il se pencha pour se mettre à hauteur de Midoriya « Sache que les armes les plus importantes, tu les as déjà. » Tout en disant ces mots, il tapota le cœur et la tempe du jeune garçon. « Un autre apprenti héros aurait probablement effectué une meilleure performance, mais il n'aurait sans doute pas pris le temps réfléchir et se serait appuyé uniquement sur son individualité. Tu as des qualités que d'autres n'ont pas et des réflexes que certains n'auront jamais. La génération de héros actuelle pense plus à avoir une bonne image qu'à agir dans l'intérêt de la société. C'est pour cela que certaines requêtes à moindres risques, en raison de la faible probabilité de combat, comme la fugue d'un adolescent, sont dites de basse priorité. Ce sont les cas qui rapportent peu de renommée, ceux qui attirent le moins les journaux et donc qui rapportent le moins d'argent. Cependant, ta vision d'un héros est celle d'un être qui aide le plus de monde possible et pas seulement ceux qui payent le plus cher. Tu as le cœur d'un vrai héros et un esprit capable de faire une arme redoutable. Laisse-moi te façonner en quelqu'un capable de devenir un héros. »
Cet homme est fou.
Malgré tout, Midoriya afficha un grand sourire et hocha la tête à nouveau. Il répondit d'une voix ferme.
« Oui s'il vous plaît, Tsukauchi-sensei. »
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Les six mois suivants furent éreintants pour Midoriya. Dû à son travail, Tsukauchi ne pouvait se libérer que le week-end. Il lui avait donc laissé une liste de tâches à accomplir chaque semaine avant qu'ils ne se revoient. Cela allait de '1h30 d'entraînement quotidien' à 'apprendre les échecs' en passant par 'frapper telle cible à telle distance tant de fois' et 'obtenir 80/100 minimum au contrôle de maths' – comment avait-il su qu'il y avait un devoir restait à ce jour un mystère.
Les deux premières semaines, Midoriya était tellement déterminé qu'il avait décidé de faire des exercices supplémentaires. Cependant, il s'était rapidement rendu compte que cela n'était pas possible s'il comptait remplir sa liste hebdomadaire, sans empiéter sur ses heures de sommeil plus que nécessaire ou bâcler ses exercices et ses devoirs – il lui fallait une moyenne minimale de 79/100 pour rentrer à Yuei. Il avait donc décidé de faire confiance à son tuteur et de respecter les doses données. Bien lui en pris, car plus les semaines avançaient, plus le nombre de tâches de la liste augmentait, tout comme la difficulté des exercices déjà présents. En parallèle, il continuait tout de même son entraînement personnel – cours de taekwondo le mardi et le jeudi, création de programmes en classe d'art et hackage le week-end après l'entraînement.
Le week-end, Tsukauchi l'entraînait personnellement. Cela commençait souvent par une course poursuite dans la forêt – Izuku avait pris l'habitude de s'échauffer avant de venir – durant laquelle il devait essayer de ne pas se faire repérer le plus longtemps possible. Lorsqu'il perdait sous une certaine limite de temps, il avait une punition et elles étaient toujours horribles : l'homme était un démon caché derrière un visage d'ange. Une fois, il avait dû faire une série d'abdos en étant suspendu à un arbre. Chaque fois qu'il tombait, il devait recommencer la série en en rajoutant cinq. Une autre fois, l'homme l'avait poussé dans un lac – immense et glacé, en plein hiver – et lui avait demandé d'en faire trois fois le tour. Il en était ressorti avec les membres bleus. Les punitions avaient toujours lieu à la fin de l'entraînement et elles étaient additives, c'est-à-dire que s'il échouait à deux exercices, il obtenait deux punitions. Entre temps, le planning était serré. Une fois la poursuite finie, Tsukauchi faisait varier les activités : il lui était rarement arrivé de faire la même plus de deux fois. En revanche, ces activités revenaient souvent sur les listes hebdomadaires.
Un des exercices préférés de Midoriya fut la création de pièges. Il n'avait le droit qu'à ce qu'il portait sur lui et ce qu'il trouvait dans la forêt – il avait pris l'habitude de se déplacer avec un petit couteau de poche, depuis – pour créer ses pièges. Le camouflage était également une part importante, ainsi que trouver des endroits stratégiques pour les placer.
Un autre exercice consistait à travailler sa discrétion : Se déplacer en faisant le moins de bruit possible, en laissant le moins de traces possible – il avait dû apprendre à grimper aux arbres, ça n'avait pas été une partie de plaisir – s'approcher de la cible sans se faire repérer…
Ces deux exercices revenaient régulièrement dans les tâches à effectuer. Il créait des pièges que Tsukauchi examinait le week-end, il avait même pris la liberté de chercher des idées sur internet pour créer des pièges plus sophistiqués et portatifs, ce qui lui avait valu des félicitations – Izuku avait appris à ses dépends que l'homme en donnait rarement, mais que lorsqu'il le faisait elles étaient sincères. De la même manière, il s'entraînait à la deuxième tâche en apprenant à se faufiler dans des endroits bondés sans se faire repérer, sans bousculer qui que ce soit, ou pour le dire plus simplement, en se comportant comme un fantôme. Il avait essayé de le mettre en place à l'école une fois, mais il n'avait pas remarqué de changement. Cela avait été un peu déprimant.
Il y avait des jours où Tsukauchi organisait des exercices plus techniques. Plusieurs fois, il lui était arrivé de ramener des armes – un couteau, une petite dague, un pistolet. Ce jour-là, Izuku s'était résolu à ne jamais lui demander ce qu'il faisait comme métier. Des fois où il serait réellement un mafieux… Ce n'était pas des exercices auxquels il pouvait s'entraîner chez lui, ce qui faisaient d'eux les seuls exercices récurant – bien qu'il travaillait un peu le couteau lorsque sa mère n'était pas à la maison.
Même si Midoriya devenait de plus en plus à l'aise avec le maniement des armes blanches et des armes à feu, il rechignait toujours à les utiliser pour enlever des vies. Tsukauchi lui avait dit qu'une des principales faiblesses des jeunes héros était leur manque d'expérience et que c'est à cause de cela que lorsqu'ils étaient mis en situation de vie ou de mort, la plupart d'entre eux rencontrait une fin de carrière prématurée. Que ce soit parce qu'ils ont hésité à enlever la vie de leur adversaire une demi-seconde de trop ou parce que leurs réflexes n'étaient pas assez aiguisés, le résultat était le même : seule la mort les attendait.
Pour remédier à cela, Tsukauchi l'avait obligé à chasser, ce qui lui permettait aussi de mettre en application toutes les techniques qu'il avait étudiées. Enlever la vie d'un animal, d'une créature innocente, qui a sans doute une famille qui attend son retour, lui donne à chaque fois envie de vomir – il l'avait fait deux ou trois fois, d'ailleurs. Mais il tenait bon. Non seulement parce que le discours de son tuteur était toujours inscrit dans sa mémoire – dépasse tes limites je ne tolérerais pas de 'non' – mais également parce que tuer était malheureusement une réalité dans la vie d'un héros et que même s'il était obligé de le faire, il n'était pas obligé d'aimer cela. Il n'avait pris conscience de ce fait que vers ses douze ans, lorsque Kacchan avait commencé à en parler, mais l'idée, si elle ne lui avait jamais plus, ne l'avait jamais découragé. Il avait eu le temps de s'y faire, de l'analyser et de l'accepter – de toute manière il se connaissait suffisamment pour savoir que s'il n'y avait ne serait-ce qu'un autre moyen de résoudre le problème, il ferait tout pour le mettre en œuvre.
Enfin, Tsukauchi l'entraînait surtout au combat au corps à corps. Izuku avait vite remarqué que si le Taekwondo lui avait permis d'automatiser certains coups et d'en faire des réflexes, ce sport restait bien trop 'écolier'. En effet, en combat, il était rarement possible d'armer avant de déclencher ses coups car cela prenait trop de temps. De plus, les coups habituels respectaient certaines règles – ne pas frapper à l'aine, etc – or, si Tsukauchi lui avait appris une chose, c'est qu'il ne pourra jamais gagner tant qu'il suivra les règles.
'Garde un as dans ta manche', 'cache tes véritables intentions', 'fais de ton manque d'individualité une arme', 'parler en combat fait perdre du temps', 'garde tes atouts cachés', 'la colère empêche ton adversaire de réfléchir', 'utilise le terrain pour gêner ton ennemi', 'frappe là où ça fait mal', 'chacun de tes coups doit avoir un unique objectif : tuer'…
Et Midoriya fut bien obligé de mettre en œuvre ces recommandations. Lorsqu'ils s'affrontaient, il était complètement dépassé sur les plans techniques et puissance. La seule possibilité qu'il lui restait pour gagner était d'être rusé et de jouer salement – même si cela ne l'empêchait pas de perdre à chaque fois. Mais Izuku refusait de se laisser décourager par ces échecs répétitifs et redoublait d'ardeur dans chacun de ses coups. Il se relevait toujours après avoir été mis au sol et reprenait le combat. Et ses efforts payaient : s'il lui avait été difficile de suivre la vitesse de son tuteur lors des premiers échanges de coups, plus les semaines passaient et plus il était proche de réussir à le toucher.
Au bout de six mois cependant, Tsukauchi décida de changer de lieu d'entraînement et lui donna rendez-vous dans un centre commercial.
« Une qualité importante pour les héros est de savoir observer. Non seulement dans un combat, car cela peut te permettre de prédire les mouvements de ton adversaire, mais aussi dans la vie quotidienne. Sache que de nombreuses actions des héros sont de l'ordre de la prévention. Elles sont passées sous silence afin de ne pas inquiéter la population, donc peu de personnes sont au courant. Garde cela pour toi, d'accord ? » en disant cela, Tsukauchi le regarda avec un œil sévère. Midoriya s'empressa de hocher la tête. « Dans ce genre d'opérations, les héros sont souvent amenés à collaborer étroitement avec les forces de l'ordre : le partage d'informations est essentiel. Les hommes chargés de ces opérations doivent de se fondre dans la foule pour observer les suspects. Parfois, le plus souvent même, on tombe sur une fausse piste. Il arrive cependant que la cible nous amène dans un repère de vilains, ou encore nous fasse tomber sur la piste d'une organisation ou d'un gros bonnet du crime. » Midoriya nota le passage au 'nous' dans un coin de sa tête, mais ne dit rien. « Une majeure partie de la population, et parfois même certains héros, critique le travail des forces de l'ordre. Selon elle, cela serait une dépense de l'état qui aurait été rendue inutile avec l'apparition des héros. Cependant, ce travail est important, car il permet d'éviter d'avoir à gérer un vilain en liberté et de prévenir les dégâts. Cela n'est pas forcément la partie la plus glorieuse ni la plus excitante du métier, mais elle n'en reste pas moins très importante. C'est pour cela qu'à partir d'aujourd'hui tu vas t'habituer à analyser le comportement de ton entourage. Et je veux également que tu essaies d'apprendre à lire sur les lèvres, c'est une capacité qui se révèle souvent utile. »
Sur ces mots, Tsukauchi l'avait conduit à la terrasse d'un café et lui avait demandé d'analyser le comportement de certains clients, de passants ou de commerçants. Le fait que Tsukauchi prenne le temps d'expliquer la raison derrière chaque exercice ou mouvement de combat était quelque chose que Midoriya appréciait beaucoup chez lui. Comprendre la logique qui se cache derrière une action, les causes et les effets l'aidaient à mieux la retenir et à la réutiliser. C'était encore plus vrai lors d'un exercice comme celui là. La personne approche régulièrement la main de sa bouche alors qu'elle parle ? C'est une réaction instinctive : elle cherche à s'empêcher de mentir. Cet homme sert la main de son collègue tout en accrochant le coude du même bras ? Il cherchera à l'influencer, voire à le manipuler. Cette passante marche avec les bras cassés en angle droit ? Démarche typique des adolescentes en train de frimer devant leurs petit-amis. Le soir même, Izuku commença un nouveau cahier qu'il remplit de croquis de personnes et d'explications possibles quant à la position adoptée.
Les week-ends suivants, Tsukauchi l'entraîna surtout au parkour – et bon sang qu'est-ce que cela facilitait le déplacement en ville – ainsi qu'à apprendre à se repérer dans un environnement urbain, à y utiliser des pièges sans mettre en danger les passants, à prendre en compte les dommages collatéraux et à les minimiser - trouver les lieux où il est possible de se battre et ceux où il est préférable de trouver un moyen pour déplacer l'affrontement – sans oublier les cours de combats habituels, qui avaient souvent lieu sur la plage abandonnée où ils s'étaient rencontrés.
Un dimanche, Tsukauchi l'avait invité au restaurant après une séance de parkour particulièrement éprouvante. Cela avait fini par se transformer en exercice, avec Midoriya qui devait analyser le comportement des personnes qui lui étaient pointées.
« La femme assise au bar ? » Izuku s'empêcha de se retourner par réflexe pour l'observer et analysa plutôt son reflet réfléchit sur la bouteille. Cela avait été dur, mais il pouvait être discret s'il gardait un œil sur son comportement.
« Elle est en rendez-vous avec l'homme à sa droite, mais son sac est situé sur sa gauche : elle ne lui fait pas confiance. » Tout en parlant à voix basse, il jeta un coup d'œil à ses mains et à ses pieds. « Ses doigts tambourinent le bar, elle se sent insatisfaite. Ses jambes sont croisées au niveau de la cuisse, la droite sur la gauche : elle est en désaccord avec la conversation. » Il y avait sans doute d'autres éléments de sa posture qu'il n'avait pas analysés, mais il n'arrivait pas à se souvenir desquels. Il passa aux vêtements. « Ses vêtements sont en bon état et ont l'air de bonne qualité, mais les couleurs entre le tailleur et les chaussures sont dépareillées. Elle est maquillée, mais ne porte pas de verni à ongles. » Izuku se mit alors à marmonner dans sa barbe tout en analysant les données pour essayer de tirer une conclusion. Il ne se rendit compte de ce qu'il faisait que lorsque Tsukauchi lui donna un petit coup sûr la tête accompagné d'un regard qui voulait sans doute dire 'c'est-une-habitude-dont-tu-devrais-te-débarrasser-mais-je-ne-dirais-rien-car-c'est-vraiment-amusant'. Midoriya ouvrit la bouche pour se fondre en excuse, la ferma, sembla y réfléchir à deux fois et reprit. « Cette femme a fait un effort pour s'habiller, elle avait donc sans doute des intérêts… amoureux » Il pouvait sentir ses joues rougir à cette idée et si le regard de son tuteur voulait dire quelque chose, alors il n'était pas prêt d'oublier cette information. Je suis mort. « Mais les chaussures dépareillées et le manque de verni indiquent qu'elle n'apporte pas beaucoup d'intérêt à l'issue de ce rendez-vous ! Cela pourrait signifier deux choses : a) elle était certaine de la façon dont cela finirait et donc n'avait pas besoin de donner son maximum ou b) elle n'est pas attachée à cette personne et veut juste… » Ça y est, il était aussi rouge qu'une tomate. Tsukauchi leva un sourcil interrogateur. « Bref ! Vous avez compris l'idée ! » IDeuxième sourcil. Midoriya l'ignora. Un sourire digne du chat de Cheshire apparu sur son visage. Ai-je déjà précisé que ce type est un démon ? Il continua d'une voix mal assurée. « Je pencherais plutôt vers la deuxième idée, car elle paraît peu… hum, satisfaite, de la conversation et n'a pas l'air très intéressée non plus. Et euh… c'est tout ? » Je suis positivement mort.
Mais – et c'était tellement étrange que Midoriya décida de rester sur ses gardes – Tsukauchi ignora sa gêne face à tout ce qui s'approchait de près ou de loin au sexe et préféra corriger ses erreurs. « Ton analyse est correcte, mais tu as oublié de nombreux éléments. » Son sourire de chat d'Alice au pays des merveilles avait disparu et il s'était mis à froncer les sourcils. « Tout d'abord, au niveau de la posture de la femme : tu as oublié de parler de son dos, de ses épaules ainsi que de sa position assise. Les épaules sont particulièrement importantes car elles peuvent trahir de nombreuses indications, notamment lorsque ton interlocuteur ne te fait pas confiance. Ensuite, tu as fait une erreur grossière : tu as totalement ignoré l'homme qui l'accompagnait, alors même que celui-ci aurait pu t'apporter des informations sur leur relation et la raison quant à leur présence dans cet établissement. Si tu avais dû observer un suspect, te serais-tu focalisé uniquement sur cette personne ? Ou bien aurais-tu également analysé ses interlocuteurs ? » Midoriya baissa les yeux de honte. L'erreur était effectivement grossière et aurait pu lui coûter beaucoup dans une autre situation. Il retiendrait la leçon. « Enfin, tu n'as exposé qu'une seule hypothèse. Comment aurais-tu fais si tu avais eu tort ? Tu dois prendre en compte toutes les possibilités et ne donner ton avis qu'une fois ton exposé fini. » À ces mots, Izuku hocha la tête pour indiquer qu'il avait compris. C'était humiliant de faire autant d'erreurs en un seul exercice, mais mieux valait maintenant que sur le terrain.
« D'ailleurs… » La voix prit un ton menaçant. « As-tu une petite amie, gamin ? Quelqu'un que tu aimes ? » Midoriya releva la tête si vite qu'il crut entendre son cou craquer.
« Qu-qu-quoi ? U-une petite amie ? Non ! Pas du tout ! P-pourquoi est-ce que j'aurais une petite a-amie ? Je… » Adieu Maman. Ton fils est mort d'une surcharge de sang au visage. Tsukauchi éclata de rire. Fort. Les autres clients du restaurant se retournèrent pour les regarder. Izuku n'aurait pas pensé pouvoir devenir plus rouge qu'il ne l'était déjà, mais apparemment, son corps ne possédait pas de limite.
« Calme toi gamin ! Respire ou tu vas étouffer ! Honnêtement, tu es une cible bien trop facile à embêter, tu vas te faire bouffer, au lycée. » Même si les mots n'avaient pas été dirigés pour faire mal, ils blessèrent tout de même. Je me fais déjà 'bouffer' au collège. Si Tsukauchi remarqua son changement d'attitude – et vu à quel point il était observateur, il devait l'avoir remarqué – il ne dit rien. À la place, il redirigea la conversation.
« Au fait, tu ne m'as toujours pas dit dans quelle école tu comptais postuler… » Ça, c'était un sujet où il était à l'aise. Reconnaissant, Midoriya son calme et répondit.
« À Yuei. » Un sifflement. « Je sais que c'est la meilleure école du pays et que mes chances d'y entrer son quasiment nulles, cependant je refuse d'abandonner sans même avoir tenté. C'est quelque chose que je ne pourrais pas me pardonner. » C'est quoi l'adage, déjà ? Mieux vaut vivre avec des remords que mourir avec des regrets, ou quelque chose comme ça… Tsukauchi prit le temps d'organiser ses pensées avant de répondre. C'est une caractéristique que Midoriya avait appris à apprécier chez lui, tout comme le fait qu'il n'élevait jamais la voix. Il n'avait pas besoin de ça pour se faire écouter.
« Tu vises sacrément haut, dis donc. Tu as des raisons particulières ? » Son tuteur ne critique jamais et demande toujours des éclaircissements. Peut-être qu'il ne le soutenait pas – mais pourquoi l'aiderait-il à s'entraîner, dans ce cas ? – cependant, à aucun moment il ne lui avait dit d'abandonner, que c'était impossible et qu'il ferait mieux de renoncer. C'était plus que ce que toutes les personnes de son entourage avaient jamais fait pour lui. Il ne le poussait pas non plus. Midoriya avait la sensation que s'il avait tenté le concours d'entrée d'une école plus petite, sa réaction aurait été la même – cela ne l'empêchait pas de demander le maximum de la part de son élève, par contre.
Midoriya eut un sourire moqueur. « Autre que viser le meilleur, vous voulez dire ? » Il n'est pas sûr, mais il se peut que son tuteur ait marmonné 'sale gosse' tout en le fusillant des yeux. Quoiqu'il en soit, Midoriya laissa échapper un petit rire. « Effectivement. C'est l'école qui forme les meilleurs héros du Japon. All Might, Endeavor, Best Jeanist… tous ont effectué leurs études là-bas. Et… » Il marqua une pause, réfléchissant à comment former sa penser pour que cela ne sorte pas trop pompeux. « Je vous l'ai dit, je veux prouver que quelqu'un sans individualité est capable d'égaliser quelqu'un avec une individualité hors du commun, y comprit dans le domaine des actes héroïques. Je ne peux pas me permettre de me laisser distancer dès le départ. » Raté, c'était extrêmement pompeux.
Tsukauchi hocha la tête pour indiquer qu'il comprenait ses raisons. « As-tu réfléchi au département que tu voulais intégrer, du coup ? »
Là, c'était facile. « Le département des héros ! » Je viens de crier, là, non ? Tsukauchi leva un sourcil. Pour lui demander ce qui lui a pris de réagir comme cela ou de s'expliquer, mystère. Izuku décida de parier sur le deuxième.
« Je suis loin d'être suffisamment créatif pour intégrer le département de support. J'y serais une catastrophe ambulante. Le département de management, même si je reconnais son importance lorsqu'on regarde le rôle des héros dans la société, ne correspond pas du tout à mes aptitudes. Je ne pense pas être capable de rester derrière un bureau toute la journée, à gérer l'emploi du temps du héros qui m'a engagé alors que je pourrais être dehors en train d'aider des gens. » Midoriya marqua une pause, rassemblant ses pensées. « Après, il est vrai que le département d'enseignement général me correspondrait vraiment et d'après ce que j'ai lu, il est facile de devenir policier en sortant de là. Je pense qu'avec les capacités que j'ai actuellement, et avec l'enseignement prodigué par le lycée, cela serait un objectif à la fois envisageable et atteignable. Je mentirais en disant que je ne l'ai jamais considéré. » Il prit une inspiration et continua d'une voix ferme. « Cependant, j'ai le sentiment que faire cela consisterait à se reposer sur ses lauriers, à abandonner. » Froncement de sourcils. Boulette. « J-je ne veux pas dire du mal de ce département, ni des policiers, au contraire ! » Relâchement des muscles faciaux. Courroux évité ? « Ce que je veux dire, c'est que depuis que je suis tout petit, j'ai tout fait pour devenir un héros. Renoncer à cela pour me diriger vers les forces de l'ordre – même si l'objectif final reste le même – juste parce que j'en ai la possibilité… j'aurais la sensation d'abandonner mon but. » Midoriya laissa s'échapper un petit rire. « Et puis, ce n'est pas vous qui me répétez toujours de me donner à 150% ? » Petit sourire. Courroux évité. Ouf. « Donc voilà. Le département des héros. Parce qu'on y forme des héros. Et que je veux en être un. » Wow ! Très clair, Izuku. Bravo ! Ironie, quand tu nous tient.
« Dis donc, gamin. T'es sûr que c'est au lycée que tu rentres, dans deux mois ? » Et hop ! Midoriya-la-tomate est de retour ! Il semblerait que la même idée ait traversé l'esprit de Tsukauchi, car il eut un petit ricanement avant de lui ébouriffer les cheveux. « Allez gamin ! Lève-toi, la pause est finie ! »
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Les deux mois suivants avaient constitués d'une alternance entre week-ends en ville et week-ends en forêt. À la fin de son entraînement, Izuku s'était considérablement amélioré. Il tombait rarement sous la limite de temps lors des courses poursuites, il faisait un adversaire décent lors des combats – même s'il ne gagnait jamais – il était capable de se déplacer plutôt silencieusement, il était correct au parkour et au maniement des armes – le couteau restait son favori – et il ne faisait que peu d'erreurs en analyse corporelle. D'un autre côté, il avait poursuivi son entraînement personnel et pouvait à présent prendre contrôle d'un téléphone à distance – un ordinateur restait encore au-dessus de son niveau – et il avait gagné un grade en Taekwondo. Sa force physique et sa vitesse restaient faibles et il n'avait que les bases des compétences qu'il avait acquises. Cependant, il avait encore trois ans devant lui pour s'améliorer et devenir un héros digne de ce nom. Pour l'instant, la seule chose sur laquelle il devait se concentrer était le concours d'entrée pour Yuei.
Plus facile à dire qu'à faire.
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Notes de l'auteur :
Merci à tous ceux qui ont mit la fic en favori, qui ont follow ou qui ont laissé un commentaire. Cela m'a fait vraiment plaisir ! J'ai quelques chapitres d'avances, mais j'ai eu un gros blanc pendant un moment et il y a eu beaucoup de fois ou j'ai hésité à abandonner. Je l'aurais sans doute fais sans votre soutient. Donc voila, merci de m'avoir obligé à me dépasser, j'en aurais été incapable sans vous.
Pour ce qui est des updates, je suis désolée de ne pas avoir posté la semaine dernière (c'était pas prévu, je n'avais pas de réseau où j'étais) et je tiens à prévenir que je ne posterais plus jusqu'à la mi-août (là, c'est prévu : je n'aurais pas mon ordi) Techniquement, je pourrais le faire depuis mon téléphone, mais je préfère prendre le temps pour corriger chacun des chapitres, quitte à devoir faire une pose. J'espère que vous comprendrez.
Bon. J'ai fini mes petites déclarations, alors je ne vais pas vous embêter plus longtemps. Merci d'avoir pris le temps de lire ce chapitre et, je l'espère, nous nous reverrons au suivant.
